SgST) ANNALES DES SCIENCES NATURELLES TOME VU. 7 IMPRIMÉ CHEZ PAUL RENOUARD, RUH GARAMCIÈRE , N. S. ANNALES DES SCIENCES NATURELLES COMPRENANT LA ZOOLOGIE, LA BOTANIQUE, I.'aNATOMIE ET LA PHYSIOLOGIE COMPARÉES DES DEUX REGNES, ET L'HISTOIRE DES CORPS ORGANISÉS FOSSILES; RÉDIGÉES POUR LA ZOOLOGIE PAR MM. AUDOUIN ET MILNE EDWARDS , ET POUR LA BOTANIQUE PAR MM. AD. BRONGNIART ET GUILLEM1N TOME SEPTIÈME. — ZOOLOGIE. PARIS. CROCHARD, LIBRAIRE-ÉDITEUR, PLACE DE LÏXOLE- DE -MÉDECINE, N. l3. 1837. fin ANNALES DES SCIENCES NATURELLES. PARTIE ZOOLOGIQUE. Kecheuches sur quelques Entozoaires et larves parasites des insectes Orthoptères et Hyménoptères. Par Léon Dufour , correspondant de l'Institut. '.Présentées à l'Académie des Sciences le 4 juillet i836. Minima non spcrnenda. L'étude minutieusement attentive des parasites, même les plus petits et les plus profondément cachés dans les tissus or- ganiques est loin d'être indifférente pour le scrutateur des su- blimes harmonies de la nature. Il y a dans cette nécessité, dans cette solidarité d'existence entre des êtres si dissemblables un principe qui se rattache aux lois générales des créations, et qui peut nous mettre sur la voie d'en pénétrer le but. Dans le cours de mes nombreuses dissections des Orthoptè- res et des Hyménoptères, j'ai eu occasion de découvrir dans les cavités splanchniques de ces insectes, soit dans l'intérieur du canal digestif, soit en dehors de celui-ci, divers parasites, dont les uns sont des Entozoaires ou vers intestinaux et dont les 6 léon dufour. — Entozoaires. autres sont des larves ott tes Chrysalides (i). Ce sont ces ob- servations isolées, ces sortes de hors-d'œuvre dans l'anatomie entomologique que j'ai cru devoir réunir en un travail spécial. Je ne me dissimule point les imperfections de celui-ci, mais il renferme des faits nouveaux qui devront provoquer l'attention d'investigateurs ou plus habiles , ou plus heureux que moi. La distribution que je viens d'établir dans ces parasites en entozoaires et en larves ou chrysalides, amène naturellement 'a division de mes recherches en deux chapitres. CHAPITRE I". ENTOZOAIRES. Le domicile le plus habituel de ces vers est l'intérieur du tube digestif, mais il en est qui se trouvent en dehors de celui-ci , ainsi que je vais en fournir des exemples. Quand ils habitent dans ce tube, ils se tiennent en particu- lier dans la portion de celui-ci essentiellement destinée à la chylification et que j'ai désignée en entomotomie sous le nom de Ventricuh 'chylifique. Nous ferons à cet égard une remarque qui n'est pas sans intérêt, c'est que dans l'homme et les grands animaux c'est aussi dans l'intestin grêle, qui est l'analogue du ventricule chylifique des insectes que les Ascarides lombricoï- des séjournent ordinairement. 11 paraît que ceux-ci se nourris- sent principalement des sucs chyleux. Ce n'est qu'accidentelle- ment et surtout lorsque ces sucs sont altérés, soit par une ma- ladie, soit par d'autres causes qu'on voit ces vers franchir ou le pylore pour s'introduire dans l'estomac ou la valvule iléo-cœ- cale pour pénétrer dans le gros intestin. Il est fort singulier que la dissection scrupuleuse de plu- (i) II est assez digue de remarque que je n'aie trouvé daus aucun des Névroptères soumis à mon scalpel ni entozoaires ni larves quelconques. Je ne saurais me rendre raison de l'absence absolue de tout parasite intérieur dans les insectes de cet ordres tandis que j'en ai rencontré dans les Orthoptères, les Coléoplères, les Hyménoptères, les Hémiptères. léon dufour. — Entozoaires. y sieurs milliers d'individus appartenant à izjo espèces d'Hymé- noptères ne m'ait mis à même de constater qu'un nombre extrêmement restreint d'Entozoaires , car jusqu'à ce jour ils se réduisent à deux espèces seulement, l'une vit dans le Sphe- codes, l'autre d'un genre encore douteux, dans le Bombus. Ru- dolphi, dans l'énumération systématique des divers animaux qui nourrissent des Entozoaires cite seulement une Filaria dans la larve d'une Tenthredo. A l'article des Grégarines je chercherai à expliquer cette rareté des Entozoaires dans les Hyménoptères. Genre Filaire, Filaria. Je ne saurais partager , au moins encore, l'opinion de quel- ques naturalistes qui veulent confondre dans un même genre les Filaria et les Gordius, ni la conviction toute récente de M. Gervais, relative à l'identité spécifique d'une filaire du Blaps mortisaga avec le Gordius aquaticus (i). Les Filaria appartien- nent à l'ordre des Entozoaires ou vers qui vivent dans le corps des animaux , et les Gordius à celui des Annèlides qui habitent les eaux ou les lieux humides. La ressemblance est, je crois, plus apparente que réelle et peut-être la même qu'entre le Lom- bric terrestre et f Ascaride lombricoide. C'estàl'anatomie à juger en dernier ressort cette question. i. Filaria iocustœ Rudolpli. entoz. 2. p. 77. Lyonel, ouvr. poslh. p. 358. PI. 37. %. i5. F. forficulœ Duf. Annal, des Se. nat. t. i3. p. 66. pi. 9. C. fig. 1. <*. F. tr icuspi 'data Duf. ib. t. i4. p. aaa. pi. 12. C. $. 4-6 pollicaris, gracili&fdiformis-, antice sub obtusa, posiiee in marc subattenuata in fœmind tricuspidata. Ce ver a une gracilité partout uniforme et presque capillaire. Il est blanchâtre ou semi-diaphane, lisse à sa surface et sans au cuue trace de segmentation. (1) Annales de la Société Entomologique, novembre 18 35. 8 léon dufour. — Entozoaires. On le trouve dans la cavité abdominale, mais en dehors du canal digestif, de divers Orthoptères, comme les Acrydiens, les Grylloniens, les Locustaires. Il s'entortille souvent autour des viscères et paraît se nourrir des sucs graisseux. Obs. Quoique le ver décrit et figuré par Lyonet fut sorti de la chenille d'un Bombyx, je ne saurais douter de son identité avec la F. locustœ. J'en dirai autant de ma F. forficulœ dont la différence de taille ne tient sans doute qu'à l'âge ou à l'étroitesse de l'habitat. La lecture de la note de M. Gervais (loc. c.) m'a suggéré l'idée que ma F. tricuspidata, trouvée dans le Gryllus burdigalensis n'est que la femelle de la F. locustœ. a. F.? sphecodes Nob. PI. i. A. fig. 1. 6-pollicarit capillaris albida, subrigida, altero apice incrassatv obovato- En août i834, je rencontrai cinq ou six individus de cet En- tozoaire dans la cavité abdominale du Sphecodes gibbus mâle, et en dehors du tube alimentaire. Je le rapporte provisoirement et avec doute au genre Filaire. Il est plus grêle qu'un cheveu et l'un de ses bouts est renflé en olive. Je constatai bien ses raou- vemens. Il avait une raideur remarquable très différente de celle des Filaires ordinaires. Je ne Fai observé qu'une seule fois et je sens le besoin de l'étudier encore. Oxyuris? Gryllotalpœ Nob. pi. i. A. fig. 2. Subbilinearis vermiformis, albido-pellucidw>, antice obovatus ob- tusus, postiee attenuatus acutus. J'ai trouvé à diverses reprises dans le ventricule chylifique du Gryllotalpa vulgaris plusieurs individus d'un petit Ento- zoaire qui me paraît avoir de grands rapports avec le genre Oxyuris de Rudolphi (1). Il a une à deux lignes de longueur, et il est grêle comme un ver. Le bout antérieur où la tête est ar- rondi et son contour m'a paru débordé de chaque côté par une (ij Rudolphi. Entozoaires , I orne 11 , page 100. léon du four. — Entozoaires. 9 espèce de petit mamelon palpiforme que je n'ai pas osé expri- mer dans la figure, de crainte d'avoir mal vu. Le bout opposé est atténué en pointe. A travers la pellucidité de ses tégumens on reconnaît que le tube digestif de ce parasite débute par un œsophage d'une ex- cessive ténuité; puis il se dilate brusquement pour se continuer ensuite tout d'une venue et sans inflexions. L'anus s'ouvrirait à une assez grande distance de l'extrémité postérieure du corps. Genre Sphéri laire, Sphœrularia Nob. I. Sphœrularia Bombi Nob. PI. 1. A. fig. 3. Teresj albido-pellucida, mollis filiformis , haud annula ta , undi- que sphœrulis vesiculœformibus granulata, antico posticeque obtusa subrotundata. Hab. in abdomine Bombi terrestrU et B. hortorum. — Long. 6- 8 lin. J'ai vainement cherché à rapporter ce singulier Entozoaire à quelqu'un des genres consignés dans l'ouvrage de Rudolphi; j'ai cru pouvoir en constituer un nouveau sous le nom de Sphérulaire qui exprime sa structure extérieure. Je l'avais d'a- bord pris pour une larve de Diptère, mais l'absence de toute segmentation, et sa forme cylindrique, me ramenèrent à un Entozoaire. Il n'est pas très grêle, puisque sur six à huit lignes de longueur, il en a près d'une de largeur. Il n'offre aucune dis- tinction ni de tête ni de queue, et il est obtus ou même arrondi par un bout ou par l'autre. Toute la surface de son corps est cou- verte, soit au-dessus, soit au-dessous, de granulations sphéroï- dales semblables à des vésicules subdiaphanes. Je l'ai rencontré plusieurs fois dans la cavité abdominale des espèces précitées de Bombus 3 en dehors du tube digestif et toujours lihre. En juin 1 833, j'en trouvai deux ensemble dans le même individu du B. hortorum, et cette circonstance me fortifie encore dans l'idée que c'est un Entozoaire. 4X ïo LiioN dufour. — Entozoaires. Genre Grégarine, Gregarina Nob. J'ai déjà indiqué, dans mes recherches anatomiques sur les Coléoptères, l'existence de ces Entozoaires (i), et j'établis la dénomination générique de Gregarina dans des recherches semblables concernant les Labidoures (2); enfin, j'en ai figuré aussi deux espèces sans les décrire dans mon travail sur l'ana- tomie des Hémiptères (3); je suis aujourd'hui plus à même de donner quelques développemens sur l'organisation générale de ces Entozoaires. Loin d'être grêles et sétiformes comme les Filaires, ils sont, au contraire , courts et gros , globuleux ovalaires ou coniques r et ordinairement d'un blanc pur. Dans leur jeune âge, il n'existe dans leur corps aucune trace apparente de segmentation; mais, parvenus au dernier terme de leur croissance, à l'état adulte, ils offrent à un œil attentif un segment antérieur dont la confi- guration et la grandeur relative varient, et suivant les espèces et suivant quelques conditions individuelles. Profitant de la ter- minologie suivie dans les Arachnides, j'ai adopté, pour désigner ce segment antérieur, le nom de céphalothorax. Le corps des Grégarines est évidemment constitué par une double enveloppe membraneuse; mais ces deux tuniques, qui lors de leur contiguïté, sont très difficiles à constater, pré- sentent, dans d'autres circonstances, une humeur intermédiaire qui permet de les distinguer l'une de l'autre. La tunique ex - terne ou tégumentaire est pellucide : c'est sa duplicature qui forme l'empreinte circnlaire pour la délimitation du céphalo- thorax. La tunique interne ou viscérale paraît le plus souvent blanche, mais je lui ai, dans quelques cas, trouvé une teinte roussâtre. Il est possible, vraisemblable même, que l'une et l'autre de ces couleurs tiennent à celle des ingesta. La bouche de ces petits Entozoaires occupe la partie anté- (1) Ann. des Se. nat., t. vin, p. 44, p!. ai bis, fig. 7. (1) Aun. dès Se. nat, t. xm, p. 366 , pi. 22 , fig. 5. (2) Recherch, anat. et physiol. sur les Hemipt. , pi 17, fig. 206, léow dupour. — Entozoaires. 1 1 rieure et un peu inférieure du céphalothorax: elle n'est pas facile à mettre en évidence. Dans quelques conditions favo- rables, je l'ai surprise se prolongeant au-delà du bord antérieur pour y former une sorte de museau rétractile ou de promuscide. Tantôt, sans doute dans un léger état de contraction, elle res- semble à un petit tubercule, tantôt, plus développée, son orifice s'évase et est même par fois festonné, ainsi que je l'ai repré- senté dans quelques Grégarines des Coléoptères. Durant l'ob- servation microscopique, j'ai souvent été témoin du vomissement par cet orifice de la matière ingérée, et j'ai une fois saisi le moment où l'Entozoaire, après avoir émis cette fusée nébuleuse, en avalait de nouveau une partie. Leurs mouvemens sont fort obscurs et leur locomobilité est d'une lenteur extrême; cependant je lésai constatés. L s Grégarines doivent leur nom à l'habitude qu'ont ces Entozoaires de vivre par troupeaux assez nombreux; il n'est pas rare qu'elles soient disposées en séries à la file les unes des autres. Elles habitent le tube digestif d'insectes de divers ordres, et on les rencontre rarement ailleurs que dans le ventricule chylifique et ses appendices. Je répète que je n'en ai point trouvé dans les Névroptères, et j'ajoute que les Hyménoptères ne m'en ont pas offert une seule. Ce double fait négatif me confirme dans l'idée que j'ai déjà émise ailleurs, qu'un genre de vie peu actif de la part de leurs hôtes est une condition fa- vorable au développement des Grégarines. Aussi voyons-nous que , parmi les Coléoptères , la lourde et sombre famille des Mélasomes , les Chrysomèles aptères, les Lucanes qui ne volent que le soir, sont ceux qui en nourrissent le plus. Parmi les Orthoptères, on les rencontre particulièrement dans les Gryl- lons, le Gryllotalpa, les Enhippigères , insectes qui ont' une locomobilité peu active. Le Phymata crassipes est la seule es- pèce de tout l'ordre des Hémiptères où j'aie rencontré des Grégarines; je ne me rends pas raison de ce fait excep- tionnel. Le genre Gregarina appartient à l'ordre des vers intestinaux parenchjmateux de Cuvier, et sans doute aussi à celui des En- tozoa trematoda de lludolphi; mais j'avoue que je ne saurais ii leon dufour. — Entozoaires. encore assigner son affinité avec aucun des genres décrits par ces deux auteurs. Je vais exposer le signalement des espèces que j'ai reconnues jusqu'à ce jour. 1. Gregarina sphœrulosa Nob. pî. i . A. fig. 4. Subsphœrica albcij cephalothorace abdomen adœquante. Hab. in ventricule SEdipodarum et Gryllotalpœ. Elle est plus petite que les autres espèces, égalant à peine la grosseur d'une tête de fine épingle à insectes; j'en ai trouvé des myriades dans le Taupe-Grillon. Les individus bien adultes semblent résulter de l'union de deux hémisphères. Des yeux peu rigoureux pourraient croire que ce sont deux individus accouplés bout à bout. a. G. soror Nob. pi. i. A. fig. 5. Subsphœrica alla, cephalothorace abdominis dimidiam partent adœquante. Hab. in inteslino recto Phymatœ crassipedis. Celle-ci n'est peut-être qu'une variété de la précédente; mais le céphalothorax ne forme pas, comme dans cette dernière, la moitié de tout le corps. 3. G. ofate'Nob. PI. i. A. fig. 6. — Duf. Ann. des. Se. n.it. tom. i3. pi. 22. fig. 5. Ovata, utrinque obtusa; cephalothorace abdominis quartam partent adœquante. Hab. in ventriculo Grylli campestris etforficulœ. 4. G. conica Nob. pi. 1. A. fig. 7. — Duf. Ann. des Se. nat. tom. 8. pi. 21 bis fig. 7. Oblongo-conica; cephalothorace subgloboso abdominis tertiam par- tent adœquante. Hab. in ventriculo Coleopterorutn et Grylhrum. léov dufour. — Entozoaires. i3 5. G. hyalocepJiala Nob. pi. 1 . A. fig. 8. Oblongo-conica ; cephalot/torace hemisphœrico diaphanoj abdo- minis quartam partent subadœquante. Hab. in ventriculo Tridactyli. Cette espèce se fait remarquer par la transparence habituelle du céphalothorax qui a une forme exactement hémisphérique. Je l'ai trouvée en abondance dans le Ttidactjrlus variegatus. 6. G. oblonga Nob. pi. î . A. fig. 9. Oblonga flavescens conico-cy Undroidea; cephalothorace abdominis quintam partent vix adœquante. Hab. in ventriculo OEdipodœ migratoriœ et Grylli campestris. Beaucoup moins conique que la G. conique 3 elle a une cou- leur jaunâtre qui ne s'observe pas dans les autres espèces. CHAPITRE II. LARVES ET CHRYSALIDES. Goedart, M u, Mérian, Albin, Réaumur, de Géer ont décrit des mouches dont les larves habitaient les chenilles des Lépi- doptères. M. le professeur Audouin et Lâchât ont donné une excellente description avec figures d'une larve trouvée daus un Bourdon (1). Dans un mémoire spécial, j'ai aussi exposé l'his- toire de deux Diptères du genre Ocyptère de Latreille, dont les larves vivent dans la cavité abdominale d'une Casside et d'une Pentatome (2). Enfin, M. Robineau Desvoidy a désigné, sous le nom d'Enlomobies _, une tribu de ces Diptères Myodaires dont les larves habitent le corps de divers insectes (3). On a signalé de ces larves dans les Coléoptères, les Hyménoptères, (1) Journ. de pbys. , tome luxvhi, p. aa8, et Mémoires de la Société d'hist. nat. de Paris, tome 1 , p. 3ag. (a) Ann. des Se. nat. , t. x , p. 148 , pi. 11. <3) Estai sur les Myodaires , p. 29. \ i4 léon du four. — Entozoaires. les Hémiptères, les Diptères : on n'en connaissait point encore dans les Orthoptères, où j'en ai rencontré quelques-unes, et j'ai déjà dit que les Névroptères ne nourrissaient point de pa- rasites intérieurs. Les larves et les chrysalides dent je vais m'occuper m'ont paru appartenir toutes à Tordre des Diptères et à celui des Rhipiptères. Elles ne vivent jamais dans l'intérieur des viscères comme la plupart des Entozoaires, mais bien dans les cavités splanchniques en dehors de ces viscères et aux dépens du tissu adipeux qui s'y rencontre. En attendant que des circonstances plus heureuses me mettent à même d'obtenir les insectes parfaits des diverses larves que mes dissections m'ont fait découvrir dans le corps des Orthop- tères et des Hyménoptères, j'ai pensé qu'il importait à la science de signaler ces larves. Ces faits, tout incomplets qu'ils sont, pourront être fécondés par les entomologistes observateurs. C'est par des matériaux recueillis de toutes parts, et conve- nablement remaniés, que l'édifice de la science s'élève et se grandit. i. Larve apode, ablongue, blaneh&tte, de quatre lignes de longueur sur près de deux de largeur, tronquée et échancrée en avant, pointue en arrière, où elfe est marquée sur 1« dos du dernier segment de deux traits noirs longitudinaux. PI. i k, figure iov Dans X Œdipoda migratoria. 2. Larve apode , o&longue , blanchâtre , de près de deux lignes de longueur, obtuse', entière et élargie en avant, atténuée et pointue en arrière. Dans ï 'OEdipodu cœrulans. Elle appartient certainement à une autre espèce et peut-être même à un autre genre que la précédente. 3. Larve apode, oblongue, blanchâtre, de trois lignes de longueur sur une et demie de largeur, plus dilatée en avant avec le segment antérieur entier arrondir marqué de deux points léon dufour. — Kntazoaires. i5 noirs, en pointe lancéolée en arrière, avec un trait noir dorsal médian au dernier segment. PI. i A , fig. 1 1 . Dans le Bombus terrestris. L'existence des deux points noirs à la tête et du trait caudal me porte à croire que cette larve diffère des deux précédentes. Faut-il la rapporter à celle que M. Audouin et Lâchât ont trouvée dans le corps du B. lapidarius , et dont ils nous ont donné la figure dans le Mémoire précité? Tout en tenant compte des configurations polymorphes que ces larves peuvent pré- senter à cause de leur texture molle et éminemment contractile, je suis porté à croire qu'il y a une différence spécifique entre leur larve et celle que je viens de signaler. Le trait différentiel principal est l'existence, dans la larve, du B. lapidarius d'un col mince et assez long. Les observations directes de Baumhaer, de Latreille et de Carcel ont constaté que le Conops rufipes naît du corps des Bombus. J'ai moi-même souvent été témoin de l'ardeur avec laquelle ce Conops poursuit les Bombus, pour insérer ses œufs dans ses entrailles , et je possède , dans ma collection, un B. ter- restris, à la région anale duquel pend un Conops rufipes dont le bout renflé de l'abdomen est resté engagé dans la cavité du ventre de l'Hyménoptère. Je dois cet objet intéressant à l'amitié de M. Boisgiraud , professeur à la Faculté des Sciences de Tou- louse. Mais quelle est la larve qui produit ce Conops? On ne nous l'a point encore appris. 4- Larve apode, oblongue, blanchâtre, de deux lignes de longueur, un peu déprimée, plus dilatée à la partie antérieure, qui est en arc de cercle entier, sans aucune trace ni d'yeux, ni de bouche, ni de points noirs particuliers, atténuée en ar- rière. Région dorsale du dernier segment marqué de deux lignes parallèles obscures. L'individu dont j'offre la figure avait, de chaque côté du corps, une série longitudinale de neuf à dix boursouflures obrondes subvésiculeuses, séparées par un large espace médian lisse. Ces boursouflures ne sont sans doute que i6 l^on dufour. — Entozoaires. les lobes latéraux d'autant de segmens tégumentaires. PI. iA, fig. 12. Dans la Dasypoda plumipes mâle. En août i835, j'ai rencontré une seule fois cette larve que je suppose être encore jeune. Dans la localité où je trouvai abondamment cette Dasypode, je remarquai que la Pangonia marginata la poursuivait spé- cialement, ce qui me fit naître l'idée que la larve pourrait bien appartenir à ce rare Diptère. 5. Larve apode, blanchâtre, analogue à la précédente pour la forme et la grandeur, mais avec les segmens bien marqués , et deux points noirâtres au segment antérieur. Un seul trait médian noir au segment postérieur. Dans XAndrena thoracica, en avril. Je la crois distincte comme espèce du n° 4- La Pangonia n'habite pas la contrée où j'ai pris l'Andrène qui recelait cette larve. 6. La larve apode, blanchâtre, allongée, subdéprimée, en pointe lancéolée aux deux bouts , lobée ou festonnée sur les côtés. PL i A, fig. i3. Dans XAndrena aterrima. Panz. mâle. Au lieu d'avoir sa partie antérieure en arc de cercle entier ou échancré , cette larve l'a prolongée en pointe triangulaire. Elle m'a offert un cas singulier de parasitisme que je crois nouveau pour la science, et qui mérite d'arrêter un moment notre attention. Rappelons, àce sujet, un fait qui a quelque analogie avec lui, dont nous avons parlé en décrivant la larve de XOcyptera bicolor (i), et qui déjà avait été implicitement signalé par M. Audouin et Lâchât, dans le Mémoire relatif à la larve parasite d'un Bombus , et que j'ai cité plus haut. La larve de l'Ocyptère emprunte au Pentatome, dont elle est parasitent n stigmate qu'elle s'approprie exclusivement, et qui devient pour - ■ v~ (i) Ami. des Se. «al., t. x, p. 248, pi, 11. léon nuFoun. — Enlozoaires. 47 elle l'orifice unique au moyen duquel l'air pénètre dans son appareil respiratoire; cette usurpation anatomique est certaine- ment un fait très piquant. Mais c'est bien autre chose pour la larve de l'Andrène. J'ai trouvé cette larve fixée par une de ses extrémités sur la grande vésicule trachéenne qui occupe, de chaque côté, la base de la cavité abdominale de l'Hyménoptère. Quelle fut ma surprise en cherchant à reconnaître ce mode d'insertion, de voir que celle- ci n'était pas tout-à-fait immédiate, et qu'elle avait lieu à la fa- veur de deux troncs trachéens similaires qui pénétraient dans le corps de la larve un peu en arrière d'une de ses extrémités , mais par sa face inférieure. Cette double trachée était évidem- ment fournie par la grande poche aérifère qui servait de sup- port à la larve , et je constatai qu'elle n'en était qu'une conti- nuation anatomique. Voilà donc deux trachées nutritives dépendantes de l'utricule aérifère de l'Hyménoptère qui vont fonder tout l'organe res- piratoire du parasite, c'est-à-dire son appareil le plus essentiel au maintien de la vie. Ainsi l'existence de la larve se trouve doublement sous la dépendance de celle de l'Hyménoptère; celui-ci l'alimente de son tissu adipeux splachnique, et non- seulement il se charge de respirer pour elle et de lui administrer l'air indispensable à sa vie, mais encore il lui fournit, de sa pro- pre substance, l'organe destiné à la circulation de;ce fluide vital. Ce mode insolite de parasitisme, cet exemple de deux êtres de genre fort dissemblable, dont l'un est enté , écussonné sur l'autre par l'appareil organique le plus important, celui de la circulation, constituent, je le répète, un fait inouï jusqu'à ce jour dans les fastes de la science. Je ne lui trouve de compa- rable que la circulation utéro-fcetale des grands animaux, et il serait superflu de faire ressortir l'énorme différence qui existe entre ces deux cas, entre ces deux conditions physiologiques. 7. Larve apode, oblongue, blanche, de trois lignes de lon- gueur, dont la plus grosse extrémité présente deux plaques demi-circulaires brunâtres, sur lesquelles on voit une tache obscure bifide. VII. Zoor., — Janvier. a 18 liîon dufour. — Bntvzbaif&s. Dans la Vespa vulgaris. La forme de celte larve, que je n'ai pas suffisamment étudiée, est très différente de celle des précédentes. 8. Larve apode, subdiaphane _, fort grêle, longue de près de trois lignes sur un quart de ligne de largeur, composée de plus de quinze segmens marqués par des festons latéraux. Tête noire, ovale, pointue, coriacée; bout opposé terminé par une pièce noirâtre, allongée, déprimée. PI. 1 A, fig. 14. Dans V Hylotoma cœrulescens. Cette larve, que je trouvai libre dans la cavité abdominale de cet Hyménoptère, est très distincte de toutes celles qui pré- cèdent. Elle vécut quinze ou seize heures dans l'eau où je dis- séquais l'Hylotome , et elle mangeait avec avidité le tissu grais- seux de cet insecte. Elle est remarquable par le nombre des segmens de son corps, qui m'a paru être de vingt à vingt-cinq. Ce dernier fait, s'il est bien positif (et je n'ose pas en garantir la certitude, parce que je ne l'ai constaté qu'une seule fois), ne confirmerait point la définition que M. de Blainville donne de la larve d'un Hexapode comparativement à un ver. D'après ce savant, la larve n'aurait jamais que quatorze anneaux, en ne comprenant la tête que pour un. (2) Je ne suis pas éloigné de croire que la larve dont il e- 1 ici question appartienne ou à un Rhipiptère ou à quelque insecte voisin de cet ordre : l'étude de cette métamorphose serait in- téressante. 9. Larve du Xenos Rossii, apode, oblongue, blanchâtre, de près de quatre lignes de longueur, ayant une tête écailleuse, plate et brune, et neuf ou dix segmens au corps. Nymphe ou chrysalide cylindroïde, oblongue, formée par l'induration de l'enveloppe tégumentaire de la larve; sa tête, largement triangulaire et coriacée, faisant une saillie extérieure entre les segmens dorsaux de l'Hyménoptère dont elle est pa- (1) Journ. dephys., t. i.xxxx, p. 9t. léon dufour. — Entozociircs. IQ rasite, offrant, de chaque coté, deux petits tubercules margi- naux et se terminant par trois points saillans; son corps, plus court, mais un peu plus gros que la larve, présentant encore la trace des segmens de celle-ci. PI. i A, fig. i5. Dans le Polistcs gallica. ■ C'est entre les segmens dorsaux de l'abdomen de cet Hymé- noptère que se trouvent logées les Chrysalides. J'ai rencontré jusqu'à quatre de ces parasites sur un même poliste, de ma- nière que son abdomen en était bosselé, difforme, et d'une pesanteur qui lui devenait à charge. L'automne est surtout la saison où les Polistes sont dans cet état bizarre de gestation. Ils survivent à la métamorphose complète du Xenos, ainsi que je m'en suis convaincu en conservant, dans des bocaux où je les nourrissais, ces Guépiaires chargées de leurs parasites. Ceux-ci n'attaquent point les viscères de l'insecte et ne vivent qu'aux dépens de son tissu adipeux splanchnique. 10. Nymphe ou chrysalide de Rhipiptère, apode, longue de deux lignes sur près d'une de largeur, à tête ovale subtrian- gulaire, noirâtre, coriacée, déprimée, excavée en dessous, séparée du corps par un étranglement , à corps cylindroïde blanchâtre souple, annelé. Pi. iA,fig. 16. Dans le Sphex sabulosa. En août 1 834, j e trouvai deux individus de ce parasite dans le même Sphex; ils étaient enfoncés dans la cavité abdominale de cet Hyménoptère jusqu'aux trois quarts de leur longueur. Je présume que cette chrysalide appartient à un Rhipiptère, mais à une espèce différente du Xenos Rossii, et nouvelle, suivant toute apparence, car les auteurs ne citent point le Sphex comme nourrissant des insectes de cet ordre. Serait-ce par hasard la chrysalide du Stylops melitœ de M. Kirby ou d'une espèce voisine? Je ne négligerai point l'occasion, si elle se présente, de compléter une observation qui peut devenir d'un intérêt piquant. 20 leon dufour. — Entozoaires. EXPLICATION DES FIGURES. (Toutes considérablement grossies). Fig. i. Filaria? Sphecodes. Fig. a. Oayuris? Gryllotalpœ. Fig. 3. Sphcerularia Bombi. Fig. 4. Gregarina sphœrulosa de VŒdipoda cet ride scem. Fig. 4 a. La même du Gryllotalpa. Fig. 5. G. soror. du Syrtis. Fig. 6. G. ovata du Gryllus campestris. Fig. 6 a. La même accouplée de la Forficula. Fig. 7. G. conica; des Coléoptères avec la bouche étalée. Fig. 7. a. La même; du Gryllus avec le céphalothorax enfoncé. Fig. 8. G. hyalocephala. Fig. 8. a. La même avec la bouche contractée en bouton. Fig. 9. G. oblonga du Grillon. 'Fig. 9. a. La même de YQEdipoda mlgratoria. Fig. 9. b. La même; jeune. Fig. xo. Larve, dans YOEdipoda migratoria. Fig. 1 1 . Larve : dans le Bombus terrestris. t Fig. 13. Larve; dans la Dasypode. Fig. i3. Larve; dans l'Andrène avec l'utriculc trachéenne de celle-ci. Fig. 14. Larve; dans l'Hylotome. Fig. 1 5. Chrysalide du Xenot Rossii. Fig. 16. Chrysalide de Rhipiptèrc; dans le Spkets sabulosa. Notice sur les dents incisives et le nombre des côtes du Rhino- céros africain. Par le Professeur G. Vrolik (père), d'Amsterdam. Apres que le célèbre Camper eut traité dans un discours public à Groningue, en l'an 1772 (1), de l'histoire naturelle du Rhinocéros africain , et qu'il eut fait mieux connaître cet ani- (1) Ce discours parut à Amsterdam , l'an 1782 , chez P. Meyer et G. Warnars. in-4 c vrolik. — Sur le Rhinocéros africain. ai mal par des recherches anatomiques, on- fut convaincu qu'il existait une espèce à double corne, distincte de l'espèce Asia- tique, qui n'en possède qu'une. Il restait cependant quelques points qui ne purent être éclaircis que par des découvertes plus récentes. On compte maintenant très distinctement quatre espèces, savoir celles, d'Afrique, d'Asie, de Java et de Suma- tra, et les découvertes des naturalistes ont enrichi de beaucoup nos connaissances sur l'anatomie et l'économie domestique de ces animaux. Le grand Cuvier rassembla, dans ses Recherches sur les osse- mensfbssiles, tout ce qui avait paru antérieurement à lui sur ce quadrupède dont il enrichit l'histoire par ses propres travaux (a). 11 semblera donc peut-être superflu d'ajouter encore des recher- ches à celles de ce célèbre savant. L'a considération qu'en ma- tière scientifique, tout le monde doit concourir à augmenter les connaissances acquises, a seule pu me déterminer à traiter ce sujet, après de si illustres prédécesseurs. Camper avait prétendu , que les Rhinocéros sont dépour- vus de dents incisives, tant à la mâchoire inférieure qu'a Ta supérieure, ne comptant de chaque côté que sept molaires, ce qui fait en somme 28 dans les deux mâchoires. Il pensa même, que les incisives leur seraient superflues, • puisque la lèvre su « périeure forme une espèce de doigt qui leur sert, comme à « l'éléphant ,.. pour saisir de petits objets et les porter dans la « bouche : dans lequel cas les incisives de là mâchoire inférieure « leur seraient inutiles et même gênantes. » (1) Plus tard \t révoqua cette proposition trop générale. Dans une lettre à Pallas, il dit: «J'ai eu- occasion de distinguer deux es- « pèces de Rhinocéros asiatiques, qui ont l'une et l'autre, qua* « tre grandes incisives. J'enverrai , à ce sujet , à l'Académie de « Péteisbourg la. continuation de mon Mémoire sur ces ani- « maux (a). » La- mort de Camper, qui suivit de près cette let- tre, semble l'avoir empêché d'exécuter ce dessein. Il paraît ce- fa) Nouv. éd. II. 1. fig. 1. Paris, i8aa , in-4°. (1) V. 1. c. p. 169. (a) Comparée : Neue Nordische Bcylracge. VII. p. a49> et Cuvier, 1. c. p. a6. a a vrolik. — Sur le Rhinocéros africain. pendant, que quoique Camper ne voulût pas nier l'existence des incisives chez tous les Rhinocéros, il ne les attribua pour- tant pas au Rhinocéros africain. Cuvier, qui nota soigneusement tout ce qui concerne les in- cisives des trois autres espèces , semble avoir partagé le senti- ment de Camper, en n'attribuant au Rhinocéros africain nulles dents incisives, pas même à la mâchoire inférieure (i). Ayant fait, dans l'année 1839, l'acquisition du squelette d'un Rhinocéros africain adulte , chez lequel plusieurs parties tendi- neuses et ligamenteuses étaient conservées, je trouvai le limbe alvéolaire de la mâchoire couvert de sa gencive desséchée, ce qui me fournit l'occasion de pouvoir bien observer les parties situées au-dessous. Je m'en réjouis d'autant plus, que je pensai que peut-être je trouverais dans cette espèce ce qui avait été observé relativement aux dents incisives de la mâchoire infé- rieure de l'espèce asiatique, savoir, qu'elles restent toujours ca- chées sous la gencive. (2) Après l'avoir fait ramollir dans de l'eau tiède , je pus à la fin enlever la gencive, sans offenser la mâchoire inférieure. Aussi- tôt qu'elle fut soulevée, je vis quatre objets, ayant la forme de dents dans des alvéoles très larges. En regardant de plus près, je vis que l'alvéole extérieure du coté droit était couverte d'un fragment osseux (3). Les trois autres dents étaient entièrement libres. En les ôtant des alvéoles, j«e pus remarquer leur différence de forme et de grandeur. Celles du milieu, de la forme d'une toupie, sont les plus petites : des; extérieures je n'en pus examiner qu'une, qui se laissa détacher de la mâchoire. Elle est beaucoup plus grosse et plus longue que les autres, de forme conique vers les deux bouts , plus élargie vers la partie inférieure : toutes trois ont leur surface rude et ne sont pas revêtues d'émail. (4) (1) L. c. p. 27, 3oet 3i. (a) Cuvier, 1. c. p. 10 : «• Elles restent en tout temps cachées sons la gencive , et voila pe-ui- « quoi Meckel ne les avait pas vues dans l'animal vivant, tandis qu'elles se sont montrées dans « le squelette. - (3) pi.! B.fig.i. (4) Voy. fig. a. Les trois dents sont représentées moitié de grandeur naturelle. vnoLiK. — Sur le lllunocéros africain. a3 Après ces observations, il nie parut intéressant d'examiner, si !e même fait se présenterait dans les squelettes : le Musée de Leyde m'en fournit une première occasion. Dans les os intermaxillaires de la mâchoire supérieure, je ne trouvai nul vestige de dents ou d'alvéoles : on n'y découvrait que de petites éminences aux endroits où l'on aurait pu s'atten- dre à trouver des dents. Les deux molaires antérieures manquent dans la mâchoire inférieure, ce qui me parut assez curieux ; on ne trouve même aucun vestige annonçant qu'elles aient existé précédemment. La direction proéminente des deux premières molaires de la mâchoire supérieure , qui sont en même temps plus petites que les suivantes , peut seulement faire supposer qu'elles n'ont pas manqué entièrement. D'abord mes recherches se portèrent sur le crâne d'un Rhi- nocéros adulte, dont le squelette avait été envoyé, quelques années auparavant, du Cap de Bonne-Espérance, au Musée de Leyde, par les naturalistes Boye et Macklos. La partie antérieure de la mâchoire inférieure est entière- ment intacte. Du côté droit, on trouve deux alvéoles : celle qui se trouve près du milieu de la mâchoire forme un trou très dis- tinct; l'autre est plus ou moins fermée. Du côté gauche, on trouve quelques vestiges de l'alvéole extérieure dans un bord élevé , demi-circulaire. L'autre alvéole , qui se rapproche davantage du milieu, est, au contraire, très distincte, et contient une dent qui s'élève au-dessus du bord de la mâchoire inférieure. Des deux côtés on voit six molaires également développées. Contre la plus antérieure, on voit de chaque côté de la mâchoire une septième molaire très petite, de forme comprimée, s'éle- vant à peine au dessus de la mâchoire, et dont la surface postérieure est pressée contre la molaire suivante , sans inters- tice osseux, comme on en voit ordinairement. Dans la mâchoire supérieure les os intennaxillaires sont par- faitement intacts. Cependant on n'y découvre nul signe d'inci- sives ou d'alvéoles. Les molaires sont au nombre de sept et bien développées. Les six postérieures correspondent à celles de la il\ vrolik. — Sur le Rhinocéros africain. mâchoire inférieure. La septième ou l'antérieure n'a que la moi- tié de la largeur des autres, mais est cependant très forte en com- paraison de la molaire , qui lui correspond dans la mâchoire inférieure. Outre ce crâne, on trouve au Musée de Leyde encore trois autres crânes de Rhinocéros africains , ayant appartenu à des individus plus jeunes. Dans la mâchoire inférieure de la plus grande on trouve distinctement quatre alvéoles. Les dents elles-mêmes sont perdues. Les molaires ne sont pas toutes bien développées : la septième ou postérieure est cachée dans l'alvéole. La première n'a en grandeur que la moitié des suivantes, mais elle est plus grande que celle de l'individu adulte, décrit ci-dessus. Elle est presque aussi grande que la molaire , qui lui correspond dans la mâ- choire supérieure. Les os intermaxillaires, non dépourvus entièrement des par- ties fibreuses qui les avaient recouvertes, n'indiquaient pas d'al- véoles. Des sept molaires, la dernière était cachée dans son alvéole et la première avait la moitié de la grandeur des sui- vantes. Le second crâne appartenait à un individu encore plus jeune. Les alvéoles des quatre incisives étaient très distinctes, et les exté- rieures plus profondes que celles du milieu, comme chez le crâne de ma collection. Dans les deux mâchoires il n'y a que cinq molaires, de chaque côté, dont les dernières encore cachées dans les alvéoles. Les os intermaxillaires étaient endommagés. Le troisième crâne est celui d'un Rhinocéros, nouveau né. Au côté gauche de la mâchoire inférieure, on voit très distinctement une incisive dans son alvéole : les autres ne sont pas si distinc- tes. Toutes les molaires sont encore cachées dans leurs alvéoles. Dans les intermaxillaires, on ne trouve ni dents ni alvéoles. Dans le Musée de Groningue on a conserve le crâne du Rhi- nocéros bicorne , décrit par Camper. Je m'empressai donc de l'examiner. Les deux mâchoires possèdent en tout 28 molaires, dont les vaolik. — Sur le Rhinocéros africain. 2 5 antérieures sont bien plus petites que les suivantes. Les os in- termaxillaires manquent. Dans la mâchoire inférieure on voit quatre alvéoles fermées , dont les extérieures cependant offrent des traces indiquant qu'elles ont été ouvertes. Les crânes des Rhinocéros africains , que je viens de dé- crire, sont les seuls que j'aie pu examiner. Cependant ces faits me semblent suffisans pour que je puisse en conclure la présence de quatre incisives dans la mâchoire inférieure. La comparaison que j'ai faite d'individus appartenant à des espèces différentes m'a suggéré en outre la réflexion suivante. Camper admet que le nombre des molaires est toujours de 28. Cuvier (1) dit même que quand il y en a moins , cela vient de ce qu'elles n'ont pas percé, ou de ce qu'elles sont tombées ou usées. Ceci me parut ne pas avoir toujours lieu. Dansle crâne d'un Rhi- nocéros de Java, de ma collection, peu avancé dans l'âge adulte, je ne compte de chaque côté dans les mâchoires que six molaires sans aucun vestige de la présence d'une septième en avant. D'où je conclus que le nombre, de 28 n'est pas invariablement fixe. La même chose a lieu quant aux côtes. Cependant les indi- vidus d'une même espèce semblent en avoir le même nombre. Cuvier attribue 19 côtes au Rhinocéros. Tiedemann lui donne dans un passage (2) vingt vertèbres dorsales, auxquelles corres- pondent les côtes : tandis qu'ailleurs, dans la description même du Rhinocéros (3) il ne lui en assigne que 19. Ce dernier nombre est exact pour toutes les espèces , hors l'africaine. Dans le squelette de ma collection , on en trouve 21 de chaque côté: dans celui du Musée de Leyde, on n'en compte que 20 (4). H paraît donc que le nombre de 19 côtes n'est pas exact, pour toutes les espèces de Rhinocéros. Au reste, on voit très souvent que le nombre des côtes va- (1) "V. 1. c. p. 9 et suiv. (2) Zoologie , 1 , p. î35. (3) Ibid. p. 5io. (4) La dernière pa : re de mon squelette étant très petite et tendre , il ne me semble pas im- possible qu'elle soit un jeu de la nature, comme on en voit quelquefois chez les autres ani- maux , même chez l'homme. a6 vrolik. — Sur le Rhinocéros africain. rie, chez des animaux du même genre. VEquus Montanus a 19 côtes, tandis que VEquus Quagga et VEquus Zébra n'en pos- sèdent que 18. Le Tapirus americanus a 18 côtes, le Tapirus indicus en possède 20, etc. Ce serait donc s'exposer à se trom- per que de déterminer par le nombre de côtes d'un animal, ce- lui de toutes les espèces du même genre. Cependant le célèbre Cuvier n'y fit pas toujours attention, comme nous l'avons vu par rapport au Rhinocéros. En énumérant les points de compa- raison du Daman et du Rhinocéros, il dit : (2) « La composition du tronc en offre déjà un. Le Daman a « vingt-une côtes de chaque côté, nombre supérieur à celui de « tous les autres quadrupèdes, l'Unau excepté, qui en a vingt- « trois; et ceux qui les ont le plus nombreuses après le Daman, « appartiennent précisément à cet ordre des pachydermes dans « lequel nous voulons le ranger; l'éléphant et le tapir en ont « chacun vingt; le Rhinocéros en particulier en a dix-neuf; « les solipèdes qui approchent beaucoup des pachydermes, en « ont dix-huit. » On voit par Ténumération des côtes du Tapir américain et de VEquus montanus que les nombres donnés par Cuvier ne sont pas tout-à-fait exacts. Le nombre des vertèbres lombaires de mon Rhinocéros afri- cain, ne répond pas non plus aux données du grand naturaliste. Je n'en trouvai que deux : il en indique trois. Ceci peut cepen- dant très bien s'expliquer par le nombre des vertèbres dorsales, qui chez mon individu est de 2 1 au lieu de 20, ce qui a proba- blement réduit le nombre des vertèbres lombaires de trois à deux. EXPLICATION DE LA PLANCHE I B. Fig. 1. Mâchoire inférieure du Rhinocéros africain. Fig. a. Incisives détachées de l'alvéole. e n renberg. — Sur l'existence d'infusoires fossiles. 1 7 Observations préliminaires sur l'existence d'infusoires fossiles et sur leur profusion dans la nature , Par M. Eh renberg. Second article. {1) II est aujourd'hui suffisamment prouvé, que l'argile à polir de Bilin en Bohème, qui appartient à la formation tertiaire, est composée en très grande partie des enveloppes siliceuses du Gaillonella distans et de quelques autres Infusoires, sans aucun autre corps étranger- Mais les nouveaux dépôts siliceux et le Bergmehl de Santa-Fiora, moins intéressans pour la géologie, et qui sont formés d'enveloppes d'infusoires plus grosses, contri- buent plus encore que l'argile à polir, à mettre en évidence cette composition organique ; car cette dernière ne renferme que des animalcules pour lesquels il faut avoir recours à un grossisse- ment à-la-fois très fort et très clair. Grâce aux soins généreux et aux communications de M. Alexandre de Humboldt qui, im- médiatement après son voyage à Tœplitz, a visité les gisemens de Bilin, et qui m'a envoyé deux collections très nombreuses des terrains de cette localité, je me suis trouvé, pour continuer mes recherches, en possession de matériaux qui m'ont donné des résultats nombreux et nouveaux. Mais avant que d'aborder ces résultats vraiment merveilleux, je dois dire que l'examen de l'argile à polir de Planitza , dont la communication bienveillante de M. Weiss et la libéralité de M. Freiesleben me mirent à même d'étudier un échantillon, m'a fait voir avec certitude que les couches de ce terrain sont en- core des amas immenses d'infusoires fossiles. A la vérité, l'é- chantillon que j'ai examiné ressemble au schiste siliceux (Saug- schiefer) de Bilin , et les dépouilles d'infusoires [Gaillonella (1) Ànualeu der Physik, clc. de PoggendorK, u 9 6, 18 36 ; traduit de l'allemand par M. Brullé. 28 ehrenberg. — Sur l'existence d'Infusoires fossiles. distans) qu'il renferme, sont remplies d'un ciment siliceux qui les réunit entre elles et qui empêche d'en reconnaître bien net- tement la forme; mais j'en ai vu quelques-unes d'une manière si distincte, que je suis parfaitement convaincu du rapport de ces deux terrains. C'est sans doute ce ciment qui donne à la roche un aspect plus terreux, analogue aux parties moins com- pactes de l'argile à polir, mais ses parties n'en sont pas moins formées d'une masse prédominante de Gaillonella distans non altérés. Un autre échantillon digne d'un intérêt tout particulier, est celui de l'argile à polir de Cassel, que M. Carus eut la bonté de m'envoyer de Dresde, et où il avait cru reconnaître aussi des for- mes organiques. Quelques échantillons du même gisement se trouvent aussi au Cabinet Royal de Minéralogie; ils renfer- ment des empreintes de poissons (leuciscus papyraceus). Tout récemment encore, je dus à l'obligeance de M. Kesferstein à Halle, des échantillons du tripoli de Cassel, provenant de l'Ha- bichtswald. Cette terre à polir de Cassel renferme sept espèces différentes d'enveloppes d'Infusoires, entre lesquelles on peut remarquer une masse moins compacte et en grande partie sili- ceuse, formant une espèce de gangue et de ciment qu'il n'est pas facile d'isoler entièrement des débris organiques. Ce que cette roche offre de plus remarquable, c'est qu'elle renferme, de manière à n'en pas douter, deux formes des plus distinctes d'es- pèces aujourd'hui vivantes y tandis que la roche de Bilin et celle de Planitza ne présentent généralement que des formes soit d'espèces détruites , soit d'espèces encore inconnues , ou même des formes analogues à celles des espèces vivantes, mais trop peu distinctes et trop peu arrêtées pour offrir une identité complète. J'ai reconnu dans la roche de Cassel les Gaillonella varians et Navicula viridis ; le Nav. s tria ta semble s'y trouver aussi.he Gaillonella varians et le Navicula viridis se présentent simultanément dans la formation tertiaire de Cassel et dans le Bergmehl de Santa-Fiora,et leur forme est en général voisine de celle du Navicula Follis. Outre i° le Gaillonella varians, 2° le Navicula viridis, 3° le N. striatula, 4° I e N. crux (conjer. nav. Follis adulta),)a\ rencontré de plus dans la roche de Cassel ; 5 le F.HRENBEHG. — Sur V existence cl Infusoires fossiles. 29 N.fubajuv.y 6° le /V. gracilis,eK 7 le N. Cari , N. Sp., trois es- pèces moins tranchées, dont la dernière, très abondante, m'est encore inconnue. Après ces observations sur l'existence maintenant bien con- statée d'Infusoires fossiles servant de pierre à polir , abordons l'examen du riche envoi fait par M. de Humboldr, des terrains de Bilin et de la vallée de Luschitz , et qui est devenu la source d'investigations plus heureuses. Cet envoi se compose d'une pe- tite collection de diverses roches de Bilin, recueillies par M. le D'Stolz, d'une collection plus considérable faite par M. le D r Reuss , et enfin de plusieurs échantillons pris par M. de Hum- boldt lui-même. Un dessin à la plume, fait avec beaucoup de soin par M. Reuss, et qui accompagnait cet envoi, donne une connaissance exacte de la position des couches de ce terrain. La roche à Infusoires de Bilin forme la couche supérieure , épaisse de 14 pieds, du Tripelberg, qui s'élève d'environ trois cents pieds au-dessus de la petite rivière de Biela, et que l'on a confondu jusqu'ici avec le Kritschelberg , dont il est bien dis- tinct. Elle repose sur une couche d'argile, qui, elle-même, re- couvre une couche de marne crayeuse. La base de la montagne est formée par le gneiss. Les couches de roches supérieures s'étendent à l'occident du Tripelberg jusqu'à un filon basal- tique qui forme le Spitalberg, et de l'autre côté duquel ( à l'oc- cident) on trouve une couche de calcaire grossier qui repose sur le gneiss, et qui est rempli de pétrifications ou d'empreintes de petits animaux marins à enveloppe calcaire, de la famille des Crinoïdes. Dans le tripoli {Polirschiefer), les masses les plus solides du schiste siliceux et du semi-opale (Saugschieferet Halbopal) sont situées dans la moitié supérieure, et les masses terreuses dans la moitié inférieure, souvent sans aucun ordre bien distinct , les Infusoires étant disposés presque horizontalement. L'observation attentive que je fis du schiste siliceux et du sémi-opale, dont j'ai eu à ma disposition de nombreux échan- tillons, m'a conduit à ce résultat presque inattendu, que l'un et l'autre ont entre eux les plus grands rapports par les Infu- soires qu'ils renferment. Le Saugschiefer n'est évidemment, 3o ehrenberg. — Sur l'existence d } Infusoires fossiles.' ainsi que me l'a fait voir le microscope, qu'une roche à polir, dont les dépouilles d'Infusoires sont agglomérées par une masse siliceuse amorphe, et en sont même remplies comme le test fos- sile de beaucoup de mollusques. C'est ce que prouvent sa pe- santeur spécifique et tous ses autres caractères. Dans les passa- ges successifs de cette roche au sémi-opale, on voit comment la masse siliceuse s'est accrue aux dépens des enveloppes des infusoires, et comment les petites enveloppes ont diminué sous le rapport du nombre et de la forme des contours. La formation du semi-opale dans la roche à polir et son mé- lange avec la masse de cette dernière, semblent avoir eu lieu d'une manière insensible. Ayant examiné soigneusement sous le microscope les différens échantillons de semi-opale de Bilin et de la vallée de Luschitz qui en est voisine, j'ai reconnu que tous ces échantillons , semblables quelquefois à la pierre à fusil sous le rapport de la dureté, et donnant comme elle des étin- celles , sont tantôt formés d'Infusoires réunis par une masse siliceuse transparente, et tantôt renferment seulement des indi- vidus isolées d'espèces plus grandes, comme sont les insectes dans l'ambre. Souvent même il est très facile de reconnaître, que les couches du tripoli [Polirschiefer) n'ont été altérées ni par leur mélange avec le schiste siliceux (Saugschiefer), dans lequel il se ré- pand comme une masse siliceuse amorphe et comme une espèce de ciment, ni par leur mélange avec le semi-opale; mais tout au plus par la dissolution de quelques-uns des Infusoires qu'elle renfermait, sans doute des espèces les plus petites, tandis qu'une autre partie, et surtout les plus grosses espèces, demeurèrent sans altération. Dans ces cas, les couches sont demeurées tout aussi distinctes qu'elles l'étaient auparavant dans le tri- poli et c'est ce qui forme les stries du semi-opale. Les stries blanches et moins transparentes, sont le plus ordinairement des lamelles encore existantes d'Infusoires. On peut donc comparer la force dissolvante qui a agi sur les enveloppes siliceuses, à celle d'une goutte d'eau ou de vapeur sur une masse de farine. Les portions atteintes en auront été pénétrées sans changer de place , dissoutes en partie peu-à-peu , et changées en une masse opaline, ou bien la matière formatrice de l'opale ne rencontrant ehrenbehg. — Sur l'existence d'injusoires fossiles. 3i aucun intervalle où elle pût pénétrer, s'est assimilée une portion plus ou moins grande de ces enveloppes siliceuses vides. La vé- ritable opale ligniforme dans laquelle la substance ligneuse s'est convertie en opale, porte à croire avec vraisemblance qu'une certaine masse d'opale aura remplacé cette substance, soluble dans l'humidité , tout en en conservant la forme. Le déplace- ment opéré par l'opale de la masse siliceuse qui remplissait l'in- tervalle des enveloppes d'Infusoires, n'est pas aussi évident; mais cependant cette opinion paraît admissible, savoir que l'opale aura pu se former aux dépens des enveloppes siliceuses soit à l'aide de l'eau pure, soit à l'aide d'un autre dissolvant non acide, comme la pâte se forme de la farine. La pâte offre des raies avant d'être pétrie ; le semi-opale présente souvent aussi des raies formées par les Tnfusoires ; chacune de ces deux substances est également hydratée. Les espèces isolées que renferme le semi-opale deBilin et de la vallée de Lusichtz, et que nous avons comparées, pour la dispo- sition,aux insectes de l'ambre jaune,sont : i° Gaillonella distans, i° G. varians , à laquelle se rapportent surtout les gros indivi- dus, 3° G. ferruginea, 4° des filamens siliceux de quelque éponge. La première est presque entièrement dissoute, et se présente quelquefois en masse prédominante avec les contours un peu effacés , quoique la substance qui lui sert de gangue semble lout-à-fait vitrée. La deuxième se présente d'une ma- nière plus distincte, mais avec les contours effacés. La troi- sième , déjà obtenue quelquefois dans les échantillons de cou- leur jaune-brune (Ledergelben) , ne peut être considérée, à cause de sa petitesse, comme une espèce bien déterminée. Quant à la dernière, qui se sera peut-être développée dans les parties humides du tripoli déjà formé, elle n'est pas sans impor- tance à l'égard de la question de l'influence du feu souter- rain. Chauffé au rouge, cet opale jaune devenait rouge et se com- portait comme le fer ; la partie rouge se composait de filamens articulés de Gaillonella , il n'était donc pas possible que cette substance eût été déjà oxidée à l'air libre. Toutefois, la direction horizontale et régulière des couches de la roche à polir, qui sont peut-être autant de couches annuelles ou périodiques résul- 3a eitrenberg. — Sur V existence d'Infusoires fossiles. tant de dépôt», est en faveur de l'influence du feu. D'ailleurs, la purification de toule la substance a pu se faire à l'aide des vapeurs chaudes, émanées de quelque volcan voisin , sans que la présence du feu ait été vraiment nécessaire. Ces composans organiques se sont montrés dans le sémi- opale de Bilin, d'une manière qui n'est pas douteuse. Une struc- ture très analogue, avec des formes organiques très voisines, s'est aussi montrée dans le semi-opale de Champigny, dans celui de la Dolérite de Steinhen près Hanau , et dans celui de la forma- tion de serpentine de Kosemitz en Silésie. Les corps microsco- piques, et jamais plus gros , de forme distinctement globu- leuse, renfermés dans le semi-opale de Kosemitz ou dans le pé- trosilex (Hornstein ), et ressemblant entièrement à de la farine blanche, dont sont remplies les dépouilles fossiles, pourraient bien appartenir en partie au genre Pyxidicula encore vivant. Ils se comportent d'une toute autre manière que les petites co- lonnes de stalactite, qui forment les yeux ronds de l'Agathe. Il était naturel d'éprouver encore une fois le silex de la craie, que j'avais déjà étudié souvent. C'est ce que je fis avec plus de soin et aussi avec plus de succès. Les petits fragmens de silex noirs et pourvus de petits espaces transparenr, ne me présen- tèrent aucune trace distincte de corps microscopiques sembla- bles à des êtres organisés, mais on en voit beaucoup dans les parties blanchâtres ou jaunâtres , qui ne sont pas transpa- rentes. Les échantillons plus rares qui sont striés horizontale- ment, se comportent d'une manière presque analogue au sémi- opale strié. Ils renferment tousdes corps fusiformes ou globuleux, quelquefois pourvus d'une ouverture, et à peine visibles à l'œil nu, qui sont répandus isolément dans une masse transparente de silex. Quelquefois aussi ces derniers présentent comme le Gaillonella distans de Cassel, des stries qui vont en rayonnant du centre, lequel est percé, à la circonférence, et une enveloppe assez distinctement limitée. Les enveloppes d'apparence créta- cée et blanches du silex, ne font pas effervescence avec les aci- des, ainsi que je m'en suis assuré; ce n'est point de la craie, mais une terre siliceuse, non susceptible d'effervescence , et qui se comporte comme la croûte d'un morceau de pâte, c'est- ehrenberg. — Sur l'existence d'Infusoires fossiles. 33 à-dire qu'elle constitue cette couche de la farine siliceuse (Kie- selmehl) (véritable matière organisée), qui, dans la formation du silex, reçoit seulement à sa surface la partie liquide qui se dissout et qui se transforme, mais qui ne pénètre pas dans son intérieur. Il est par conséquent très probable que le silex pyromaque de la craie (Feuersteinè) s'est formée d'une manière analogue au semi-opale du tripoli. Les parties siliceuses se se- ront fixées peu-à-peu à cause de leur poids, dans des en- droits particuliers , et auront ainsi formé une couche de farine siliceuse (Kiesel-Bergmehl) dans la craie, comme on voit, dans les masses de décombres coupées perpendiculairement, les objets d'une pesanteur inégale, le mortier, les débris de porcelaine, les os et autres semblables, disposés séparément en couches hori- zontales. Supposons maintenant la présence d'un fluide dissol- vant élastique ou disséminé en gouttelettes, ces masses se seront transformées alors en couches horizontales et auront donné lieu à des cavités qui ont déjà attiré d'une manière si spéciale l'attention des géologues, et dont quelques-unes présentent sou- vent la forme soit d'une holoturie, soit des coraux, mais dont le plus grand nombre se refusent à toute désignation spéciale, soit à cause de leur énorme volume, soit à cause de leur forme abso- lument indéterminée. Je présenterai dans un prochain Mémoire de peu d'étendue (1), quelques autres faits nouveaux sur l'arrange- ment microscopique et très régulier de la craie et de la terre à porcelaine. On trouve surtout très distinctement dans le Méni- lite la structure en masse d'une substance qui s'y est répandue et qui ne présente presque aucune cavité dans son intérieur, sans que pour cela les couches de la masse principale aient été dérangées. J'arrive enfin à l'examen de l'opale précieuse (Edelopal) de Raschau. Dans quelques fragmens, tant de l'opale serpentine très commune de Rosemitz que dans l'opale porphyre de Ras- chan, j'ai trouvé pareillement des corps ronds qui y étaient ren- fermés, comme ceux du silex mentionné plus haut, mais la plus (i) Dans le 9 e cahier du journal de Poggendorlî, i836. VII. Zool. — Janvier. 3 34 ehrenberg. — Sur l" existence cl ' lnfusoires fossiles. grande partie de la masse était homogène à l'intérieur. Je re- cherchai donc quelle pouvait tUro la guangue de l'opale pré- cieuse [Edelopat], et je trouvai qu'une masse pyriteuse (Stein- markartige-Massé) en enveloppe toujours immédiatement les masses. Cette pyrite de Kaschan présente sous le microscope une grande ressemblance avec le Gaillonella distans, comme c'est aussi le cas du Saugschiefer de Bilin. Ces caractères si frappans de première formation, m'ontengagé à répéter souvent ces recherches et d'autres semblables, et à les exposer en pu- blic, plutôt que de les passer sous silence; je continuerai par la suite mes expériences et mes études sur ce sujet , et j'en pré- senterai les résultats , soit qu'ils doivent nous ouvrir une voie nouvelle , soit qu'ils nous aient déjà appris tout ce que nous pouvons en savoir. Plus cet axiome, en partie suranné et en partie nouveau, Omnis Calx e vermibus , omnis Silex è vermibus; omne Ferrum è vermibus, semble pouvoir acquérir de vraisemblance, plus il est nécessaire de répéter des expériences exactes (ce qui n'est cer- tainement pas l'affaire d'un jour) pour séparer les faits de la théorie et pour dégager les premiers des nuages qui les voilent, ce qui nous mettra ainsi en état d'atteindre, autant que pos- sible, par des observations soigneuses, les limites probables que la nature leur a imposées. Parmi les faits les plus avérés jusqu'ici, on peut ranger les su i vans, savoir : Que i° le Bergmehl ; 2 le dépôt siliceux (Kierelguhr), l'un et l'autre de formation tertiaire; 3° le tripoli (Polirschiefer); 4° le Sangchiefer; 5° FAlbopal de Tripoli, tous trois de forma- tion tertiaire, se composent, en tout ou en partie, de débris des enveloppes d'infusoires ; De plus, que d'autres espèces minérales se comportent très probablement de la même manière; telles sont les suivantes : 6° Le Semi- opale de la dolérite; 7 l'Opale précieux du por- phyre; 8° le Silex de la craie, tous trois de formation secon- daire et primaire; 9 la terre jaune (Gelberde); io° le minerai p. gervais. — Sur les Myriapodes. 35 de fer limoneux (Reseneisenstein); i i°certa'mes espèces de py- rites (Steinmark) (i)» tous tr °i s d e formation récente. Etudes pour servir à l'histoire naturelle des Myriapodes, Par M. P. Gervais. De toutes les parties de l'Entomologie, celle qui s'occupe de l'histoire naturelle des Myriapodes paraîtra, sans contredit, la moins avancée , si l'on s'en rapporte au peu de détails que les ouvrages les mieux famés renferment sur ces animaux remar- quables; les Myriapodes, en effet, ont été étudiés avec moins de succès, et surtout avec moins de suite, que beaucoup d'au- tres groupes d'animaux articulés; mais ils ont cependant donné Heu à plusieurs travaux intéressans, et qui méritaient certaine- ment qu'on en fit plus de cas. Beaucoup de ces travaux répan- dus, il est vrai, dans des recueils ou des ouvrages assez variés, ont été, néanmoins, passés sous silence ou fort incomplètement énumérés par des personnes que leur titre de monographes aurait pu faire croire moins superficielles; et il est à remarquer, d'autre part, que les sa vans qui ont eux-mêmes apporté d'utiles matériaux par la myriapodologie , ont le plus souvent négligé de faire savoir ce que leurs prédécesseurs avaient déjà fait pour cette science. C'est ce que n'ont pas tardé à me faire reconnaître les re- cherches que nécessitait la détermination de quelques espèces recueillies aux environs de notre capitale; car pour trouver le (i) L'étude d'un échantillon de pyrite, que l'on a regardé jusqu'ici comme une roche nac* lique (Schwimmsteiri) (voy. la Géognosie de Klœden. 1884 , p. 3o) , m'a appris tout récemment que sa masse principale est formée des mêmes fuseaux siliceux d'épongés , et des petits globules (Iufusoires [Pyxidicules) , que la gangue siliceuse de la pyrite renferme si abondamment Ces corps existent même aussi dans la poussière (Mehl) de l'enveloppe de la silice. Cette roche nac- tique se comporte d'ailleurs à l'égard de la silice comme le tripoli à l'égard du semi-opale; et appartient à la craie. 3. 36 i». gI'ïivats. — Sar les Myriapodes. nom d'un animal, même vulgaire, il faut souvent passer en revue bien des descriptions et compulser bien des ouvrages. L'histoire de la science est intimement liée à la rapidité de ses progrès, et dire ce qu'elle a acquis, c'est indiquer ce qui lui manque encore. Aussi ai-je pensé qu'il ne serait pas inutile de joindre, à quelques études sur les métamorphoses et les carac- tères spécifiques des Iules, des Scolopendres, etc., différentes données de bibliographie que j'ai dû nécessairement acquérir. On se rappellera toutefois que mon but n'a point été une sy- nonymie des Myriapodes, et que si j'ai fait connaître que cette -partie de la science était moins pauvre qu'on ne l'avait géné- ralement supposé, j'ai pu ignorer ou bien omettre, à -cause de la nature de mon sujet, quelques faits déjà publiés. J'indiquerai, dans un, premier chapitre, les opinions diverses que les principaux zoologistes se sont faites des Myriapodes, en discutant, s'il se peut, les raisons sur lesquelles repose leur manière de voir. Je passerai ensuite à la classification des ani- maux de ce groupe, et à l'énumération des espèces indigènes ou exotiques que j'ai étudiées, en même temps que j'indiquerai leurs congénères déjà connues, et, dans un troisième chapitre, je signalerai diverses particularités encore inédites de leurs mé- tamorphoses. CHAPITRE PREMIER. Les anciens auteurs, et parmi eux A ristote, frappés des rap- ports évidens que les Mille-pieds ou Myriapodes présentent dans leur forme extérieure avec les vers marins, et particuliè- rement avec les Néréides, les ont fréquemment comparés à ces animaux, et souvent même ils ont appliqué aux uns etaux autres le nom commun de Scolopendres, en les distinguant seulement par des épithètes tirées de la nature du milieu qu'ils habitent. Les naturalistes qui ont les premiers étudié les Nais, autres animaux articulés qui semblent représenter dans nos eaux douces les Néréides des eaux salées, leur ont aussi donné le nom collectif de Scolopendres ou de Mille-pieds, et pour Trem- bley, le Naïs, nommé depuis Nais proboscidea par Millier, est p. gervais. — Sur les Myriapodes. % le Mille-pieds à dard. Les Iules étaient par les anciens, comme ils le sont par les modernes, rapprochés des Scolopendres;. et Aristote dit qu'ils constituent une autre forme de ces ani- maux. La classification linéenne a placé les Iules et les Scolopendres parmi les insectes aptères, et plus près des vers, qui commen- cent par quelques espèces apodes que d'aucun autre genre d'animaux.; toutefois ils n'y forment pas, dans la catégorie des aptères, un groupe séparé des autres animaux de cette section. Geoffroy et de Geer, célèbres par leurs observations, qui n'ont trouvé jusqu'ici que des admirateurs, placèrent dans leur sys- tème entomologique les deux genres que je viens de citer, après tous les autres articulés, pourvus de pattes, dont ils avaient eu connaissance. Fahricius (1793) (1) les a rangés dans la sixième classe de ses insectes, et il les réunit aux Cloportes, qui forment le troisième genre Omscus,en les appelant du nom commun de Mitosata; c'est entre les Libellules (udonata) et les Arachnides ou Octopodes (unogata) qu'il place ses Mitosates. Les Glomeri», dans sa méthode, font partie du même genre que les Cloportes, mais ils ne tardèrent pas à en être séparés pour être relégués, par Olivier (1792) (2), dans le groupe de Crustacés récem- ment distingués par Lamarck. Latreille, adoptant cette classi- fication, rapporte les Myriapodes à la classe des Arachnides, et, ainsi que Lamarck , il les y laisse avec les Thysanoures,.associant ainsi, dans un même groupe, des animaux qui appartiennent, sans aucun doute, à trois classes différentes. Le même savant (3) établit trois genres particuliers pour les trois sections indiquées par Olivier dans le genre des Iules. Leach (1814) (4) revient à la manière de voir de Fabricius, en admettant pour les Myria- podes {Mitosata Maj. parte, Fabric. ) une classe particulière qu'il rapproche, d'une part, des Crustacés terminés par les Armadilles, et de l'autre des Arachnides, à la tète desquels on (1) Eutoraologia gjstematica, II. (a) Encyclop. métliod. Insectes, t. vu , p. 4 1 a, art. Iule. (3) Hist. des insectes, 1804. (4) Linn. trans. t. m , p. 3;C , et Zuol. Miscell. ia. 38 p. gervais. — Sur les Myriapodes. distingue les Nymphons et autres, dont les rapports avec les Géophilesnesont pas très évidens. Leach décrit parmi les Iules plusieurs espèces d'Angleterre; il distingue le genre Craspédo- some voisin des Polydesmes; et en même temps qu'il admet, sous le nom de Cermatia Illig. le genre proposé par Lamarck sous celui, de Scutigera pour le Scolopendra araneoïdes , il caractérise, aux dépens des Scolopendra, les genres C/yp- topsj Lithobius et Geophilus , qui doivent certainement être adoptés : le travail de Leach est le meilleur que l'on ait sur les Myriapodes. M. de Blainville (i) fait aussi des Myriapodes une classe particulière, mais il est plus heureux que ses prédé- cesseurs dans la position qu'il assigne à ces animaux. Recon- naissant à la-fois leurs rapports avec les Crustacés à quatorze pattes, et les Annélides à soies ou Chétopodes, il les place entre ces deux classes d'animaux qu'ils semblent lier; plus tard, M. de Blainville aperçut , dans le singulier genre Peripatus de Guil- ding, un nouveau point de transition entre les Myriapodes et les Chétopodes, et dans un de ses cours de la Faculté des Sciences, il établit pour les Péripates, dont il a étudié une se- conde espèce (Perip. brevis Blainv.; du Cap) (2), une nouvelle classe sous le nom de Malacopodes. Latreille (3), recon naissant en suite, avec MM. Leach et de Blain- ville, que les Thysanoures sont de véritables insectes, en rappro- che les Myriapodes, et considère ces derniers comme formant (1) Bulletin de la Société Philomatique, 1816, p. 123. (a) M. de Blainville a bien voulu m'en communiquer la description suivante extraite d'un mémoire manuscrit depuis plusieurs années. « Corps subfusiforme pourvu de quatorze pairevHe pattes , noir velouté en dessus , blan- châtre en dessous ; longueur totale en comprenant les antennes, 43 mill; plus grande largeur, 4 mill. Animal terrestre recueilli par M. Goudot pendant une excursion à la montagne de la Table (Cap de Bonne-Espérance), et trouvé sous une pierre dans une localité ombragée. Les Péripates seront placés après les Myriapodes et à la tête des Entomozoaires que l'on a nommés Annélides ; il faut sans doute rapporter à leur groupe un animal dont il est question dans une Uttre adressée de San-Carlos de Cbiloe (Chili) à M. de Blainville par M. Gay, et quece dernier appelle provisoirement Venilia Blainvillei. Ce Péripate a 19 paires de pattes; il est également terrestre et vit au milieu des bois et sous les troncs d'arbres pourris. Le P. iuliformis a été ob- servé aux îles Caraïbes par M. GuilJing ; M. Mac-Leay l'a trouvé à Cuba , et MM. Audouin et Edwards en ont étudié un individu rapporté de la Guyane par M. Lacordaire. » (3) Règne anim. par G. Cuvier , t. îv , 1 8.1 7. p. gbrvais. — Sur les Myriapodes. 3q le premier ordre dans la classe même des insectes; les Glomeris sont dès-lors séparés des Cloportes, que Fahriciuset Lalreille lui- même, dans ses premiers ou vrages, avait regarde comme leurs con- génères, par les Arachnides et une partie des Crustacés. En 1825 il a formé, avec les Myriapodes, une classe à part; mais en leur reconnaissant les mêmes affinités ou au moins celles qu'il leur suppose avec les Thysanoures, car il dit, en i832 , (1) : « Ainsi les Machiles seraient des Thysanoures pourvus de onze paires de pattes, dont trois thoraciques et complètes et neuf ventrales ou rudimentaires. Ces insectes doivent donc, en série naturelle, venir immédiatement après les Myriapodes. » M. Straus, dans son savant ouvrage (a), reconnaît les affinités des Myriapodes avec les Annélides, et pour lui le Pollyxenus est le genre le plus voisin de ces animaux; c'est surtout des Léo- dices qu'il lui semble se rapprocher. M. Straus admet qu'un genre inconnu doit exister, qui formera un nouveau chaînon entre les deux classes (3); il trouve de même que Latreille et que M. Du- gès (4) depuis lui, que les Myriapodes ont aussi des rapports avec les Thysanoures. Ajoutons que plusieurs autres naturalistes ont encore étudié les Myriapodes, mais sans apporter aucun fait nouveau capable d'infirmer ou de détruire l'opinion que chaque auteur s'est faite de leurs affinités. On doit surtout citer M.E.T.Gray et M. Brandt: le premier a distingué (1 83a) dans les figures de Yanimal King- dom de Griffith, pi. i33, mais non décrit, un nouveau genre de Glomeris, qu'il appelle Zephronia > et un autre genre de Iules aplatis sous le nom de Cambala. M. Brandt (5) ne s'est également occupé que des animaux du même ordre. Il a donné une monographie des Glomeris, et une autre moins étendue pour les Iules et les polydesmes. Nous citerons dans notre deuxième (1) Nouvelles Annales du Muséum, 1 , 175. (a) Considéra lions générales sur l'anatomie des animaux articulés, introduct., p. 16. (3) On peut dire que ce genre est celui des Péripates cité plus haut; mais le Péripate qui se rapproche sans contredit des Léodices et de quelques autres Chétopodes à deux antennes , pa- rait plus voisin des Scolopendres, que des Polyxènes et même que des Iules. (4) Méin. sur les conformités organiques de l'échelle animale, iu-4°, i83a. (5) Bull. Soc. nat., Moscou, t. vi, p. ty4.] 4o p. gervais. — Sur les Myriapodes. chapitre les intéressantes espèces dont on doit la distinction à ce savant. M. Risso {}) avait aussi décrit quelques Myriapodes de la France méridionale, et beaucoup d'auteurs que nous cite- rons ont aussi parlé d'animaux de cette classe provenant de diverses localités, CHAPITRE IL Classe des Myriapodes, Mjrriapoda. Entomozoa pedibus articulatis, utrinque 12 et amplius; seg- mentis utrinque uni vel bipedigeris; antennis duabus; oculis gregatis,stemmatiformibus, nullis ve; aetatein nonnullis numéro variant segmenta corporis, pedesque, antennarum articuli, et oculi pariter. Animalia terrestria, tracheis pro respiratione praedita; Crus- taceis tetradecapodis et Annelidibus intermedia. Myriapoda sic disposita vellem : priora Oniscis maxime affi- nia , posterioraque Chetopodis et Peripatis. Ordo 1. Lolus Linn. Myriap. Cbilogjjatha Latr. Intemoscuntur antennis septem articulatis ; scgmentis que saepius utrinque bipedigeris. Famil. 1. Oniscoidea. Famil. II. Iuloidea. Pedes utrinque ia. Pedes utrinque 17 — ao. Pedes utrinque 31 , Corpus cylindii- cum. ; oculi gregati, Oculi gregati, Oculi seriati , Oculi nulli, Oculi nulli, Oculi gregati , Pollyxenus , Latr. . Zephronia , Gray . Glomerls , Latr. Poljdesmus , Latr. Blaniulus, Gcrv. lulus , Linn. Pedes utrinque 40 et am- plius. Oculi gregati, Craspedosoma, Leach. Corpus depres- / Oculi 3-3, seriati, Platytdus , Ger*. sum. Oculi nulli . Cambala , Gray. (1) Hist. nat. de l'Europe mérid., v, p. 147. p. gervais. — Sur les Myriapodes. 4 1 Ordo II. Scolopendra Linn. Myriap. Chilopoda Latr. Distincta antennis articulis 1 4 , et ultra ; segmentis complanatîs , uuipedigcris. Filiformibus } Fam. I. Antennis Genus , Filiformibus j Fam. I. , . . . lougissimis. I Scutigeridea. j eu igera, /Fam. II. /3o-ad 40 orticulatis ; pedibus Litholnus, Leacb. Monilifor-| J utrinque i5. libus. \ Scoloperi' .«j I 17 -ad ao artic. pedibus utrinque Scolopendra, Linn. \ droidea. § ! ai ; oculis. 4. •S j Id. oculis nullis. Cryplops , Leacb. "< / 14-artic. pedib. numéros is oculis inconspicuis. Geophilus , Leacb. I* Chilognatorum ordo. Familia I. Oniscoidea, Oniscoïdes. Genus I. POLLYXENUS, Pollyxène. Corpus depressum, articulis submollibus , penîcillatis ; pedes utrinque 12; oculi capitis adlatera utrinque in cumulum gregati. 1. P. queue- de-lièvre, P. lagurus. lu lus lagurus. Iule à queue en pin- ceau, De Geer mém. vu, p. 571, pi. 36, fig. 1-8 jun. et adult.; Scolopendre à queue eu pinceau, Geoff. 11, 227, pi. 22, f, 4; Pol. lagurus Latrcilic, Uist. nat. Ins. t. vu , p. 80. Leach , Zool. mise. tab. i3£. (Europa.) 2. P. fascicule, P. fasciculatus. Say, Journ. Ac Se. nat. Philadelphie , t. 11. part. 1. p. 112; id. Œuv. entom. edente Lequien, t. 1, p. ao. (America.) Genus IL GLOMERIS, Glombus. Corpus articulis, capite incluso, i3, semi-cylindraccis, supra 4a P. gervais. — Sur les Myriapodes. et lateraliter crustaceis, infrà sub-crustaceis; pedes utrinquei^,, oculi 8, in qtiovi latere capitis per lineam dispositi. 1. Gl. pustule , G. pustulata. — Oniscus puslulatus Fàbr. entom. syst. u,. 3g6. (Germania.) 2. Gl. tacheté, G. guttata. Risso, Eur. mérid. v, i48, sp. 3. (Gallia austr.) 3. Gl. Klugii Brandt. prodromus sp. î, Bull. Moscou vi, 125 ; edit. gall. i, 284. (Egyptus, Syria.) 4. Gl. tetrasticha Brandt, loc.cit. sp. 6. (Germania.) 5. Gl. quadripunctata Brandt, loc cit. sp. g. (Europa australis.) 6. Gl. Hexasticha Brandt. ibld. sp. io. (Europa.) j. Gl. lepida Eicbw;ild., zool. specialis part. a. p. 123. (Podolia australis.) 8. Gl. margine, Gl. marginata. — Onisc. m arg. Will. entora. iv, 187. tab. u. f. ib,Jul. margin. Olivier, Encycl. métho. vu. 4i4, 5; Gl. marginata Leach. zool. mise, m, 32. pi. i32. (Europa.) 9. Gl. bordé, G. limbata. — Jul. Vmb. Oliv. Encycl. méth. vu, 4j4, 6. (Gallia.) 10. Gl. châtain, G. castanea Risso, Eur. mérid. v, i48, 2. (Gall. austr.) 11. Gl. annulata Brandt, loc. cit. sp. 5. (Gall. austr., Italia.) 12. Gl. nobilis Koch. Deutschland Crustaceen, Myriap. etc. fasc. 4. tab. 1. (Allemagne). Glom. raarginatae varietas ? i3. Gl. transalpma Koch. , ibid. tab. 2. (Germania) ; ejusdem species va- rietas ? i4. Gl. marbré, G. marmorea, — Jul. marmoreus , Oliv. Encycl. méthod- vu, 4i4, 7. (Gallia.) i5. Gl. marmorata Brandt, prodr. sp. 4. (Allemagne.) non differt a précé- dente ? 16. Gl. plombé, G. plumbea. — Jul. plumbeus. Oliv. loc. cit. sp. 3. In maribus organa copulationis post pedes extremos adfixa vidi. Genus III. ZEPHRONIA, Zlphrokue. Segmenta glomeridum sed capite incluso i4; pedes utrinque 20 circiter; oculi plurimi, in cumulum capitis utrique lateri gregati. 1. Zeph. ovalisT.JL. Gray, Anim. Kingdom. inscct.pl. i35. f. 5. (Patria ?) 2. Zeph. rotundata, Sphœrolherium rolundatum Brandt, Prodromus p. 198. sp. 1 ; édit. gallic. p. 296. (Caput Bouœ-Spci.) p. gervais. — Sur les Myriapodes. 43 3. Zeph. compressa, Sph. compressum Brandt. loc. cit. sp. a. (Caput Bonai- Spei.) 4. Zeph. Lichlcnsttinu, Sph. Liclit. Brandt, ibid, sp. 3. (Caput Bonac-Spci.) 5. Zeph. punclata, Sph. puuctatum, Brandt, ibid. sp. 4. (Patria?) 6. Zeph. elongata , Sph. elongalum, Brandt, ibid. sp. 5. (Caput Bonx- Spei.) 7. Zeph. Javanica Guér. icouogr. Règn. anim. insect., pi. l , f . 1. ined. (Java.) 8. Zeph. testaceaj Jul. testaceus, Oliv. Encycl. mélhod. vu, 4i4, sp. a. (Madagascar.) 9. Zeph. Hercules, Sphœropeus Hercul. Brandt. monog. Bull. Moscou vi. p. 200. sp. 1; cdil. galîic. p. 288. (Patria ignota.) 10. Zeph inaigrtm, Sphœr. iris. Brandt. ibid. sp. 2. (Java.) Familia II. Itjloidea, luloïdes. Segmenta corporis ai et amplius, coriacea, cylindrica, dc- pressa, vel marginata; petles numerosa, utrinque 3o et ultra. I Genus IV. POLYDÈME, Poltdesmds. (i) Corpus forma variabile, lateraliter plus minus carinatum, segmentis ai (primo cephalico; secundo vel nuchae clypeiformi, tribus postea utrinque unipedatis, i4 bipedigeris, duobusque posterioribus, quorum ultimum anale, apodis); pedes utrin- que 3i ; oculi nulli. A. — Polydesmi glomeridiformes. 1. P. rude, P. scaber Perti, apud Spix. cl Mart. Hist. nat. Brcs. ins. tab» 4o. f. (Brasilia.) 2. P. zébré, P. zebratus Gervais, Ann. Soc. Entomol. France, v. 379. (Brasilia.) 3. P. viBGiNiKN, P. virginensis. Jul. virgin. Drury n, 3g3; J. tridenta- tus Fabr. Entom. syst. 11, 3y3 ; Polyd. virg. P. Beauv. ins. d'Afr. et d'Am. Aptère, pi. iv. f. 5; Fontaria virg. T. E. Gray, Anim. Kingd» insect. pi. i35. f. 1. (Carolina.)^ Huic spccici (P. granuloso que panfer) oculos in figura dédit Pal. Beau- 4 (1) De hoc génère amplius nuncupavi in zoologico repertorio : Annales de la Société entemo - logique de France, t. v , p. » 7 3 et 56o. * ls 44 P. gervais. — Sur les Myriapodes. vois, ncc E. Gray, quodad naturam confirmare vel infirmare nonmihi datnm est ; accurata dcscriptio desideratur. 4. P. granuleux, P. granulosus Pal. Beau vois, loc. cit. p. i66. f. 4. (Guinea.) B. — Polydesmi propriè dicti. 5. P. aplati, P. complanalus. Jul. compl. Lion. syst. nat. n, lo65, 4; Scolopendre à 6o pattes, Geoff. n, 675, 2; Jul. compl. De Geer. vu* 586, pi, 36, f. 23-a6, Polyd. compl. Latreille, nouv. dict. Leach., zool. mise, m, 3j, tab. i35. (Europa.) 6. P. diadème , P. diadema Gerv. Ann. Soc. Entom. T. vi, Bulletin. (Gibraltar, Rambur.) 7. P. dentelé , P. dentatus. Jul. dentatus y Oliv. Encycl. méthod. vu, 417. sp. 20 (Cayenna.) 8. P. eougeathë, P. rubescens Gerv. Ann. Soc. Entomol. v, 37g. (Bra- silia.) 9. P. de Blainville, P. BlainvilleiEydoux et Gerv. Ann. Soc. Entom, v, 379; ibid. 56o, (Barbaria, Egyptas.) 10. P. glabre, P. glabratus Perty, loc. cit. p. pi. 4o. f. 7. (Brasilia;) 11. P. tacheté, P. conspersus. Perty, ibid. f. 8 (Brasilia.) 12. P. margaritifère, P. margaritiferus Eyd. et Gerv. Ann. Soc. Entom. v, 379. (Manilla.) C. — Polydesmi iuloides. i3. P. pallipède, P. pallipes. Jul. pallipes, Oliv. Encycl. méthod. vu, 4i4. sp. 12; Polyd. pallip. Gerv. Mag. zool. i835. cl. vm, n. i53. p. 1 1 ; Guerin Iconogr. insectes pi. 1, f. 2, ined. (Gallia centralis.) ï4. P. de Guerin, P. Guerinii Gerv . Ann. Soc. Entomol. v, 56o. (Ma- dera.) i5. P. stigmatosus. — Jul. stigm. Eichw. zool. spécial, part. 2. p. 121; Slrongylosoma iuloides Brandt , Bull. Moscou vi. p. 2o5. ( Lithua- nia , Volhynia. ) 16. P. cylindrique j P. cy Hndraceus Gerv. Ann. Soc. Entomol. t. \u (Barbaria.) 17. P. depressus, Jul. depressus Fabr. Entom. syst. 11, 3g3. (Tndia) 18. P. stigma. — Jul. stigma Fabr. ibid. p. 3g4. (Tranqucbar.) 19. P. rugulosus Eschscholtz, Mém. Soc. Imp. nat. Moscou vi, 112, 3. (Brasilia.) 20. P. laieralis Eschsch. ibid. sp. 4. (Insula Guam.) 21. P. granulatus Say, Journ. Acad. Se. nat. Philad. t. II. part. 1 . p. 107^ id. OEuv. Entom. edente Lequien,i, p. 20. (Pensylvania.) 22. P. serratus Say, Journ. ibid. p. 106 ; id. œuv. entom. 1, p. 19. (Amer. septentr. ) , p. gkrvais. — Sur les Myriapodes. 45 23 et a4. Surit adhuc spccies duae, mihi figura Grayi cognotac ; uulla data est description P. elegans, Gray loc. cit. pi. ig5. f. 6, et P. Leachii id. ibid. f. 3. Genus V. BLÀNIULUS, Blawiules. Corpus pedesque numerosi iulorura (vide inferiàs); octili, «rtiani in adultis , inconspicui. i. B. guttulé, B. guttulatus. — lui. gutt. Bosc. Bull. Se. Soc. Philomat. 1792, p. 10 ; Fabric. syst. entora. syst. suppl. p. 289; /. pulchellus, Leach. Linn. trans. xi 379; I.fragarius Lamk. Auim. s. vert v. t. 36. (Gallia, Britanuia.) Hoc genus distinxi, auno i83f>, in nota philomaticac societati pariensiensi communicata; oculis nullis polydesmos memorat, jungitque Iulis quo- rum corpus et pedes babet ; unica spccies noscitur, circà Lutetiam non infrequens. Genus VI. IULUS,Iple. 'Corpus articulis numerosis (4o et ultra) cylindraceis , late- raliter non carinatis; pedes numerosissimi; oculi distincti, gre- gati. A. — Articulis plus minusve longitudinaliter alriatisj penè-ultimo non mu- cronalo. 1. I. nr. Decaisnf., /. Decaisneus N. sp. Blaniulo guttulato fo :111a similli- nms., sed colore paululum fuscescente, mac 11 lis laleralibus punctiformi- bus rubro-violaceis ; oculis distinctis nigris. Hab. Lutetiœ. Unicum spécimen reperi, cujus Gguram serius dabo. 2. I. LUC1FCGK, /. ludfugUS N. Sp. T. corpore, anterius praesertim, crasso, albicante, in non nullis vixlutes- cente; icaculis laterum virguliformibus ferrugineo rubris ; oculis ni- gris in triangulum per lineas gradatas congregatis. Hab. Lutetiœ. In Museo pariensi abundat. puparum in tabula nostra (pi. iv B. ) formam delineavi, et Adultorum iconera in Magasin zoologique mox videbitur, cura accuratiore descriptione. 5. I. indien, /. indus Linn. syst. nat. — DcGcer, vu, 588, pi. 43, f. 7- 9 , non Pal. Beauv. Ins, d'Afr. et d'Ara. Apt. p. i54, pi. iv, f. 2. (India.) 4. I. Botta, l. Botta Nov. sp. /. Boreano affiuis , sed , dimidio rainor, diffeit segruentis ad basin non 46 p. gervais. — Sur les Myriapodes. circulatim, etiara tcnuissiraè , striatu, articulo anali villosulo, pcdibus utrinque circitcr 118, subvillosis ( Asia septentrionalis , iEgyptus, Àbissynia.) 5. I. Boveen, /. Boveanus. I. corpore longissimo, pedibus utrinque 125, subvillosis ; articulorum dimidiâ anteriore laeviter circulat'm lineolatâ; articulo anali glabro longitudo 0/08. (iEgyptus.) 6. I. des seychelles, I.Seychellarum. — Iul.insularumSey'chellarum, Desjardins, Aon. Soc. Entomol. franc, iv, 171; id. proceedings zool. Soc. London, i835, p. 206. (Insula Mauritania.) B. — Segmentis longitudinaliter striatis • penè-ultimo mucronato. 7. I. terrestre, /. terrestris Linn, syst. edit. x, p. 635, sp.3 ; Iule à deux cents pattes, GeofF. 11, 679, 1 ; lui. terrestris Oliv. Encycl. méthod. vu, 4i5, sp. 10. (Europa.) 8. I. des sables, /. sabulosus Linn. syst. nat. édit. x, p. 64o, 5; 1. à 24o pattes GeofF. 11, 679 2; I.fascialus De Geer vu, 578, pi. 36, f. 6-i5 (Adult.) etfîg. 16-22 (ova et pupae) ; /. sab. Oliv. Encycl. méth. vu, 4i5, sp. 11. (Europa.) 9. I. Londinien, /. londinensis Leach , trans. Linn. Soc. xi, 378 ; id. Zool. mise, m, 33, tab. i33. (Anglia.) 10. I. noir, I.niger Leach, JSool. mise. 111, 34- (Anglia.) 11. I. des arbres, /. arboreus Latreille , Hist. nat. des Crustacés et des Ins. vu, 75. (Gallia.) 1 2. I. pointillé, /. punctatus Leach trans. Linn. Soc. xi. 379 ; Zool. id. mise. 111, 34. (Anglia.) i3. I. mignon, /. pusillus Leach, trans. Linn. ïbid.\ et Zool. mise. p. 35. (Britannia.) i4. I. incarnat, /. aimatopodus Risso Eur, mérid. \_, 169,5p. 5. (Gallia meridionalis.) i5. I. annelé. /. annulatus Risso ibid. sp. 6. (Gallia merid.) 1 6. I. modeste , /. modestus Risso ibid. p. 1 5o. (Gallia merid.) 17. I. noirâtre, I. piceus Risso ibid. (Gallia mérid.) 18. I. commun, /. communis Savi, Opusc. scientif. 1, 32 1 ; Bull. Se. nat. 1823, iv, 33o. (Italia.) 19. I. fétide, I.fœtidus Savi, ibid. (Italia.) Observ. Non satis accuratè descriptae fuerunt hae species, nec erant sat nume- rosœ quas ad naturam observavi, quam ut illarum naturalem suscipiam disposi- tionera; oculis, rugis, mucronibus, pedibus studere oportet. Non nullas addam species quarum nequidem scetionera indicare valeo. p. gervais. — Sur les Myriapodes. 47 20. I. americanus Pal. B\cauv. Ins. d'Afr. et d'Ain, p. 1 55. Aptères, pi. vi, f. 3. ( ai. I. Beauvoisii; — /. indus Beauvoisloc. cit.p. i54,f. 2, exelusa syno- nymia (Hispaniola.) 22. I. festivl's, Perty apud Sp. et Mart. Ins. pi. 4o, f. 10. (Brasilia.) 23. I. varitjs. Fabr. Entomol. Syst. 11, 3g4. (Italia.) 24. I. crassds. Linn. Syst. nat. ; Fabr. ibid. sp. 7. (Asia.j a5. I. carwfex. Fabricins. ibid. p. 3$5. (Tranquebaria.) 36. I. fcscus, Fabr. ibid. sp. 12. (India.) 27. I. maximus, Fabr. ibid. p. 3g6. Shaw.? naturalisas Misccllany f. u, pi. 48. (America.) a8. I. rupestris Guldcnstcdt. Lin. 1. 295. Scqucntium accuratiorem descriptionem et figuras promisit Cl. Brandt. 29. Spirobolus Olfersii, Brandt, Bull. Moscou vi, p. 202, sp. 1 ; edente Lequicn. 1, p. 290. (Brasilia.) 30. Sp. Bungii, id. ibid. sp. 2. (China.) 3i. Spirotreptus Sebœ. — Seba thés. tab. 87, f. 5 j Brandt, loc. cit. p. 2o3. sp. 1. (Patria?) 3a. Spirot. Audouini Brandt, ibid. sp. a. (Patria?) 33. Spiropœus Fischeri, Brandt, ibid. (Patria?) 34. Spirocyclistus acutangulus Brandt, ibid. Ignotum mihi transi vi genus Bissoi Callipum (Callipus Rissonius, Leacb. in ilisso, Eur. merid. v, p. i5i. (Gallia australis). Genus VII. CRASPEDOSOMA, Cbaspedosome. Corpus lineare, depressum, segmentis sicut in Julis nume- rosis,sed depressis,'nec cylindracfcis; pedes numerosissimi; oculi distincti gregati. 1 ■ A. — Setigcra. 1. Cr. de Rawlins, C. Rawlinsii Lcach, British Cyclopedia suppl. 1, 43o, pi. 22; id. Zool. mise, m, 36, pi. »34, f. 1-5. (Britannia.) B.-Glabra. a. Cr. polydesmoide , C. polydesmoide. lui. polyd. Montagu Msc. Craspedosoma polyd. Leach. Zool. mise, m, 36, tab. i34; Risso, Eur. merid. v, i5i. (Anglia, Gallia australis.) 3. Cr. Richii T. E. Gray. Anim. Kingdoin Ins. pi. i35, f. 4. (Patria?) 48 p. gebvau. — Sur les Myriapodes. Genus VIII. PLATYULUS, Platyule. Iulorum pedes et segmenta numerosa, segmenta vero de- pressa; oculi in cumnlum non gregati, sex tantum, per lineam duplicem capitis pagina? superiori, difficile distincti. x . P. d'Audouin , P. Audouinianus Gerv. Soc. Philom. décembre 1 836. ctJourn. l'Institut, i836, p. 435. (Hab. prope Lutetiam.) Hocce animal prope Luletiam (Meudon) collegi; reperit etiam ad Belle- vue, Profess. Audouin, cui dedicatumvolo. Platyulo accuratè studuit cl hujus descriptioncm icône illustratam perficit D. Audouin. Genus IX. CAMBALA, Cambala. Platyulos oculis destitutos, ex figura Grayi, recipere videtur; descriptio mihi ignota, nondum data? i. C. i-icTARius T. E. Gray, Anim. Kingdom. Ins. pi. i35, fig. 2 (Patria?) §11. Ordo scolopendrarum. Familia III. Scutigeridea, Scutigéridiens. Genus X. SCUTIGERA, Scutigere. Antenna? longissimae, setaceae, filiformes; pedes utrinque i5, longiores; segmenta corporis supra 8, vix inaequalia, imbricata, infra i5, anali et cervicaliexceptis; oculi reticulati. i. Se. araneoide, S. araneoides. — Scolopcndra coleoptrata Linn. syst. nat. edit. x, t. ii, 1062; scolop. Araneoïdes, Pall. spicil. Zool. fasc. ix, tab. 4, f. 6; Cermalia lineata Iftig. C. lineata Latr. nouv. dict. xxx, 446, C. araneoides Latr. gênera p. 6o. C. llvida Leach, Zool. mise, m, 38, tab. i36; Scut. lineata Léon Dufour Ann. Se. nat. h, p. 92 pi. 5, f. 4-5 (anat. accur.) ; Cerm.variegata RissoEur. merid. v, i53. (Europa, Africa borealis.) 2. Se. longicorne, S. longicomis, — Scolop. longic. Fabr. Entom. syst. 11, 393, 3. (Tranqucbar.) * i». gf.rvais. — Sur les Myriapodes. 4g 3. Se. verdatre, S. virescens Latr. nouv. dict. xxx, 477. (Insul. Mauri- tiana.) 4. Se (Nova-Hollandia) de hac specie locutus est Latreille (nouv. dict. xxx, 447) sed ncque nomen neque descriptionem dédit. Fossilcra scutigeram in succino? reperit D. Berendt, ut mecum comiuu- nicavit Cl. Audouin. Genus XI. L1THOBIUS, Liïhobie. In adultis segmenta corporis 17, supra imbricata, inaequalia; pedes utrinque i5, postici longiores; antennse moniliformes, subsetaceœ, articulis ao ad 4o, aetate variabilibus; oculi plurimi, gregati. 1. Lith. a tenailles, L. furçipatus. — Scol. forcipata Linn. Scolp. à 3o pattes, Geoff. 11; Se. forcip. DeGeer vu, 55j, pi. 35, f. 12-16; Lith. forficatus Leacb Zool. mise, m, 3g, tab. i37î Scol. forcip. Trevira- nus Zeitschrift fiir Physiolog. 11, p. 18. tab. iv-vi; nec non Duf. Ann. Se. nat. 11, 81. pi. 5, f. 1-3. (anat. accur.) (Europa.) a. Lith. vulgaris Leach, Zool. mise, m, 4o. (Anglia.) 3. Lith. variegatm Leacb, ibid. (Anglia.) 4. Lith. longico mis Risso, Eur. raerid. v, 1 54. (Gallia australis.) Specierum 2 , 3 et 4 nullum spécimen vidi, has que certas non credo. 5. Lith. nudicorne, L. nudicornis Nov. sp. Lith. forcipato affinis, differt colore dilutiore, antennù que (circiter 42-articulatis)nudisnec pilosulis. (Sicilia.) Observ. Lilhobiis cum aetate numéro variant pedes, segmenta corporis, an- tennaruin articula nec nen oculi, quod frequentissime confirmare potui; pro ju- niorishabeo figuram Clar. Savignyo in splendidissimo opère (descrip.de l'Egypte Ins. Myriap. f. 3) inscriptam, cui, capitis in utroque latere, oculi solum quatuor adsunt. Lithobiorum pupas devidi duobus tentum tribus ve ocellis prxditas, et omnibus noscuutar adultorum oculi numerosissimi (vide Treviranum, loc. cit. L. Dufourium etc.). Savignyanus Lithdbius antennis articula 20 praebet, quod est pariter j unions et cum ï-ententiâ meâ convenit. Genus XII. SCOLOPENDRA, Scolopkndre. Segmenta corporis depressa, a3 capite incluso; oculi utrinque 4, stemmatiformes; forcipes scu pedes maxillares validi; pedes VII. Zool. — Janvier. 4 f)0 p. gi:hvais. — Sur les Myriapodes. iitriiique ai, pootici longiores, primo articulo spinuloso, an- tenna? setaceae i 7, ad ao-ariiculatae. 1. Se. violacée, S. violaeea Fabr. Entom. syst. suppl. p. 289; Guerin Iconogr. insecteo pi. 1, f. 7, ined. (Caput Bonae Spei.) 2. Se. fauve, S.fulva Nov. sp. S. corpore dilutè fulvo ; pedum posticorum articulo primo supra piano , ibidem 4, infra 2-5 spinuloso. Long, corporis 0,029. (Sicilia, Al. Le- febvre.) 3. Se. mordante, S. morsicans. — Linn. syst. nat.;Vill. Entom. iv, xi, 17-18; Scolopendre, Savigny, Egypte Myriap. f. 1; Sc.alternans LeachZool. mise, m, p. 4o, tab. i3o? Se. complanata Latreille, nouv. dict. xxx., 3g3; Se. cingulata id. Règ. anim. G. Cuvier iv, 33g. Se. ferrugineo-viresceute tincta, segmentis complanatis, quadratis , an - tennis 20 aut rarius 18 articulatis; pedibus posticis crassis, subbrevi- bus ; articulo primo intus 5 , infra 2-spinigero ; longit. 0,90. (Europa meridionalis, Africa sept. , Asia occidentalis.) 4. Se. Hardie, S. audax, nov. sp. Scol. morsitans Latreille, nouv. dict. xxx 893 ? exclusâ synonymiâs A praecedenle differt corpore cœrulo-virescente, vix depresso, articulis anguslioribus ; autennis 18-articulatis; pedibus posticis longioribus, vix depressis, articulo primo intus 3 et infra 2 spinigero ; statura Se. morsicantis. , ■ 5. Se. subspinipède, S. subspinipes Lcach, Linn. trans. xi, 383 ; id. Zool. mise, m, 4i. Se. antennis 18-articulatis; pedibus poslerioribus supra marginatis, com- planatis, intus 3-4, infra 2-spinigeris ; segmentis corporis., posleriori- bus praesertim, marginatis; long. corp. 0,1 15; antennarum 0,022, pedum post. 0,027. Se. subspiniedi refero specimina a doct. F. Eydoux in itiuere circa orbem terrarum collecta, sed quorum patriam nescimus. G. Se. de Brandt, S. Brandtiana. Se. ferrugineo-flava , antennis gracilibus, 18-articulatis; pedibus posticis supra planis, primo articulo plurispinuloso, spinularum postrema com- plicata ; long. corp. 0,110, antennarum 0,020, pedum posticorum o,o23. (Patria?) 7. Se. d'Etdoux , Se. Eydouxiana, nov. spec. (Sénégal.) 8. Se. de la Sagka, S. Sagrœa. — Se morsitans Shaw., naturalisas miscell. t. 1 , pi. 9 ? Se. Sagrœa Guer. Voyage à Cuba de M. de la Sagra , Entomol. rase. Se. colore ferrugineo, antennis gracilibus, clongatis, pedibus posticis cy- p. gervais. — Sur les Myriapodes. bi lindraccis, spinulis ao-25 circiter, spina extrema spinulis non nullis, minimis composita; longit. corporis in permagno spocimine 0,1 44; antennarum o,o4o ; pedum postic o,o36. (Cuba.) Species hujusce-generis adde : j 9. Se. trigonopoda Leach, Zool. mise, m, 4i (Patria ?) 10. Se. gigas Leach, Linn. trans xi, 383; id. Zool. miscell. ni, 4a (Patria?) xi. Se. viridipes L. Dufour, Ann. gen. Se. physiques, vi, 317 (Hispania.) 12. Se. ilalica Koch, Deutschlands Crustac. myriap. etc. fasc. 9, tab. 1. i3. Se marginata Say , journ. Ac. nat. Se. Philad. 11, part. i^p. 100; id. œuT. entomol. edente Lequien 1, 22. (Georgia amer., Floridia.) i4. Se. viridis Say, Journ. ibid. p. 110, id. œuv. eutom. p. 25. (Ame- rica sept.) . An in eodero génère adnumerandae suntî i5. Se. (innominata) Savigny, Egypte tab. myriap. f. a. pedes utrinque 1 8 tantum praebet. 16. Se. gigantea Linn. syst. nat. edit. 2, p. io63, sp. 4; Scol. maxima pc- dibus utrinque 36, Brown, jam. tab. '*2, f. 4. (America.) 1 7. 5. ferruginea Se. pedibns utrinque 23, De Geer, vu, 568, tab. 43, f . 6. (Africa.) 18. Se. dorsalis Fabr. Entom. syst. n, 3g 1. (Tranquebaria.) 19. Se. clypeata Fabr. ibid. (Tranquebaria.) Gentis XIII. CRYPTOPS, Crtptops. Antennae 17-articulatae, pedes utrinque 21; posticis longio- ribus, non spinigeris; oculi inconspicui. 1. Ch. des jardins, C. hortensis Leach. Encycl. brit. suppl. 1, 43 1, 22; id. Zool. mise, m, 4a, tab. i3g. (Britannia, Gallia.) 2. Cr. de Savigny, C. Savignyi Leach, Zool. mise, n, 42 ; Se. germaniea Koch, Deutschlands Crust. myriap., etc. fasc. ix, n. s. (Britannia, Germania, Gallia.) 3. Cr. hyalin, C. hyalinusSay, journ. Acad. Se. Philad. n, p. m; id. œuv. ei,om. i, 23. (Georgia amer., Floridia orientalis.) 4. Cr. six-épines, C. 6-spinosus Say, journ. ibid. p, 1 1 2 ; id. œuv. entom. 1, 24. (America sept.) 5. Cr. prolongé, C. posticus Say, journ. ibid. p. 112; id., œuv. entom. 1, 24- (Georgia Floridia orientalis.) 4. 5i p. gerv aïs. — Sur les Myriapodes. Genus XIV. GEOPHILUS. Géophile. Corpus lineare, depressum; pedes numerosissimi, utrinque 5o et ultra ; segmenti extremi tentaculiformes , praecedentes magnitudine non superantes, inungues; antennœ i4-articula- tae; oculi nulli. (i) A. — Forcipes vatidij capite angitsto, elongato non oblectœ; antennœ mo- noliformes, pilosœj elongatulœ. G. maxillares. 1. G. ferrugineux, G. ferrugineus Koch, Deutschlands Crust. myriap., etc. fasciculo 3, n. 1 (Germania.) 2. G. maxillaire, G. maxillurîs Nov. sp. G. subvillosus, antcnnis capiteque ferrugineis; corpore dilute fulvo, pedes utrinque 46. (Hab. Lutetiœ, in regio musco sat frequens.) B. — forcipes minus validi ; caput latins ; antennœ variabiles. a) — Antennœ inonili formes, capite ter longiores. G. longicornes. 3. G. électrique, G. electricus. — Se. electrica,Lian.; Sc.fuIpaDe Geer vu, 56 1, pi. 35, f. 17; G. longicomis Leach, trans. Linn. Soc. xi, 386; id. Zool. mise. ni, 45, tab. i4o, f. 3-6; Sc.fulva Trev. Ver- mischt Schrift. 11, 33, tab. vu, f. 3-5 (Anat. accur.); Geop. eleitr. Koch. Dcutschl. Crust. fasc. 3, n. 4; G. crassipes, id. ibid. n. 5 sexus alter? (Europa.) b.) — Antennœ moniliformes capite circiter duplô longiores G. monili- cornes. 4. G. simple, G. simplex Gerv. Mag. zool. cl. ix, n. i33, p. 9 et pi. i3?, f. 1 (1 835) ; G. linearis Koch, loc. cit. fasc. 4, n. 1. (Gallia, Belgia, Germania.) 5. G. rougeatre, G. rubens Say, Journ. Ac. nat. Se. Philad. t. n, part. », p. 1 1 3 ; id. œuv. entomol. 1, 35. (America sept.) 6. G. corpophage, G. corpophagus Leach, trans. Linn. xi, 384; Gerv. Mag. Zool. cl. ix, n. i33, p. 5 et 7. (Anglia, Gallia.) 7. G. souterrain, G. suhterrcmeus Leach, Linn. trans.) a, 385. (Anglia.) 8. G. acuminé, G. acuminatus Leach, Linn. trans. xi, 386; Koch, Deutschl. Ciust. fasc. g, n. 6 (i836). (Anglia, Germania.) (t) De Geophilis, Leachiano génère, iu Magasin de Zoologie cl.ix , n" i33 (t835) scripsi. p. gervais. — Sur les Myriapodes. 53 9. G. maritime, G. marilimus Lcacb, Zool. mise. pi. i4o, f. 1-2. (An- glia.) \o. G. de Gabriel, G. Gabrielis. Scol. Gabrielis Linn. syst. nat. Fabr. Entom. &yst. 11, 3 9 2 ; 6c. semipedalis L. Dnfour Ann. gen. Se. phys. vi, 317, pi. 96, f. 8. (Europa mcridionalis.) 11. G. de Walckenaer, G. TValhenaerïi Gerv \ Mag. zool. cl. îx, pi. i33, f. 1, p. 8. (Gallia , Barbaria ?) C. — Aniennœ arliculis ineequalibus, decrescenlibus G. acuticornes. ta. G. lœvigatus. — Crylops lœvigatus, Brullé, Expéd. Se. de Moréc, Ins. p. 6a, pi. 28, fig. i4; Geoph. lœç. Gerv. Mag.ZooLcl. ix, pi. 137, f. 2, ex Brullé. (Gracia, Peninsula ibera.) i3. G. sillonne, G.sidcatus. — Crytops Gabrielis Brullé , exped. Se. de Morée, ibid. p. 6a, pi. 28, f. 2, exclusâ synonyiniâ. (Gracia.) i4. G. Barbaresque, G. barbaricus Gerv. Magas. zool. cl. ix, pi. i33, f. 3, p. 10. (Barbaria.) i5. G. de Savigny, G. Savignyanus. — Scolopendre Savigny., Egypte ; Myriap. f . 4. (jEgyptus.) Sequentium accuratior descriptio necessaria videtur : 16. G. phosphoreus Scolp. pbosphorea, Linn., GineL syst. nat 11, io64, sp. 4. (Asia.) 17. G. occidenlalis, Scolop. occident. Linn. ibid.sy. 10. (America.) 18. G. angustatus Eschscholtz, Mcm. Soc. Imp. Moscou, vi, 112;»/. Bull. Se. nat. vu, a67.(InsulaGuam.) 19. G. longissimus Risso , Eur. mérid. v, iô5 ; (Gallia australis.) G. elec- trie us au et ? 20. G. attenuatus Say, Journ. Acad. nat. Se. Philad. t. 2, part. 1, p. 1 13, 3; id. ceuv. entom. 1, 26. (America sept.) CHAPITRE III. • Après avoir exposé les données auxquelles je suis présente- ment arrivé quant à la classification des Entomozoaires Myria- podes, et à la détermination spécifique de ceux de ces animaux qui vivent dans nos environs, je dois faire connaître différens points non moins curieux de leur histoire naturelle; je parlerai surtout des variations que ces animaux éprouvent avec l'âge 54 p- gervais. — Sur les Myriapodes. dans plusieurs de leurs organes. J'ai étudié principalement les Iules, et, parmi les Scolopendres, les deux genres Lithobius et Geophilus. §i- De Geer, voulant observer les mœurs du Iule , commun par toute l'Europe, et que Linnaeus avait nommé lulus sabulosus, conserva un de ces animaux dans un vase particulier, et obtint qu'il y pondît plusieurs oeufs. «Celui (le Iule) dont je viens de donner la description, dit de Geer (vu, 58a), était une femelle, car elle pondit un grand nombre d'œufs d'un blanc sale, dans la terre, près du fond du poudrier, où elle les avait placés en un tas les uns auprès des autres; ils sont très petits et de figure arrondie. Je n'espérais pas voir des petits sortir de ces œufs, car il était incertain si la mère avait été fécondée ou non. «Cependant après quelques jours, c'était le i er du mois d'août 17/$, de chaque œuf il sortit un petit Iule blanc, qui n'avait pas une ligne de longueur. J'examinai d*abord au microscope les coques d'œufs vides, et je vis qu'elles s'étaient fendues en deux portions égales, mais qui tenaient pourtant ensemble vers le bas. « Ces] jeunes Iules nouvellement éclos me firent voir une chose à laquelle je ne m'attendais nullement. Je savais que les insectes de ce genre ne subissent pas de métamorphose, qu'ils ne deviennent jamais des insectes ailés, ainsi j'étais comme assuré que les jeunes devaient être semblables en figure, à la grandeur près, à leur mère, et, par conséquent, je croyais qu'ils étaient pourvus d'autant de pattes qu'elle; mais je vis toute autre chose : chacun d'eux n'avait en tout que six pattes qui com- posaient trois paires , ou dont il y avait trois de chaque côté du corps, etc. »(i) (1) Le même savant avait encore constaté que les Pollyxènes ont de même moins d'anneau* et de paires de pattes dans le jeune âge que dans l'âge adulte. « Les Iules [Pollyxenus lagurus) de la troisième grandeur étaient encore plus petits que ceux à six paires de pattes; ils sont très courts et le dessus du corps est divisé en trois an- i». GiRVAis. - Sur les Myriapodes. 5f> M. Paul Savi s'est aussi occupé du développement des Iules; il nomme communia l'espèce qu'il a observée, et il la regarde comme distincte de toutes celles qu'on avait décrites avant lui. Ce que M. Savi dit de plus remarquable sur ces animaux est en opposition complète avec les observations de de Geer. En effet, d'après lui, les Iules sont complètement apodes et non pourvus de six pattes lorsqu'ils viennent au monde. M. Savi a-t-il bien observé? Je n'en veux pas douter, mais je ne crois pas qu'on puisse encore conclure de ses observations que de Geer ait été dans l'erreur; le récit de ce dernier est trop circonstancié pour qu'il soit permis de le taxer d'inexactitude. Je n'ai pu malheu- reusement réussir à voir pondre et éclore les Iules que j'ai fré- quemment recueillis; mais en étudiant ces animaux dans leur jeune âge, j'ai constaté, comme de Geer l'avait fait observer, que le nombre des anneaux (i) du corps, celui des pattes et celui des articles des antennes augmentent à mesure que se fait le dé- veloppement. C'est en arrière qu'apparaissent les nouvelles pattes, mais jusqu'au complet développement, il reste encore dans cette partie plusieurs anneaux apodes en avant de celui qui présente l'anus. Mais uu fait plus remarquable, et dont ni de Geer ni M. Savi ne font mention , c'est que les variations portent non-seulement les organes que je viens de signaler, mais encore sur les yeux, qui sont eux-mêmes bien moins nombreux chez les jeunes que chez les adultes. Dans les Iules parfaitement développés de l'espèce que j'ai le plus étudiée sous ce rapport, le lulus lucifugus, les yeux qui apparaissent sur chaque côté de la tête comme une tache trian- gulaire d'un noir profond, sont composés comme dans la figure ci-jointe (pi. 4 B, hg. 3 a), de petits ocelles disposés eux-mêmes neaux ; chaque anneau a quatre brosses, ainsi le corps de l'insecte est garni en tout de douze brosses; les pinceaux de la queue sont encore plus délies que ceux des Iules de la grandeur inoyenue, et le m nul n« de leurs pattes est proportionné à leur grandeur ; ils n'en ont que trois paires. •• De Geer, Mém. t. mi , p. 577 , pi. xxvi , f. 8. (1) Cette variation du nombre des anneaux des Iules que nous retrouverons chez quelques Myriapodes encore, est uu caractère qui suffirait à lui seul pour éloigner ces animaux des in- sectes Hexapodes auxquels on a voulu les réunir. On sait en effet qne la fixité des segmens du corps de ces derniers, est un des faits les plus remarquables de leur histoire. (Voyez au sujet de celle fuite, Blaiuville, Bull. se. Soc. Philomatique de Paris.) 56 p. gekvais. — Sur les Myriapodes. en lignes parfaitement régulières , et d'une manière tout-à-fait géométrique. Le nombre de ces ocelles chez un jeune Iule qui n'avait encore que quelques anneaux au corps, et sept paires de pattes, était de six seulement, ils étaient sur trois lignes et déjà disposés en un triangle équilatéral. La première ligne ne présen- tait qu'un seul ocelle , la seconde en avait deux et la suivante trois ainsi qu'on peut le voir pi. 4 B, fig. 3 b\ chez un individu un peu plus âgé, une nouvelle rangée de quatre s'était déjà montrée. Les véritables insectes, c'est-à-dire les Hexapodes n'offrent aucun exemple de ces modifications; les yeux des Iules, qui varient comme nous venons de le voir , sont donc beau- coup moins fixes et sans doute moins parfaits que ceux de ces animaux. Rappelons que parmi les Myriapodes , il est des ani- maux fort voisins des Iules qui ne présentent aucune trace d'yeux même dans l'état adulte, tels sont les Blaniulus et les Polydesmus. Chez d'autres ces organes affectent des disposi- tions plus ou moins singulières ; groupés en amas chez les Polyxènes où ils n'avaient pas été bien observés jusqu'à ces derniers temps, ils ont une forme à-peu-près semblable chez les Zephronia tandis que chez les vrais Gloméris ils sont dis- posés en une série linéaire sur chaque côté de la tête. Chez certains Iules ils sont au contraire ramassés et même assez con- fus; il semble alors qu'on pourrait jusqu'à un certain point les comparer aux points pseudo-oculaires annélides. (i) (i) Dans quelques cas, les yeux des Myriapodes rappellent par leur confusion et leur nature [Iulus decaisneus) , les points oculaires des Chétopodes et des Annélides apodes. Mais chez ces derniers animaux, les organes auxquels on donne le nom d'yeux, en sont-ils véritablement? M. de Blainville (Dictionn. des Se. nat.) les appelle points pseudoculaires , ce qui indique que leur véritable usage ne lui est point démontré. M. Ehrenberg a décrit sous le nom à'Amphicora une petite sabelle qui aurait de semblables points oculaires non-seulement à l'exlrémité anté- rieure, mais aussi à la postérieure ; M. Dujardin m'a montré des dessins faits par lui sur nos côtes de l'Océan, et qui représentent des animaux semblables aux Âmphicora. Ce sont au- tant d'argumens en faveur de l'opinion que ces prétendus yeux n'en sont point réellement. J'ajouterai que la même chose peut être dite pour certains Hirudinées , et que les Ichthyobdella geometra ont des points pseudoculaires, ou au moins des taches de pigmentum tout-à-fait ana- logues sur la tèle et sur la ventouse postérieure. On trouve un* indication de cette disposition dans les figures déjà publiées de l'IchlhyobdeUe. p. gervais. — > Sur les Myriapodes. 5j IL Personne , que je sache, n'a parlé du développement des es- pèces delà famille des Scolopendres, et je ne connais sur cette partie de l'histoire naturelle des espèces de ce groupe que la phrase suivante relative au genre Géophile : « In january, I observed beneath the earth in a garden , a cavity six yoimg ones (varying very much in the number of their legs ). Leach , Zool. mise. , m , p. 44 )• * J'ai surtout étudié les Lithobies ou Scolopendres à quinze paires de pattes, et j'ai de plus recueilli deux petits animaux Myriapodes que je rapporte aux Géophiles, autre genre de la même famille. Envisagés dans leur état complet de développement, les Litho- bies ont quinze paires de pattes; de là le nom de Scolopendres à quinze paires de pattes que leur impose Geoffroy; elles ont les antennes grenues et composées de quarante articles environ , enfin leurs yeux, dont M.Treviranus (loc. cit. pl.vn,fig.i) a donné une bonne figure, sont fort nombreux et disposés et groupes sur les côtés de leur tête. Une jeune Lithobie que je recueillis le 29 mai i836, n'avait encore que sept paires de pattes, dix anneaux pour tout le corps, deux yeux seulement de chaque côté et huit articles aux antennes; remarquons d'abord qu'un seul de ces anneaux, l'anal était privé de pieds, ce qui établit tout d'abord une différence entre les jeunes Lithobies et les jeunes Iules , auxquels nous avons toujours vu à l'arrière du corps plusieurs segmens apodes. Cette même larve, car je crois que ce nom peut lui être appliqué, montrait déjà, le 8 juin suivant, quatorze articles aux antennes et huit paires de pattes; il y avait encore un anneau apode pour lanus, mais on comptait en tout onze segmens. La figure que je publie représente une autre Lithobie à-peu- près du même âge, mais qui a déjà trois yeux, et une de celles que j'ai encore étudiées avait dix paires de pattes dont les deux postérieures rudimentaires et à peine formées. La même planche donne la figure d'une Lithobie dont les pattes sont T>8 p. GERVAis. — Sur les Myriapodes. toutes développées, mais qui n'a pas encore tous ses yeux, cha- que côté n'eu présentant encore que huit. Les Lithobies subis- sent donc comme les Iules des variations dans le nombre des anneaux de leur corps, de leurs paires de pattes ainsi que dans celui des articles de leurs antennes ; elles nous présentent un second exemple d'animaux chez lesquels les yeux varient avec l'âge, particularité bien remarquable et que je ne crois pas avoir encore été signalée. Les yeux des Myriapodes pa- raissent tout-à-fait comparables aux yeux lisses oustemmates des Entomozoaires hexapodes,mais ils offrent d'un genre à l'autre des variations remarquables. Les Scolopendra n'en ont que quatre paires, et chez les Iules, où ils sont nombreux et rapprochés, ils se groupent de différentes façons, et leur disposition peut dans certains cas offrir de véritables caractères pour la distinc- tion des espèces et même pour celle des genres. Quelques Myria- podes manquent d'yeux à toutes les époques de leur vie, et chez les scutigères ces organes sont assez semblables aux yeux à facettes de certains Hexapodes. Il me reste maintenant à examiner comment se dévelop- pent les pattes et les anneaux du corps à mesure que chaque jeune Lithobie avance en âg?. Étudiés en dessous chez un in- dividu adulte les segmens pédigères des Lithobies sont à-peu- près égaux entre eux; mais en dessus, où ils sont comme im- briqués, quelques-uns apparaissent plus grands et d'autres plus petits (pi. 4 B, fig. i e) y les plus grands de ces arceaux pédi- gères sont les i , a , 3, 5, 7, 8, 10, ia, i3 et 14 e ; ces trois der- niers correspondant à quatre demi-arceaux inférieurs et par suite à quatre paires de pattes. Les a, 4» 6, g et u« sont plus petits; j'ai constaté que les pattes existent déjà aux arceaux les moins grands, avant que la partie supérieure de ceux-ci ne se soit montrée; et je ferai observer que ce qui est permanent pour un des segmens postérieurs qui n'a en dessus qu'un écusson, existe alors pour deux des segmens postérieurs; ils nont en dessus qu'un seul écusson, le plus petit des deux écussons n'ayant pas encore apparu ; ce fait mérite d'être signalé, car si l'on suppose le même phénomène permanent pour tous les anneaux de la scutigère qui n'ont point de carapace supérieure, on s'ex- p. gervais. — Sur les Myriapodes. 5q pliquera comment à tons les âges cette dernière a moins de seg- ment visibles en dessus qu'elle n'a de paires de pattes. Chez les Géophiles, la disposition est tout autre, et c'est une nouvelle preuve des nombreuses différences que les divers genres de la classe qui nous occupe présentent entre eux; mais comme je n'ai pu encore me procurer que deux très jeunes Géophiles r je demande a n'en parler qu'après en avoir étudié un plus grand nombre. ■ Je terminerai donc ce travail en donnant la liste des Myria- podes que j'ai rencontrés aux environs de Paris; leur nombre est de vingt : i. Pollyxenus lagurus (Scolopendre à pinceau, Geoffroy.) 2. Glomeris marmoratus (Iulus manu. Olivier.) 3. Gl. marginatus (Iulus marg. Olivier.) 4. Folydesmus complanatus (Scolopendre à 6o pattes, Geoffroy.) 5. Polydesmus pallipes (Iulus pall. Olivier.) 6. Blaniulus guttulatus (Iulus guttulatus, Bosc.) 7 . Iulus Decaisneus. 8. Iulus lucifupus. g. Iulus sabulosus (Iule à a4o pattes, Geoff.) îo. Iulus terres tris (Iule à soo pattes, Geoff.) il. PlatyulusAudouineus. 12. Scutigera araenoides (Scolop. à 28 pattes, Geoff.) i3. Lilhobius furcipatuê (Scolop. à 3o pattes,, Geoff.) 1 4. Cryptops Iwriensis. 15. Cryptops Savignyi. 16. Geophilus maxillaris. 1 7. Geophilus eleciricus. 18. Geophilus simplex. 19. Geophilus car pophagus. 20. Geophilus JVahhenaèrii. ■ Geoffroy paraît avoir confondu les Cryptops (scolopendres sans yeux, à vingt-une paires de pattes et à dix sept articles aux antennes) avec les Géophiles (qui ont quatorze articles aux antennes et beaucoup plus de vingt-une paires de pattes), car dans sa description de la quatrième scolopendre (t. II, p. 676, 60 cautley et falconer. — Fossiles de l'Himalaya. n° 4) o n reconnaît des caractères qui appartiennent aux Geo- philes carpophage et électrique (ceux de la couleur et du nombre des pattes, i44) et d'autres qui sont propres au Cryptops (tel est celui d'avoir dix-sept articles aux antennes qu'il attribue à sa Scolopendre). EXPLICATION DE LA PLANCHE 4 B. Fig. i. Lithobius forcifatus. a. très jeune individu; //. antenne du même; c. patte; d. tête de profil pour voir les yeux ; e. Lithobik plus âgée, mais non adulte ; /. tête et yeux ; g. antenne; h. patte. Fig. a. Blaniclus gutïulatus. Fig. 3. Iulus lucifcgus. a. tête et yeux de l'adulte ; b. yeux d'un très jeune individu ; c. d'un autre d'âge intermédiaire. Synopsis des genres et des espèces à" animaux fossiles découverts dans les couches supérieures des dépôts tertiaires des mon- tagnes Sivalek de V Himalaya , Par MM. Cautley et Falconer. (i) I. Pachydermata. i. Elcphas. i. E. primigenius. a. Mastodon. ■nr r>t j. , _i / \ ( M. latideus Clift. 1. M. Elephaniotdes. (a) | M Elephanloide , clifu 2. M. angustidens. 3. Hypopotamus. i. II. sivalensis (Nobis.) a. H. dissimilis (Nob.) (i) Tiré du journal ofthe asiatic society of Bengal publié à Calcutta, décembre i835. (a) Nous regardons le M. latidens etleJtf. elephantoides de M. Clift (Transact. delaSoe. Géol. de Lond. ) comme étant de simples variétés d'une même espèce f dépendantes de l'âge et du sexe. C. et F. cautlet et falconer. — Fossiles de l'Himalaya. 61 4« Rhinocéros. i. B. angustirictus (Nob.) i. (Espèce indéterminée.) 5. Equus. i . E. sivalensii (Nob.) 6. Porcus (espèce indéterminée.) 7. Anoplotherium. 1. A. postcrogeniura (Nob.) 8. Anthracotkerium. 1. a silestrense? (Pentland.) 9. Chœrotherium (Nob.) 1 . c. sivalense (Nob.) 91. RuMINANTIA. »o. Sivathcrium (Nob.) 1. .s. Giganteum (Nob.) 11. Gamelus. (espèces indéterminées : certainement deux.) 12. Cervus. (plusieurs espèces indéterminées.) i3. Antilope, (plusieurs espèces indéterminées.) i4. 80s. (espèces indéterminées, dont une formant une nouvelle section dans ce genre.) Indication d'autres genres fournis par des dents, etc. . III. RODENTIA. i5. Hystrix. i. (Espèce indéterminée, déposée dans la collection de Da- dupour.) 16. Mus. (espèces indéterminées ; id.) IV. Carnivora. 17. Felis. (grande espèce dont les caractères ne sont pas déterminés.) 18. Canis. (espèces indéterminées.) 19. llyacna. (espèces indéterminées.) ao. Amyxodon (Nob.) i . a sivalensia (Nob.) 62 baker. — Cliameau fossile du Sub-Himalaya. V. Reptilia. ai. Crocodilus. <*. Biforcatus ? 22. Gaviala. c. Gangetica? a3. Emys (plusieurs espèces indéterminées ) 24. Trionyx (plusieurs espèces indéterminées.) VI. Pisces. (Têtes, vertèbres, etc. de poissons inconnus.) VII. Testacea (coquilles univalves et bivalves indéterminées.) Note sur le Chameau fosi le du Sub -Himalaya 3 Par M. Baker, lieutenant du génie. L'auteur, qui avait déjà annoncé l'existence d'une espèce de chameau fossile dans cette localité, fait connaître dans cette note les pièces par l'examen desquelles il est arrivé à cette conclusion : « Je possède, dit-il, un crâne avec des portions des deux rangées de molaires supérieures, qui montre les os occi- pital et pariétaux dont la disposition est si particulière chez le chameau. Un fragment de mâchoire supérieure avec des dents molaires ; «Deux fragmens de mâchoire inférieure avec des molaires, les extrémités supérieure et inférieure d'un os du métacarpe (la portion moyenne manque), l'extrémité inférieure du ra- dius. « Je n'ai pu découvrir aucune différence entre ces os et ceux du chameau ordinaire de ce pays, auxquels ils correspondent même pour la grandeur. Il est cependant à noter que le crâne n'a pas encore été complètement mis à nu, et pourra peut-être présenter des caractères distinctifs. » (i) (i) Journal of the Asiatic Society of Bengal, publié à Calcutta; décembre i835. UCT» . : . pictet. — Organes respiratoires des Capricornes. 63 Note sur les organes respiratoires des Capricornes, Par M. Pictet. (Extrait) (0 Djus celle noie, l'auteur fait connaître la disposition de l'appareil trachécir chez le Hamaticherus héros , et décrit une puce écailleuse d'une structure re- marquable, qui chez cet insecte et chez quelques autres Capricornes, se trouve entre le stigmate et les trachées. a Ordinairement la partie postérieure du stigmate est couverte d'une mem- brane trachéenne que Sprengel nomme membrana prœtensa. Cette membrane s'unit au bourrelet du fond de la caisse, et couvre ainsi tout le fond de l'ouver- ture; elle est percée de trous où aboutisseut les trachées du corps. Ces trachées, inégales de grosseur, sont ordinairement au nombre de 5 à 6 grosses; il y en a, outre cela , souvent une dizaine de petites. C'est l'organisation décrite par Spren- gel , pi. \j fig- i> pour la larve du Geotrupes nasienrnis. Quelquefois aussi la membrana prœtensa n'est pas tendue, mais forme un sac que M. Straus nomme poche de la trachée d'origine , qu'il a décrite dans le hanneton , et qui dans cet insecte donne naissance à quinze troncs trachéens. Quelquefois encore la tra- chée d'origine, sans former de poche vers le stigmate, reste simple dans une longueur toujours très petite, et ainsi ne donne naissance au tronc qu'à quelque distance du fond du stigmate. Mais si l'on compare ces trois modes , on verra qu'ils ne différent que par des nuances de peu d'importance, puisque dans tous les trois , des troncs trachéens au nombre ae quinze à vingt, et souvent moins , s'ouvrent dans une cavité formée par une paroi de même nature qu'eux, et que cette paroi trachéenne est directement unie au bourrelet interne du stigmate. « Dans le Hamaticherus héros > il n'en est pas de même, la membrana prœtensa j ou la poche, sont remplacées , dans le stigmate du mésothorax , par une caisse écailleuse en forme d'ovoïde irrégulier, dont le bord antérieur vient se joindre au bourrelet du fond du stigmate. La couleur de cette caisse est jau- nâtre; elle est dure, très élastique, et, quoique fixée solidement au bourrelet, elle s'en sépare plutôt que de se laisser rompre. Telle est donc une première différence : les trachées, au lieu de s'ouvrir dans une poche molle et de même nature qu'elles, s'ouvrent dans une caisse dure, écailleuse et solide. a Une seconde différence non moins importante , est dans le nombre des trachées qui se rendent au stigmate; la caisse est percée de trous arrondis, rangés en ligues inégales , et qui sont au nombre d'environ cent cinquante. De chacun de ces trous naît une trachée, de sorte qu'au lieu d'avoir , comme à l'ordinaire, quinze à vingt troncs par stigmate, chacun de ceux du méso- thorax se trouve en avoir environ cent cinquante. On conçoit facilement alors que la plus grande partie d'entre eux sont d'un petit diamètre ; cependant il y en a quelques-uns qui sont très forts ; tels sont ceux qui, situés à la partie postérieure et profonde, sont séparés des autres par un intervalle sans trous et très volumineux ; ils se recourbent, se dirigent en avant, et se rendent en deux trachées parallèles jusqu'à la tête , jetant en passant des branches aux organes du thorax, et particulièrement aux muscles; je les ai suivis jusque dans les yeux et les mâchoires. (i) Cette note est accompagnée d'une planche, et est extraite du septième volume des Me» muires de la Société de physique et d'bistoire naturelle de Genève. 64 Publications nouvelles. « Près de ces deux gros troncs naît une trachée, de communication longitu- dinale , et une plus faible , de communication transversale. Les trachées qui nais- sent du milieu de la caisse forment, une touffe abondante et se répandent avec profusion aux muscles des ailes; celles qui naissent de la partie antérieure sont presque aussi nombreuses, f.t vont aux muscles des pattes antérieures et à ceux des intermédiaires; d'autres se rendent au prothorax et au mésothorax. « Cette organisation ne se retrouve point dans les stigmates de l'abdomen ; il n'y a qu'une poche trachéenne. De chaque stigmate naissent à la partie posté- rieure les trachées de communication longitudinale et transversale, et à la partie antérieure un faisceau qui se rend aux organes voisins. « Telle est la modification remarquable que présente l'appareil respiratoire des Hamaticherus. Je l'ai retrouvé le même dans 1' ' Hamaticherus cerdo ,1e Cerambyx moschatus j et le Trachyderes succinctus. Je ne doute pas que cette forme ne soit constante dans les genres très voisins ; je dois ajouter que je ne l'ai point observée ni chez le Prionus scabricornis , ni chez le P. coriariusj que j'ai sou- mis au scalpel dans ce but. » PUBLICATIONS NOUVELLES. Elémens de Zoologie, ou Leçons sur V 'anatomie \, la physiologie , la classi- fication et les mœurs des animaux , par M. Milne Edwards. Un très fort volume in-8 orné de 5oo gravures intercalées dans le texte , et publié en quatre parties ; la dernière partie vient de paraître. Recherches sur les ossemens fossiles, où l'on rétablit les caractères de plusieurs animaux dont les révolutions du globe ont détruit les espèces ; par G. Cuvier; quatrième édition, en 10 volumes in-8°, avec un atlas de 280 planches. (1) Cette nouvelle édition, dont la dernière livraison vient de paraître, a été enrichie de notes additionnelles laissées par l'auteur et mises en ordre par son frère M. Frédéric Cuvier, et par M. Laurillard; elle offre aussi sur les trois édi- tions précédentes un autre avantage qui sera apprécié de tous ceux qui .se ser- vent de cet important ouvrage pour s'aider dans la détermination des ossemens fossiles dont la connaissance est si nécessaire aux géologues; jusqu'ici la plupart des planches n'avaient point d'explication, et pour trouver le nom des objets on était souvent obligé de feuilleter tout un chapitre ; dans la nouvelle édition , au contraire, chaque planche est accompagnée d'un texte explicatif très détaillé. En- fin les éditeurs y ont joint l'éloge de M. Cuvier par M. Laurillard , écrit qui a été couronné par l'académie de Besançon. (1) Chez Docyne et chez Crochard, place de l'École-de-Médecine. Prix , i5o fr. Le Dis- cours sur les révolutions du globe (i vol. in-8) et la Description géologique des environs de Paris, par Cuvier et M. Alex. Brongniart (1 vol. in-8 avec allas) se vendent séparément. turpin. — Sur la Cristatella Mucedo. 65 Étude microscopique de la Cristatella Mucedo, Cuv. (i), espèce de polype d'eau douce. (Luc à l'Académie des Sciences , dans sa séance du g janvier 1 837.) Par M. Turpin, Membre de l'Institut. Vers la mi-novembre dernier, M. Gervais m'apporta deux corps organisés presque microscopiques, que le hasard lui avait fait rencontrer parmi des plantes fluviatiles, recueillies par lui, pour servir à ses savantes recherches sur les petits animaux ten- taculaires dont se compose l'intéressante et très curieuse famille des polypes. A la première vue de ces corps dont le diamètre atteint à peine un millimètre, je crus qu'ils pouvaient être des capsules ou des séminules isolées de quelques très petits végétaux. Exa-* minés ensuite sous le microscope, armé du grossissement d'en- viron 80 fois, je vis qu'ils étaient orbiculaires et qu'ils représen- taient une petite sphère déprimée ou aplatie, dont la surface était mamelonnée, et légèrement incrusté* de matière calcaire (pi. 3 A, fig. 2). Un cercle extérieur, plus transparent et jaunâtre, entourait un disque central de couleur brune ou lie-de-vin : ces deux cou- leurs d'intensités différentes, prouvaient que ces corps étaient vésiculaires, que le cercle extérieur marquait l'épaisseur de la coque, ou de la vésicule, et le disque plus opaque, la capacité remplie d'une substance. Du pourtour rayonnaient environ seize épines de longueur variable (2), tubuleuses, jaunes et ter- (1) Règn. anlm., édit. 1817, t. it, p. 68. Voyez la description que M. le professeur de Rlai 11 ville , donne de ce polype dans le Dictionnaire des Sciences naturelles , t. xi , p. 6 1 1 , et celle de M. Eud. Deslongchamps , article Cristatella, Encyclop., Méthod. tooph. ou anim. rayonnes, t. 11, p. 226. (a) Ces différences de longueur sont dues à ce que les épines rayonnante» partent alterna- tivement du bord et de la surface de la coque près du bord. VII. Zool. — Février. 5 Gi> TTTRi'irc. — Sur la Cristatella Mucedo. minées, le plus souvent par deux crochets en forme d'hameçon ou de patte d'ancre, ou d'autres fois, par trois ou quatre des mêmes crochets en forme de grappin. La lige de cette sorte de- pine présentait encore à sa surface un grand nombre de petits poils courts et âpres, dirigés de haut en bas, et dans son intérieur on apercevait, comme dans certains poils animaux, des parties plus opaques coupées par des parties plus transparentes. A ce premier aspect, mon idée se porta d'abord sur les concep- tacles ou fruits sphéroïdes de plusieurs espèces à'Erysiphe, par- ticulièrement de XErysiphe guttata, Linck, qui offrent les mêmes dimensions, les mêmes couleurs, les mêmes mamelons ou réticules, la même dépression, et qui, enfin, sont aussi pour- vus d'appendicules spinescens, qui s'échappent en rayonnant de leur circonférence. La comparaison que j'en fis ensuite avec mes dessins d'Erysi- phe, détruisit à l'instant cette analogie soupçonnée -, mais je ne pouvais savoir encore auquel des deux règnes, végétal etanimal, devaient appartenir mes corps spinellés. Pour m'en assurer d'une manière certaine, j'essayai d'écraser l'un de ces deux corps en le pressant entre deux lames de verre, et au seul craquement qu'il fit en se rompant, je ne doutai plus du règne auquel il appartenait. C'était un œuf dont la coque venait de se briser avec éclat. Replacé en cet état sous le microscope, on voyait la coque rompue en trois parties et la liqueur albumineuse, blanche et composée, comme l'albumen de tous les œufs, d'une base d'eau et d'un grand nombre de globules variables en grosseur, couler et se répandre sur le porte- objet, (pi. 3 A, fig. 3.) Mais à quel animal appartenait cet œuf (i)? quelle pouvait être la malheureuse mère condamnée à contenir et surtout à pondre des œufs aussi horriblement hérissés de crochets ? Telle était la question que l'on se faisait, et le pénible sentiment que l'on éprouvait. (i) Rœsel a figuré, t. m, lab. 83, un œuf discoïde, brun, muni d'épines dans la circon- («rtnce, qui a de l'analogie avec celui que je décris ou qui et peut-être le même mal vu et mal plaeé. turpin. — Sur la Cristatella Mucedo. 67 Quoique loin d'être satisfait, je m'empressai, comme on doit toujours le faire dans les sciences, qui toutes n'avancent qu'à coups de provisoire, de décrire et surtout d'imager cet œuf si singulier, au moyen des quatre premières figures du dessin que j'ai l'honneur de mettre en ce moment sous les yeux de l'Académie, (voyez pi. 2 et pi. 3 A.) A tout hasard je conservai, dans une petite fiole débouchée et remplie d'eau , le second de ces œufs qui me restait, en ayant soin toutefois de renouveler l'eau et d'inspecter chaque matin cet œuf, que sa pesanteur spécifique tenait toujours nageant à la surface de l'eau. Vers le 1 5 de décembre , en regardant le matin , comme de coutume, ma petite fiole placée entre l'œil et la lumière, je vis avec surprise que l'œuf s'était ouvert en deux valves béan- tes (1), qui n'adhéraient plus entre elles que par un seul point, de la même manière que s'ouvrent les deux valves d'une huître. Ne pouvant douter qu'il ne se fût échappé quelque chose de cette coque bivalve, je jetai les yeux dans le voisinage, et j'y aperçus un petit animal composé, fort élégant, que je reconnus de suite pour appartenir au groupe des Polypes, et être celui su- perficiellement figuré et très multiplié par Rœsel(2), et nom- mé par Georges Cuvier Cristatella mucedo et Cristatella va- gans. (3) Ce petit animal composé, qui n'était éclos que depuis la veille, peut-être même depuis quelques instans , car on le voyait tout près de son enveloppe, paraissant comme suspendu entre deux eaux; on sentait qu'il éprouvait un besoin, celui d'un point d'ap- (1) Des œufss'ouvrant en deux valves presque égales, pour faciliter l'éclosion, offriraient une chose tout-à-fait neuve, si déjà nous ne connaissions pas ceux si artistement operculés du pou du cheval, de la chèvre, etc., dont également l'opercule, qui doit être considéré comme une valve réduite, se soulève de la même manièreque le couvercle d'une urne de mousse ou de celui des péricarpes à déhiscence transversa (Jeffersoniadiphylla ), pour laisser sortir le jeune pou. (a) Ins. 3, p. 991, t. xci. (3) Il parait arsez probable que le petit animal fluviatile décrit et figuré par Mùllcr sous le uom de Leucophra heteroclita , pag. i58 et aa, fig. 37-34 , est notre Cristatella mucedo , trop imparfaitement représentée pour être facilement reconnue, et dans l'enveloppe polvpiaire de laquelle il ne se trouvait que deux polypes. 5. (î8 turpiiv. — Sur la Cristatella Mucedo. pui sur lequel il pût fixer son corps. Aussi ne tarda-t il pas à desrendre au fond de la fiole, d'où ensuite il allongea et mit en exercice ses élégans panaches. Le voyant ainsi fixé dans un lieu qui me permettait difficilement de le bien étudier sous toutes ses faces, j'en conçus de l'inquiétude, car il fallait le détacher et le placer dans un verre de montre, et je craignais avec toute raison , quoique en me servant d'un pinceau très doux et très fin, de détruire l'unique individu que je possédais, et qu'a- lors je n'avais nul espoir de pouvoir remplacer.. A force de le caresser avec la pointe de mon pinceau j'en vins à bout, et une fois bien établi dans un nouveau lac que contenait un verre de montre, je pus, dans cette situation, le bien voir dans tous les sens, le figurer et le décrire sous le mi- croscope. Je passe maintenant à la description de l'animal: Un corps commun, polypiaire, membraneux, ovoïde ou lé- gèrement cordiforme, un peu oblique vers sa base, bombé ou comme bossu sur le dos, lorsqu'on le regarde de profil; non contractile, mamelonné oupapilleux à sa surface, transparent, jaunâtre et comme bordé d'une marge plus transparente, in- colore et formée par le prolongement des papilles qui semblent se recouvrir en cette partie, sert d'enveloppe protectrice à plusieurs individus distincts qui , bien que nés les uns des au- tres, ne sont cependant qu'agrégés (pi. 3, fig. 9). Cette enveloppe qui est, sans contredit, un véritable polypier, empêche que l'on ne considère plus long-temps , la Oistatelle comme étant un polype nu. (1) Au sommet de ce polypier sont trois ouvertures d'inégales grandeurs qui aboutissent à autant de cellules tubuleuses plus ou moins profondes , cellules analogues à celles si multipliées et en forme d'étoile qui se remarquent à la surface des polypiers pierreux ou madrépores. La plus grande de ces ouvertures est située au sommet du polypier, tandis que les deux autres, moins ouvertes, sont latérales. Dans chacune de ces cellules loge un (i)»Ce polype, qui n'est ni simple ni nu, (pui, au contraire, se compose d'un polypier et de plusieurs polypes , devra, lorsqu'il aura bien été étudié, faire partie des polypes à polypiers. turpin. — Sur la Cristatella Mucedo. 6V) individu distinct de Cristatelle qui, très probablement, ne s'en isole jamais, pas plus que l'huître ne s'éloigne de sa coquille. Ces trois individus étant parfaitement semblables, sauf un peu moins de développement chez les deux latéraux , il suffira d'en décrire un seul, celui du milieu, en faisant seulement connaître les légères différences que peuvent offrir les deux autres. 1 La grande transparence du corps polypiaire permet de voir la forme, la disposition et l'étendue variable des cellules, en même temps que les corps des trois Cristatelles qui s'y trou^ vent logés et qui s'y dessinent par une couleur plus jaune que celle du polypier. Ces corps qui paraissent se borner à n'être qu'une sorte d'in- testin digestif, sont cylindriques, obtus à leur extrémité in- férieure et légèrement étranglés une ou deux fois dans leur trajet. Dans leur plus grande extension la partie supérieure de ces corps sort un peu de la cellule du polypier et au sommet de cette partie, qui peut être considérée comme une sorte de col, on voit facilement l'ouverture de la bouche qui, chez les deux individus latéraux, a la forme d'un petit croissant , et chez l'individu central celle d'un mamelon percé à son. extrét mité. L'anus, comme l'a très bien observé M. Gervais, est situé dans le voisinage de la bouche, comme chez les Ascidies. Aux deux côtés de la bouche, le corps se divise en deux bras, disposés en fer à cheval , qui paraissent aplatis , obtus et bor- dés par des bandes jaunâtres. Chacun de ces bras est muni d'une cinquantaine de tentacules vermiculaires , rétractiles, transpa- rens, blancs, et disposées latéralement et au sommet , comme le sont les barbes d'une plume. Ces nombreux tentacules, vus sous un fort grossissement du microscope , paraissent tubu- leux et leur tissu formé d'un grand nombre de globules de di- verses grosseurs. Leur surface est couverte d'un nombre prodi- gieux de petits cils dont le mouvement vibrant et très véloce, est très curieux à étudier sous le rapport de son utilité indispensable à l'existence du petit polype. 70 tuiipin. — Sur la Cristatella Mucedo. Lorsqu'on examine avec attention le mouvement des cils, on est étonné de voir qu'ils semblent cheminer ensemble, et comme par une sorte de tremblotement sur l'un des côtés du tenta- cule , et redescendre de la même manière sur l'autre. C'est à ce singulier mouvement, produit par la vibration successive de chaque cil. mouvement analogue à celui d'apparence circulaire ou de rotation que l'on observe autour de la bouche des Roti- fères, des Vorticelles, des Brachions, etc., que sont dus ces courans d'eau qui se dirigent vers la bouche du polype en y portant les molécules nutritives et autres petits infusoires dont il se nourrit. Ces courans, sans lesquels ce polype ne pourrait pas vivre , les tentacules vermiculaires manquant de toute faculté prenante, s'expliquent facilement lorsque l'on considère chacun des cils dont sont couverts les tentacules comme étant autant de petites palettes qui frappent les molécules de l'eau en sens différens et de manière à en diriger le mouvement du côté de la bouche. Toute la peau de cette Cristatelle, au moins celle qui s'al- longe en dehors de la cellule du polypier ascidiforme, paraît comme ponctuée ou finement mamelonnée. Les trois individus qui habitent en société le même polypier proviennent de deux générations successives ; les deux latéraux ont eu potir mère l'in- dividu central, visiblement plus développé que ses enfans et auxquels il a donné naissance par le mode de reproduction le plus simple, celui de la gemmation extérieure ou de bourgeon. Agissant d'une manière tout-à-fait indépendante , et chacun pour son propre compte, on voit ces individus , selon les besoins de repos ou d'action quils éprouvent séparément, se contrac- ter, se retirer presque entièrement dans le polypier, ou en sortir en étendant au dehors leur élégant panache. On ne peut mieux comparer cette trinité de Cristatelles qu'à un végétal dont la tige principale aurait produit, par extension de ses nœuds vitaux , deux buïbilles latérales qui ensuite se seraient isolées et développées en deux autres petites branches. Quant à l'existence commune d'absorption et d'assimilation que l'on suppose chez les Polypes et les Ascidies composés, on ne peut la nier tant qu'il y a adhérence organique entre les in- TURPiw. — Sur la Gristateila Mucedo. ni dividus, soit qu'ils proviennent, comme chez les végétaux, de bourgeons ou de générations successives, soit que, libres d'a- bord, ils se soient ensuite entre greffés par rapproche; mais, comme chez les Polypes composés , cette adhérence n'est que temporaire, et souvent d'assez courte durée; dès qu'elle cesse, toute communauté organique disparaît pour toujours. C'est ainsi, par exemple, qu'à la surface seulement des gros polypiers pierreux, réside, dans les alvéoles, un nombre pro- digieux de polypes distincts et parfaitement isolés les uns des autres, mais qui cependant résultent tous de mères communes qui ont successivement cessé d'exister, et dont les cadavres, restés sur place, sont ensevelis dans la masse calcaire et cen- trale du polypier. Les trois individus de la cristatelle composée , qui fait le su- jet de ce mémoire , m'ont paru être arrivés à l'époque de la sé- paration , autant que j'ai pu le voir, dans un être aussi petit, les deux enfans latéraux semblaient n'avoir plus avec leur mère qu'une simple contiguïté. J'ai possédé pendant trois jours, et dans un parfait état de vie , le petit polype composé que je viens de décrire. Le lende- main du jour de son éciosion , j'aperçus nageant dans l'eau- et entre les trois appareils tentaculaires des individus, trois corps ovalaires, pointus par l'un des bouts, bruns, bordés par un cercle plus clair, et comme remplis par une substance granu- leuse. Ces corps qui, bien certainement, étaient des œufs (i), ne pouvaient provenir que du polype , puisqu'il était complètement isolé dans un verre de montre. Mais quel était celui des trois individus qui avait pondu ces œufs? Par laquelle des deux issues, la bouche ou l'anus avaient-ils été expulsés? Pourquoi des œufs- si différens, par leur forme et l'absence des épines, de ceux d'où l'animal est sorti? Cette dernière difficulté peut être résolue par l'analogie, par des exemples à-peu-près semblables d'œufs qui, après être pondus, continuent de croître en dehors de la> . (t) J'ai depuis long-temps observé que les végétaux et les animaux les plus simples possé daieul déjà au moins deux moyens de reproductions: celui intérieur, par graine et par œuf , et celui , extérieur , par germe ou bourgeon. 7a turpin. — Sur la Cristatella Mucedo. mère (i). Tels sont les œufs de plusieurs espèces d'Acariens. Cet accroissement particulier des œufs après être pondus, et le développement subséquent des épines à crochets, lèvent cette autre difficulté dont j'ai parlé au commencement de ce mémoire : « Quelle est la malheureuse mère condamnée à pon- dre des œufs si horriblement hérissés ? » J'ai vu que , dans sa lettre, M. Gervais disait que les deux in- dividus qu'il s'était réservés, et qui, chose remarquable, étaient éclos le même jour que celui que je devais à son obligeance, lui avaient présenté, après quelques jours, un phénomène assez singulier, consistant dans le développement tardif des deux po- lypes latéraux. Quoiqu'il soit dans l'ordre naturel que le pro- ducteur existe avant le produit, je n'ai point été témoin d'un semblable développement. Mon petit animal était, dès au sortir de l'œuf, déjà composé de trois polypes ou, au moins, de trois appareils tentaculaires distincts; seulement, les deux latéraux, comme plus jeunes, paraissaient aussi plus faibles et plus indolens; leur panache bifurqué semblait n'être point encore sorti du polypier, on ne voyait à sa place qu'une petite houppe épanouie et composée des tentacules les plus terminaux du panache. Une chose assez remarquable ,' c'est que les trois individus de Gristatelle, éclos tant chez M. Gervais que chez moi, étaient tous composés seulement de trois polypes , tandis que Rœsel en fi- gure au moins quatre et quelquefois un bien plus grand nombre logés dans le même polypier, auquel il donne le nom de corps en ballon. Du reste , cette plus grande multiplication me paraît naturelle, et il est assez probable qu'elle aurait eu lieu si nos petits animaux composés avaient vécu plus long -temps, ou (i) Généralement , les œufs prennent, dans l'intérieur delà mère, tout le développement dont ils sont susceptibles. Ceux-ci ont ordinairement leur enveloppe extérieure solidifiée in- térieurement par un enduit calcaire composé de molécules confuses, ou, plus rarement, comme je l'ai fait connaître (Annales des Sciences nat.), de ces mêmes molécules arrangées en beaux cristaux rhomboèdres comme dans l'œuf des Mollusques du genre. D'autres, beaucoup moins nombreux et nécessairement mous achèvent leur accroisement après être pondus. Ce dernier mode est comparable , jusqu'à un certain point, à l'expulsion anticipée du fœtus rudimentaire chez les Marsupiaux qui , aussi, termine son accroissement et sa vie fœtale en dehors de la matric», contrairement à ce qui a lieu dans la reproduction des autres mammifères, turpin — Sur la Cristatella Mucedo. ^3 mieux, s'ils avaient joui d'un milieu plus convenable à leur na- ture. L'étude microscopique que j'ai faite de la Cristatella mucedo est loin d'être complète. Occupé de travaux qui me tiennent dans une autre direction, j'engage M. Gervais, bien plus habile que moi dans ce genre de recherches à les continuer en se pro- curant de nouveaux œufs , le printemps prochain, afin de bien observer leur développement, leur singulière éclosion , puis les évolutions et la multiplication, par bourgeon, des individus dans l'intérieur du polypier commun qui leur sert d'habitation. Si je me suis permis d'écrire sur un sujet qui appartient à M. Gervais, c'est parce que lui-même , dans sa lettre (i), a fait connaître que de mon côté je m'en étais aussi occupé, et que j'en avais fait un dessin fort étudié ; c'est parce que j'ai vu que nous n'étions pas tout-à-fait d'accord sur quelques points , et qu'il n'était nullement question dans sa lettre de la singulière déhis- cence de l'œuf, de la ponte des œufs ovalaires et dépourvus d'épines, mais surtout de l'existence des cils vibrans, et, par con- séquent, du rôle important qu'ils jouent dans l'existence du polype. Enfin , c'est parce que je me suis flatté de l'espoir que l'Aca- démie verrait avec quelque intérêt les figures représentant tous les développemens succesifs d'un animal aussi intéressant qu'il est peu connu. EXPLICATION DES PLANCHES a ET 3, A. Fig. i. Grandeur naturelle de l'œuf. F:g. a. Œuf très grossi. Un cercle transparent a, jaunâtre, indique l'épaisseur de la coque et un disque brun ou lie-de-vin celui de la capacité remplie de l'albumen. Autour rayon- nent seize épines b , terminées par deux, ou trois ou quatre crochets recourbés en hameçon, et dont la moitié de ces épines s'insèrent, alternativement, sur le bord du disque central. La surface offre un réticule mamelonné. Fig. 3. Le même œuf ayant été écrasé et laissant couler son albumen ; aa. albumen blanc, composé d'eau et de globules , coulant. Fig. 4. Le même ouvert en deux valves béantes pour faciliter réclusion du petit polype com- posé. Fig. 5. Une épine très grandie pour faire voir les poils âpres de la tig** , ainsi que leur di- rection de haut en bas. La tubulure de cette tige et son opacité par place. Elle semble être l'extension du sommet de l'un des mamelons du réticule de la coque. . (■) Comptes rendus, 26 décembre 1 836, page 736. 74 p - gervais. — Sur les Polypes d'eau douée. Fig. 6. Partie terminale d'une autre épine ayant quatre crochets recourbés en manière de grappin. Fig. 7. Polype au moment de l'éclosion , vu de profil. Fig. 8. Le même ayant un peu grossi. Dans ce premier état les individus latéraux n'avaient point encore projeté an dehors leurs bras ou appareils tentaculaires. On ne voyait, à leur place , qu'une houppe composée des tentacules les plus terminaux des bras. Fig. 9. Le même vu parle dos et dans son plus grand état de développement; a. bord mar- ginal, transparent et comme composé d'écaillés imbriquées du polypier; b. disque ou partie "so- lide et plus colorée du polypier, couvert des mêmes écailles; ci ouverture ou étoile principale de la cellule centrale du polypier; d. col du polype mère. Sur ce col on voit l'anus sous la forme d'un mamelon percé d'un trou au sommet ; ee. les deux bras tentaculaires entre lesquels se trouve la bouche située au sommet d'un mamelon ; ff. tentacules vermiculaires , non prenans ; ce . ouvertures des cellules latérales. De ces deux ouvertures sortent deux individus appartenant à une génération nouvelle et résultant , par gemmation et par séparation , de l'individu cen- tral; ctd. cols de ces individus. Sur ce col est situé l'anus ; e'eW. bras tentaculaires ; Pf ten- tacules. Les flèches indiquent les courans d'eau qui amènent vers la bouche les globules et autres petits infusoires suspendus dans l'eau et dont l'animal se nourrit. Fig. xo. Quelques tentacules très grossis pour faire connaître qu'ils sont un peu contractiles, t ni mieux, composés, en grande partie, de globules et que leur surface est couverte de très petits poils on cils qui vibrent avec une grande vélocité et dont le mouvement successif de chaque cil paraît ascendant sur l'un des côtés des tentacules et descendant sur l'autre. C'est ce qu'indique la direction opposée des deux flèches. Recherches sur les Polypes d'eau douce des genres Plumatelia,. Cristatella et Paludicella , Par M. P. Gervais. Premier Mémoire. Synonymie des divers Polypes à panache, et description de la Crista telle. ( Communiqué à la Société Philoma tique , le 4 mars i83; . ) INTRODUCTION. La zoologie a fait dans ces derniers temps de si rapides pro- grès; elle est devenue entre les mains de quelques hommes re- p. gervais. — Sur les Polypes d'eau douce, 75 marquables, si positive, et chaque jour elle approche avec tant de bonheur de la méthode naturelle, terre promise des savans qui l'étudient, qu'il suffit le plus souvent pour faire connaître un animal donné, dans ses traits principaux, j'ai presque dit dans tous les points de son organisme, d'indiquer sa position natu- relle dans la série des êtres : mais ce résultat si heureux, dont la botanique jouissait déjà avant que les zoologistes n'eussent songé à l'obtenir, a rendu plus fréquens les travaux incomplets. On possède bien des ébauches, bien des recherches qui restent à vérifier ou à finir, mais les véritables monographies sont plus rares de nos jours, si l'on fait attention au nombre plus con- sidérable des observateurs, que dans les siècles précédens. C'est cependant aux travaux monographiques que la zooclassie devra ses plus précieuses acquisitions et ses derniers perfectionne- mens. Sans essayer une entreprise de ce genre que je crois au- dessus de mes forces, mais que réclament les besoins de l'his- toire naturelle des animaux, aussi bien que sa tendance émi- nemment positive , j'aurais voulu donner plus de développe- ment aux études sur les Polypes d'eau douce, que j'ai l'honneur de vous soumettre. Aussi mon intention était-elle d'en retarder encore la publication, afiu de ne point ajouter aux travaux in- complets dont je parlais à l'instant, un nouveau travail qui mé- ritât lui-même ce reproche. Néanmoins quelques personnes bienveillantes m'ont engagé à faire connaître dès à présent r avec quelques détails, ce que j'avais observé sur ce sujet, plus intéressant peut-être que difficile; la lettre que j'ai adressée à l'Académie sur ces animaux étant fort abrégée, quoiqu'elle traitât de trois Polypes d'espèce et même de genre, distinct, j'ai dû nécessairement y omettre différens détails déjà observés et que j'a- vais d'ailleurs communiqués à plusieurs savans distingués, parmi lesquels je citerai MM. de Blainville et Turpin, ainsi que mes estimables amis MM. Decaisne et Vanbeneden. M. de Blainville a bien voulu les citer en partie dans les nouvelles additions qu'il vient île faire à son Manuel d'actinologie. Trembley et Baker, d'après lui, ont les premiers fait connaître les Polypes d'eau douce, et l'un d'eux (Trembley) a donné sur leur histoire des renseignemcns remarquables par leur exacti- 76 p. gervais. — Sur les Polypes d'eau douce. tude, et qu'on s'étonnerait peut-être de trouver dans un au- teur d'une époque assez ancienne déjà (1744)? si l'on ne savait avec quelle minutieuse assiduité la plupart des savans de son époque se livraient à leurs recherches, et si d'ailleurs les belles découvertes de Trembley n'avaient fait connaître combien il était habile observateur. Roèsel donna quelque temps après les remarques qu'il avait faites sur d'autres animaux du même genre que ceux appelés par Trembley, Polypes à panache; il les figure aux planches 73, 74 et 75 de ses Historiœ polyporum. On lui doit aussi la dé- couverte des descriptions fort bonnes quoique incomplètes, et les figures assez exactes d'un autre Polype, appelé depuis Cris- tatelle. Nul n'a observé depuis Roè'sel l'espèce dont il est ici question, mais plusieurs auteurs ont revu le Polype h panache nommé Tubulaire d'eau douce {Tubularia campanulata , etc.) par les sysmatistes linnéens et Plumaiellapar Lamarck qui la regarde avec raison comme devant former un genre particulier. M. Ras- pail est de tous celui qui l'a le plus complètement étudiée; ainsi qu'il le reconnaît, l'Alcyonelle de Lamarck (alcyon fluviatile de Bruguière) n'est probablement qu'une variété de la Pluma- telle ordinaire , commune ainsi que celle-ci dans les eaux sta- gnantes de presque toute l'Europe. Bernard de Jussieu, cité par Réaumur, est, je crois, le pre- mier qui l'ait observée en France, et il a très brièvement indiqué, mais avec exactitude cependant la nature de ses œufs qui avaient échappé à Trembley. On n'a jusqu'ici indiqué dans nos eaux douces que cette espèce de Polype composé. J'y ai trouvé des corps assez singuliers (pi. 4B) que leur éclosion m'a fait recon- naître pour les œufs de la Cristatelle , ce qui ma permis d'étu- dier ce curieux animal ; j'ai aussi constaté chez nous la pré- sence d'une espèce assez différente de Polype, voisin , selon moi, des Cellariées, et qui me paraît identique avec celui que M. Ehrenberg place dans le genre Alcyonella sous le nom iïA. articulata. Ces trois sortes d'animaux feront le sujet de plusieurs notices que j'aurai l'honneur de vous soumettre : dans celle-ci je trai- p. gervais. — Sur les Polypes d'eau douce. 77 terai plus particulièrement de l'œuf des Cristatelles, après avoir essayé une synonymie des Polypes d'eau douce, dont le canal intestinal présente deux orifices distincts. [Tabulaires d'eau douce ou Plumatella et Alcyonella, Crislatella et Paludicella.) POLYPIARIA. Cl. I. Ore anoque distinctis (Polypiaria dubia nec non inter alia polypiaria non nulla, Blainv. Bryozoa maj. parte, Eh- renberg.) S. Cl. I. Polyp. hyppocrepia. Tentaculi numerosi, circa os appendici in ferrum-equinum inserti, nec in infundibulum dispositi; anus medio dorsalis ; ova coriacea, nunquam ciliata, pulvino circumdata. 1 Genus 1. Ciusta.tella. Cristatelle. G. Cuv. Polypi, tentaculis circiter 60, in sacco membranaceo vaganf infixi, variabile gregali; cuique orificiurn peculiare; generatio gemmipara, vel ovipara ; ova spinulosa. 1. Cristatella mucedo. Federsbusch polyp. etc. Roësel, insect. belistigung suppl. pi. 91. p. 55g. (Encycl. meth. pi. 472, fig. 2.) Crislatella mucedo G. Cuvier tabl. élém. p. 656. — vagans Lamarck An. S. v. t. 2 , p. 97. — Blainv. Actinol. p. 489, 678. — Gerv. Compt. rendus Acad. Se. 1 836, a e se- mestre p. 797. — Turpin ibid. 1837, 1" sem. p. l\\. (1) (1) Ex ovis et polypis à me commun icatis Cristatell.-cnotitiam babuit, illusione optica seductus pro margincdiapbano pulvinum à Raspailio in Plumatella jàm distinctum babuit, et spiuulas margini inserlas scripsit. ~8 p. gervais. — Sur les Polypes d'eau douce. Genus 2. Plumatella. Plumatelle Lamk. Tubularia pro parte, Linn. Gmel. etc. Plumatella nec non sélcyonella Lamk. Halcyonella pro parte Ehrenb. Polypi fluviatiles, hyalini , tentaculis 4°-6o, in œtate juniori libère vagantes basi vel affixi, nundum tubo vaginati; postea sae- pius gregati, in tubulis pergamentaceis, cylindricis, dichotomo irregulariter ramosis , aut effusis, aut erectis, aut cespitosis, in alvearium non raro dispositis retractiles; ova coriacea, nec ci- liata, nec spinulosa. i. Plumatella campanulata. Polype à panache Trembley, mém. sur l'hist. des Polypes, mém. nr, p. 209, pi. x, f. 8-9 (1754*) Federsbuch poljp. Roësel, insect. belustig. suppl. p. 447> pl« 7 3- 7 5. Tubularia campanulata Linn. syst. nat. Alcyonelle fluviatile, Raspail (1) Mém. Soc. Hist. nat. Paris, t. iv, p. 75-i65, pi. 12-16. Species unica,frequentissime varians. Var : A. — Repens, volubilis, etc. Synonyma sic intelligebam : i° Tubulae Trembleyanae : Hydra campanulata Linn. édit. x; tubularia crystallina Pall.Zooph. p. SB;tubul. reptans Blumenb. Manuel edit.Gall.p.gojGmel.syst. nat. Linn. p. 383 4- Plumatella cristata Lamk. an. s. v. t. 2, p. io7.Vaucher Bull. se. Soc. philom. anno reipublicae xii, p. i58; Cristatella campanulata Fleming British Zool. p. 5 18 (1); Lophopus campanulatus Dumortier, Bull. Acad. Bruxelles, i835 p. 4^ (1) A synonymia Raspail io data exclude Cristatellam muctdinem supra descriptam Bifflu- giam que Proteiformem (Leclerc. mém. Mus. t. 2, p. 474, pi. 17) ; hanc Tubuluriœ sultanœ Blu- p. gervais. — Sur les Polypes d'eau douce. yiy a TubulocRoeselii : Tubularia gelatinosa Pall. Zoopli. p. 85 ; tubularia campanulata Gmel. p. 3834; Plumatella campanu- lata y Lamk.anim. sans vert. , t. 2, p. 108; Plu/n. gelatinosa Fle- ming. British. Zool. p. 553. Similiter Plumatellarum forma? priori adnurnerabuntur : Tubularia repens, Mull. vernies p. i, 2, p. 16; Boscii, Lamarckii etc. Plumatella repens ; Tubularia lucifuga Vaucber loc. cit. 1 B. — Dumetosa, prnesertim que alveolata. Alcyonium fluviaide Bruguière, Dict. p. 24; Alcyonella sta- gna uni Lamk. t. 2, p. 100. S. Cl. II. Polyp. infundibulati. PermnUa adhuc animalia in eâdem classe adnumerari viden- tur, sed dispositione tentaculorum distincta, ideoque sub classis al ici lus typum offerentia. Hippocrepibus polypiariis anum vide- runtTrembley, Raspail, etc. et illum intestin droit vocatTrerabley (intestini rectum, intestinumve rectum latine nura diceres?); Ras- pail, Blainville (Àctinologie p. 4q0 et permulti alii recentiores pro intestini recto (ab ore anum separatum sic distir^guentes) ha- buerunt, et equidem rectè; sed recentius notum credo marinis po- ly pis anum; illum in Flustris detexit cl. Grant, in Escbaris Audouin et M. Edwards nunciârunt, hune methodicae animalium dispo- sition! utilem characterem oblaturum nunciantes; vidit etiam Blainville anum Dedalœ mauritianœ (Actinol. p. 49^) et poly- piariis dubiis ipsius Dedaloeam junxit, Delle-Chiaje , Lister, Sars etc. permultis aliis idem agnoverunt organum, et doct. Ehren- berg unius classis omnia hœc animalia voluit socia, communi nomine Brvozoa vocans; sic Polypiariis dubiis P. membranacea menb. non majore jure Meyen rctulit ; infusoriis cum permuilis aliis interponendam ex obser- ralione ceosuit Ehrenberg;DujardiniamsRhizopodissiniillimam(£cAo 6, 8, e) qui s'amincissent et s'allongent ( fig. 7 g.). Roè'sel dit plus loin que le fer à cheval est formé de deux tubes por- tant les filamens dont les extrémités un peu renflées sont re- courbées en arc. Les filamens, ajoute-t-il, paraissent être en nombre égal pour chaque animal; comme pour le Polype que j'ai décrit en premier lieu (1), j'en ai compté soixante. Dans le point de jonction des deux tubes et à l'endroit où ils se courbent en fer à cheval, on remarque une petite tige com- mune, comme cela se peut voir, fig. 7 g y h h, mais on ne dis- tingue pas toujours cette tige. A son extrémité, entre les bran- ches précitées, on aperçoit quelquefois un petit mamelon, d'au- tres fois un enfoncement. Je le considère comme la bouche du Po- lype (v. fig. 1 1 dans laquellle k indique la tige, m étant le mame- lon ou la bouche). Au moment où tous les Polypes sont épanouis, le corps devient très clair et transparent, mais (§6) jamais cepen- dant la transparence ne fut assez grande, même avec le plus fort grossissement, pour que Roësel ait pu distinguer aucun des or- ganes des Polypes. Pendant le même acte (§ 9) les animaux pro- duisaient dans l'eau un tourbillon , comme cela arrive pour la première espèce (Plumatellacampanulatà), ce qui amène vers la bouche les petits corps flottans entre les deux tubes des pana- ches (le fer à cheval). Ces panaches une fois étendus, les animaux les laissent long-temps dans la même position, plus ordinairement que ceux de la précédente espèce. Leur locomotion se fait en tour- nant le corps sur lui-même; Roësel n'a pu découvrir comment ces Polypes reproduisent, mais il a souvent vu que, parmi les grands panaches, il en existait d'autres plus petits qui ne pa- (1) La Plumatelle. p. gervais. — Sur les Polypes d*eau douce. 83 raissaient être que de jeunes individus. «Je n'ai pu, dit-il, m'as- surer, à cause de leur petitesse, s'ils se propagent par divi- sion ; jamais je n'ai pu en conserver plus de quatre jours; car, pour les avoir à ma disposition , j'étais obligé de les placer dans de l'eau pure et claire, qui probablement ne contenait pas assez de nourriture. Dans cette eau leur corps devenait de plus en plus transparent, jusqu'à ce qu'il ressemblât à une petite bulle d'air; et cependant encore à cette époque, chaque Polype éten- dait son panache et le conservait ainsi jusqu'à sa mort » Tel est le résumé aussi exact que possible des observa- tions de Roësel sur le Polype dont on lui doit la décou- verte, et qu'il a nommé Polype à buisson de plumets. Linnœus n'a point lait mention , dans les diverses éditions de son Systema naturœ, de ce curieux animal , et Gmelin, dans l'édition du même ouvrage qu'on lui doit, ne le cite pas non plus, bien qu'il admette parmi les Polypes d'eau douce pour- vus des panaches, dont il fait comme Pallas , Muller et Blumen- bach, desTubulaires, diverses espèces dont plusieurs forment certainement double emploi. C'est sans doute de la Cristatelle que Pallas a voulu parler en disant : « An globuli vagi, tubulos polypis fcetos minoribus, quam hujus nostrœ speciei sunt, a Rœselio descripti (hist. polyp. p. 559, tab. 9) diversam constituant speciem, aut potius pro proie ejusdem speciei habendi sunt, non determino pronuncienl alii. » ( Pall. Zoophyta p. 86.) G. Cuvier a le premier accepté comme exactes les descriptions de Roësel; il était en effet difficile de ne pas les admettre après les avoir lues attentivement, et si l'on doit s'étonner de quelque chose, c'est certainement des opinions assez singulières qu'on a depuis émises sur la nature des Cristatelles. Le mot de Cristatella fut proposé par Cuvier, et l'espèce unique dont ce genre s'est trouvé composé a reçu le nom de Cristatella mucedo ; le célèbre auteur des leçons d'anatomie comparée, la plaçait (1) Il y a dans la citation faite par Pallas une erreur facile à reconnaître: la page est bien indiquée , mais il n'y a pas de planche g rtlative aux Polypes : c'est 99 qu'il faut lire. (a) Tableau élémentaire, page 656. 1798. 6. #4 p- gervais. — Sur les Polypes d'eau douce. alors après les Hydres, entre les Corines d'une part et les Vor- ticelles de l'autre, ce qui ne saurait être admis aujourd'hui ,et ce que d'ailleurs, lui-même, n'imita pas entièrement dans son se- cond ouvrage de Zoologie. Pour Lamarck, la Ci istatelle a égale- ment été un genre particulier que, dans son système des ani- maux sans vertèbres, cet illustre naturaliste rapporte parmi ses Polypiers fluviatiles, c'est-à-dire dans un autre groupe que celui des Àlcyonelles et des Tabulaires d'eau douce, que l'auteur nomme Plumatella. Le Crist. mueedo est pour Lamarck le Cris t. vagans. En 1817 Guvier a parlé de nouveau, dans son traité sur le règne animal, de la Cristatelle , mais il lui adjoint comme con- génère le Tubuturia repens, ce qui n'est pas sans inconvénient, puisque le Tubularia campanulata, qui est synonyme de ce der- nier, est rangé dans une autre famille avec les Campanulaires; mais cette légère erreur de synonymie ne se retrouve plus dans la deuxième édition. En 1828 M. Raspail, dans son savant Mémoire sur l'Alcyo- nelle, a essayé, quoiqu'il ne l'eût réellement point vue, de donner une détermination de la Cristatelle. Le Polype de Roësel est pour lui , comme il l'avaitété pour Pallas, le jeune âge de la Tubulaire d'eau douce qu'il appelle Alcyonelle. Sans admettre cette opinion qu'il ne fait que citer, M. de Blainville (î) , rap- proche la Cristatelle des Tubulaires et des Alcyonelles, et il la place avec celles-ci dans sa sous-classe des Polypes douteux, à laquelle il donne pour caractère d'avoir l'orifice anal distinct de la bouche, mais ù la considère comme l'unique espèce de son genre, ainsi que l'avait d'abord fait G. Cuvier, puis Lamarck. M. Ëhrenberg a depuis (2) admis le rapprochement des genres Cristatelle et Plumatelle qu'il nomme avec M. Raspail, Alcyo- nelles, mais en écrivant Halcyonella , et pour lui l'un et l'autre appartiennent à «a classe des Bryozoa, laquelle est une exten- sion de la sous-classe des Polypes à double orifice cités plus haut sous le nom de Polypiaires douteux. Ajoutons, pour rendre (1) Actinologie, j). 489. {%) Die corallenthiere des Kothen mètres, in-4 e . Berlin, i834. P: gkkvais. — Sur les Polypes d'eau douce. 85 complète cette histoire de l'animal observe p;ir Roesel, que plus récemment un naturaliste moins connu, a émis que la Cristatelle (i) était plutôt un végétal qu'un animal. Mais cet au- teur a malheureusement pris pour des Cristatelles les corps organisés dont Lamarck a fait le genre Spongilla, et pas plus que ses prédécesseurs il n'a étudié en nature la véritable Cris- tatelle. §11. Ayant eu l'occasiou d'observer et de posséder vivans pen- dant plusieurs jours deux, individus de Cristatelle éclos chez moi d'oeufs que j'avais recueillis dans- l'intérieur même de Paris, au canal de l'Ourcq, j'ai pu constater, ce qui d'ailleurs était peu nécessaire : que ce Polype est bien un animal distinct du Po- lype à panache de Trembley , c'est-à-dire de la Plumatelle ; que la description de Roesel était fort exacte dans la plupart de ses détails, .et que Cuvier, Lamarck, Blainville, etc., avaient eu raison en établissant ou en adoptant, pour l'animal qu'elle fait connaître, un genre particulier. J'ai aussi reconnu que le rap- prochement déjà fait par Roésel et admis depuis par MM. de Blainville et Ehrenberg, entre la Cristatelle et les, Plumatelles, devait être conservé, et que si l'on accorde que tous les £up? maux du type des Actinozoaires (animaux rayonnes) offrent/ nécessairement le caractère exprimé par leur nom lui-même, les Cristatelles, non plus que les Plumatelles, ne sont pas de vé- ritables Actinozoaires , ainsi que M. de Blainville l'a d'ailleurs signalé pour les dernières. M^Raspail établit aussi la supériorité des Plumatelles ; il les compare même aux Céphalopodes, mais par une contradiction assez bizarre r tout en démontrant la complication de leur organisme, il propose de leur appliquer le nom d'Alcyonelles , donné par Lamarck, à une de leurs variétés quoique celte dénomination semble indiquer un rapport avec tes Alcyons qui sont néanmoins les derniers des animaux. Les Plumatelles,. auxquelles se joindront les Cristatelles, ne (t) Dicl. pitt. d'tfisl. nat., tome u, p. 3g4. i«55. 86 p. gervais. — Sur les Polypes d'eau douce. sont pas des êtres complètement rayonnes; leur forme est au contraire binaire et parfaitement symétrique; leur bouche est sur la ligne médiane, en croissant, et entourée de tentacules nombreux disposés sur deux rangs, l'un antérieur, l'autre pos- térieur ; le plus grand nombre de ces tentacules étant porté sur deux appendices qui rappellent .par leur forme celle d'un fer à cheval, dont la concavité serait ouverte en arrière et la con- vexité tournée en avant. Trembley a parfaitement saisi cette disposition dans la figure qu'il a donnée du Polype à panache, (pi. 10, f. 8), mais il n'a point indiqué, non plus que Roè'sel, etc., les muscles rétracteurs du fera cheval, qui sont cependant com- posés de fibres verticales assez faciles à reconnaître. La bouche chez la Cristatelle est légèrement en croissant, et la convexité et la concavité de ce croissant ont la même direction que celle du fer à cheval. Les tentacules qui forment autour d'elle une véritable collerette partant de chacun de deux bords du crois- sant, ainsi qu'en avant et en arrière delà bouche, sont au nom- bre de soixante environ , comme l'a dit Roè'sel. J'admets, en me fondant sur des motifs que je développerai dans une autre occa- sion , que le côté vers lequel se dirigent les branches du fer à cheval , est la partie postérieure ou dorsale, et que puisque l'animal n'est pas rayonné, la partie qui lui est opposée est l'antérieure. C'est à l'opposé de cette face que l'on aperçoit le rectum , organe déjà indiqué par Trembley dans le Polype à panache, et auquel cet observateur distingué donne le nom d'intestin droit. Lorsqu'on examine l'animal, soit de la Crista- telle, soit de la Plumatelle, avec peu d'attention, ou dans cer- taines positions, son rectum paraît placé sur le côté, mais en réalité, il l'est sur la ligne médiane, et c'est à son extrémité que s'ouvre l'anus, lequel est précédé d'une sorte de réceptacle elliptique , plus ou moins protractile. Tel est en abrégé, et seulement dans ses parties principales, le Polype de Cristatelle_, qui diffère surtout de celui de la Plu- matelle, en ce qu'il est rétractile, dans une sorte de poche asci- diforme, à laquelle Roè'sel donne, ainsi que nous l'avons vu, le nom de corps en ballon. Cette poche ou ce sac, qui est une espèce de manteau et qui offre un nouveau point d'analogie p. gervais. — Sur les Polypes d'eau douce. iïj entre la Cristatelle et les Mollusques tuniciers, existe déjà lors- que l'animal sort de son œuf. Roésel n'avait point vu l'anus des Cristatelles, et comme les animaux qu'il avait observés lui avaient toujours présenté plu- sieurs individus rétractiles dans un même manteau, il n'avait pas sur la nature de chacun de ces Polypes agrégés , une opi- nion véritablement arrêtée : on doit remarquer néanmoins que celle qui l'avait captivé était bien peu éloignée de la vérité, mais elle n'était pas la vérité tout entière. Chaque appareil ten- taculaire est certainement l'extrémité antérieure d'un individu de Cristatelle , et, autant on compte d'ouvertures au manteau et de fers à cheval, autant il y a de Polypes distincts ayant leur bouche, leur anus, et tous les autres organes que les observa- tions de Trembley, Raspail, de Blainville, Meyen, Ehrenberg, Dumortier, etc., ont reconnus aux Plumatelles. Mais quel est le mode de développement de ces Polypes? c'est ce que n'a pu déterminer Roésel ; je ne crois pas que les remarques de ses successeurs aient rendu cette question moins difficile à ré- soudre. $ m. Les Plumatelles sont beaucoup plus fréquentes que les Cris- tatelles; aussi ont-elles été fort souvent étudiées et possède-t- on sur leur développement des renseignemens assez complets. Leurs œufs sont même connus depuis fort long-temps; Roésel les a pris pour les graines de lentilles d'eau ; mais avant lui, Bernard de Jussieu avait déjà reconnu leur véritable nature. « Je crois, dit Trembley, devoir encore faire mention d'un fait louchant les Polypes d'eau douce à panache. Ils multiplient, non-seulement par rejetons, mais ils font aussi des œufs. C'est ce que nous apprend M. de Réaumur, dans la préface dont j'ai fait mention ci-dessus. Il a observé avec Bernard de Jussieu que les Polypes à panache ont pondu des œuîs bruns et un peu aplatis, et ces messieurs ont vu naître des petits de ces œufs. « 88 p. gervais. — Sur les Polypes d'eau douce. Vaucher a plus tard (i ) donné des figures du mode d'éclosion des œufs dont s'occupe ici Trembley (2) ; M. Raspail (3) parle éga- lement du même phénomène, et j'en ai moi-même fait plus ré- cemment le sujet de la note suivante : « l'œuf (de la Plumatelle) qui est un disque elliptique s'ouvre au moment de léclosion , comme pourrait le faire une coquille bivalve de même forme, et l'embryon qui s'y est développé apparaît alors, se détend et nage dans le liquide (lorsque son œuf n'était pas adhérent aux corps environnans), tout en conservant à la partie supérieure les deux valves de son œuf, qui lui forment comme une vérita- ble selle d'un beau jaune doré, car telle est la couleur de l'en- veloppe de ces œufs; ou, si l'on veut, il représente un mollus- que bivalve dont les extrémités antérieure et postérieure ne se- raient pas protégées par la coquille. L'embryon du Plumalella n'est en réalité visible qu'à cette époque ; il est assez gros pour être reconnu à l'œil nu ou à une faible loupe, lorsqu'on l'étudié dans un vase de petite étendue, un verre de montre, par exem- ple ; sa longueur y compris le panache , est trois ou quatre fois celle du grand diamètre de l'œuf, etc. (4)»- J'ajouterai qu'il repré- sente parfaitement alors le Leucophra heteroclytes Mûller (5), qui est donc bien, comme l'a dit M. Raspail, une jeune Alcyo- nelle étudiée en sens inverse par Mûller, qui appelle antérieure l'extrémité qui est la postérieure et vice versa. Ce que je savais sur l'embryogénie de la Plumatelle et que je résume en commençant ce troisième chapitre, m'a permis de comprendre plus facilement les faits que m'a présentés la Cristatelle étudiée sous les mêmes rapports. Je vais essayer de faire connaître ce que j'ai constaté de cette partie, neuve en- core, de l'histoire de ce second Polype. Les œufs de celui-ci sont assez singuliers pour que je m'y arrête quelques instans. Dans des détritus de végétaux aquatiques, repaire d'une (1) Mémoire 3*, page ai 8. (3) Bull. Se. Soc. philom. , an xn , pi. 19, fig. 5, (3) Mémoire cité, p. 85, pi. 14. (4) Bulletin zoologique, sect. 11, p. 126. 18 35. (5) Mulkr , Vermes terrestres et flu v. p. gervais. — Sur les Polypes d'eau douce. 89 quantité innombrable de petits animaux inférieurs, et qui provenaient du canal de l'Ourcq, lequel aboutit à la Seine, tout auprès du Muséum et dans l'intérieur même de Paris, M. Lau- rent et moi trouvâmes en petit nombre des corps assez singu- liers, discoïdes, hérissés de petits crochets en forme de hameçon et que nous prîmes d'abord pour des graines. Je voulus néan- moins m'as surer de leur véritable nature , et pour pouvoir en sacrifier quelques-uns, je retournai en chercher dans la loca- lité qui nous les avait procurés. L'étude plus attentive que j'en fis me permit bientôt de reconnaître qu'ils se composaient de trois parties assez distinctes : i° d'une vésicule discoïde et circulaire , renfermant dans son intérieur un liquide composé de globules; a' une sorte d'anneau à demi transparent, au lieu d être roussâtre, et enveloppant le pourtour du disque dont je viens de parler; 3° du point de contact de cet anneau et du corps disciforme partaient sur l'une des faces les crochets dont j'ai parlé. Je reconnus depuis que l'autre face présentait aussi les appendices en crochets , mais qu'ils y étaient moins allongés. Ces remarques me firent douter fortement de l'exactitude de ma première détermination, et me rappelèrent tout naturelle- ment l'œuf de la Plumatelle si bien décrit par M. Raspail, et que tout récemment j'avais examiné avec soin. Les deux parties qui composent l'œuf de la Plumatelle, le disque et le bourrelet, s'y retrouvaient en effet, le premier dans la coque elle-même , le second dans l'anneau dont cette coque était entouré; les épi- nes de cette singulière production pouvaient et devaient en effet être considérées comme accessoires et d'une importance moins capitale. Je voulais néanmoins appuyer mon sentiment de l'avis d'une personne plus instruite que moi en carpologie végétale, et je m'adressai à mon ami et collègue M. Decaisne. en lui disant, que si le corps que j'avais rencontré dans ma course au canal n'était pas la graine de quelque végétal , c'é- tait probablement l'œuf d'une nouvelle espèce d'Alcyonelle ou Plumatelle ; ce corps avait en effet, comme je viens de le dire, tous les élémens de l'œuf de la Plumatelle, mais il en différait par la forme. L'opinion de M. Decaisne fut que c'était indubitablement un œuf et non un fruit végétal. M. Decaisne go p. gervais. — Sur les Polypes d J eau douce. voulut bien en faiie sur-le-champ un dessin que j'ai depuis montré à plusieurs personnes. M. de Blainville ayant examiné l'œuf que je lui montrai , me fit remarquer son analogie avec le corps figuré par Roësel planche 83 , figure a de son His- toire des Polypes, mais sans néanmoins décider d'une ma- nière positive de l'identité de l'un et de l'autre; ce que d'ail- leurs les détails donnés par Roësel ne permettent pas. On peut reconnaître cependant que la figure de Roësel paraît être celle d'un corps beaucoup plus petit; et ce qu'il dit de son étiologie peut difficilement s'accorder avec ce que nous rapporterons plus loin de nos observations. Plusieurs autres naturalistes ont aussi examiné ces œufs que leur éclosion m'apprit plus tard être ceux de la Cristatelle. Parmi ces naturalistes, je dois citer M. Turpin, qui crut d'abord y reconnaître des graines à'Erysi- phe , mais qui ne tarda pas à se convaincre, par un examen attentif (i) , de leur nature animale. L'œuf dont il s'agit et dont j'ai indiqué les caractères les plus apparens a de diamètre environ un millim. dans la majorité des cas; quelques échantillons sont d'un tiers plus volumineux. Je n'ai point malheureusement assisté à sa ponte, mais tel qu'où le trouve dans l'eau il est assez résistant, ce qui tient à la nature de sa coque, c'est-à-dire de l'enveloppe de son vitellus. On doit en effet considérer le liquide contenu dans la partie discoïde comme le vitellus , puisque c'est lui qui fournit les élémens qui servent au développement du fœtus. La coque est donc sa membrane propre, et si l'on veut l'épaississement de sa membrane vitelline. Quant au bourrelet (je conserve à cette partie le nom que M. Raspail lui a donné dans l'œuf de la Plumatelle), c'est une production adventive, je ne lui ai point vu le hije qu'on a indiqué chez la Plumatelle, et je suis peu disposé à admettre qu'il en présente un véritablement. S'il existait un hile chez la Cristatelle, comme chez la Plumatelle, son siège serait plutôt sur la coque, qui est la seule membrane propre de l'œuf, que sur le bourrelet; car si ce dernier peut être com- (i) Comptes rendus A* l'Académie, 1837, première série , page 4». p. gervais. — Sur les Polypes d'eau douce. 91 paré à quelque partie de l'œuf de la plupart des autres ani- maux c'est probablement de l'albumen qu'il est l'analogue. Comme chez la Plumatelle, il est blanchâtre quand on l'exa- mine à un faible grossissement, et quand on le voit à de plus fortes lentilles et par réfraction, il apparaît, de même composé d'une substance aréolée dont les mailles peuvent être assez bien- comparées, pour l'aspect, à celles des dentelles connues sous le nom de tulle. Le disque proprement dit ou la coque est de nature cornée, circulaire, ainsi que je l'ai dit, au lieu d'être elliptique comme celui de la Plumatelle; il a d'ailleurs une plus grande capacité, et sa surface extérieure est rugueuse, et colorée en roux brun- foncé. Une des faces de cette coque est plane ou quelquefois même légèrement concave; l'autre est au contraire convexe - r c'est celle qui porte les crochets les plus longs. Ces derniers , dont l'œuf de la Plumatelle ne présente aucun rudiment et qui font de celui de la Cristatelle une production non moins singu- lière que l'œuf de certains poissons cartilagineux, sont comme je l'ai dit, implantés sur la face convexe de l'œuf; la face op- posée ne m'en a montré que de plus courts, leur nature ne paraît pas différente de celle de la coque elle-même; ils ont aussi sa couleur, mais leur teinte est moins foncée, ce qui tient à leur peu d'épaisseur. Ce sont autant de petites tiges cylindracées, assez flexibles, lisses dans toute leur étendue, mais disposées à leur extrémité libre en crochets à deux, trois ou même quel- quefois quatre branches; le nombre le plus fréquent de ces appendices en hameçon est de deux. Ces crochets ne sont paa irrégulièrement répartis à la face de l'œuf, ils s'insèrent tous au point de jonction du bourrelet et du disque, et ils se dirigent en dehors en s'appliquant sur le bourrelet; ceux d'une seule des faces dépassent le bourrelet de la moitié environ de leur lon- gueur totale ; aussi lorsqu'on examine l'œuf par la face opposée semblent-ils implantés à son pourtour. Leur nombre ordinaire est de vingt ou vingt-deux. Je n'ai point vu d'œufs de Crista- telle fixés comme cela se voit le plus ordinairement pour ceux des Plumatelles que l'on trouve en abondance appliqués à la surface de certaines feuilles aquatiques, sur des morceaux de 92 p. gervais. — Sur les Polypes d'eau douce. vieux bois, ou, ce qui est plus fréquent encore dans nos étangs, sur des pierres calcaires ou siliceuses. Je les ai toujours rencon- trés libres, ou mieux accrochés, par les espèces de hameçons que je viens de signaler, aux filamens des grandes conferves. Un des meilleurs moyens pour se procurer des Gristatelles est de rassembler des conferves et de les conserver dans un vase particulier, en les agitant à divers intervalles; les œufs accro- chés aux filamens s'en détachent, et comme le plus souvent ils sont d'une densité spécifique moindre que celle de l'eau, ils viennent bientôt à sa surface. C'est au milieu de décembre que j'ai vu pour la première fois ces Cristatelles, deux des œufs que j'avais mis en expérience chez moi ayant éclos. Mes œufs de Cristatelles s'étaient ouverts comme ceux des Plumatellcs, en deux valves, encore adhérentes l'une à l'autre par une petite portion du bourrelet. A la première vue, je crus reconnaître dans les Polypes éclos le Leucophra hetero* clyta de Mùller,et l'idée me vint que je m'étais trompé en admet- tant l'identité de celle-ci et de la Plumatelle naissante. Mes deux Polypes étaient au fond de l'eau, et il me suffit de les placer sous le microscope , en les prenant avec un bout de plume, pour m'assurer qu'ils différaient de la prétendue Leucophre, et j'y reconnus bientôt après la Cristatelle, ce dont je fis à part à dif- férentes personnes et particulièrement à M. Turpin, qui possé- dait aussi un Polype de la même espèce, éclos le même jour que les miens et provenant d'un des œufs que je lui avais remis. L'opinion deM.Turpin, celle au moins qu'il communiqua à M. de Blainville, ainsi qu'à moi, était alors différente de celle-ci. Je n'ai vu pour chaque Polype qu'un seul appareil tentacu- laire, rctractile dans un sac analogue à celui que Roè'sel avait appelé le corps en ballon; pendant les deux premiers jours, je n'ai distingué qu'un seul orifice pour chacun de ces sacs. Je ne décrirai pas le Polype dont j'ai déjà parlé en faisant connaître sa bouche et son anus, j'aurai d'ailleurs l'occasion d'y revenir en en donnant la figure à laquelle je travaille en ce moment. Je dirai seulement que trois jours après, deux Polypes sortaient de l'un des sacs ascidiformes et trois de l'autre. Lorsqu'ils sont morts, faute de nourriture, une semaine après leur éclosion, p. gfrvais. — Sur les Polypes (Veau douce. q3 chacun d'eux se composait de trois individus; l'un plus dé- veloppé, celui qui s'était formé dans l'œuf, était au milieu ; les deux autres un peu moindres étaient fixés par leur extré- mité postérieure sur son corps, vers le point que M. Raspail a reconnu être l'ovaire chez la Plumatelle. Je conserve d'autres œufs, et je «e parlerai de cette sorte de génération gemmi- pare que lorsque j'aurai pu répéter de nouveau mes observa- tions ; c'est un sujet trop délicat pour que sur l'étude de quel- ques individus on puisse en hasarder une démonstration. Je remarquerai toutefois que cette variation dans le nombre des individus, émanés d'un même germe, s'accorde parfaitement avec ce qu'en a dit Roësel, dont le texte et les figures démon- trent que le nombre des Polypes peut être plus considérable à mesure qu'un même faisceau est étudié à diverses époques plus reculées. Roësel a vu dans un même corps en ballon (sac asci- diforme ou manteau) dix individus environ. Le nombre le moins grand dont il parle est quatre, c'est celui des figures 6 à 10 de sa planche, figures que les naturalistes iconographes ont copiées le plus souvent. Les diverses poses que prennent les Polypes que j'ai examinés m'ont permis de comprendre parfaitement les figures de Roësel. Le Polype éclos chez M. Turpin a été malheureusement perdu trois jours après son éclosion, ce qui n'a pas permis de l'étudier d'une manière assez complète. C'est d'après les individus éclos chez moi que M. Turpin a terminé le dessin qu'il a fait de la Cristatelle pour sa riche collection de figures. Lorsque le mien sera terminé je le publierai dans ce recueil en décrivant avec plus de détails les Polypes de la Cristatelle. EXPLICATION DE LA PLANCHE 4 A. Fig. i. OEnf de Cristatelle (grandeur naturelle). Fig. a et 3. Le même grossi , vu en dessus et en dessous. Fig. 4. Le iii('me,vu de profil. Fig. 5. Coupe montrant la coque , le bourrelet et l'insertion des crochets. Fi£. fi - Granules des vitellus. 94 becquerel et BRESCHET. — Température des tissus Recherches expérimentales physico-physiologiques sur la tem- pérature des tissus et des liquides animaux, Par MM. Becquerel et Breschet. tboisième mémoire, (i) h Introduction. Il est depuis long-temps reconnu que tous les corps orga- nisés vivans ont une température qui leur est propre, laquelle est, dans plusieurs classes d'animaux, supérieure au milieu où ils existent, et qu'ils ont la faculté de conserver, indépendam- ment de toutes les causes environnantes qui tendent à l'aug- menter ou à l'affaiblir. Ils possèdent donc le pouvoir de pro- duire de la chaleur. Il existe aussi des animaux dont la chaleur propre est en équilibre avec la température des corps ambians. La production de la chaleur et sa conservation au même de- gré, quelle que soit la température de l'air, de l'eau, ou de tout autre milieu ou se trouve plongé l'animal, est un des phéno- mènes vitaux les plus étonnans. Existe-t-il un foyer particulier de cette chaleur dans les corps organisés ? est-elle produite sur un point pour être ensuite distribuée partout, ou bien se forme- t-elle sur place dans tous les lieux où l'organisation et la vie se trouvent réunies? La physiologie ne répond jusqu'ici à ces ques- tions que par des hypothèses ou des présomptions. Nous avons pensé que l'étude de ce point de physique et de physiologie était d'un haut intérêt pour la science, et nous avons espéré pouvoir arriver un peu plus loin que nos prédécesseurs, parce que nous possédons aujourd'hui, pour mesurer la chaleur, des instrumens d'une grande délicatesse, et dont l'effet est in- stantané. Dans cette exploration, nous avons cru devoir commencer par (i) Voyez le premier Mémoire, Annales, tome ni, page iS^ , et le second , tome iv , page *45. et des liquides animaux. f)5 ■constater: i° la température des solides et des liquides organi- ques, en appréciant avec plus de rigueur- et de certitude qu'on ne l'avait fait les différences de ces températures et les causes de leurs variations ; i° Nous avons étudié cette température tour-à-tour dans les liquides et les solides organiques , au milieu de circonstances diverses ; 3° Nous avons voulu constater si tous les liquides et les so- lides animaux étaient doués de la même température sur les divers points de la machine animale, et dans les lieux plus ou moins éloignés des centres nerveux ou vasculaires ; 4° Si ces centres nerveux ou vasculaires, si les liqueurs et surtout le sang qui sort de ces derniers centres, étaient des foyers de chaleur ; 5° Enfin nous comptons porter nos investigations sur les causes de cette chaleur propre aux corps organisés, et sur son mode de production. Déjà, dans nos premières communications, nous avons exposé les résultats que nous avons obtenus sur la température des tissus, à l'aide d'instrumens qui ont été décrits avec soin. Au- jourd'hui, nous venons entretenir l'Académie de la suite de notre travail sur les solides et sur le plus important des liquides ani- maux, le sang. Etudier la chaleur animale, c'est étudier la vie dans un de ses plus remarquables phénomènes. En découvrir le mode de production , ce serait trouver la solution de cette grande question physiologique , qu'est-ce que la vie ? Nous n'avons nullement la prétention d'arriver à ce résultat ; mais dans les sciences physiques, chercher c'est acquérir, et l'étude n'est jamais stérile lorsqu'elle est faite avec attention et con- science, et lorsqu'elle est poursuivie avec opiniâtreté. C'est ce que nous avons fait et ce que nous continuerons de faire avec le même esprit et la même volonté. § I er . — De la température de l'homme et du chien dans les plaines et sur les montagnes. Les expériences que nous avons faites l'année dernière sur 96 BECQurREL et breschet. — Température des tissus la température animale (1) exigeaient qu'elles fussent répétées dans les vallées et sur les plus hautes montagnes, afin de s'as- surer si elle ne variait pas suivant la densité de l'air. On sait qu'à mesure que l'on s'élève dans les pays à monta- gnes très élevées, la respiration devient accélérée par la diffi- culté que l'on éprouve à respirer (2). Les poumons devant tou- jours absorber la même quantité d'air, redoublent d'efforts pour qu'il n'y ait aucune interruption dans leur jeu; il en résulte nécessairement une gêne dans la respiration. On devait recher- cher si, dans ce cas, la température animale n'éprouvait pas des changemens particuliers. Nous avons fait des expériences comparatives à Martigny en Valais, dans la vallée du Rhône, et à l'hospice du grand Saint- Bernard, où les religieux qui le desservent nous ont procuré avec une connaissance parfaite non-seulement tout ce dont nous avions besoin pour nos expériences, mais encore plusieurs de ces respectables ecclésiastiques nous ont aidés. Nous citerons surtout avec éloge et une vive reconnaissance M. Barras, cla- vandier de l'hospice. Des essais préliminaires nous avaient montré que la sensi- bilité du multiplicateur était telle, qu'un degré de déviation de l'aiguille aimantée correspondait à 0,11 de température cen- tigrade. Température de l'air, i4°; à Martigny. DESIGNATION DES PARTIES. TEMPÉRATURE centigrade. DIFFÉRENCE. Muscle biceps d'un jeune homme de ao ans qui nous 36,90 36,8o 3 7 *■ 37 38,70 38,8o Muscle biceps d'un crétin, frère du précédent. . . . Muscle fléchisseur de la cuisse droite d'un chien. . . (1) Voyez notre premier Mémoire, lome m, page 157. (a) Voyez la relation des voyages de Saussure dans les Alpes. — Deux lettres de MM. Bous- âingault et d'Orbigny, dans le mémoire de l'un de nous , sur un organe vaiculaire découvert dons le* Cétacû.Para, 18 36, et des liquides animaux. 97 A l 'hospice du grand Saint- Bernard , dans une cellule où la température était de 1 4° centigr. DÉSIGNATION DES PARTIES. Muscle biceps du jeune homme de 20 ans, ci dessus mentionné • ...,. Muscle biceps d'uu homme de peine employé à l'hos- pice depuis quatre ans Muscle biceps d'une et constam- ment j'ai vu l'anneau à branches mobiles accuser et traduire à l'œil, par le rapprochement et l'écarlement alternatifs de ses bouts, la dilatation et le resserrement alternatifs de l'artère. Et ce jeu des branches mobiles de l'anneau, déterminé par le jeu même des parois de l'artère, s'est montré avec plus d'évi- dence encore sur l'aorte abdominale du chien, laquelle, com- parée à celle du lapin, est tout à-la-fois plus volumineuse, et d'une énergie d'action plus marquée. (1) L'artère se dilate et se resserre donc alternativement, quand elle se meut. La dilatation est donc un des faits, un des élé- mens du mouvement de l'artère (2). Est-il le seul? ( 1) Les chiens sur lesquels ces expériences ont été faites étaient de moyenne taille. (a) J'ai essayé, d'après les conseils de M. Dulong, conseils qui me sont si précieux, d'ap- pliquer à la détermination du phénomène qui m'occupe, le micromètre à douhlc image de Rochon. i.e micromèlrc doublant les im.ipes des objets , l'empiétement ou le non-empiètemcnl des 108 flourens. — Battement des artères. i° Locomotion de l'artère. — Selon Weitbrecht , l'arlère qui bat se déplace, Oui, tour-à-tour, quitte et reprend sa place. Selon Arthaud, la locomotion des artères est toujours en raison des courbures qu'elles forment, et même, selon lui, les artères droi- tes ne se locomeuvent pas. Je commence par examiner ce qui se passe aux angles ou flexuosités des artères. A chaque angle , à chaque flexuosité, à chaque courbure d'une artère, il se fait un mouvement de sou- lèvement ou de redressement, mouvement remarquable et évi- dent à la simple vue. Bien des physiologistes l'ont constaté à la crosse de l'aorte : là ce mouvement éloigne l'artère de la co- lonne vertébrale, et produit un véritable déplacement, dans le sens strict du mot. Nulle part, ce déplacement, cette locomotion des artères par le redressement, par le soulèvement de leurs courbures, ne se prèle mieux à l'étude qu'aux artères mésenlériques. Toutes ces artères libres, ou à peine soutenues par une membrane fine, se locomeuvent ou se déplacent, et surtout à leurs fitxuosités ou courbures. On n'a qu'à renforcer ces courbures pour renforcer la locomotion, qu'à les diminuer pour l'affaiblir, qu'à les effacer pour l'affaiblir plus encore, sans cependant l'éteindre, l'abolir entièrement, quoi qu'en ait dit Arthaud. En effet les artères droites (1) elles-mêmes se déplacent, ou, deux images de l'artère, ainsi observée, l'une sur l'autre, devaient, eu effet, indiquer sûre- ment si l'artère se dilate ou non. Mais, et sans doute à cause de la locomotion ou mouvement en masse de l'artère, mouve- ment qui complique toujours plus ou moins sa dilatation, surtout quand elle est isolée (et il faut l'isoler pour en obtenir nettement la double image) , ce n'est que par inslans très courts, et conséquemment par essais peu sûrs, que j'ai pu rapprocher convenablement les deux images de l'artère et constater leur empiétement. Quoi qu'il en soit, l'emploi de cet-instrument au cas dont il s'agit, exige et mérite des études plus longues que celles auxquelles j'ai pu me livrer jusqu'ici : je me propose de les poursuivre. (i) Droites : c'est-à-dire les moins flexueuses, car presque toutes les artères sont plus ou moins recourbées, ou à leur origine ou dans leur trajet; et, pour le système artériel à sang rouge , par exemple , elles le sont toutes à leur origine commune , la crosse de l'aorte. Ajoutez que l'effet de la courbure d'une artère se fait sentir sur celle qui la suit, lors même que celle- ci est droite. Ce que je dis doue ici des artères droites qui se locomeuvent f ne doit s'entendre que des artères telles qu'elles sont en réalité, et uon d'artères qui seraient absolument droites. flouhens. — Battement des artères. 109 pour nie servir de l'expression reçue, et, de plus, spéciale, se locomeuvent. J'ai mis à nu l'une des deux carotides primitives sur un mouton ; je l'ai dégagée des parties voisines et sous- jacentes; et je l'ai vue, tour-à-tour, se soulever, s'abaisser, se courber en arc, en un mot, se looomouvoir ou se déplacer, prendre et quitter tour-à-tour sa place. Mais ce n'est pas tout. Il y a, dans un des sillons de la panse du mouton, une artère qui, étant dégagée des parties voisines, est plus libre encore que celles du mésentère, et qui présente plusieurs courbures successives et inverses. Or , quand cette artère se meut, on voit ses courbures opposées se changer alter- nativement les unes dans les autres, et, successivement, les points convexes de chaque courbure devenir concaves, et les points concaves devenir convexes. Ainsi donc, le mouvement locomotif des artères renforce , soulève, redresse, abaisse, efface, change les courbures des ar- tères; et ce mouvement locomotif est le second élément du mouvement total de l'artère. 3° Succussion ou êlongation de V artère. —Si l'on met une ar- tère à nu, l'une des deux carotides primitives, par exemple, on reconnaît bientôt qu'elle est mue d'un mouvement de secousse qui, tour-à-tour, la pousse d'arrière en avant et la ramène d'a- vant en arrière (1). Pour plus d'évidence, j'ai marqué, d'un trait coloré, un point donné de la carctide primitive mise à nu, et dégagée des parties voisines, sur un mouton; et j'ai vu, tour-à- tour, ce trait coloré avancer ou reculer par rapport à une li- gne fixe, à une aiguille immobile, par exemple, que je lui op- posais. Aux mouvemens de dilatation et de locomotion de l'artère , qui viennent d'être démontrés, se joint donc un mouvement de secousse qui, tour-à-tour, la porte d'arrière en avant, et d'avant en arrière; et là est le troisième élément du mouvement total, ou battement de l'artère. La dilatation, la locomotion et la succussion, pour me servir de l'expression d'Arthaud, le premier qui me paraisse avoir si- (1) C'est-à-dire du thorax vers la tète, et de la tête vers le thorax. no flourens. — Battement des artères. gnalé ce fait (i), voilà donc les trois élémens primitifs ou con- stitutifs, et déterminés par l'expérience, du mouvement total de l'artère. * En physiologie, quand on a, d'une part, les élémens consti- tutifs d'un phénomène, et, de l'autre, l'organe qui exécute ce phénomène, il ne s'agit plus que de rattacher les élémens du phénomène aux qualités physiques de l'organe. Or, la qualité physique des artères la plus essentielle, relativement au point de vue qui nous occupe, est leur élasticité. Bichat, Everard Home, M. de Blainville, feu M. Béclard, ont, fait connaître sous le rapport anatomique, et M. Chevreul, sous le rapport chimique, le tissu particulier, ce \\ss\i jaune, rètrac- tile, auquel l'artère doit de revenir avec énergie sur elle-même, quand elle a été distendue. M. Magendie a déduit de cette force de retour la nature du jet du sang qui s'échappe d'une ar- tère ouverte,/e£ continu } dit-il, sous l'influence du resserrement des artères , et saccadé par l'effet de la contraction des ventri- cules. (2) Maintenant, remarquez que, par suite de son élasticité, l'ar- tère peut être distendue en largeur, d'où sa dilatation; en lon- gueur (3), d'où sa succussion } son élongation (4)î qu'elle peut être fléchie , redressée, déplacée, d'où sa locomotion ; et que, dans tous ces cas, elle revient par elle-même et par elle seule, à son premier état, et vous aurez toute cette suite de mouvemens inverses et alternatifs de l'ensemble desquels dérive son mouve- ment total ou son battement. Remarquez, en outre, que X effort impulsif du sang et V élasti- cité des parois de l'artère étant donnés, tous les mouvemens de l'artère en dérivent nécessairement et rigoureusement. En effet, l'artère étant supposée pleine, et dans l'état ordi- (1) Quoique, à la vérité, d'une manière bien vague. (2) Précis élémentaire de Physiologie, tome n, a e éd. , p. 410. (3) "L'extensibilité en longueur n'est pas moins remarquable que 1' 'extensibilité en largeur. L'aorte du cheval, par exemple, peut être allongée de près d'un tiers en sus de sa longueur ordinaire, et cela , sans que sa membrane moyenne se rompe. (4) Je dis succussion ou élongation; car l'artère étant fixée par ses deux bouts, un trait co- loré , marqué sur elle, ne peut, alternativement, se porter en avant et en arrière d'un point fixe donné, sans qu'alternativement elle s'allonge et se raccourcisse. ELOURF.NS. — Battement des artères. i ï i naire elle l'est toujours, chaque nouvelle quantité de sang pous- sée par les ventricules ne peut y pénétrer sans la distendre en largeur, en longueur, sans tendre à ramener, avec une nouvelle iorec, à la li»ue droite, ses flexuosités, ses courbures, sans dé- terminer par conséquent plus ou moins, selon la disposition plus ou moins flexueuse de l'artère, sa dilatation, son élonga- tion , sa locomotion. Et de la plénitude de Tarière, et de la tension de ses parois, et de la continuité de la colonne de sang qui la remplit, et de la tendance incessante (i) de cette colonne à la ligne droite, il suit que chaque nouvelle quantité de sang, poussée par les ventricules, ébranle toute cette colonne continue à-la-fois; et, simultanément, dilate, allonge et locomeut l'artère. Le battement, ou mouvement total de l'artère, est donc un phénomène un, mais complexe; mouvement résultant de tous ceux auquels se prête Xélastieité de l'artère, et, particulièrement, de sa dilatation, de sa locomotion et de son élongation. Quant au pouls, il dépend ou de la dilatation seule, ou de la dilatation compliquée de la locomotion, ou enfin de la dilatation compliquée de Xeffort du sang contre la paroi de l'artère, dé- primée par le doigt qui l'explore. Selon Galien, selon Harvey, \e pouls, c'est-à-dire le coup dont est frappé le doigt appliqué sur l'artère qui bat, est le choc pro- duit par les parois dilatées de l'artère. Selon Weitbrecht, le pouls est le choc produit par toute Y ar- tère déplacée, et non par la seule dilatation de ses parois. Pour Arthaud (i), qui nie la dilatation, et qui néanmoins re- trouve le pouls dans les artères mêmes qui, selon lui, n'ont pas de locomotion, le pouls n'est que l'effet de X effort du sang con- tre la paroi de l'artère, déprimée par la pression du doigt. D'après ce qui précède, on voit que, dans les artères droites, et qui se locomeuvent peu, le pouls tient surtout à la dilatation; (i) Et , de plus , croissante à chaque nouvelle quantité de sang poussée par les ventricules. (a) Le pouls n'est aussi , pour Jadelot , que le sentiment de l'effort que fait le sang pour ra- mener l'artère , déprimée par le doigt , à son calibre moyen ; c'est-à-dire au calibre interm, diaire entre la dilatation et le resserrement de l'artère. i \i VA.NBENEDEN. — Système nerveux du Limneus glutinosus. que, dans les artères flexueuses , et qui se locomeuvent avec force, le pouls tient surtout à la locomotion ; et que, clans les cas où le doigt ne se bornant pas à toucher l'artère, ou, plutôt, à être touché par elle, la presse et la déprime, le pouls tient, de plus, à Xefforl du sang contre la paroi de l'artère déprimée par le doigt, (i) Le pouls n'est donc que le battement senti par le doigt, et il se complique de tous les élémens (2), de toutes les circonstan- ces qui déterminent ou compliquent le battement. Description du double système nerveux dans 1e Limneus glutinosus. Par A. J. Vajnbeneden. (3) Le Limneus glutinosus est connu depuis long-temps. Mùller (O.-F.), dans son Histoire naturelle des vers , paraît en avoir donné la première description. Mais si on voit la figure de la coquille dans plusieurs ouvrages de conchyliologie, l'animal n'a pas encore été représenté, que je sache , et à plus forte raison la disposition des organes intérieurs reste encore à faire con- naître. D'après le grand développement du manteau qui peut recou- vrir toute la coquille, M. Nilsson, dans sa Fauna Sueciœ, avait déjà cru devoir faire de cette espèce un type de genre sous le le nom $ Amphipeplea. Nous ne nous occuperons point main- tenant de la valeur des modifications internes dans leurs appli- (1) Dans ce cas, le doigt sent le retour de l'artère à son calibre moyen , plus sa dilatation ordinaire. Le pouls est donc, ou la dilatation, ou la locomotion seules, ou la dilatation, plus le retour de l'artère déprimée à son calibre moyen. (a) Sauf, toutefois, l'élément de Vélongation, qui , par sa nature, n'a nul rapport au pouls, (3) Extrait du Bulletin des séances de l'Académie de Bruxelles. YANBKNfcDiùN. — Système ru /veux du Limneus glutinosus. i \'S cations /.oologiques; nous ne nous proposons que de faire con- naître le grand développement de son système nerveux, y coin - pris le représentant du grand sympathique des animaux supé- rieurs, désigné sous le nom de nerfs stomato-gastriques. Si l'on coupe, dans cette espèce, l'œsophage à son origine, et qu'on le renverse, on aperçoit un anneau ganglionaire tel- lement compliqué qu'il semble au premier coup-d'œil inex- tricable. Nous donnerons d'abord la description de cet anneau avec les différens nerfs qui en partent, et nous examinerons, après, les ganglions et les nerfs stomato-gastriques. Le collier œsophagien, composé de ses nombreux ganglions, se réunit autour de l'œsophage sous la forme d'un double an- neau. On peut y reconnaître quatre paires de ganglions dispo- sés symétriquement et un ganglion impair. Ces deux anneaux sont placés l'un sur l'autre. Le supérieur, qui est le plus grand, dépasse l'autre de la moitié. On distingue dans le premier de ces anneaux, trois paires de ganglions, dont la première, d'un blanc laiteux, représente le cerveau, et les deux autres, d'une couleur jaunâtre, sont situés au-dessous de l'œsophage. Les nerfs qui en partent sont disposés d'une manière plus ou moins symétriques, excepté ceux qui se rendent à la verge et qui ne se répètent point du côté gauche. Aussi le ganglion droit, d'où partent ces derniers nerfs, est-il plus gros que celui du côté opposé. Il semble formé par la réunion de trois ganglions. Cette première paire s outre les nerfs de la verge du côté droit, fournit les nerfs optiques et quelques filets qui se ren- dent à la bouche. Du côté interne on voit naître la commissure transverse qui doit unir les deux ganglions supérieurs, et constituer la portion sub-œsophagienne. Du bord postérieur partent les commissu- res longitudinales qui vont constituer avec tes ganglions qui suivent, les deux anneaux. Le bord antérieur reçoit aussi un filet nerveux du système stomato- gastrique qui établit ainsi les rapports entre les deux systèmes, VII. Zool. — Février. S j i4 vanbklnedfn. — Système nerveux du Li m ri eu s glutinosus. Les ganglions qui constituent la seconde paire sont plus pe- tits que les précédens et n'envoient que quelques filets qui se perdent dans les parties voisines. La troisième paire de ganglions fournit des nerfs assez longs qui vont se rendre dans l'extrémité postérieure de l'animal. Le second anneau est placé immédiatement sous le précé- dent. Il naît par deux commissures longitudinales, qui pro- viennent de la première paire de ganglions. Il n'est point aussi grand que le précédent, et on ne compte que trois ganglions, dont un est médian. Ce dernier donne des filets en petit nombre, et les autres en fournissent aux extrémités antérieures des organes de la génération , mais les principaux d'entre eux s'irradient vers la circonférence , et se perdent dans la couche musculaire du pied. Il nous reste à parler maintenant du grand sympathique ou des nerfs stomato-gastriques. M. Brandt, dans son dernier travail qu'il vient de publier sur ce système (1), dit: que les nerfs stomato-gastriques des ani- maux invertébrés, présentent trois dispositions différentes : un système impair ou médian, un système pair ou latéral, et un troisième, où les deux premiers se trouvent réunis. La pre- mière disposition se trouve, selon cet auteur, dans les mollus- ques céphalopodes, la seconde dans les gastéropodes, et la troi- sième dans les crustacés et les insectes. Nous avons trouvé, dans l'animal qui fait le sujet de cette communication , les deux systèmes réunis , disposition que M. Brandt croyait exclusivement propre aux articulés. Nous ferons remarquer ici que nous sommes loin d'attacher une aussi grande importance que M. Brandt, à cette distinction de système pair et impair, surtout dans les mollusques. Nous avons vu les ganglions pairs disposés sous la cavité buc- cale comme chez ces congénères; mais de plus nous avons trouvé le système impair placé au milieu du précédent. Il n'est (r) Annales des Sciences naturelles, lévrier i8i56, page 86. l .ivr vanbeneden. — Système nerveux du Limneus glutinosus. 1 1 5 constitué que par un seul ganglion qui forme avec les deux autres un triangle au dessous de la cavité buccale. Ce ganglion impair se lie aux deux autres par une commis- sure oblique. La planche montre cette disposition à la face inférieure de la cavité buccale. Cette partie est retournée. Il part du système pair un filet nerveux, mince, qui se rend à la partie antérieure de la bouche. Du bord opposé naît de chaque ganglion un autre filet qui va se rendre à la première paire de ganglions , et établir avec le cerveau la communi- cation dont nous avons parlé plus haut. Les principaux filets de cette même paire de ganglions sont ceux qui longent l'œso- phage, et qu'on peut poursuivre jusque dans le voisinage de l'estomac. Enfin on aperçoit à leur bord interne un autre filet qui éta- blit la communication avec le ganglion moyen. Ce dernier ganglion ne nous a point présenté de filets ner- veux distincts. ■ EXPLICATION DE LA PLANCHE 3 B. j Cette figure représente le double système nerveux. L'œsophage est coupé à son origine, et la cavité buccale est renversée pour montrer les ganglious stomalo-gastrkjue*. a. La première paire de ganglions, ou cerveau. b La commissure transverse. cece. Ganglions constituant l'anneau supérieur. ddd. Ganglions formant l'anneau inférieur. te. Ganglions stomato-gastriques. f. Cavité buccale. gg. Nerfs optiques. i.h. Nerfs qui se rendent à l'extrémité postérieure. 1 i i6 larikt. — Ossemens fossiles. Note sur les ossemens fossiles des terrains tertiaires de Simorre, de Sansan, etc. , dans le département du Gers, et sur la décou- verte rècenle'd'une mâchoire de singe fossile ■■> par M '. Làrtet. (Lu à l'Académie des Sciences, le 16 janvier \83'j). J'avais signalé, il y a deux ans , la découverte récente de quelques dépôts d'ossemens fossiles dans le département du Gers, et l'ait pressentir que des re- cherches qui y seraient faites avec soin, pourraient acquérir de nouveaux faits à la science, en même temps qu'elles contribueraient à enrichir la collection du Muséum d'histoire naturelle. Cette proposition fut accueillie avec faveur par MM. les administrateurs de cet établissement, et M. Guizot ministre de l'In- struction publique , voulut bien de son côté encourager des travaux dont les ré- sultats n'ont pas été au dessous de nos espérances, puisqu'ils ont fait découvrit- plus de trente espèces de mammifères fossiles , nouvelles pour la plupart. Une prodigieuse quantité d'ossemens fossiles a été successivement amenée au jour ; tous les morceaux qui pouvaient offrir quelque intérêt à l'étude sont dé- posés au Muséum depuis près d'un an , et ils y seront sévèrement examinés par M. de Blainville, de manière à en démontrer toute l'importance scientifique. Après une interruption de quelques mois, j'ai repris pour mon compte ces tra- vaux de recherches, et je viens maintenant, monsieur le président, vous prier de remettre à l'Académie le résultat, de mes nouvelles observations. Avant tout, je dirai un mot de la nature et de l'âge des terrains qui recèlent ces débris de nos anciens mammifères. Cette partie de nos terrains tertiaires qui remonte au midi d'Auch jusqu'au pied des Pyrénées, constitue un massif très puissant. C'est une formation toute continentale qui paraît résulter, eu grande partie, d'une longue succession dalluvions d'eau douce, dont l'ensemble présente des alternances irrégulières de dépôts arénacés et marneux le plus souvent consolidés par des infiltrations calcaires. On y remarque aussi des couches très étendues de marnes peu co- hérentes , qui prennent quelquefois une physionomie particulière que M. Cor- dier a très bien caractérisée en les nommant marnes bigarrées de la période palxothérienne. Les derniers dépôts de cette grande formation se reconnaissent , sur les hau- teurs , dans des amas de sables ou de molasse que l'on voit s'échelonner dans une direction qui incline constamment vers les rivages de cette mer dont la retraite a mis à sec notre grand bassin tertiaire du sud-ouest. Ces sables nous présenteraient donc les alluvions des derniers courans continentaux de la pé- riode tertiaire. Ils renferment souvent des ossemens de grands mammifères; rxit n t. — Ossemens fossiles. 1 17 et il est remarquable que les débris des mêmes espèces se retrouvent aussi dans les dépôts littoraux de l'ancienne mer , circonstance qui constaterait des relations géologiques que M. J. Desnoyers a d'ailleurs indiquées depuis long-temps. Les assises moyennes de nos collines sub-pyrénéennes présentent quelques accideus lacustres ordinairement peu étendus; car ce terrain de calcaire d'eau douce propi émeut dit, ne commence à prendre un grand développement que dans le Bas-Gers de l'Agenais où il constitue, suivant M. Dufrénoy, un mem- bre important- de l'étage moyen de nos terrains tertiaires. C'est de l'un de ces dépôts de calcaire lacustre, situé à Sansan , à deux lieues sud d'Auch, que proviennent la plupart des ossemens que j'ai déposés au Mu- aéum. Cette petite formation est nettement caractérisée par la présence d'un grand nombre de tortues et de coquilles d'eau douce ; les ossemens y sont quel- quefois assez bien conservés, et il s'y est trouvé jusqu'à des squelettes entier* dont les .séries articulaires sont maintenues dans leurs situations naturelles par le calcaire inscrustant qui paraît les avoir saisies au moment où la- décomposition du cadavre venait de s'achever. Avant de m'occuper des nombreuses espèces reconnues dans ce dépôt, je dois faire connaître celles que m'ont fournies le» sables et grès d'eau douce tertiaires supérieurs de Simorre, Tournan, Lombex et autres gisemens analogues. On distingue parmi ces derniers: Deux Dinotherium de dimensions un peu différentes, probablement les mêmes espèces déterminées par M. Kaup sous les dénominations de D. gigan- teum et de D. secundarium. Plusieurs espèces de Mastodontes, peut-être jusqu'à cinq, dont une très petite qui n'a encore été, que je sache, signalée nulle autre part; Trois espèces de Hhinocétvs , qu'il n'a été possible d'établir que sur des mo- laires, et sur quelques ossemens tiès rares; Un petit Pachyderme , voisin des sangliers, par la forme de ses molaires; Un petit Cerf, dont les bois ne se sont retrouvés qu'en fragmens ; Enfin, mi grand ruminant, probablement du genre bœuf, qui, mesuré dans les proportions de l'aurochs, aurait eu plus de 6 pieds de hauteur au garrot. L'ensemble zoorogique du dépôt lacustre de Sansan diffère notablement de celui des sables tertiaires supérieurs de Simorre. Le dinotherium ne s'est point retrouvé à Sansan ; les mastodontes y deviennent rares; les rhinocéros s'y mon- trent en grand nombre , mais il ne paraît pas que ce soit les mêmes espèces qu'à Simorre. Les Rhinocéros de Sansan forment un groupe particulier, compreuant jus- qu'à présent trois espèces qui se distinguent entre elles par la taille, par la forme de leurs dents, principalement de leurs incisives, et surtout par la lon- gueur proportionnelle de leurs maxillaires. Ces rhinocéros ont quatre doigts aux pieds de devant ; un de plus que dans les espèces vivantes j c'est le petit doigt. D'un autre côté, il est vraisemblable ïi8 iautet. — Os se mens fossiles. que nos rhinocéros de Sansan , qui réunissaient d'ailleurs tous les caractères ostéologiques du genre, étaient cependant privés de l'attribut qui forme l'é- tymologie de leur nom, c'est-à-dire qu'ils n'avaient point de cornes sur le nez. Cette idée s'était présentée à M. de Blainville , lors d'un premier examen des crânes déposés au Muséum, sur lesquels on n'aperçoit réellement aucune trace de point d'attache des cornes. J'ajouterai à l'appui de cette opinion de M. de Blainville, que, dans ces espèces, les os du nez ne se soudent point, et demeu- rent constamment distincts à tout âge; ce que j'ai pu vérifier tout récemment sur deux portions de vieux crânes. Ou conçoit que cette circonstance , jointe à l'extrême amincissement de ces os dans nos espèces de Sansan, ne leur laissait pas assez de solidité pour servir de support à un moyen de défense aussi puis- sant que le sont les cornes de nos rhinocéros actuels. Un seul Palœotherium s'est montré parmi nos anciens pachydermes de San- san. Il était un peu plus grand que le P. médium de Montmartre, dont il dif- fère par la forme de ses molaires, qui le rapprocheraient, à quelques détails près, du P. d'Orléans. Mais ce qui y a surtout de distinctif dans cette espèce, c'est la ressemblance frappante de ses extrémités avec celles du cheval. Avec ce Palœotherium vivait un grand Anoplctherium , dont les dimensions n'étaient pas moindres que celles de nos rhinocéros de taille moyenne. Il s'y joignait un autre pachyderme que la forme de ses molaires rattacherait aux Anthracotherium. Les ossemens de ruminans sont très abondans à Sansan. J'y ai reconnu plu- sieurs Cerfs qui se distinguent des espèces connues par un bois invariablement composé, autant du moins que j'ai pu en juger par des observations multipliées, par un bois, dis-je, composé à tout âge de deux pointes formant fourche d'avant en arrière, et s'élevant perpendiculairement sur un pédoncule plus ou moins long , suivant les espèces. Ce groupe de cerfs à bois fourchu et pédoncule, comprend jusqu'à présent trois espèces : le cerf grand, le cerf élégant et le cerf trapu. Le Cerf grand n'avait pas moius de 5 pieds 6 pouces au garrot. Ses molaires supérieures, entourées d'un colleta leur base interne, ne peuvent être com- parées qu'à celles du cerf de Timor, dans les vivans. Le Cerf élégant était un peu plus grand que notre chevreuil, dont il rappel- lerait l'aspect gracieux par la légèreté de ses bois et l'élégance de ses propor- tions. Le Cerf trapu, au contraire, était très bas sur jambes; avec une tête dont les dimensions annonceraient une taille à peu de chose près égale à celle du pré- cédent; il n'avait en réalité pas plus de 18 ou 20 pouces de haut. Dans cette espèce le pédoncule du bois est à proportion plus long; elle était pourvue de canines; toutefois, des rapprochemens que j'ai été à portée de faire, me per- mettent de conclure que les canines et les bois existaient seulemeut chez les mâles. Les molaires, qui diffèrent presque génériquement de celle* des autres cerfs, trahissent, ainsi que l'avait remarqué M. de Blainville , une tendance lartlt. — Ossemen s fossiles. 119 vers les pachydermes; tendance que confirmerait l'étal du canon, composé dans le jeune âge de deux os, qui se soudent plus tard jusqu'à leur tiers inférieur seulement, et dont les canaux médullaires demeurent toujours séparés daus le reste de leur trajet par une double cloison. Dans ce cerf, le tarse a mi os de moins que chez les autres ruminans; c'est le grand cunéiforme qui est remplacé par une saillie que fait en haut l'os interne, ou si l'on veut, la moitié interne du canon, dont la tête s'articule ainsi immédiatement avec le scaphoïde. Il ré- sulte de cette anomalie que de son côté l'os externe descend plus bas que son congénère, ce qui a dû obliger l'animal à jeter les pieds en dehors, et lui ôter par là celle agilité et cette grâce qui caractérisent généralement les espèces de ce genre. On remarque également, en arrière de la tête supérieure du canon , des indications de deux autres doigts rudimentaires. En un mot, tout, dans cette espèce dégénérée, semble indiquer le passage prochain à un type voisin; jusqu'au ginglyme des articulations, qui tend à s'effacer. Dans le nombre de nos ruminans se trouvait aussi une Antilope que la forme et la direction du noyau osseux de ses cornes rapprocherait de nos chamois des Pyrénées. Je ne dirai rieu de son osléologie , que je n'ai pas encore étudiée. Je dois également faire mention d'un autre très peut ruminant que j'ai long-temps pris pour un cerf, haut de 12 à i3 pouces, tant ses mol lires, que j'avais observées sur une portion de mâchoire déposée par moi au Muséum, ont de ressemblance avec celles des cerfs de la même époque. J'ai pu m'assurer plus tard , par la découverte d'autres morceaux plus complets , que les dernières molaires de ce petit animal diffèrent de celles des ruminans à bois. Je crois aussi pouvoir rapporter a cette petite espèce un noyau osseux de corne , en- core adhérent à une portion de crâne. Cette cheville osseuse de 10 lignes de long sur 3 de diamètre moyeu, est creuse comme celle des bœufs, elle a dû aussi se diriger latéralement. J'ai déjà dit que les os de ce petit ruminant, mesurés dans les proportions du cerf, annonceraient une taille de 12 à iù pouces. Ces paisibles herbivores avaient pour contemporain un carnassier gigantes- que , d'un genre inconnu daus la nature actuelle. Ses incisives unilobées, sa canine comprimée et ses premières mâchelières sans talon distinct, rappellent cette partie de la dentition du Raton; taudis que la carnassière et les deux tuberculeuses qui la suivent sont la représentation exacte de celle du Chien. Ajou- tons que notre carnassier avait de plus que tous les autres animaux de cet ordre, une troisième tuberculeuse en arrière des deux dont je viens de parler. Ce que j'ai connu de son ostéologie est en grande partie déposé au Muséum , on y remarque en général une tendance plus prononcée vers le Raton que vers le Chien. Ce genre > qui comprenait plus d'une espèce , était accompagué de quelques autres carnassiers, parmi lesquels j'ai diîtingué un vrai Chien, un grand Chat, et un animal voisin de la Genetle , de la taille de notre renard commun. i2o LA.RTtT. — Ossemens fossiles. Je ne parlerai pas de nps rongeurs assez nombreux, mais encore indétermi- nés, sauf un petit Lièvre de la taille d'un rat. L'ordre des Edentês était représenté dans notre faune tertiaire, par un très grand quadrupède dont je n'ai pu déposer au Muséum que deux ou trois pha- langes, et une dent en très mauvais état. Les fouilles que j'ai fait exécuter de- puis cette époque à Sansan , m'ont procuré un certain nombre de pièces, à l'aide desquelles j'ai pu acquérir des notions précises sur quelques parties de l'organisation de ce singulier animal. M. Olivier avait eu connaissance d'une phalange unguéale de ce même édenté, laquelle avait été trouvée sur les bords du Rhin ; ce grand naturaliste avait dû , d'après sa forme, la rapportera un Pangolin gigantesque , auquel il assignait, par aperçus de proportions , ?4 pieds de long. Ces unguéaux de notre édenté sont donc, comme ceux des pangolins, bifur- ques eu avant et sans gaîne osseuse; mais ils se trouvent à proportion plus hauts, moins allongés et plus minces. Avant de parler de la dissemblance du reste des extrémités, je rappellerai que notre animal avait au moins des dents mâchelières , ce qui le sépare tout-à-fait des pangolins. Les dents, d'une substance ivoriée peu compacte, étaient sans racines et en- tièrement dépourvues d'émail. Elles faisaient peu de saillie au dehors des al- véoles , et leur mode d'action réciproque produisait tout au plus l'effet d'écraser, mais non de broyer les alimens; d'où résultait une mastication trop imparfaite, pour laisser supposer que l'animal lût herbivore; par la même raison, s'il mangeait de la chair, ce ne pouvait guère être que celle des cadavres; reslaient donc les fruits et les insectes. La forme de l'articulation huraéro-radiale indiquerait que notre édenté a pu , jusqu'à un certain point, exécuter le mouvement de su- pination. L'articulation des doigts de cet édenté présente une singulière anomalie : la première phalange de chaque doigt, posant à plat dans le sens de sa longueur , reçoit la tète du métacarpien qui lui correspond, non pas bout à bout, comme dans les autres quadrupèdes, mais dans une cavité creusée dans sa face supé- rieure, considérablement élargie en arrière. Cette cavité un peu profonde est arrondie et marquée au milieu de son bord postérieur, d'une échancrure par où glisse l'arête mitoyenne qui se montre seulement en arrière de la tête du mé- lacarpien ; ce mode d'articulation , faisant porter tout le poids du corps sur la large assiette fournie par les premières phalanges , facilitait singulièrement la marche de l'animal, en diminuant l'embarras que devaient lui donner ses ongles énormes, qu'on peut croire avoir été habituellement fléchis en dessous. On pour- rait se faire une idée approchante de l'effet ainsi produit, en se figurant un homme marchant sur ses talons, la plante des pieds un peu soulevée et les or- teils recourbés en bas. J'arrive enfin à une découverte toute récente, et d'une importance si ac- tuelle, ce me semble , que c'est à cette occasion que je me suis décidé à coin- piuniquer ces détails à l'Académie. lartet. — Ossenwns fossiles. 1 a r 11 s 'agit (.l'une mâchoire inférieure avec sa deutitiuii complète , se composant de 4 incisives, a canines, 4 fausses molaires et 6 vraies molaires; en tout 16 dents en série continue ; c'est la formule dentaire de l'Iwmme et de quelque* singes. Les incisives diffèrent peu de celles de l'homme ; elles sont im peu plus in- clinées en avant, ce qui fait qu'elles étaient opposées couronne à couronne aux supérieures, comme dans les singes, La canine est aiguë et saillante , moins cependant que dans la plupart des quadrumanes. La première fauslairc n'a qu'un seul fort tubercule : il y en a- deux chez l'homme. La deuxième fausse molaire présente deux tubercules, comme dans l'homme-. Les trois vraies molaires sont également semblables à celles de l'homme , sauf la dernière, qui a un peu plus d'étendue d'avant on arrière. Ces molaires sont, comme celles de l'homme, divisées en quatre tubercules, par deux sillons qui se coupent à angle droit, au milieu de la dent. A leur état de détrition, on croirait voir les molaires d'un homme de quarante ans, réduites à-peu-près à moitié de leur grandeur naturelle. Je donne les principales dimensions de cette mâchoire , qui a perdu ses bran- ches montantes : Espace occupé par les cinq màthelièrcs om,oag Distance entre les deux dernières molaires, mesurée à leur angle postérieur interue o ,oa4 Hauteur de la branche dentaire à son milieu o ,oi4 Saillie des canines au-dessus des premières mâchelières. ... o ,oo4 C'est encore à Sansan , dans un lit de marne recouvert par un banc régulier de calcaire compacte, et pêle-mêle avec des ossemens de cerfs, d'anoplothe- riom , de palxothcrium, etc., que s'est trouvée cette mâchoire, ainsi qu'une phalange qui paraissait s'y rattacher. Voilà donc un mammifère de la famille des singes, haut de 3o et quelques ponces, si l'on en juge parles dimensions de la mâchoire, contemporain de ces pala?otherium; de ces anoplotberium , genres perdus, que l'on a long-temps re- gardés comme les plus anciens habitans de nos continens, dans la classe des mam- mifères. Ces types de certains genres ne sont donc pas si nouveaux qu'on le pense généralement. Que sait-on si des observations ultérieures ne viendront pas tôt ou tard nous apprendre que cette nature ancienne, encore si peu con- nue, n'était ni moins complète, ni moins avancée dans l'échelle organique que celle où nous vivons?.... ■ | 122 lartlt. — Ossemens fossiles. ■ Nouvelles observations sur les ossemens fossiles trouvés dans le département du Gers par M. Lartet. ( Extrait d'une lettre adressée à l'Académie des Sciences le 17 avril 1837.) M. Lartet adresse à l'Académie un dessin de la mâchoire de singe fossile dont il avait annoncé la découverte en janvier dernier, et y joint quelques ob- servations qui tendraient à faire considérer ce morceau comme provenant d'une espèce voisine du gibbon. « Je signale en même temps la découverte récente de quelques autres débris de quadrumanes, tels sont: une dent molaire supérieure, dont les quatre tubercules, disposés un peu autrement que dans les singes or- dinaires , semblent rappeler ce qui existe dans certains singes du nouveau con- tinent; une phalangine du petit doigt; deux moitiés supérieures de fémur; deux os cuboïdes du tarse, et enfin un fragment de mâchoire inférieure à trois paires d'incisives avec de fortes canines, qu'au premier aspect, et dépourvu comme je le suis de tout objet de comparaison, j'ai soupçonné pouvoir être rapproché des makis. Lorsque j'ai donné l'énumération des espèces fossiles reconnues à Sansan , j'ai omis de parler d'ossemens à'oiseaux. Il s'y en trouve cependant, mais en petit nombre. Quelques-uns se rapportent à des espèces plus petites qu'aucune de celles qui vivent aujourd'hui dans ce même climat. J'ai un œuf très bien con- servé, dout l'intérieur est à l'état de calcaire spathique, et qui n'a pas tout-à- fait deux lignes dans son plus grand diamètre. De nouvelles fouilles m'ont procuré quelques restes bien caractérisés d'insec- tivores. Je citerai une demi-mâchoire inférieure, que je n'hésite pas à rappor- ter à la famille des chauve-souris , bien que le nombre des fausses molaires y soit plus considérable qu'il ne l'est communément dans les espèces actuelles. Les incisives étaient à l'état rudimentaire. Une autre portion de mâchoire semble appartenir à un insectivore de la taille de nos musaraignes, et peut-être du même genre ou d'un genre voisin. Je suis aussi devenu possesseur d'une dent fort remarquable, qui nous révèle l'existence, dans l'ancien inonde, d'un auimal gigantesque, appartenant proba- blement à un genre différent des genres déjà connus. C'est, si je ne trompe, une incisive normale, c'est-à-dire une dent en forme de coin, pourvue d'une racine unique et distincte, et qui dénote , par l'ensemble de ses caractères, avoir été destinée à fonctionner de concert et en rapport avec d'autres dents de même nature. La racine manque inférieurement; sa cassure montre qu'elle était cylin- drique; la couronne, un peu tronquée au sommet, n'a pas moins de 11 pouces d'orbigny. — Nouvelle espèce de Crinoide. i a3 de long sur 3 et demi dans sa plus grande largeur transversale vers son bord su- périeur; l'ivoire en est très compacte, et disposé par couches superposées lon- gitudinalement. La coupe de cet ivoire est entièrement mate, et ne présente dans aucun sens les stries que l'on remarque sur la tranche des défenses d'élé- phant et de mastodonte. Une couche bien distincte du noyau osseux et d'une épaisseur moyenne d'un millimètre, revêt uniformément la couronne de cette dent. Cette couche n'a point la texture aciculairc de l'émail , et, sauf la direc- tion des fibres, elle a beaucoup d'analogie avec l'ivoire lui-même. Dans une prochaine communication, j'aurai l'honneur de soumettre à l'Aca- démie quelques détails sur ce qui m'est connu de l'osléologic du grand èJentê fossile que j'ai découvert à Sansan. ■ 1 j Description dune troisième espèce vivante de la Jamille des Crinoïdes servant de type au nouveau genre Holopus, par M. d'Obbigny. (Lue à l'Académie des Sciences, le 27 février.) • L'espèce nouvelle que l'auteur fait connaître a été découverte aux Antilles par M. Rang; elle se distingue de tous les autres genres de la famille des Crinoïdes par deux caractères tranchés : 1" celui qui lui a valu son nom de Holopus, et qui consiste en ce qu'elle a le pied entier, non divisé, caractère qui n'existe dans aucun des genres connus ; 2 celui d'avoir ce même pied court , creux et servant de réceptacle aux viscères, ce qu'on ne retrouve pas dans les autres Crinoïdes, qui ont au contraire un renflement spécial à cet usage, situé au som- met du pied. M. d'Orbigny donne ainsi les caractères du nouveau genre qu'il établit -. « Animal fixé au sol par une racine prenant la forme des corps solides « sur lesquels elle s'attache; de cette racine ou base part un pied ou corps entier, « court, épais, creux, contenant les viscères et s'ouvrant en une bouche, ce remplissant en même temps les fonctions d'anus, placé dans le fond d'une ca- « vite irrégulicre formée par la réunion de bras dichotomes épais, poreux, « convexe extérieurement , creusés en gouttières en dedans, divisés en articu- « lations nombreuses, et munis alternativement sur leur longeur, de petites v ramules coniques fortement comprimées. » ___ . -nui v. . ia/| Cocteau. — Tabulce synopticœ sàncoideomm. ■ Tabulée synopticœ Scincoideorunt Par M h Cocteau. Dans la séance du 2 janvier., M. Duméril a présenté à l'Académie des Sciences l'analyse d'un tiavail de M. Cocteau sur la classification des Scincoïdieus. Ce naturaliste donne le nom de Cybriléfides aux Sauriens qui ont le sommet de la tête couverte de plaques polygones, le corps, revêtu partout d'écaillés égales, uniformes, plus ou moins solides , arrondies et entaillées. Il divise ensuite ce groupe en trois familles, d'après la présenceou l'absence des pattes. Les deux premières, qu'il nomme Pédontes., ont des pattes: tantôt au nombre de quatre, ce sont les Scincoïdes ; tantôt au nombue de deux seulement, et parmi ceux-ci, on n'en a encore observé qu'avec des pattes postérieures; il les nomme Histk- bofodes. La troisième famille comprendrait les espèces qui seraient privées de pattes , si l'on en découvrait, et elles seraient désignées sous le nom d'ANGin- NOIDES. La première famille, celle des Scincoïdes, se partage en trois tribus : i° Les Saurophthalm.es, dont les yeux, comme ceux des lézards, sont rautus de paupières mobiles ; 2° Les Ophiophthalm.es , qui n'ont pas de paupières , ou dont les paupières transparentes sont soudées, comme dans les serpens; 3° Les Typhlophthalmes j ou dont les yeux seraient tout-à-fait cachés, comme dans les Sauriens nommés Typhlcps ; mais l'auteur n'a pu rapporter encore aucune espèce de Scincoïdc à cette troisième tribu, qu'il n'établit que par prévision. La première tribu, celle des Saurophthalmes, comprend les genres qui ont. : i° un tympan distinct, comme les lézards, M. Cocteau les nomme Saurotites ; a° ceux qui n'auraient pas de tympan, comme les serpens, ce seraient des Ophio~ tites ; mais l'auteur annonce qu'on n'en a pas encore observé. Parmi les Saurotites , il est des genres qui ont les pattes ou les doigts com- plets, ceux-ci sont dits Tèlêodaçtyles, ils ne constituent même qu'un seul grand genre, relui des scinques proprement dits, lequel se trouve subdivisé en treize séries ou sous-genres de la manière suivante. D'abord la surface de la langue, qui tantôt est couverte de papilles, toutes lamellées ou écailleuses ; il les nomme Lépidoglosses, tandis qu'il appelle Diploglosses, ceux chez lesquels cette sur- face est en partie composée de papilles en champignon; et d'autres de forme la- coctkaii. — Tabulée syrwpticœ srincoieleorum. ni Mielleuse ; il n'y a là qu'un seul genre établi par Wicgmanu sous ce même nom de Diplnglossi/s. Les Lépidoglosses sont partagés d'après la forme de leur mu- seau, qui tantôt est en coin, et qui les a fait nommer Sphènopsides . et il n'y rapporte que les deux sous-geutes Scincus de Fitzinger et Sphenops de Wa- gler, qui diffèrent entre eux par la forme et l'inégalité des doigts. Les Conopsi- des, ou ceux qui ont le museau conique, ont tantôt les écailles du dos lisses ou >ans lignes saillantes, on les nommerait Ateucholépides, c'est la division la plus nombreuse; car elle comprendrait sept séries ou sous genres, subdivisés en Omolèpides, ou à écailles dorsales planes, et en Strigolepides* qui les ont striées. Pa mi les Omolèpides , il eu est qui n'ont pas de dents au palais, il les nomme Anoplophores, et d'autres qui en ont, ce sont les Oplophores. l^es uns et les autres se partagent suivant la disposition de la cornée de leurs yeux, qui tantôt est lisse , les Hyaloblèpharides, tantôt réticulée , les Sslèroblèpharides; tels sont les sous-geures Tiligua de Gray, — Keneus, — Euprepis de Wagler,,— Rachitea % — Psammites , — Heremiies et Ame ; établis par M. Cocteau. Les Conopsidcs à écailles dorsales pointues, qu'il appelle SibulolépideSj les- ont tantôt carénées, comme le genre Tropidosaurus de Boié ; tantôt rugueuses, comme celui de Trachysaurus de Gray. Les Saurotites à pattes imparfaites, soit eu totalité, soit par le nombre des doigts, qu'il nomme les Atèlèodactyles , ont en effet, tantôt les quatre pattes , mais avec nn nombre de doigts différens devant et derrière (tels sont les deux sous-genres des Hètèrodactyles nommés Heteropus et Campsodaclylus) j tantôt au contraire, comme dans les Homodaclyles, le nombre des doigts est le même à chaque patte, de quatre dans le Telradaclylus de Péron ou Perornelis de Wagler, de trois seulement dans les genres Tridactrltis et Zygnis d'Oken. La seconde tribu, celle des Ophiophthaloies, ou les Scincoïdes qui n'ont pas les paupières mobiles, mais soudées, se divisent à-peu-près de la même manière que les Sauroplithalm.es : en Saurotites et en O^hiotites. Les premiers sont ou Tèlèo ou Aièlèo-Dactyles . Il n'y a qu'un seul genre compris dans la première subdivi.«ion, c'est celui des Ahlépharides ou des Cry- ptobléphatides. Dans la deuxième subdivision, il n'y a également qu'un seul genre, c'est celui que Merrem a indiqué sous le nom de Gymnophthalmus, Le genre Lerista de Bell, est le seul que M. Cocteau ait rapporté à la seconde soos-lri'ou, celle qu'il indique sous le nom à'Ophwtiies. Telle est l'analyse bien abrégée des grandes divisions établies par l'auteur, c'est le résultat de plus de six années d'études et de recherches spéciales. Dans cette monographie très savante, on trouve indiquées toutes les espèces de Scincoïdes, avec leurs caractères essentiels, et la synonymie la plus exacte. Nous joignons ioi l'analyie synoptique de ce grand travail de distiibution. ili VANBENEDEN. Sur le genre Dreissena. Podotes CYPRILÉPIDES. ( Apodes min t,1 noitmb ml î J I Saurotites. SAUROPHTHALMES OPHIOPHTHALMES. TYPHLOPHTALMES. Ophiolites. Saurotites. Ophiolites. Tétrapodes | Dipodes .... 5 Saurophthai,mes. OPUIOrHTHALMES. Typhlophthalmes. Propodes. ', HiSTÉaoroDES. Téléodaetj les. Scihcûïues / HÉTBROnACTYLES. Atéleodactyles. | ( HOMODACTYLES. . Téléodactyles I ..... i . , S HÉTÉRODACTYLES. Ateleodactvles. -, Tr ( Homodacxyi.es. homodactyles. ÉTÉaODACTYLES. ........ [S Scincus. !Heteropus. Ca m p soda c tylas . ÎTetradactylus. Tridactylus. Ablepharis. Gymiiophtlialmus. Leriita. Description d'une nouvelle espèce du genre Dreissena, et obser- vations sur le système nerveux de ces mollusques. Par M. G.-J. Vanbeneden. C\) Le genre Dreissena que j'avais établi" sur le Mytilus polymorphus , et que Rossmassler vient d'admettre aussi sous le nom de Trichogonia dans son icono- graphie (2) ne comprenait encore que deux espèces. Je viens de recevoir de la part de M. d'Orbigny une nouvelle espèce du même genre, qui nous offre à-peu- près la même taille que celles déjà décrites, mais qui nous présente surtout de remarquable une coloration dans l'intérieur de la coquille , caractère qui la rap- proche davantage des moules marines. Nous l'avons désignée sous le nom de Dreissena cyanea , Nob. — Car.: coquille oblongue plus haute qu'épaisse, fine- ment striée à l'extérieur. Son intérieur d'un bleu foncé. Ce dernier caractère la fait aisément distinguer des autres espèces qui sont blanchâtres à l'intérieur. Elle manque en outre de la carène longitudinale du Dreissena polymorpha et de la double série de lamelles du Dreissena afri- cana. Elle est à l'extérieur d'un brun roussâtre; son bord inférieur est légèrement .5Î3ÊX9 ïlllij fl 9IÛÎ ■ (i) Bulletin de l'Académie des Sciences de Bruxelles, 4 février 1837. Voyez le premier mémoire de M. Vanbeneden sur ce genre , et inséré dans le 3 e volume des Annales , p. 193. (2) Rossmassler , Iconographie der land und susswassermoliusken. Drcsden und Leipzig , vanbeneden. — Sur le genre Dreissena. 127 échaucré aux deux valves pour le passage du byssus. Elle a les crochets décor- ticés et les valves ne sont point parfaitement égales, le crochet de l'une étant librement enfoncé dans l'autre. Les lames d'accroissement sont très peu prononcées, ce qui rend la coquille finement striée à l'extérieur. Eu dessous de la petite lame qu'on remarque sous le crochet dans ce genre, on voit une saillie que M. Nyst a prise pour caractère du Mytilus cvchleatus. Cette saillie se retrouve aussi dans le Dreissena africaaa. La coquille est aussi plus dure et plus épaisse que dans les autres espèces. Nous n'avons pas vu l'animal, mais tout nous porte à croire qu'il doit être identique. Du reste, l'impression palléale nous indique la présence d'un siphon rudimen taire, caractère qui coïncide surtout avec la réunion du manteau. Les impressions musculaires présentent aussi la même disposition. Nous ne connaissons rien de certain sur la localité de cette espèce. M. d'Or- bigny , qui a eu l'obligeance de me la communiquer, l'a reçue d'un de se» amis, qui la croit du Sénégal. Je saisis avec empressement cette occasion pour revenir sur quelques points de l'anatomie du Dreissena polymorpha, que j'ai consignée dans un mémoire inséré dans les Annales des sciences naturelles (t. 111, p. ip,3) ; un envoi d'in- dividus beaucoup plus grands m'a permis d'étendre plus loin que je ne l'avais fait, mes recherches sur le système nerveux, et de donner certains détails avec plus d'exactitude. Je reviendrai peut-être sur les différens systèmes dans une monographie que j'ai l'intention de faire de ce genre, les planches qui accom- pagnent mon premier travail laissant beaucoup à désirer. Le système nerveux est composé de trois paires de ganglions dont deux se trouvent réunies en une masse. La première paire qui est la seule séparée, est située sur les côtés de la bou- che vers l'angle antérieur. Elle se compose de deux ganglions de forme allongée, et représente le cerveau. Ils communiquent entre eux au moyen d'une com- missure transverse, qui représente la portion sus-œsophagienne du collier. Ces ganglions fournissent: i° un filet en avant qui s'enfonce dans les parois du manteau et qui se dirige immédiatement après, d'avant en arrière, pour mar- cher paraUèlcmcutà celui du côté opposé; 2° un autre filet plus mince que le précédent, naissant derrière lui et suivant à-peu-près la même direction ; 3° à la partie postérieure et en dehors du même ganglion , un filet as.'ez gros qui s'enfonce dans l'ovaire et qui se dirige directement d'avant en arrière. C'est lui 3ui va établir la communication avec les ganglions de la paire postérieure. Il onne, sur son trajet, deux autres filets très minces dont l'un m'a paru se rendre d'avant en arrière et l'autre en sens contraire. Ces deux filets naissent non loin des ouvertures des oviductes. Ce nerf, dans un quart de son trajet, est enfoncé dans l'ovaire, et immédia- tement placé sous la peau dans le reste de son étendue. Une do nos préparations montre encore un filet partant des mêmes ganglions, mais que je n'ai point retrouvé daus tous les individus. Enfin, en dedans du filet qui établit la communication avec la paire posté- rieure, on en voit un dernier de la même grosseur, qui se dirige obliquement d'avant en arrière pour s'uuir à la seconde paire de ganglions. Il s'enfonce légè- rement dans des fibres musculaires qui partent du côté de la bouche pour s'unir à la languette. En considérant la seconde paire comme l'analogue du ganglion sous-œsopna- gicn du collier nerveux des gastéropodes, ce dernier filet forme les côtés du col- 19.8 vànïîfnfdfk. — Sur ie genre Drcissena'. ricr, et celui-ci nous présente alors les mêmes dispositions qu'on trouve dans le collier nerveux des autres classes de mollusques. La seconde paire de ganglions ou la portion sous-œsophagienne, est réunie en nue seule masse qui occupe la ligne médiane. Ou aperçoit des échanerures en avant et en arrière, qui sont les traces de la réunion. On découvre facilement cette paire, soit en suivant le dernier filet dont nous venons de parler, soit en enlevant la languette avec précaution. Son volume est plus considérable que les deux ganglions cervicaux réunis. Il part de son extrémité postérieure deux filets assez prononcés qui s'eùfon- cent dans l'ovaire; deux autres partent de chaque côté et paraissent s'enfoncer dans les fibres musculaires de la languette. La dernière paire de ganglions est placée sur le milieu du muscle adducteur postérieur. Elle est unie comme la précédente sur la ligne médiane. On découvre facilement cette paire sans dissection, en faisant plonger l'ani- mal pendant quelques jours dans l'alcool. Sa forme est carrée. Des deux angles postérieurs partent deux gros filets, qui se dirigent en arrière. Ceux-ci se bifurquent en quittant le muscle et se perdent autour des ouvertures postérieures du manteau. En avant des précédentes, il en naît uu autre de même grosseur, et qui se di- rige directement en dehors. Arrivé aux branchies, ce filet se retourné brusque- ment et borde toute cette partie postérieure des branchies en se dirigeant en arrière. Nous avous parlé déjà des deux filets qui se trouvenl en avant et qui éta- blissent la communication entre celte paire et le reste de ce système. C'est par erreur que j'avais dit dans mon premier mémoire, que M. Maugili avait représenté un ganglion sus- œsophagien proprement dit. J'ai trouvé un oviducte dans tous les individus que j'ai examinés. On en aperçoit un de chaque côté en plaçant l'animal sur le dos et en écartant les bran- chies du corps. Il présente une légère proéminence, terminée par deux lèvres, au milieu des- quelles on voit une ouverture allongée. A peu de distance de cet oviducte, il existe en outre une seconde ouverture, qui communique avec une cavité assez grande, au milieu dé laquelle flotte le cœur et ses oreillettes. C'est, je crois, cette cavité que Ilojanus a re^rdé dans les anodontes pour le sac pulmonaire, et qui avait engagé cet anatomisle à dé- posséder les branchies de leur fonction respiratoire. Nous croyons trouver de l'analogie entre ces cavités et celles que Cuvier a appelées, dans les céphalopodes, cavités veineuses. Dans l'un et dans l'autre cas, elles comrauniqUeut directement au dehors, et l'élément ambiant entoure les principaux organes de la circulation. Cette disposition peut aussi être comparée à ce que nous présentent les Aply- sies paimi les gastéropodes, et nous ne sommes pas loin de croire que des re- cherches ultérieures sur le système aquifère ne viennent jeter un grand jour sur ces dispositions curieuses, dont la physiologie attend vivement la solution. ' TDhPiiv. — Corps organisés dans la pâle des silex. 129 Analyse ou étude microscopique des diffèrens corps organisés et autres corps de nature diverse qui peuvent, accidentelle- ment, se trouver enveloppés dans la pâte translucide des silex. Lue à l'Académie des Sciences, séances des 27 février et 6 mais 1837, Par M. Turpin , de l'Institut. L'Académie se rappelle que dernièrement M. Arago lui a pré- senté trois petites lamelles polies, appartenant à deux espèces ou variétés de silex , envoyées de Berlin par M. le baron de Humboldt au nom de M. Ehrenberg. L'une de ces espèces était indiquée sous le nom de Semi-opale de Bilin {Halbopal von Bilin), l'autre sous celui de Pyromaque de Delitzsch. Sur l'en- veloppe de chacune d'elles, M. de Humboldt avait dessiné à la plume les principaux corps organisés et inorganisés cristalli- fères qui se trouvent comme ensevelis dans la pâte de ces silex. (1) Ces échantillons, amincis en lames de quelques lignes de grandeur et d'à-peu-près un cinquième de millimètre d'épais- seur , vus à l'œil nu, sont translucides, vitreux et colorés d'un mélange nuageux de gris et de jaune-fauve plus ou moins in- tense. Vus à la loupe, celui du Semi-opale de Bilin, plus coloré que ceux du Pyromaque de Delitesch, n'offre rien de plus, tan- dis que ces derniers, sur un fond grisâtre, montrent un infi- nité de points bruns et très fins, (a) Jusque-là rien d'intéressant ne se présente à la vue; jusque-là on peut croire que ces silex sont des masses purement inorga- niques, purement homogènes et non des agglomérats formés (1) (iomptes rendus, séanre Ju s jauvier 1 837 » P*B e ***' fa) PI. 6, fig. I, cl pi. 7, fig. i. VII. Zool. — Mars. 9 i3o tufuun. — Corps organisés dans la pâte des silex. en grande partie d'une immense quantité de corps organisés d'espèces différentes , la plupart parfaitement conservés dans leur forme et leurs délails, et de débris plus ou moins divisés de corps semblables ou analogues qui, avec les molécules siliceu- ses, leur font un sorte de gangue et forment en même temps la pâte figée et durcie du silex. Le microscope seul pouvait nous conduire à la découverte de ces sortes de catacombes, nous mettre à même de bien étudier les cadavres organisés qui s'y trouvent entassés, et de les rap- procher, soit de leur propre espèce, soit de leurs congénères, continuant toujours de vivre dans le sein des eaux. Le même instrument, destiné à nous révéler tant de prétendus mystères et à nous démontrer chaque jour que les individualités pour l'œil nu ne sont réellement que des agglomérats d'individualités plus simples, pouvait encore, dans cette circonstance, nous amener à concevoir quelques idées nouvelles sur la matière siliceuse et sur la formation irrcgulière et à-peu-près polymor- phe des silex, soit en rognons, soit en nodules. J'ai donc pensé qu'en étudiant avec soin, sous le micros- cope, la composition entière de ces silex , qu'en décrivant et surtout en figurant en couleur, soit les particules vitreuses qui en forment la base ou la pâte, soit les nombreux corps organi- sés plus ou moins entiers qui s'y rencontrent pêle-mêle et comme jetés au hasard, je ferais quelque chose d'utile pour la science, et qu'il serait peut-être agréable pour l'Académie d'avoir sous les yeux la représentation fidèle de la composition physique et microscopique des échantillons de silex envoyés de Berlin par M. Ehrenberg. Je passe maintenant à l'examen microscopique du Semi-opale de Bilin. Cet échantillon, vu par transparence sous le microscope armé du grossissement de deux cent soixante fois le diamètre, offre un fond ou une pâte plus ou moins translucide, plus ou moins colorée en jaune-fauve nuageux, plus ou moins pure, (i) On voit clairement que c'est une agglomération composée dé (0 PI. 6,fig. a . tdrpin. — Corps organisés dans la pâte des silex. i3i la réunion fortuite d'un grand nombre de particules siliceuses ponctiformes, de grosseurs variables, et de fragmens ou de dé- bris organiques, pelliculiformes, dont la couleur varie depuis le blanc transparent en passant par le jaune, jusqu'au brun le plus foncé et le plus opaque. L'aspect de la composition élémentaire de cette pâte siliceuse fait souvenir de l'époque où elle se trouvait à l'état liquide et gélatineux. Dans son épaisseur semi-transparente , se trouvent comme enchâssés, et toujours sans ordre, plusieurs sortes de corps or- ganisés, intacts, ou presque intacts, et de corps inorganisés, cri- stailifères, formés dans le sein de l'organisation, et en grande partie soumis aux lois de cette dernière, (i) lies premiers de ces corps, isolés et éparpillés, ou réunis bout à bout plusieurs ensemble, paraissent, selon leur disposi- tion dans la pâte, discoïdes , ou en palet, quand ils présentent leur côté plat ; ovales, quand ils se montrent de trois-quarts, et sous la forme d'un carré long, à angles arrondis, lorsqu'on les voit de profil ou dans le sens de leur épaisseur. Ces corps, dont la forme est celle d'une sphérule aplatie , sont vésiculai- res et remplis de granules. Avant d'être épars, ils formaient les articles courts et déprimés des filamens moniliformes du Cvn- ferva moniliformis , dont M. Bory de Saint-Vincent a fait le genre Gaillonellal et peut-être ont-ils appartenu au Gaillo- nella varions, de M. Ehrenberg. Lorsque les articles vésiculai- rea présentent leur côté plat, côté par lequel ils adhéraient dans {i) Je veux parler des nombreux cristaux qui se forment dans l'épaisseur du tissu vivant de certains végétaux et de certains animaux ; de ces cristaux , toujours incolores , de forme, de grandeur et de nature chimique différentes, selon les espèces d'êtres dans le sein desquels on les trouve enfermés comme dans des géodes organisées et vivantes; de ces cristaux enfin qui existent constamment chez certaines espèces, quelquefois seulement, ça certains lieux, des tissus de l'espèce, et qui manquent bien plus souvent , mais constamment , chez certaines autres. La présence ou l'absence de ces cristaux , Jans les différais creux qu'offrent les tissus organiques , la constance qui s'observe à cet égard mérite que l'on s'occupe sérieusement de ces différens états, qui sont loin d'être le résultat d'un hasard ou d'un caprice passager. La formation des cristaux chez certains tissus vivans est bieu évidemment subordonnée à une appétence par- ticu'ière propre à ces tissus; appétence qui les met dans le cas de trier et d'absorber la Djatier» ambiante et cristallisable. 9- i3a TiiJiPix. — Corps organisés dans la pâle des silex. la composition <îu filament, ils montrent presque toujours un double cercle qui indique, soit l'épaisseur d'une vésicule uni- que, soit l'existence de deux vésicules emboîtées; chose quel- quefois bien difficile à décider chez les organes vésiculaires ou tubuleux des végétaux (i). Leur diamètre, comme celui des fïlamens dont ils ont fait partie, varie de i/i5 à i/ao de milli- mètre. Plusieurs de ces vésicules isolées sont plus ou moins déchirées et semblent avoir répandu une partie de leurs gra- nules, arrêtés dans le voisinage par la densité du liquide sili- ceux. (2) Les seconds, également épars , également orbiculaires ou discoïdes, plus petits de moitié, plus opaques ou plus rem- plis de granules, ont été, ou des infusoires globuleux, vé* gétaux ou animaux , ou peut-être bien encore, des articles dessoudés et éparpillés, comme de petites pièces de monnaie, et ayant appartenu à une autre espèce de Gaillonella à fila- mens plus étroits. (3) Les troisièmes consistent dans quelques filamens tubuleux, confervoïdes, obscurément cloisonnés à d'assez grandes dis- tances. On distingue encore quelques autres portions de fi- lamens plus étroits, méconnaissables sous le rapport de leur espèce; mais qui, sans le moindre doute, sont des débris de quelques productions d'êtres organisés de la classe des infu- soires. (4) Les quatrièmes et derniers corps que l'on remarque dans la composition du Semi-opale de Bilin, et qui y abondent pres- que autant que les premiers, n'ont rien d'organisé; mais ils (:) L'existence de deux vésicules emboîtées est prouvée dans les seminules vésiculaires de» Confervées, des Champignons et, seulement quelquefois, dans les utricules de certains pollens, pu ce que dans cette duplicité d'orgaues , il n'y a que la vésicule interne qui soit encore douée de la vie et qui puisse, seule, germer eu filament byssoïde, après avoir percé la vésicule ex- terne, qui a cessé de vivre, qui ne peut plus croître, et dont les seules fonctions sont d'abriter et de protéger la vésicule interne dans laquelle réside le principe vital de la plante future. Dans des élongalions semblables, qu'offre un nombre assez restreint de pollens, on a tu d<* pénis végétaux avec des fonctions tout-à-fait comparables à celles du pénis des animaux. (2) Pi. 6 , fig. t aaaa (3) Id.,f.g.*. (4) Id. , fig. d. TiiRPiw- — Corps organises dans la pâte des silex. i35 ont servi à écltafauder on h solidifier la texture gélatineuse et aqueuse de ces productions vivantes que Ton nomme des Spon- gilles. C'est tout ce qui est resté de reconnaissante d'une pro- duction dont toute l'organisation, tombée en déliquescence, a fourni à la pâte du silex, par séparation de la partie organique et de la partie calcaire, tout ce qu'elle contenait de molécules siliceuses. Ces quatrièmes corps qui, dans l'état vivant des Spongilles, s'entrecroisent de manière à former et à solidifier la paroi inté- rieure des cellules , se trouvent ici jetés pèle-mèle et, par con- séquent, dans toutes sortes de directions. Ce sont des aiguilles cristallines, transparentes, siliceuses, obtusément pointues, droites ou légèrement arquées, à bords impurs et comme fine- ment froncées en travers; les unes entières, les autres brisées et n'offrant plus que des tronçons plus ou moins longs. Quoique ces cristaux aciculaires varient dans leurs dimen- sions, le terme moyen de leur grandeur est de i/3 de millimè- tre de longueur sur i/5o e de largeur, (i) Après cette analyse microscopique du Semi-opale de Bilin, je vais m'occuper , toujours sous le même grossissement, de celle du Silex pyromaque de Delitzsch, bien plus riche en corps organisés. J'ai déjà dit que ce silex, observé à la vue simple, était plus clair , plus gris que lé précédent, et que sa surface était comme sablée d'une infinité de points fins et bruns. Ces points, de grosseur et d'intensité- de couleurs différentes, annoncent déjà, comme on va le voir tout-à-1'heure , l'existence d'une im- mense quantité de corps organisés animaux, appartenant à di- verses espèces. Comme je l'ai fait pour lé Semi-opale de Bilin, je vais com- mencer par parler du fond du tableau, ou, en d'autres termes, par l'examen de la composition élémentaire de la pâte de ce silex. C'est un fond sale, semi-transparent, granuleux, que Ton peut assez bien comparer à celui d'une eau de fumier, inégale- ment colorée, en jaune brun Être par la préfence des débris or- (i) PL 6, fig.Acec'. i34 turpjn. — Corps organisés dans la pâte des silex. ganiques et des corps organisés qui s'y trouvent en suspension, ou, pour me servir d'une autre comparaison, peut-être plus juste qu'on ne le croit d'abord, à celui de la barégine glaireuse, éga- lement composé de particules, de débris organiques et de cada- vres organisés, plus ou moins colorés en jaune-brun ou quel- quefois en verdâtre. Ce fond, toujours plus ou moins nébuleux par places, offre ^partout, et aussi profondément que l'œil armé du microscope peut le pénétrer, un amas considérable de molécules ou de par- ticules, qui, cbose essentielle à remarquer, forment en certains endroits un grand nombre de petits boursouflemens, ou de pe- tits monticules , soulevés probablement par un gaz qui ten- dait à s'échapper à l'époque où la pâte siliceuse était encore très liquide. On voit en outre quelques vacuoles, rondes ou ovoïdes, qui ont été, ou qui peut-être sont encore remplies d'air ou d'eau. Sur ce fond général apparaissent un grand nombre de par- «icules de formes irrégulières, de grandeur variable , le plus gé» néralement d'un brun-noir (i). En même temps que ces parti- cules, véritables débris de corps organisés , on remarque des espèces de traînées composées d'une pulviscule noire, les unes isolées, les autres réunies plusieurs ensemble et disposées pa- rallèlement. A côté, ou dans les environs, on voit des agglo* mérats informes de la même pulviscule. Si j'insiste et si j'attache de l'importance à signaler et à faire connaître ces deux sortes d'agglomérats de particules organiques, c'est d'abord pour rap- peler à l'attention qu'ils n'ont pu se former que lorsque la pâte du futur silex était liquide, de manière à permettre aux particu- les composantes, éparses et suspendues, de se rapprocher et de se grouper» comme cela arrive quelquefois à d'autres particules, dans le sein ou à la surface des eaux. C'est ensuite parce que les traînées de points noirs dont je viens de parler peuvent trou- ver leur explication dans d'autres traînées fort analogues, si ce h est pas la même chose, que j'ai étudiées dernièrement, et qui * (i) C'est ce que l'ou désigue ordinairement, à la vue simple, par le nom de poussière ou. d'ordure. turpin. — Corps urbanisés dans la pâte des silex. 1 35 faisaient partie d'une barégine blanche et d'une barégine noire, recueillies dans les eaux minérales île Gréoulx par M. de Frey- cinet; barégines qui ne sont, comme toutes celles que j'ai examinées jusqu'à ce jour , que des amas gélatineux, com- posés de filamens confervoïdes , de débris organiques et de corps organisés de diverses sortes qui s'y trouvent comme empâtés, (i) (i) Pour faire convenablement l'analyse chimique d'uu semblable amas de toutes choses, pour qu'une telle analyse put être profitable à la science, il faudrait , avant tout, opérer sous le microscope le triage et la mise à part des nombreux objets de nature différente qui peuvent s'y trouver amoncelés , car autrement l'analyse se faisant sur celte sorte de chaos serait elle- même un autre chaos. Je me souviens qu'un très habile et très savant chimiste demandait, en ma présence , à un très érudit agronome si la science agriculturale possédait une bonne analyse du fumier ; du fu- mier, qui serait en grand ce que la barégine est en petit, .s'il n'était encore, la plupart du temps , un composé plus considérable de ce que Its trois règnes peuvent fournir en détritus t Les barégines, si l'on pouvait s'en procurer d'assez grandes quantités , seraient d'excellens engrais : elles iimenderaient les terres, stimuleraient les tissus ( Its barégines marines ou salées particulièrement) , et nourriraient abondamment les végétaux cultivés au milieu de ces élémens de prospérité^ et de bons développemens. Les dépôts limoneux du Nil ne sont autres que de la barégine. Les barégines blanches ou pures de cadavres d'animaux , c'est-à-dire celles qui ne se compo- sent encore que de Confervées filamenteuses ou réduites en pâle par la destruction des filamens, peuvent être employées à l'intérieur comme un excellent émollient pour apaiser les sur-irrita- tions ou les excès de sensibilité organique. Ou peut aussi en faire le même usage à l'iutérieur , comme on le fait de la pâte de lichen et autres mucilagineux n'ayant point encore fermenté. On pourrait, s'il en était besoin , s'en nourrir pendant quelque temps. Tout en n'étaut pas riche en matière assimilable , [cet aliment, serait bien supérieur à \a fariné de montagnes, qui n'est composée, presque en entier, que de carapaces purement siliceuses d'infusoires, et dont de malheureux Lapons, et probablement d'aussi malheureux Chinois (*), pour s'empêcher de mou- rir d'inanition , se sont quelquefois lesté l'estomac. Cette farine de montagnes, qui n'a rien de malfaisant, qui est la. même que celle du dépôt siliceux de Franzensbad (Infusoires-Tripoli) dont on se sert pour nettoyer les métaux , serait peut-être bien plus utilement employée à purger, ou, en d'autres termes, à décaper la surface des voies digestives de l'excédant des mucosités qui s'y forment par uue sécrétion désordonnée. (*) MM. I'.iot père et fils : Comptes rendus hebdomadaires de l'Académie, séance du 27 fé- vrier 1837 : « Cette farine de montagnes ou farine minérale, vue sous le microscope-, se compose d un « nombre prodigieux de carapaces, transparentes, incolores, purement siliceuses, entières ou - fragmentées, et ayant fait partie ou servi d'euveloppes protectrices à un grand nombre «1 in- « fusoires d'espèces variables, mais parmi lesquels domine de beaucoup le Navicula viridis ou « Frustulia viridis. Toutes ces carapaces qui ont contenu des animalcules vivait! peuvent en- - core aujourd'hui renfermer une petite quantité de matière organique, sèche, qui, étant nli- ■ meclée par les liquides de l'eslomac, peut être absori*e par cet organe et s'assimiler ensuite « aux tissus. » 1 3'J turpin. — Corps organisés dans la pâte des silex. Voilà à-^peu-près tout ce qui compose cette espèce de chaos que l'on appelle la pâte des silex ; voilà seulement ce que j'ai trouvé clans plusieurs lames minces que j'ai fait faire avec des pierres à fusil du silex pyromaque (i). Je passe à la description des divers corps organisés animaux qui, au moment de la con- crétion du liquide siliceux, se sont trouvés empâtés ou scellés dans ce chaos. Comme dans le Semi-opale de Bilin, on y compte quatre espèces de corps bien distincts. (2) Le premier de ces corps offre une forme très remarquable ; c'est une sorte de mitre à trois pointes , l'une supérieure, les deux autres inférieures et assez écartées. La forme générale est ovoïde. C'est une coque bivalve dont le test, d'une grande min- ceur, est finement ponctué, cassant, transparent, de couleur bistre clair, et muni de plusieurs nervules diversement disposées dans le sens longitudinal. (3) Les deux valves sub-hémisphériques ou coniques, liées entre elles, mais à distance, au moyen d'une membrane peu solide , paraissent destinées à s'isoler et à se rompre transversalement en cette nartie, de la même manière que s'ouvre une boîte à sa- vonnette, ou bien encore, tous les péricarpes végétaux désignés par l'épithète de Pyxides. La déhiscence naturelle et transversale de cette coque, en deux valves, annonce que ce corps est l'œuf de quelque petit animal de la famille des Polypes , comme je le pense de tous ceux qui vont suivre, et qui sont enfermés dans le même échan- tillon de silex. (4) (1) Dans de nouvelles lames du même silex , on trouve : i° des corps, les uns sphériques , les autres ovoïdes, de couleur fauve, à surface granuleuse , ou peut-être composés de points fins et bruns : ces corps, vésiculaires et de grandeur variable, me paraissent des coques d'œufs; a* un long cordon assez épais, composé de points ou de particules organiques, tortillé en vis comme ces bâtons qui doivent cette forme à une ligature artificielle ; 3° des filamens très longs, transparens, sortes de fibres qui semblent être isolées de quelques tissus animaux ; 4° des traî- nées de points bruns; 5° enfin des corps ovalaires, un peu obliques , très bruns et très opaques. (a) Nombre entièrement dû au hasard , de même que celui , plus ou moins considérable, de s individus qui se trouvent entassés dans telle ou telle partie de la pâte d'un même rognon siliceux. (3) PI. - , fig. a b. (4) Tels sont, comme exemples, les péricarpes de VAnagallis, ou Mouron rouge, du Plan- tain, de YUlricularia -vulgaris, du Jcffcnonia diphylla, du Lecylhis , du Couratari guianensis, du Fevillea hederacea, etc. turhin. — Corps organisés dans la pâte des silex. \"$n On voit des individus de ce même corps qui sont plus petits, d'autres comme chiffonnés, d'autres un peu cassés, et dont la cassure indique que le test, quoique 1res mince, devait être si- liceux ou calcaire; d'autres n'offrent plus que l'une des (.hux valves; et enfin, on trouve répandus ça et là des fragmens tiès reconnaissants de cet œuf. Ce corps ou cet œuf, le plus grand de tous ceux que l'on observe dans cet échantillon de silex , a été provisoirement nommé, p;ir M. Ehrenberg, Peridinium pyrophorum. Son dia- mètre est d'environ un douzième de millimètre. Le second se compose d'une vésicule ou d'une coque sphéri- qne, plus ou moins transparente, jaunâtre ou brune, selon les individus (i), mamelonnée à sa surface et hérissée dans son pourtour d'environ seize rayons spinescens et jaunâtres , de longueur et d'épaisseur variables , tubuleux, évasés en enton- noir à leur sommet, et terminés par trois, quatre ou cinq cro- chets recourbés en hameçon (2). Plusieurs de ces corps, qui rap- pellent la structure d'une très petite Astérie, de la division des Euryales, et auxquels M. Ehrenberg a attaché la dénomination de Xanthidium furcatuniy ont quelques-unes de leurs épines rayonnantes branchues, et d'autres divisées dichotomiquement jusque près de la coque. Quelques individus ont leur coque plus ou moins mutilée : on en voit un qui présente une ouver- ture circulaire, par laquelle le petit animal est sans doute sorti au moment de Téclosion, et un autre, situé ailleurs, dont la valve operculoïde est encore presque en place, c'est-à-dire au- dessus de l'ouverture dont je viens de parler, et dont toutes les épines rayonnantes sont recourbées et un peu en désordre. Leur diamètre, quoique variable, petit être évalué, terme moyen, la coque i/i4» et l'ensemble, compris les rayons spinescens, i/5 de millimètre. Le troisième, plus abondant et un peu moins grand que le premier, a une forme généralement ovoïde; il est opaque et d'un brun très foncé : c'est encore une coque bivalve à déhis- (i) Je croit que , dans le nombre de ces individus , il y a plus d'une espèce. (») PI. ;, 6g. a a, a. 1 38 turpin. — Corps organisas dans la pâte des silex. cence transversale, mais composée de deux enveloppes très dis- tinctes. L'enveloppe extérieure est brune et formée d'une es- pèce de réseau, qui rappelle un peu celui de la texture de cer- taines éponges fibreuses, et dont chaque maille, qui semble composée d'un petit grillage (1), en s'élevant en mamelon, donne lieu, par prolongement, à un grand nombre de petites épines rayonnantes, qui se terminent par deux, trois ou quatre crochets dirigés en forme d'hameçon. Sur l'un des côtés de la valve inférieure, on voit sortir une sorte d'ergot, de forme co- nique, pointu, légèrement courbé, jaunâtre et transparent. Cet ergot ne fait point partie de l'enveloppe extérieure-, ils est une extension latérale de l'enveloppe interne, qui est mince, trans- parente, membraneuse et jaunâtre, comme le prouve un in- dividu dépouillé de sa partie extérieure. On voit de ces corps bivalves et hérissés dans des états diffé- rens de conservation. Il y en a peu d'entiers; quelques-uns ont en tout ou en partie leurs épines rayonnantes usées ou de- truites; beaucoup d'autres ont leurs coques plus ou moins brisées. Un grand nombre de fragmens , soit de l'enveloppe extérieure , soit de l'enveloppe intérieure , sont répandus çà et là. (2) Gomme on a pu le remarquer par ce signalement ou bieiiv mieux par les nombreuses figures que j'ai l'honneur de mettre sous les yeux de l'Académie, ce troisième corps n'ofire que peu ou point d'analogie de structure avec le premier; aussi ai-je été surpris de le voir compris sous la même dénomination généri- que de Peridinium et seulement distingué par l'épithète spécifi- que de Deli lien se. Le quatrième présente beaucoup d'analogie avec le précé- dent : mais il en diffère par sa forme plus sphérique et surtout par l'absence de l'ergot latéral (3). Un individu mon- trant une ouverture large , circulaire et nettement circon- (1) L'intérieur de ces mailles , qui ne peut être bieu étudié qu'à la lumière coneeutrce d'une lampe , est plus probablement formé d'une membrane striée en rayons, (a) PI. 7,fig. 2 c,c", c'"\ c'"". (S) PI. 7 ,fig. 2d,d',J"\ turpijv. — Corps organisés dans la pâte des silex. i3q sente, indique que , dans cette espèce , les valves sont iné- gales et que la supérieure simplement operculoïde s'est éga- rée, (i) L'étude que j'ai eu occasion de l'aire tout dernièrement des œufs vivans de la Cristatelle vagabonde (i) la forme discoïde de ces œufs, leur couleur rembrunie, leur surface mamelonnée ou réticulée, leur pourtour hérissé d'épines terminées par des crochets recourbés en hameçon, et leur déhiscence transversale en deux valves pour faciliter l'éclosion du petit animal, qui en ré- sulte, prouve que les quatre espèces de corps organisés renfer- més dans la pâte de l'échantillon du silex pyromaque de De- Jitszch sont de véritables œufs réduits à la coque plus ou moins entière. Ces œufs, particulièrement les trois espèces hérissées d'épines à crochet?, s'observeront probablement dans les eaux douces à l'état vivant, et on les reconnaîtra, en en suivant l'é- closion, pour appartenir à diverses espèces de petits polypes microscopique!». .C'est à cause de cette conviction que je n'ai point cru nécessaire de surchager la science en donnant un nom, qui ne pouvait être que temporaire, à la quatrième espèce de ces œufs. C'est encore par la même raison que je n'ai point cru nécessaire de séparer le Peridinium pyrophorum, du Péri- dinium Delitiense, avec lequel il n'a que peu ou point de rap- port de structure, et dont les noms de genre et d'espèce pour- raient facilement être caractéristiques d'après la forme mirrale et l'existence très prononcée des trois pointes, si ceux donnés à un œuf n'étaient pas déjà une chose superflue. Il est bien probable que, si M. Ehrenberg avait soupçonné que les corps qu'il observait n'étaient point des touts, mais seu- lement des portions ou des parties d'êtres organisés, il se serait épargné la peine de créer des noms de genres et d'espèces; noms dont le sort futur, et sans doute très prochain, doit être le même que celui, pour me servir d'un exemple bien connu, 8 Ascophora ovalis donné aux œufs ovales et pétlicellés de (:) A moins que l'on ne suppose que l'ergot est tourné en-dessous de manière à ue pouvoir être aperçu. (a) Crtitaltlla muceJo Cuv. , ou C. vagans du même auteur. (Voye* pi. 3 A.) j/jo ïurpin. — Corps organisés clans la pâte des silex. X Hemerobius Perla, lorsque Ton croyait que ceux-ci formaient un tout organique, un végétal cryptogame et parasite, au lieu de n'être que la partie, que l'œuf d'un insecte. Tout le monde sent aisément combien il serait abusif et sans profit pour la science si, dans les recherches sur les corps or- ganisés fossiles, chacun se permettait d'attacher des noms de genres et d'espèces aux divers fragmens que l'on rencontre, tels que des carapaces siliceuses de divers infusoires, des por- tions de coquilles ou de madrépores, des bâtons d'oursins, des mandibules cornées de céphalopodes, etc., etc. Il est remarquable qu'au moment où M. Ehrenberg observait à Berlin, les corps organisés du Silex pyromaque de Delitzsch, un heureux hasard me mettait à même d'étudier à Paris, la sin- gulière structure des œufs vivans et spinescens de la Cristatelle vagabonde. Sans cette connaissance, acquisedepuis peu de temps, je n'au- rais su que faire des corps organisés que j'avais sous les yeux et, alors, je me serais contenté de les observer provisoirement pour mon instruction particulière. Mais que l'on juge de ma surprise en reconnaissant tou-à-coup, dans les trois espèces de corps hérissés , des œufs semblables, ou au moins très analo- gues, à ceux de la Cristatelle vagabonde : cette analogie entre la structure d'œufs vivans et d'œufs ensevelis depuis des siècles dans une masse de silex; cette analogie, que peut-être moi seul j'étais en position de faire connaître , m'a déterminé à étudier sérieusement les divers corps contenus dans les deux sortes de silex, et à publier ce travail comme présentant un fait nouveau et d'un grand intérêt pour l'avancement de la géologie et pour l'histoire naturelle des corps organisés. A présent que nous savons que les masses ou congloméra- tions indépendantes de silex peuvent quelquefois, renfermer dans toute l'étendue de leur épaisseur d'innombrables corps organisés de diverses espèces ; mais seulement bien entendu , comme on trouve en certains points de la croûte du globe des fossiles amoncelés , comment pourrait-on admettre cette idée plus poétique que positive sur la formation des rognons poly- morphes des silex corné et pyromaque; idée qui consiste, comme turpin. — Co r ps organisés dans la pâte des silex, i (\ r chacun le sait, à penser que ces rognons ont été anciennement de grands vers ou de grands alcyons marins, dont les analo- gues sont perdus, ou nous sont inconnus, et dont Us tissus possédaient la propriété de trier, d'aspirer, d'absorber, de se remplir complètement de la matière siliceuse ambiante, et enfin de passer à l'état de dureté où nous les rencontrons depuis long-temps, disposés isolément et par couches distantes dans la craie, (i) A cette singulière hypothèse , il faudrait ajouter pour être conséquent, que ces gros prétendus vers marins et polymor- phes renfermaient quelquefois dans leurs entrailles, non-seule- ment d'autres plus petits vers intestinaux microscopiques; mais encore des végétaux confervoïdes, des fragmens de mousser, ou de plantes marines, des madrépores, des coquilles, des oursins, des aiguilles cristallines, comme celles du Semi-opale de Bilin, des grains de sable, corps qui, bien évidemment, ont existé d'abord, en dehors des rognons de silex, et dans lesquels tous ont pu se trouver accidentellement enveloppés , té- moins ceux découverts par M. Ehrenberg, et que je viens de signaler dans cet écrit et dans les dessins qui l'accom- pagnent. Si, comme je le pense, les rognons de silex doivent leur for- mation à la décomposition successive des innombrables végé- taux et animaux qui vivent, soit dans l'eau salée, soit dans l'eau douce (i); si, sur ces fonds marins ou lacustres, les débris ou (i) Je ne parle de cette hypothèse, devenue tout-à-fait inadmissible par le fait des nom- breux corps étrangers enveloppés dans la masse siliceuse des rognons, comme ceux qui se trou- vent accidentellement empâtés dans les succîns et les copales, que parce qu'elle est toujours reproduite dans des ouvrages classiques et récens. (a) Il est certain que les fonds de mer et les fonds d'eau douce sont également propres aux formations calcaires et aux formations siliceuses, les mêmes causes, les mêmes moyens, les mêmes matériaux existant dans ces deux lieux, dont la présence ou l'absence du sel està-peu- près le seul caractère distinr.tif. Tout prouve que le carbonate de chaux et le silex sont contem- porains des corps organisés , soit microscopiques, soit de grandes dimensions, qui se trouvent enveloppés in entier ou par fragmens dans l'épaisseur de la pâte, d'abord liquide, de l'une et de l'autre de ces formations concrétées, et qu'enfin ces formations, toujours alimentées de la même manière , doivent être permanentes , en exhaussant continuellement les fonds et en s'as- seyaut perpétuellement les unes sur les autres. \/\-à Tiinpijv. — Corps organisés dans la pâte des silex. même les corps entiers de ces êtres pleuvent, se précipitent et s'entassent les uns sur les autres, de manière à y. former de grandes couches plus ou moins épaisses, composé jusque alors, de toute espèce de choses, comme une sorte de chaos; si, l'on se rappelle bien que tous ces corps organisés, particulièrement les animaux, se composent en grande partie; I e de la ma- tière organique, vivante, organisée, muqueuse, tissulaire, ma- tière dans laquelle réside temporairement, le principe vital qui détermine l'étendue et la forme des individus ; i° de la matière calcaire; et 3° de la matière siliceuse, toutes deux ayant été ab- sorbées et déposées moléculairement et confusément, dans les interstices tissulaires de la première ; si, dans cette couche pâ- teuse , gélatineuse et très liquide, que dans certains cas, on a nommée de la Barégine, couche où tout est encore mélangé, où tout est encore disposé au hasard, on admet comme cela paraît prouvé la séparation (i),plus ou moins complète, des molécules (i) M. C. Prévost , dans l'article Silex du Dictionnaire classique d'Histoire naturelle, t. xv, p. 4a5 , cite le fait suivant, qui démontre assez bien la séparation des molécules siliceuses d'a- vec les molécules calcaires : » Lorsque dans les fabriques de faïence on fait une pâte composée d'argile et d'une certaine quantité de silex pulvérisé, il faut avoir la précaution de s'en servir le plus promptement possible , car , autrement, on voit bientôt les particules siliceuses s'éloigner des particules argileuses, s'attirer mutuellement, s'agglomérer et composer , dans l'épaisseur de la pâte argileuse, un caillot analogue à ceux qui se forment, dans la nature, au milieu de la pâte calcaire. » La queue du silex, sorte de stalactite , sortie par îa bouche de quelques oursins renfermés dans la craie, et observée par M. Gillet-Laumont , prouve qu'après la mort de l'animal tombé en déliquescence , la silice contenue et déposée confusément dans le tissu s'est séparée de la chaux et de la matière organique , et qu'elle s'est filée par cette ouverture. Dans celte sépara- tion , la silice , au lieu de sortir et de se mouler en queue , se porte , d'autres fois , aux parois intérieures du test ou de l'enveloppe crétacée de l'animal , et y forme une doublure siliceuse qui plus tard persiste seule, par destruction de l'enveloppe calcaire qui d'abord lui a servi de moule, et dont elle représente fidèlement jusqu'aux détails les plus délicats. Les molécules siliceuses, en se déplaçant une à une dans l'épaisseur de cette espèce de lait de chaux dans lequel elles sont en suspension , et cela pour aller s'agglomérer presque sur le même point qu'elles occupent dans le mélange, on conçoit que, dans un tel déplacement, le volume total ne peut changer, que les conglomérations siliceuses, qui forment toujours le lit inférieur de chaque banc , comme plus pesantes que le calcaire qui les enveloppe , doivent toujours être scellées de toute part dans ce lait de chaux, qui plus tard se concrète en craie. Aucuns vides, par conséquent , ne peuvent exister entre les rognons de silex et la craie, à moins qu'il ne s'en soit formé par le retrait des deux parties conjointes , par la réduction de quelques portions notables de matière organique qui , pour lors , laisse des excavation? plus ou moins cons'dérables dans la partie calcaire. tiîrpin. — Corps organisés dans la pâte des silex. 1^3 siliceuses, d'avec les molécules calcaires (1) et la congloméra- lion des premières au milieu des secondes , comme pour me servir d'une comparaison sans doute incomplète, les globules du sang et ceux du lait s'isolent et se séparent du sérum pour former ces autres congloinérations que l'on nomme des caillots; si, enfin, on reconnaît que dans cette séparation, les molécules siliceuses attirées les unes vers les autres, se portent encore vers un corps de nature quelconque, comme point déterminant (2) du noyau commençant la conglomération d'un caillot siliceux, on comprendra facilement comment, dans le champ du travait du caillot, les molécules siliceuses peuvent, en s'agglomérant, envelopper successivement de la matière organique pulvérisée, tles corps organisés plus ou moins entiers, comme tout autre corps se trouvant fortuitement placé sur le point et dans l'é- tendue de la conglomération. Il me semble qu'alors, si je ne me trompe, tous les faits, observés isolément et sans le secours du ( 1) La séparation des molécules siliceuses d'avec les molécules calcaires s'opère avec plus ou moins d'activité, elle est plus ou moins complète, selon le degré de force attractive dont jouis- sent les molécules siliceuses , et selon les obstacles étrangers qu'elles rencontrent dans leur che- minement vers le point de la conglomération. C'est à ces deux grandes causes que sont dues les modiGcations suivantes : 1° les rognons de silex, toujours plus purement siliceux et plus durs vers le centre ou le commencement de la conglomération que vers l'extérieur , qui devient peu- à-peu un mélange daus lequel la matière calcaire finit par l'emporter sur la matière siliceuse ; »° ces congloméra tions mixtes, imparfaites, composées de parties à peu-près égales de silice et de carbonate de chaux , et qu'à cause de cela on nomme des cailloux calcaires siliceux; 3° la craie , dans laquelle ou trouve toujours des traces de silice. Si , par la pensée, on dépouille les molécules siliceuses de la propriété qu'elles possèdent de s'attirer les unes les autres, on n'a plus que des corps inertes qui obéissent aux seules lois de la pesanteur, qui s'entassent confusément les uns sur les autres, par voie de sédiment ; on n'a plus qu'un* grande couche formée de silice, mais point de cougloméralions ou caillots siliceux , for- mations particulières qui nécessitent toujours un ceutre d'attraction vers lequel cheminent ou convergent les molécules composantes , douées elles-mêmes de la même propriété. (a) C'est ainsi que les molécules qui s'agglomèrent symétriquement , et d'après des lois con- stante», pour former tel ou tel cristal , cherchent un point d'appui , comme la paroi intérieure des géodes minérales, le fil tendu transversalement des confiseurs , le globule vert et composé do l'intérieur des vésicules du tissu cellulaire des Cactées sur lequel les cristaux se fixent et du- quel ils rayonnent, comme, enfin, la paroi intérieure de l'en veloppe externe des œufs des véri- tables Hélix, enveloppe qni sert de géode aux nombreux et magnifiques cristaux rhomboèdre» de carbonate de chaux que j'ai découverts et qui rao paraît un phénomène de cristallisation d'autant plus remarquable que j'ai tout lieu de cr ire qu'il se borne seulement aux u?ufs de toutes les esprecs du genre He/ix. 1 44 tlrpin. — Corps organisés dans la pâte des silex. microscope, concordent, se subordonnent et qu'il n'en reste que peu ou point en dehors de ce qui vient d'être posé. Ainsi s'expliqueront : i° Comment les caillots siliceux, n'étant que de simples ag- glomérats de molécules siliceuses, sont irréguliers, polymor- phes, de grandeurs très variables, isolés et indépendans les uns des autres (i), disposés par couches interrompues dans la craie, avec laquelle, et la matière organique et les corps organisés, ils formaient, dans l'origine, un tout liquide et mélangé, un vérita- ble magma. (2) i° Comment ces caillots siliceux contiennent toujours plus ou moins de matière organique , particulièrement animale, et quelquefois des végétaux et des animaux entiers; circonstance à laquelle est due, seulement, la couleur sombre, plus ou moins foncées en grisâtre, blond, jaunâtre, brun noirâtre (3), (1) Le nombre, la grosseur, la forme plus ou moins arrondie et l'indépendance absolue qui existe entre les ronglomératioRs des caillots siliceux, au milieu de la pâte du carbonate de chaux, sont choses aussi variables et aussi analogues ( quant à l'agglomération) que le nombre, la grosseur , la forme et l'indépendance qui existent entre les pierres de la vessie , ou calculs urinaires, formées au milieu de l'urine. Dans les deux cas, moins les agglomérats sont volumi- neux , plus , ordinairement , ils sont nombreux. Il y a encore cet autre rapport , que , souvent , un corps étranger à la matière composante devient l'appui ou le point déterminant du dépôt des premières molécules appelées à former la première assise de la couglomération. (2) M. Alex. Krongniart a observé que les caillots du silex pyromaque, vus dans le sens horizontal de la couche, offraient, dans leur gisement au milieu de la craie, la disposi- tion obscure et irrégulière d'un immense réseau à mailles de toutes sortes de grandeurs. Comme le commencement ou le centre d'origine de la couglomération indépendante de chaque caillot, est toujours déterminé par hasard , on conçoit difficilement cette disposition en réseau , quoi- que cependant on puisse voir, tant bien que mal, la charpente du réseau dans l'arrangement fortuit des caillots irréguliers , plus ou moins lobés ou branchus, et les mailles dans les espaces remplis de craie qui existent entre eux. Ce réseau m'en rappelle d'autres qui , quoique n'ayant aucune analogie avec celui que for- ment les caillots du silex pyromaque, peuvent trouver ici, en passant, une petite place : je veux parler de ces autres grands réseaux bien caractérisés, qui se forment, par retrait, à la surface des terres argileuses et très humides par les temps secs et chauds ; de ces réseaux dont la charpente en creux ou en fissures forme des sortes d'îlots de matière contractée, et dont de semblables creux ont servi de moule à ces réseaux en relief que l'on remarque à la surface in- férieure des dalles de grès bigarrés de Hessberg près de Hilburghausen ( Duché de Saxe ) , dans lesquels se trouvent, également en relief, des empreintes de pieds, d'inégales grandeurs, du Clieirotherium et d'autres animaux , et dont un grand et magnifique exemplaire de ces curieuses dalles fait partie des riches collections du Muséum d'histoire naturelle. (3) Presque toutes les matières organiques animales tendent, après la vie, au roussâtre et au turpin. — Corps organises dans la pâte des silex. 146 verdâtre, etc., et en même temps, conséquemment, cette odeur animale qui s'exhale par le frottement de deux morceaux de silex, l'un contre l'autre, odeur si comparable à celles qui émanent d'un morceau de corne chaufïé légèrement , ou du frottement de deux mains sèches, et qu'ordinairement on désigne , assez justement, par odeur de mort. On ne s'étonnera point de ce que les silex renferment quelquefois un peu de soufre et qu'ils sont dans le cas de projeter une lumière phos- phorescente. 3° Gomment par la calcination, qui n'a d'action que sur la matière organique colorée, la seule qui soit combustible dans le silex, on fait disparaître complètement et la couleur et l'odeur dont il vient d'être question. En cet état, de calcination et de décoloration , les silex corné et pyromaque deviennent d'un blanc argenté et comme amiantacé et n'offrent plus d'étincelles par le choc de l'acier; ils ne se composent plus que de la silice dégagée par le feu, de toute la matière organique colorante et des corps organisés qu'elle renfermait dans l'état naturel des silex. La preuve de ce changement du silex, par la combustion de la matière organique, se trouve dans les expériences curieuses de M. de Brébisson (3), sur la calcination de plusieurs espèces d'infusoires à enveloppes siliceuses, telles que le ISavicula viri- dis , les Melosira, les Diatoma, les Gomphonema et le Fragil- laria pectinalis , dont les couleurs très intenses, vertes et brun- marron, selon les espèces, du sarcode ou corps vivant, ainsi que l'odeur animale, disparaissent par la combustion de la ma- tière organique de ces petits êtres microscopiques , dont il ne reste plus qne les carapaces siliceuses, incolores, translucides, brun noirâtre , couleurs des momies; cela explique la couleur fauve et nuageuse plus ou moins rembrunie des silex corné et pyromaque, par la présence d'une certaine quantité de cette ma- tière , inégalement amoncelée par place. Si dans la triple matière dont se composent en grande partie les bancs, la matière organique est si minime, comparativement aux matières calcaires et siliceuses, c'est que la première est absorbée et sert de nourriture aux nombreuses générations existantes, et que, d'un autre côté, ce qui reste de cette matière est excessivement réductible. (1) Comptes rendus , séance du 14 novembre i836, page 577. VII. Zoor.. — Mars. 1© i46 tu h pin. — Corps organisés dans la pâte des sdex. d'une minceur extrême et inaltérées dans les élégantes stries transversales qui le plus souvent les caractérisent, (i) Ces blanchîmens par le feu ou par la combustion de la ma- tière organique colorée, soit des enveloppes siliceuses des in- fusoires, soit de la silice agglomérée en masse de silex, rappelle celui tout semblable, à l'aide duquel les anciens blanchissaient leurs tissus iïamiante ou d'asbeste. Ces tissus fabriqués avec des fils, en grande partie siliceux et incombustibles, n'aban- donnaient à l'action du feu que la matière étrangère, presque toujours organique, dont ces sortes de linges étaient salis. A ces preuves, j'ajouterai celle très analogue , fournie par les observations de M. Ehrenberg (2), sur ces agglomérats entière- ment composés de carapaces et autres enveloppes siliceuses , vides de leur sarcode ou de leur matière animale colorée, par la combustion lente du temps (3), ayant appartenu à diverses espèces d'infusoires; qui continuent toujours de vivre dans l'es- pace aqueux ; agglomérats siliceux qui , avant les intéressantes recherches microscopiques de ce savant et laborieux observa- teur, on classait comme minéral (4), parmi ou, au moins, tout près des Tripolis (Polierschiefer.) (1) C'est aiosi que, par ta calcinalion, l'on blanchirait et que l'on rendrait vitreuses et transparentes les masses tissulaires des végétaux, si richement colorées par la présence et la cou- leur propre delà globulineou fécule, si les vésicules du tissu cellulaire , toujours incolores et qui seules contiennent ces organes, étaient de nature siliceuse, incombustible, et si la globu- line , de toutes couleurs, était seule susceptible de brûler, de disparaître et de ne plus offrir qu'une très petite quantité de cendre blanche. (a) Lettre de M. Alex. Brongniart. (Annales des sciences naturelles, tome vr, page 56. — Extrait d'une lettre de M. le baron de Humboldt à M. Arago , sur le même sujet. ( Comptes rendus , séance du a a août i836 , page aoo.) (3) C'est à cette espèce de combustion lente du temps de la matière organique colorée, qu'il faut attribuer les altérations plus ou moins profondes qui blanchissent et rendent plus opaque , plus friable, la partie extérieure des silex pyromaques, plus ou moins exposés à l'action des- tructive des agens extérieurs. Il ne faut pas , toutefois, confondre ces altérations albines , par la disparition de la matière organique colorée en cette partie, avec cette espèce de croûte cal- caire qui provient d'un restant de la même matière dans laquelle le rognon de silex était en- tièrement enveloppé. (4) Dans ces sortes d'agglomérats , moins une très petite quantité de matière organique , tout est minéral, tout est inorganique , puisqu'il ne s'y trouve plus que de la silice très pure. Mais, ce qu'il faut bien observer, ce n'est point de la silice moléculaire simplement et con« fusément conglomérée dans l'espace, comme dans la formation des silex, ce sont des molécules TURPm. — Corps organisés dans la pâte des silex. 147 Ces trois résultats de combustion de la matière organique contenue, celui naturel et très lent des infusoires-tripolis de M. Ehrenberg, celui tout semblable, mais obtenu instantané- ment par l'action prompte du feu, des infusoires vivans et co- lorés de M. de Brébisson, et celui des silex corné et pyromaque, également calcinés, étant comparés, comme je viens de le faire, offrent une ressemblance frappante dans leur aspect. Ces corps en perdant leur couleur, sont devenus d'un blanc légèrement grisâtre, brillant et vitreux. Avant de terminer cette analyse microscopique, je désire faire connaître combien j'ai été frappé de l'extrême ressemblance que j'ai trouvée entre les composans microscopiques, concrètes et durcis des silex , et ceux, également microscopiques, dont se composent ces matières gélatineuses ou glaireuses, si géné- ralement répandues dans toutes les eaux , et que l'on a nom- mées, malheureusement une fois, de la Barégine (1). Sous le microscope, le silex aminci paraît absolument une couche éta- lée de barégine concrétée , durcie et celle-ci semble un silex dissout ou ramené à son état originel. Les composans de ces deux matières paraissent être les mê- mes, au point que l'on serait tenté de croire que l'une n'est que le prélude de l'autre. Dans toutes les deux, c'est toujours un fond ou une pâte formée de particules incolores, transluci- siliceuses d'abord absorbées par l'organisation d'un être vivant , puis sécrétées et arrangées sy- métriquement sous des formes extrêmement variées , soumises à des lois constantes , dépen- dantes de celles de l'organisation , et destinées, en cet état, à servir d'enveloppes protectrice» aux parties molles d'un grand nombre de petits êtres organisés. C'est ainsi que , dans d'autres cas , les molécules calcaires , également par voie d'absorption et de sécrétion , s'arrangent , se symétrisent, se moulent ou se déposent de manière à solidifier la coquille protectrice des mol- lusques pourvus de cette enveloppe. Un monceau de coquilles calcaires et fossiles , vu de loin , représente rigoureusement, sauf la nature différente des matières, ces autres monceaux composés de carapaces siliceuses, et qu'à la vue simple on avait pris pour des tripolis. (1) On ne pouvait faire avec plus d'esprit et plus de philosophie la critique de la dénomina- tion, trop étroite, de Barégine, attachée à un magma organique qui se forme partout où il y a dêtrition d'êtres organisés , qu'en faisant sentir que chaque lieu , aussi bien que Barèges , était en droit de donner son nom au même produit ; droit dont M. le baron Séguier a usé, en faveur de la ville de Ludion , en le baptisant du nom de Luckonine. ( Comptes rendu* , séance du i i novembre i836, page 606.) 10. 1.(8 turpin. — Corps organisés dans la pâte des silex. des, pâte plus ou moins salie ou colorée inégalement par le mé- lange : i° de matière organique, pulvérulente, roussâtre ou noi- râtre; 2° de débris de corps organisés des deux règnes; 3° de corps organisés de diverses espèces, entiers ou presque entiers; 4° de corps inorganisés-. A ces grands caractères de ressemblance, pouvant être décrits et figurés, si j'ajoute ceux d'aspects, qui résultent de l'ensemble de tous les détails insaisissables en particulier, dont l'esprit seul peut s'emparer, mais que ni la langue ni le crayonne peu- vent exprimer, je ne balance plus un instant à regarder la ba- régine, cet amas gélatineux et glaireux, ce fumier composé de débris de corps et de corps entiers , des trois règnes , comme étant la source générale et permanente , comme étant une sorte de grande trituration ou de première préparation des- tinée à perpétuer par séparation , les couches ou forma- tions de chaux carbonatée, les assises composées de rognons siliceux, toujours nichés, toujours empâtés, toujours occupant la partie inférieure de chaque couche calcaire (i), et les nom- breux corps organisés qui peuvent, en plus ou en moins grande quantité, se trouver également enveloppés ou incrustés dans l'épaisseur de ces deux matières, plus ou moins complètement séparées l'une de l'autre. Déjà en m'occupant des barégines blanches, grises et noires, leur aspect à l'œil nu, et leur composition microscopique atta- chait ma pensée sur l'aspect et la composition des diverses va- riétés de marbre Sainte-Anne qui , comme on le sait , offrent toutes les nuances depuis le blanc, par les gris, jusqu'au noir le plus foncé, mais dans lesquels on voit cependant qu'elles ne diffèrent entre elles que par des proportions différentes de ma- tière de ces trois couleurs. Dès cette époque, comme malgré moi, les différentes combinaisons ou amalgames de barégine que j'avais sous les yeux me présentaient un marbre Sainte- (i) La disposition des rognons siliceux empâtés dans la partie inférieure de chaque époque géognostique ou de chaque banc de chaux carbonatée, a toujours présenté à ma mémoire celle des cuisses d'oie plongées et descendues en lits au fond de la graisse , liquide d'abord , puis en- suite figée autour d'elles, et dans laquelle on désire les conserver. tlrpin. — Corps organisés dans la pâte des silex. *[#y Anne, liquide ou rendu à son état primitif. Dans les deux cas, celui de la barégine liquide, et celui du marbre concrète, je voyais un mélange ou un brouillé imparfait (r), composé de flocons blancs, de flocons gris et de flocons noirs parmi les- quels, de part et d'autre, se trouvaient intercalés des corps or- ganisés variables en espèce et en quantité, plus ou moins amon- celés par place. A l'époque où je m'occupais du travail que je publie aujour- d'hui, mon intention était tout simplement de constater l'exis- tence des corps organisés incrustés dans les deux échantillons du silex envoyés de Berlin. J'ignorais alors que les études que je venais de faire des œufs de la Cristatelle vagabonde se lie- raient et expliqueraient naturellement celles de la plupart des corps inclus dans les silex. J'étais loin de penser que le micros- cope me révélerait la grande analogie qui existe entre les com- posans physiques des matières baréginiques et ceux des silex. J'ai donc été entraîné, comme cela arrive souvent, à écrire plus que je n'en avais l'intention. En sortant du cercle habituel de mes recherches pour me porter dans celui de la Géologie, de la Minéralogie et de la Zoo- logie, j'aurais éprouvé une sorte de peine si je n'avais été per- suadé que dans ces diverses sciences, si avancées et si savam- ment cultivées, j'apportais quelques observations purement mi- croscopiques et quelques idées nées de ce genre d'investigation qui ne fait, pour ainsi dire, que d'arriver dans l'étude plus ap- profondie des corps. La présence de la matière organique pulvérulente, colorée, et les corps organisés plus ou moins entiers, plus ou moins nom- breux en individus ou en espèces, qui se trouvent, parfois, en- sevelis et amoncelés dans la pâte durcie et incolore des silex (l) Brouillé imparfait, comparable, sous certains rapports, à celui des diverses couleurs, en quelque sorte ennemies , que l'on pose sur l'eau , et à l'aide desquelles , après les avoir plus ou moins tourmentées, on obtient , par application, ces papiers marbrés si variés dont les re- lieurs se servent pour couvrir la face intérieure de la couverture des livres. Pour arriver à ce genre d'imitation , on ne pouvait guère trouver un moyen qui fût plus près de celui qui a lieu dans la nature, et qui détermine tous les mélanges imparfaits de couleurs , le jeu et la disposi- tion presque accidentelle des veine* des différons marVres. 1 5o turpin. — Corps organisés dans la pâte des silex. serait une preuve nouvelle et sans réplique de la liquidité gélatineuse , gluante et coulante de la matière siliceuse au moment de son départ ou de sa séparation des matières barégi niques si, déjà M. Alex. Brongniart ne l'avait pas claire- ment démontrée par un assez grand nombre de faits bien ob- servés, soit par lui , soit par divers auteurs , faits au nombre desquels je citerai le suivant comme étant le plus remarquable et le plus concluant de tous ceux qui étaient connus. J'ai rapporté ailleurs (1), dit M. Alex. Brongniart, un fait qui montre la silice sous une forme absolument semblable à une couche de gélatine étendue sur une pierre et desséchée : c'est une masse de calcaire siliceux, couverte de concrétions siliceu- ses et mamelonnées. On voit comme une membrane gélatineuse tendue sur les sommités de ces mamelons, ayant tout-à-fait l'as- pect d'une matière glaireuse, qui, en se desséchant, se serait retirée d'autant plus facilement qu'aucune adhérence ne s'y opposait , en sorte que cette membrane est constamment beau- coup plus étroite dans les espaces où elle est libre qu'à ses points d'adhérence. Or, cette membrane, qu'on prendrait réelle- ment pour de la colle séchée, est de nature siliceuse et calcé- donieuse; elle a donc conservé, aussi bien qu'une pierre aussi dure que la calcédoine puisse le faire, les caractères de l'état gélatineux dans lequel je présume que devait être la silice- (2) Je termine enfin par dire que : i 9 sans le moindre doute, les rognons ou nodules de silex, tels qu'on les trouve empâtés dans le calcaire , sont de véritables caillots, de véritables conglomé- rations, qui doivent tout simplement leur existence au rappro- chement successif et à froid de molécules siliceuses attirées vers un centre commun, centre, ou point d'appui des premières molécules, qui peut être déterminé par la présence d'un corps étranger non siliceux, que le hasard a placé là. a Que la coloration nuageuse des silex est due à la présence (1) Dictionnaire des Sciences naturelles, tome xlix, page 182. (a) Ce précieux échantillon, que j'ai eu pendant quelque temps entre les mains, et que, par conséquent , j'ai pu étudier avec tout l'intérêt qu'offre ce fait décisif, a été très bien figuré en couleur, par M. Prêtre sous la direction de M. Alex. Brongniart , dans le tome 1 de l'Atlas du Dictionnaire des Sciences naturelles, pi. m , fig. 2 (Minéralogie). turpin. — Corps organisés dans la pâte des silex. i5i plus ou moins grande de la matière organique pulvérulente et roussâtre, en même temps qu'à des débris de corps organisés méconnaissables quant à l'espèce; mais on serait dans l'erreur si l'on croyait qu'il suffit de prendre le premier silex venu pour y trouver des corps organisés aussi nombreux et aussi entiers que ceux entassés dans les échantillons envoyés de Berlin. 11 en est des masses siliceuses des rognons comme des autres parties de la croûte du globe. On peut bien dire à coup sûr: là où je plante ma canne est le milieu de la terre, mais on ne peut pas dire avec la même assurance : là où je touche sont des fossiles. Analyse microscopique du Silex de Courseulles (Calvados,) Depuis la rédaction de ce travail, M. Georges Oberhaeuser (i), qui a eu l'obligeance de me faire plusieurs lames de silex pyro- maque de France, m'écrivait vendredi dernier : « J'ai l'honneur de vous avertir que je viens de découvrir dans le silex que vous m'avez donné il y a quelque temps, plusieurs individus dont un parfaitement conservé , est tout-à-fait semblable à l'un de ceux que j'ai vus dans votre dessin. » Dans l'épaisseur de la pâte siliceuse de ces lames se trouvent en effet plusieurs individus de la plus belle conservation, de la plus grande netteté dans leurs contours, et qui sont presque tous étrangers à ceux que je viens d'étudier dans le Silex pyro- maque de Delitzsch. Le premier (2), qui offre quelque analogie avec l'espèce figu- rée en a, dans le pyromaque de Delitzsch, présente une coque arrondie manquant de son opercule, jaunâtre et armée, dans son pourtour, de seize rayons plus long, de presque moitié, que le diamètre de la coque, de même couleur, tubuleux, évasés en entonnoir, dont le bord se termine ordinairement par cinq cro- chets recourbés en hameçon. . (1) C'est à l'aide de l'excellent et très commode microscope réduit de MM. T recourt et- Georges Oberhaeuser que, depuis huit années, je fais mes observations microscopiques les plus fortes et les plus délicates. Ce microscope vient de recevoir, dans sa partie mécanique, de très notables changemens qui onl été présentés dernièrement à l'Académie. (a) PI. 6, %. 4 a. i5a turpin. — Corps organisés clans la pâte des silex. Le second (i) offre une coque sphérique ou discoïde, à-peu- près du même diamètre que la précédente; elle est jaunâtre, semi-transparente , obscurément réticulée ou nervulée , et pa- raît aussi, comme la première, dépourvue de son opercule, ce qui suppose que ces œufs étaient éclos et réduits à la coque au moment où ils se sont trouvés pris et scellés dans la pâte liquide du silex pendant le travail de la conglomération. Au pourtour de cette coque rayonnent à-peu-près vingt-six épines de la lon- gueur d'un demi-diamètre dé la coque, les unes simples, les au- tres plus épaisses, comme fasciculées ou formées, par soudure, de trois ou quatre des premières. Toutes se subdivisent fine- ment au sommet en plusieurs soies divergentes, non recourbées en hameçon. La grandeur de cet œuf, dont l'aspect rappelle un peu celui de l'enveloppe hérissée de la châtaigne, est, le dia- mètre de la coque, d'un vingt-cinquième de millimètre, et le diamètre total, compris les rayons spinescens, d'un quatorzièm de millimètre. Le troisième (2) n'offre environ que la moitié d'un œuf dont le test assez rembruni est garni dans son pourtour de huit épi- nes fortes , courtes , terminées par deux crochets recourbés et au centre desquels la tige semble se prolonger en un petit ma- melon. Le quatrième (3) est une coquille roulée en volute spiruloïde, d'un brun opaque, composée de dix à onze tours de spire, ou d'articles globuleux diminuant de diamètre de la base au som- met de la coquille et paraissant se disjoindre facilement après la vie de l'animal qui remplissait ou qui contenait cette singu- lière coquille microscopique. A côté de l'individu enroulé on en voit un autre (4) dont toutes les spires ou articles sont dé- collées les unes des autres et dont la plus grosse est cassée en deux endroits. Au-dessus se trouve un autre individu duquel il ne reste que trois articles et dont le plus petit est cassé. Au haut (1) PL 6, fig. 4*. (a) PL 6 , fig. 4 c. (3) PL 6, fig.4* (4) PL 6, fig. 4 d\ turpin. — Corps organisés dans la pâte des silex. 1 53 de la lame on en aperçoit un autre (i) qui est enroulé, mais dont les articles paraissent réduits à des amas de pulviscule. Enfin un assez grand nombre de corps sphériques de grosseurs différentes , répandus sans ordre semblent des spires isolées de la même coquille. Le cinquième (a) est un corps qui m'est inconnu , dont la forme est celle d'un disque composé de trois cercles distans les uns des autres et dont les distances sont remplies par un grand nombre de rayons fins et nombreux. Le cercle extérieur est sinueux et frangé. Est-ce la coquille intérieure de quelques très petits mollusques? J'ai déjà remarqué et figuré un corps tout semblable qui se rencontre parmi les carapaces siliceuses dont se forment par agglomération la farine de montagnes, farine de pierre ou le tripoli de Franzensbad et qui me paraît être évi- demment une coquille interne, en ce qu'elle n'offre à l'extérieur aucune espèce d'ouverture. Le sixième (3) présente un corps ovalaire légèrement granu- leux et du pourtour duquel rayonnent un nombre considérable de cils longs et fins. Ce corps pourrait bien être un individu de l'espèce nommée Tricode soleil [Trichoda sol.) Les deux corps que je viens de décrire sont d'une si grande transparence qu'on ne peut les apercevoir que sous certains jours du microscope. Le septième (4) est un amas de pulviscule organique disposée de manière à laisser soupçonner que c'est en quelque sorte la momie d'une vibrion anguilliforme. On voit en outre un fragment symétrique de cristal, d'autres fragmens irréguliers de quartz. On y trouve toujours , comme dans ceux déjà décrits, une grande quantité de matière organi- que pulvérulente, colorée en brun ou en jaunâtre, diversement amoncelée , souvent sous cette forme de traînées ou de voies lactées dont j'ai parlé en m 'occupant des autres silex, et servant, (i) PI. 6, fig. 4 Catille j Inocérame , Tliévidèe , Pro- ducle, Lingule, Patelloîde , Syphonaire, etc. Parmi les genres qui ont reçu des augmentations considérables en espèces, nous citerons les genres Crassatclle, Erycine, Pandore, Tclline, Lucine, Donace, Crassine, Cyrène, Bucarde , îgi Publications nouvelles. Cardite , Isocarde , Arche ,Trigonie , Mulettc, Modiole, Avicule, Lime, Peigne, Spondyle, Griphcc, Huîtres, Térébratule , Hyale, Doris, Oscabrion, Patelle , Eraarginule, Fissurelle, Cabochon, Calyptrée, Crépidulle, Bulle, Aplysie, Do- labelle , Limace ; etc. Le nombre des espèces décrites a été doublé dans une grande partie des genres cités ci-dessus; et nous pensons que lorsque M. Des - hayes aura terminé les deux volumes, dans ce moment sous presse, il aura rendu un grand service aux Conchyologistes. Le tome cinquième, qui sera consacré à l'histoire des Atachnides, des Crus- tacés et des Annèlides, et qui sera annoté par M. Edwards, est actuellement sous presse et paraîtra vers le mois d'octobre prochain. Histoire naturelle des crustacés; comprenant l'anatomie, la physiologie et la classification de ces animaux, par M. Milne Edwards. (1) Le second volume de cet ouvrage vient de paraître, et contient la description de toutes les espèces connues de Crustacés appartenant aux deux dernières fa- milles de la section des Décapodes Brachyures, aux sections des Décapodes Anomoures, et des Décapodes Macroures, enfin à l'ordre des Stomapodes. Dans un troisième volume , l'auteur se propose de traiter des autres ordres et de don- ner un supplément contenant la description des espèces découvertes depuis l'im- pression des dernières parties de cet ouvrage. Magazine etc., Magasin de Zoologie et de Botanique, publié par sir W. Jardine, P. J. Selby et le D r Johnston, in-8° avec planches. Ce nouveau recueil périodique publié à Londres, paraît tous les deux mois , et contient des mémoires originaux aussi bien que des analyses détaillées d'ou- vrages de zoologie et de botanique. Les principaux articles zoologiques contenus dans les trois premiers cahiers (juin, août et octobre) sont: i° un mémoire de M. Baird sur les Entomostracés de l'Angleterre ; 2° des observations sur les poissons du Forth par M. Parnell ; 3° un essai sur l'histoire des zoophytes de la Grande-Bretagne, par M. G. Johnston; 4° des recherches de M. Maigillcvray sur les organes digestifs des oiseaux ; 5° la description de deux espèces nouvelles de reptiles d'Afrique, par M. Smith; 6° un mémoire sur les diptères indigènes de la Grande-Bretagne, par M. Duncan; 7° un mémoire de M. Swainson sur les coucous ; 8° des descriptions de coléoptères nouveaux par M. Westwood. (1) 3 vol. in-8 avec planches. Paris, chez Roret, libraire, rue Hautefeuille, n. 10 bis. doyere. — Instrnmens perforant chez les insectes. io,3 Observations sur les instrumens perforons chez les insectes; Par M. Doyere. Lues à la Société Philomatique, le 4 mars 1837. Réaumur, dans le cours de ses admirables mémoires sur l'or- ganisation et les mœurs des Insectes, s'est à plusieurs reprises occupé du mécanisme de ces sortes d'organes. Il a choisi un certain nombre de cas, parmi ceux qui lui semblaient le plus dignes d'attention ; il les a étudiés isolément et s'est plu à faire voir tout ce que l'organisation et le jeu de leurs diverses parties offrent de fini et de merveilleuse délicatesse; et les explications qu'il en a données ont paru à tous ceux qui sont venus depuis tellement complètes et tellement satisfaisantes, que nous ne connaissons pas un seul travail postérieur où l'on ne se soit contenté de renvoyer purement et simplement à ces solutions placées désormais dans l'opinion en dehors de toute contro- verse. Aussi ne me fût-il jamais venu à l'esprit de reprendre ce sujet de recherches après un tel maître, si une circonstance ne m'avait conduit à étudier intimement l'une des questions qu'avait traitées Réaumur , et à en discuter une à une et sur la nature les diverses circonstances. C'a été pour moi le sujet d'un travail beaucoup plus étendu que je n'eusse pu le prévoir d'abord et dont je me propose de donner les résultats dans quelques notes de la nature de celle-ci. Je ne m'étais proposé d'abord que d'éclaircir certains points qui me paraissaient douteux. J'ai été ramené par suite à réunir dans une solution plus générale divers cas que l'on regardait dans la science comme tout -à-fait isolés. Je vais prendre aujourd'hui un fait seulement, l'étudier à fond, essayer de fa : re voir que la question ne peut pas être considérée comme complètement résolue; puis je proposerai une solution autre que celle universellement admise. Ensuite j'essaierai de faire voir que cette théorie que je vais proposer est beaucoup plus générale, et qu'il existe entre tous les instrumens VII. Zooi.— Avril. »3 iq4 doyère. — Instrument perforons chez les insectes. térébrans et perforans, tels que les tarières de certaines femelles les aiguillons de quelques Hyménoptères, et le bec des Hémip- tères, des rapports , quant au mécanisme, jusqu'ici demeurés inaperçus. premier fait. — Tarière des Cigales. Réaumur a vu que cet instrument se compose de trois pièces, l'une médiane (A, fig. i, 3 , 6 , 8 , 9) et dont la figure est à-peu- près celle d'un prisme à quatre faces, se termine à son extrémité par une portion élargie en fer de lance et d'une substance beaucoup plus dure et plus polie. Cette tige médiane est dési- gnée par lui sous le nom de pièce d'assemblage, parce qu'elle sert à assembler les deux autres au moyen de certaines arêtes saillantes qui entrent dans des rainures correspondantes de celle-ci, par une disposition analogue à ce qu'on a désigné dans les arts mécaniques sous le nom de queue d'aronde. Un des résultats de cet arrangement, c'est que les deux pièces laté- rales (B) peuvent glisser le long de la tige médiane, dans le sens de sa longueur, mais s'en pouvoir s'en écarter jamais. Ces deux tiges latérales se terminent comme la médiane en une tête ai- guë ; mais de plus striée et dentelée sur ses bords. C'est cette dernière particularité , et l'usage que plus tard Réaumur leur assigne , qui les fait désigner sous le nom de limes. Elles sont fixées chacune par sa base à une sorte de levier mis en mou- vement par certains muscles. Réaumur a observé de plus que si Ion coupe la tarière, et qu'on la saisisse avec des pinces, ainsi séparée de ses pièces basilaires, les limes jouent avec la plus grande facilité , exécutent sans résistance des mouvemens longitudinaux de va et vient qui les font saillir ensemble ou iso- lément au-delà de la pièce d'assemblage , et j'ajouterai que si , comme je me trouve conduit à le dire , Réaumur a été induit en erreur, c'est peut-être à cette simple expérience qu'il faut s'en prendre. Là s'arrête l'observation; voici la théorie que Réaumur a proposée, et que l'on trouve reproduite dans tous les ouvrages où il est question du sujet qui nous occupe. Chacune des piè- doyère. — Instrument perforans chez les insectes. ig5 ces latérales ou limes mises en mouvement par l'intermédiaire du levier basilaire agirait comme une sorte de lime à bois, et ce ne serait que par une suite de coups réitérés de cette lime que la Cigale arriverait à creuser, en mordant et usant le bois, la cavité où elle veut déposer ses œufs. La pièce médiane ou d'assemblage n'aurait donc d'autre usage que d'assurer les mou- vemens des deux autres en les empêchant de subir aucun écar- tement dans le jeu qu'elles exécutent. Cette explication offre une apparence de simplicité et de vérité bien propre à séduire l'esprit de quiconque n'est pas conduit à vouloir en étudier séparément jusqu'aux moindres circonstances; mais dans ce dernier cas, il est difficile de ne pas concevoir quelques doutes. Les limes ne sont dentelées que sur un de leurs bords, et ces dentelures elles-mêmes ne sont que des tubercules émoussés, de sorte que leur ensemble ne consti- tue pas en réalité une lime, ni une râpe, ni même une scie. Mais j'ai été frappé bien davantage par une considération mé- canique qui me mit de suite sur la voie de reprendre la question, non-seulement dans l'insecte dont il s'agit, mais dans tous ceux qui présentent des particularités d'organisation analogues : c'est que, dans la théorie que propose Réaumur, l'instrument manque de point d'appui, et que le maximum d'action que puissent pro- duire les leviers et les muscles intérieurs destinés à les mettre en mouvement, a pour limite supérieure le poids total du corps de l'insecte. Ce point d'appui, en effet, n'est pas dans la pièce médiane ; elle ne peut être qu'un instrument de direction , et Réaumur ne lui assigne pas d'autre usage. Si donc la Cigale place sa tarière dans une position verticale , le poids de son corps sera partagé entre cet instrument et les membres ; et la part du premier sera la plus grande possible lorsque la Cigale se supportera sur les pattes de devant seulement; mais alors même l'action ne dépassera jamais guère la moitié du poids to- tal ; encore la Cigale est-elle un insecte assez lourd; et l'on pourrait en déduire une sorte de confirmation pour la théorie t proposée. Mais que sera le demi-poids d'une Tenthrède, d'une Fourmi , d'une Punaise ou d'une Puce, quand il s'agira d'expli- quer la perforation instantanée, par des instrumens si fins qu'on i3. ii,6 doyèrk. — > Inslrumens perforant chez les insectes. veuille bien les supposer, d'épidémies animaux et végétaux d'une épaisseur souvent considérable? Cle fut cette considération qui me conduisit à reprendre la question en la soumettant à des recherches directes, et je n'ai point eu à les regretter ; car un des premiers faits dont j'aie été frappé, et je ne puis, je l'avoue, m'expliquer encore comment il a échappé à un observateur aussi profondément habile que le fut notre illustre compatriote, c'est que les tiges latérales^ ou limes, lorsqu'elles sont en place, se trouvent dans l'impossibi- lité absolue d'exécuter aucun de ces mouvemens de va et vient, si faciles lorsqu'on les a détachées de leurs pièces basilaires: car, tandis que d'une part elles sont assujéties par la tige mé- diane à se -mouvoir suivant une droite, elles sont en même temps intimement soudées par un de leurs bords au pénultième anneau de l'abdomen (fig. 2, a), et, par conséquent, elles se trouvent réduites à quelques mouvemens de rotation résultant de la flexion qui peut être produite dans le bord soudé, par l'ac- tion de certains muscles dont il va être questiondans un instant. L'antépénultième anneau ( fig. 7, X ) est tout-à-fait oblitéré à sa partie inférieure ; il n'a d'autre emploi dans l'appareil téré- brant que de fournir un point d'attache à deux des muscles qui en font partie (L). Le pénultième est au contraire fort déve- loppé, et renferme tout ce qui constitue essentiellement l'appa- reil. A sa partie antéro-inférieure sont soudées, de chaque côté, deux lames minces (fig. 2B') qui se replient en arrière en même temps qu'elles se creusent en gouttière et constituent les deux tiges latérales ou les limes de Réaumur. Chacune de ces lames, que pour le moment je me propose de désigner sous le nom degrapins (B),par son bord opposé au bord fixe ( en/*), donne at- tache, au moyen d'un ligament fibreux, à une pièce de forme à-peu-près triangulaire (R, fig. 7),s'appuyant d'ailleurs au point 6 sur l'anneau de la tarière, et tirée en c par le muscle L (fig. 7) qui va prendre son point d'appui dans l'anneau X. C'est là un levier coudé, tel que celui que l'on applique aux sonnettes; son point d'appui est en b, la puissance en c, la résistance en f. Nul doute que ce ne soit là le levier que Réaumur charge du soin de faire aller et venir les limes; mais nous avons <.\è'}k fait doter e. — Instrument perforons chez les insectes. 197 voir qu'il n'en peut être ainsi ; et d'ailleurs le peu d'importance du muscle L eût suffi à nous l'apprendre; nous le croyons donc destiné seulement à faire tourner la lime autour de son point fixe (a , fig. 2), de manière à ce que la tarière sorte du four- reau où elle est enfermée , et que nous décrirons plus bas. Je crois devoir dès ici prévenir une objection qui m'eût certaine- ment arrêté si mes recherches ne m'eussent mis à même de la résoudre de suite. C'est là, pourrait-on dire, un appareil bien compliqué pour un aussi mince emploi ; mais le levier triangu- laire K sert en outre à protéger une portion importante des ap- pareils générateurs, qui peuvent cheminer librement au-dessous et se rendre à leur orifice naturel comme je le fais voir dans un autre mémoire. Le muscle L qui produit ce mouvement de rota- tion a son antagoniste, consistant dans une couche musculaire située en dedans du levier traingulaire, et prenant son point d'appui sur le pénultième anneau. Il me reste à décrire la portion la plus importante de l'appareil. CC', fig. i,est un fort levier porté au point E sur une lame apo- physaire(E, fig. *) qui n'est autre chose qu'un repli interne du pénultième anneau. Gette lame, très épaisse par elle-même, est en outre fortement soutenue par deux arcs-boutans ou pattes quelle envoie contre les parois internes de l'anneau. Sun arête supérieure est droite et tranchante , et le levier ce' s'y articule par une rainure linéaire. Un de ses bras C, que je désigne dès maintenant comme bras de la puissance , est double dé l'autre C en longueur , et donne attache à une énorme masse musculaire H fixée par son autre extrémité à la paroi interne de l'anneau; l'autre bras, celui de la résistance, C donne immé- diatement naissance à cette même pièce médiane A, que Réau- mur appelle pièce d'assemblage , et que désormais je n'appelle- rai plus que le poinçon. Il n'y est point fixé par une articula- tion; il y a continuité, ou au moins suture intime, et cette pièce est au levier ce que la lame latérale ou la lime de Réau- mur est au pénultième anneau Y lui-même. Comme il y a un levier de chaque coté de la ligne médiane, il y a aussi deux tiges, mais elles se soudent promptement , et forment cette pièce mé- diane unique ou poinçon avec laquelle s'assemblent les deux 198 dotère. — Instrumens perforans chez les insectes. tiges latérales , comme Ta vu Réaumur. Ces trois pièces , dans leur ajustement, constituent un canal médian (fig. 6, a) que je ferai voir ailleurs être la terminaison de l'oviducte. En outre, chacune des tiges est elle-même percée , dans toute sa lon- gueur, d'un canal dans lequel j'ai suivi d'abondantes trachées \ et dans la pièce médiane ce dernier canal est double. En outre, ce même bras de levier de la résistance C donne attache en d (fig. t) au muscle G, l'antagoniste de H. Du reste, tout ce système est doué de la plus grande mobilité. Il ne me reste plus qu'une pièce à décrire, c'est la pièce ter- minale du levier, D. Réaumur l'avait vue, ainsi que le levier lui-même; mais il ne les regarde l'une et l'autre également que comme des accessoires très secondaires, tandis que ces deux pièces doivent être tout-à-fait séparées sous le rapport de leur importance. Cette pièce terminale , D, est évidée en cuiller , et sert à renfermer l'extrémité de la tarière dans le repos; elle lui forme un fourreau complètement fermé en s'appliquant contre la pièce semblable du côté opposé. Un petit muscle I, fixé à son bord inférieur externe , parait avoir pour but de lui faire exécuter sur elle-même un mouvement de rotation qui amène la déhiscence facile du fourreau. Maintenant il ne me faudra que quelques mots pour exposer comment je comprends le mécanisme de ces pièces. Je crois que le rôle assigné aux diverses tiges par Réaumur est précisément l'inverse de ce qui existe dans la nature; que l'instrument téré- brant est réellement la tige médiane ou poinçon A ; que les points d'appui lui sont fournis par les tiges latérales qui agis- sent comme des grapins, et que tout se passe de la manière sui- vante : la tarière une fois hors du fourreau par l'effet du muscle I, la Cigale introduit la pointe aiguë et dentelée des tiges la- térales dans une ouverture, si petite qu'elle soit ; il suffit même d'un simple coup donné à reculons par l'abdomen pour que cette introduction ait lieu dans l'épiderme de la branche que l'animal veut perforer. Cette première introduction faite, le muscle abducteur du poinçon chasse la tige médiane comme un coin entre les deux latérales : son premier effet est d'écarter ces dernières, ce qui n'exige encore qu'un effort presque nul ; dotère. — Instrumens perf'orans chez les insectes. 199 et à mesure que leurs dentelures se fixent à droite et à gauche dans les fibres du bois en agrandissant l'ouverture, l'instrument trouve dans ces grapins précisément le point d'appui qui lui man- quait dans la théorie proposée par Réaumur. Cette première introduction terminée , l'animal , par l'action du muscle G, re- tire le poinçon ; les deux têtes des grapins, écartées par l'action du poinçon , se rapprochent , et peuvent être introduites plus profondément dans le trou déjà fait; un second coup de poinçon y succède, et ainsi xle suite. Les premiers coups doivent être faibles et ne servir que comme d'essai; mais à mesure que la tarière pénètre davantage , plus de dentelures s'engagent, et les muscles peuvent bientôt déployer toutes leurs forces en faisant pénétrer profondément le poinçon médian qui constitue le seul instrument essentiellement perforant. Ce procédé est beaucoup plus expéditif que celui qu'avait in- diqué Réaurnur. Il ne faut pas se dissimuler qu'il exige une éner- gie dans l'appareil beaucoup plus grande; car, dans cette hy- pothèse , la pièce médiane agit à la manière d'un coin. S'il s'a- gissait de rendre compte de la perforation d'un bois offrant quelque résistance, je serais le premier à déclarer ce mode d'ac- tion tout-à-fait inadmissible; mais Réaumur a pris soin de nous apprendre que les Cigales ne s'attaquent jamais qu'à de petites branches de bois mort remplies de moelle, ce qui me semble lever toute difficulté que n'auraient pas fait disparaître l'aspect de la puissance musculaire dont l'animal dispose dans ce but, la facilité extrême avec laquelle les pièces jouent les unes sur lès autres, et ce fait d'un bras de levier double pour la puissance ; fait si rare dans les mécanismes animaux. Ce premier fait expliqué, je remets à une autre note de la na- ture de celle-ci, le soin de donner à cette théorie toute l'exten- sion que je «rois lui appartenir. ( Voyez l'explication des figures, page 306. ) aoo doyère. — Génération chez la Cigale femelle. Observations anatomiques sur les organes de la génération chez la Cigale femelle. Par M. Doyère. (Présentées à la Société Philoraatique, le 20 mars 1837.) Les auteurs qui se sont occupés spécialement de l'anatomie des insectes sont partagés relativement à la manière dont s'o- père la fécondation chez ces Articulés. Swammerdam pense qu'elle a lieu immédiatement et directement dans les ovai- res, et M. Léon Dufour, qui appuie cette opinion de toute l'au- torité que lui donnent les travaux anatomiques si nombreux et si profonds dont la science lui est redevable, oppose à l'opinion contraire certains faits dont ses dissections lui ont révélé l'existence, et qui paraissent constituer sinon des impos- sibilités du moins des difficultés graves. Ce fut Malpighi qui, le premier, émit l'idée d'une fécondation s'opérant autrement que par l'introduction directe du principe fécondant dans les ovaires. Chez le Ver à soie, étudié par l'illus- tre auteur, on voit à côté de l'oviductus une poche qui va s'ou- vrir au dehors par un orifice particulier, et communique par un canal étroit avec l'oviductus lui-même. Malpighi avança que l'organe mâle ne pénétrait point dans ce dernier conduit, mais seulement dans la poche supplémentaire qu'il désigna sous le nom de réservoir de la semence ; que ce dernier sac con- serve le principe fécondant tout le temps que dure la ponte, et que la fécondation ne s'opère qu'au moment où les œufs pas- sent devant le canal qui établit la communication entre le ré- servoir et l'oviducte. Spallanzani fit voir que les œufs pris dans les ovaires avant que ce passage se fût effectué étaient stériles. Mais c'est M. Audouin qui a eu le premier la pensée que ce cas, regardé comme une exception, constituait au contraire la règle générale , et donnait l'explication de plusieurs des plus doyère. — Génération chez la Cigale femelle. aoi remarquables singularités que présente cette fonction chez les insectes. En admettant en effet, comme il l'a avancé , qu'il y a dans chaque femelle un réservoir où est déposé le principe fé- condant qu'élaborent les organes mâles, et où ce principe peut se maintenir dans un état parfait de conservation, comme cela a lieu dans les vésicules séminales du mâle lui-même , on ex- plique comment un seul accouplement suffit, ainsi qu'on l'a observé chez une foule de femelles d'insectes, soit que, comme chez les Papillons , l'ovaire ne consiste qu'en de longs canaux au nombre de deux ou de quatre, et où se voient à la file plu- sieurs centaines d'œufs à-peu-près également formés , et prêts à être pondus dans un intervalle de temps très'court; soit que, comme cela a lieu dans l'abeille, on observe plusieurs pontes par- tielles successives, séparées par de longs intervalles, et dont les œufs, bien que ne se développant qu'au fur et à mesure qu'une place leur est faite dans les ovaires, sont néanmoins féconds en- core une année après que tous les mâles ont été compris dans une extermination générale Or, si dans le premier de ces deux cas il n'est que difficile de concevoir que la liqueur puisse pénétrer dans toute la longueur des ovaires en passant successivement entre chacun des œufs au nombre de plusieurs centaines, et les parois du tube qui les enveloppe et les serre fortement, il est tout-à-fait impossible d'admettre, comme on y serait con- duit dans le second cas, que des milliers d'œufs puissent être fécondés alors qu'ils n'existent pas encore , ou qu'ils n'existent qu'à l'état de globules imperceptibles et qu'aucun perfection- nement du microscope ne peut nous faire apercevoir. M. Audouin ne s'en est pas tenu à ces considérations en de- hors de l'aiiatomie; il a pris la nature sur le fait; à l'aide des observations les plus délicates, il a établi que l'organe mâle pé- nètre dans le réservoir de la semence dont il a changé le nom en celui de poche copulatrice ; et il y a trouvé les animalcules spermatiques qu'il avait observés dans les vésicules du mâle, et cela dans des espèces où rien dans la conformation des orga- nes n'eût indiqué une dérogation aux règles les plus ordinaires. Aussi M. Strauss, dans son anatomiedu Hanneton, a-t-il depuis admis cette opinion; cet auteur pense de plus, qu'outre ses 202 DOYÈRE. — Génération chez la Cigale femelle. fonctions comme réservoir, la poche copulatrice sécrète un li- quide destiné à étendre le principe fécondant et à le rendre plus fluide. Cependant M. Léon Dufour ne paraît pas être revenu sur ses opinions; et ce qui donne peut-être quelque importance à l'ob- servation qui fait le sujet de cette note, c'est quele genre Cigale estun de ceux dontil a décrit les organesgénitaux. J'ajouterai que les observations de l'illustre anatomiste, et les figures qu'il en a données, sont de celles qui pourraient faire naître du doute sur le sujet qui nous occupe. Aussi ne me proposé-je pas seulement ici de faire concorder les faits aperçus par M. Dufour avec les opinions de M. Audouîn, mais de faire connaître des faits nou- veaux sans lesquels cette mise en accord serait impossible. Description des organes. M. Léon Dufour (Recherches anatomiques sur les Hémip- tères} décrit les deux ovaires de la Cigale, composés chacun de soixante à quatre-vingts tubes ovifères qui débouchent d'a- bord dans l'oviducte particulier de chaque ovaire ; puis ces deux oviductes se réunissant bientôt en un seul oviducte com- mun. Au point d'union de ces deux canaux, deux tubes, pro- bablement sécréteurs d'un mucus , viennent s'aboucher dans l'oviducte commun; leur produit est destiné sans doute à lu- bréfier le conduit et à y rendre possible et facile le passage des œufs. M. Léon Dufour a en outre signalé sur ce trajet de l'ovi- ducte une poche, et, un peu plus loin, un troisième tube dont il n'indique pas le point d'insertion d'une manière précise; mais il s'est assuré que cette insertion a lieu. L'ensemble de ce réservoir et des trois tubes constitue ce qu'il appelle glande sèbifiquede l'oviducte. Là se termine le travail de M. Léon Du- four; il n'indique point où se rend l'oviducte, ni par où se font l'accouplement et la sortie des œufs ; sa figure est également muette à cet égard; on y voit seulement que l'oviducte, le troi- sième tube et l'intestin se rendent dans le dernier anneau abdominal. doyère. — Génération chez la Cigale femelle. ao3 Voici maintenant ce que je puis ajouter à ces observations : L'oviducte commun, ainsi que chacun des deux oviductes particuliers auxquels il fait suite , est formé de trois couches superposées; il est très ferme et il constitue un canal cylin- drique où les œufs ne peuvent passer qu'en se comprimant et s'allongeant beaucoup (i); mais leur forme en navette, et la mollesse de leurs tégumens suffisent à expliquer cette particula- rité. Cet oviducte est assez court; dans son milieu, il offre un nœud renflé; et j'ai observé que ce renflement appartient presque uniquement à la tunique moyenne. Je suis assez tenté de croire, d'après l'inspection de cette tunique, qu'elle est eu grande partie composée de cryptes muqueux destinés à faciliter par quelque sécrétion le passage des produits de la génération à travers les tubes qu'ils doivent traverser. Ce premier oviducte va se terminer entièrement en un ma- melon pointu dans la paroi d'une cavité qui a entièrement échappé aux recherches de M. Dufour et que je désignerai sous le nom de vestibule copulateur(i). Cette cavité n'a pas moins de quatre ouvertures; l'une dans sa p:iroi antérieure, au som- met même du mamelon terminal (ê) que je viens de citer; la seconde (X), dans sa paroi opposée , a la forme d'un entonnoir, dans lequel le mamelon s'applique exactement; la troisième (9) en haut, tournée vers la face dorsale de l'abdomen, donne dans le réservoir de la semence, on poche copulatrice ; la quatrième (tj) en bas donne a.u dehors par une large ouverture comprise entre l'antépénultième arceau ventral et la base des diverses pièces qui constituent la tarière. Les parois du vestibule copulateur sont d'une substance car- tilagineuse élastique et susceptible d'une extension forcée; on y aperçoit des rides qui empêchent ses deux surfaces antérieure et postérieure d'être jamais dans un contact parfait; le mamelon qui termine le premier oviducte est remarquablement pointu , et hermétiquement fermé; il suffit d'ailleurs de la plus simple inspection pour être convaincu que les œufs enduits de muco- (i) Voyez pi. 8, fig. 3 et 4. Ces figures sont renversées, (a) PI. 8 , fig. 3, *. W| doyèrb. — Génération chez la Cigale femelle. sites peuvent sortir du premier oviductus dans le vestibule, mais que rien ne doit pénétrer de celui-ci dans l'oviductus. La poche copulatrice est à parois très minces ; les granula- tions que l'on aperçoit dans sa substance sont, je suis disposé à le croire, des cryptes ou follicules sécréteurs, ce qui concor- derait tout-à-fait avec l'opinion de M. Strauss. Dans l'état ordi- naire, cette poche est entourée d'une épaisse couche d'une substance que je crois être du tissu graisseux, et l'on voit s'y rendre d'abondantes trachées. L'ouverture postérieure a, je l'ai déjà dit, la forme d'un en- tonnoir; elle se continue sans intermédiaire par un canal ou deuxième oviducte très court , et qui se rend immédiatement dans la tarière. Cependant sur ce trajet si court, on aperçoit encore trois organes sécréteurs; les deux premiers sont deux tubes (y) de la grosseur du cheveu le plus fin, mais d'une longueur que je n'estime guère à moins de cinq à dix fois celle du corps. Chacun de ces filamens s'embouche sur le côté d'un sac (°)qui renferme une substance grasse de couleur jaune. Ces deux sacs s'ouvrent isolément dans le second oviductus par deux orifices rapprochés. M. Léon Dufour n'a nullement indiqué leur exis- tence , non plus que celle des tubes capillaires qui sécrètent la matière qui y est contenue. Tout auprès, en arrière, se voit l'orifice d'un grand tube, pro- bablement le troisième de ceux que M. Léon Dufour a signalés; seulement au lieu de n'avoir r comme dans la Cicada orni, qu'une demi-fois la longueur du corps, il a, dans l'espèce que j'ai étu- diée(la C.ManniJerd), une foiset demie la longueur ducorps. Son- extrémité est entourée par une couche fibreuse dont je n'ai pu reconnaître la nature d'une manière certaine; peut-être est-elle musculaire, et constitue-t-elle une sorte de sphincter qui permet- trait à l'animal de modérer à son gré la sortie du liquide sécrété. Je n'ai aperçu aucun réservoir en rapport avec cet organe ; et je crois pouvoir affirmer que, malgré le voisinage où son extré- mité se trouve des réservoirs des deux précédens tubes capil- laires, il n'a avec eux aucune communication. Je suis con- vaincu qu'il se rend directement dans le second oviductus; ce- doyê.re. — Génération chez la Cigale femelle. 2o5 pendant je n'ai pu y apercevoir son orifice d'une manière certaine. Quant à ce dernier organe, je l'ai déjà indiqué dans la note précédente sur lesinstrumensperforans. J'y ai signalé l'intervalle que laissent entre elles les trois tiges assemblées qui constituent la tarière ou oviscapte; c'est cet intervalle qui constitue l'extré- mité du second oviducte, et non la tige médiane comme je crois l'avoir lu quelque part; cette tige médiane ne constitue pas un canal vide; elle est partagée en deux par une cloison, et de plus entièrement fermée et solide à son extrémité. L'oviducte ne se rend pas non plus dans l'intestin comme on pourrait être tenté de le croire à l'inspection des dessins de M. Léon Dufour. CONCLUSION. Les faits anatomiques que je viens d'exposer me paraissaient concorder pleinement avec l'opinion de M. Audouin , autant qu'ils sont incompatibles avec la théorie soutenue par M.Léon Dufour. En effet: i* il est impossible que l'organe mâles'introduisedi- rectement par l'extrémité de la tarière; il est d'ailleurs d'une grosseur énorme en comparaison de ce dernier conduit. a° Il est également impossible d'admettre que cet organe, une fois qu'il aura pénétré dans le vestibule par son orifice externe, puisse pénétrer dans le deuxième oviductus ; il devrait pour cela se recourber plus qu'à angle droit, et j'ai déjà fait observer que tout effort sur ce dernier dans le sens où le pénis devrait agir aurait pour résultat de fermer le mamelon alors même qu'il se- rait ouvert. 3° Si l'on a bien compris la manière dont les deux oviductus donnent l'un dans l'autre, on a senti que la poche copulatrice se trouve tout-à-fait en dehors du trajet oviducteur, et qu'elle perd par conséquent le rôle de réservoir sébacé que lui assigne M. Dufour; l'ouverture antérieure du vestibule resterait égale- ment sans emploi. 4° Mais toutes ers difficultés disparaissent si l'on suppose que l'organe mâle pénètre par cette quatrième ouverture ou orifice 2o6 doyère. — Génération chez la Cigale femelle. externe du vestibule ; que ses pièces solides se logeant dans le vestibule, en écartent les parois, et par conséquent les orifices des deux oviductes; qu'alors le pénis proprement dit, ou sa partie érectile se trouvant en face de la poche copulatrice, y pénètre pour y déposer le sperme. Une fois les organes mâles dégagés, les deux parois se réappliquent Tune sur l'autre; le mamelon qui termine l'un des oviductus retombe dans l'entonnoir qui sert d'origine à l'autre ; mais leur adhérence n'est pas telle que le liquide fécondant ne puisse pénétrer dans cet entonnoir. Je pense donc que c'est au moment où les œufs passent d'un ovi- ductus dans l'autre, en traversant une couche spermatique mince, que s'opère leur fécondation. EXPLICATION DE LA PLANCHE 8. anatomie de la cigale porte-manne. C'icada mannifera. Fabr. Ihstrdmens rERFORANS. Fig. i. Levier moteur (o, c') et ses muscles. Gaînede la tarière. Fig. 2. Une des pièces latérales, pour faire voir ses relations avec le pénultième auneau. £ Fig. 6. Assemblage des trois pièces qui constituent la tarière. Fig. 8. L'extrémité de la tarière vue en dessus du côté du corps. — A, la pièce médiane ou poinçon. — B , une des pièces latérales avec ses dentelures; l'autre est enlevée. Fig. 9. Le même organe vu en dessous. — b' est une lame qui termine la pièce latérale Bj et qui se soulève pour laisser sortir les œufs. Okgahes de la géhératioh. N. B. Les lettres qui s'y rapportent spécialement ont toutes été prises dans l'alphabet grec. Les figures ont été dessinées dans une position renversée. Fig. 3. a. Le vestibule copulateur. — |3. Le mamelon qui termine le premier oviducte dans la paroi antérieure. — ïî. L'ouverture copulatrice externe indiquée par un fil. — ô. Ouverture du sac copulateur S dans le vestibule. — X. Entonnoir servant d'orifice antérieur au second ovi T ducte indiqué par le fil xx. y. Premier oviducte commun, Y son renflement. — $$. Les deux oviductes particuliers ren> flés chacun par le passage d'un œuf. — s. Les deux premiers canaux sécréteurs. Le point où se réunissent ces quatre conduits est encore représenté figure 4 ; S est l'un des oviductes dans le- quel on voit un œuf engagé; une coupe a été pratiquée pour faire voir les trois couches dont ce canal se compose. j/. Canaux sécréteurs filiformes, on les voit en place dans la figure 7. — 0. Réservoir de l'humeur graisseuse qui en est le produit, ces réservoirs s'ouvrent dans le deuxième oviducte xx. — L'un d'eux a été figuré isolé, dans la figure 5, pour montrer comment le canal pi s'y abouche sur le côté. vvw. Grand canal sécréteur vu par M. Léon Dufour. — \. Sorte de manchon fibreux qui en entoure l'ext rémité. ^III' 1 Fig. 6. Coupe destinée à faire voir le mode d'assemblage des trois pièces de l'oviscapte pour constituer le canal oviducteur x A, pièce médiane résultant de l'union intime de deux tiges latérales mues chacune par un levier mobile (c c' fig. 1.) B,B, tiges latérales; m, m, m, assem- blages en queue d'aronde. — x. Canal médian par où a lieu la sortie des œufs. Timpm. — Sècrètioji des membranes muqueuses. 207 observations sur V organisation tissulaire des sécrétions pro- duites aux surfaces des membranes muqueuses animales, comparées aux sécrétions muqueuses productrices et répara- trices des végétaux, faites à l'occasion de l'examen (1) d'un ouvrage de M. le Docteur Donné, ayant pour titre :« Re- cherches microscopiques sur la nature des mucus et la ma- tière des divers écoulemens des organes génito-urinaires ; Par M. Turpin, de l'Institut. L'ouvrage de M. le Docteur Donné comprend deux ordres de faits bien distincts : les premiers appartenant à l'histoire naturelle proprement dite et à la physiologie des fluides, les seconds à la pathologie et à la thérapeutique. M. Donné , ayant entrepris de donner suite à un exa- men général de tous les liquides sécrétés ou excrétés par les tissus organiques , soit à l'état sain ou normal, soit à l'état mor- bide, a dû nécessairement y comprendre et passer en revue les différentes matières produites aux surfaces des organes gé- nitaux de l'homme et de la femme ; il fallait peut-être quelque dévoûment pour recueillir et soumettre aux diverses analyses des matières que l'on ne peut se procurer sans éprouver une certaine répugnance même dans l'état sain, et qui, dans cer- taines maladies, se transforment ou se changent en un virus in- fect , contagieux et pouvant offrir les plus grands dangers. L'auteur n'a pas reculé devant la tâche qu'il s'était imposée, et ses recherches suivies avec constance dans une partie de la science, où presque tout restait à faire, l'ont mené à des résul- tats nouveaux. A l'aide du microscope, ce puissant moyen d'analyse des corps qui échappent à la simple vue , M. Donné a examiné suc- cessivement la matière de la blenorrhagie urétrale , chez (1) Viaimm lu à l'Aradrmie d*i Science» le aa mai 18^7. ao8 turpin. — Sécrétion des membranes muqueuses. l'homme et chez la femme, le pus des chancres et des bubons syphilitiques, les écoulemens du vagin et de l'utérus dans les cas de vaginite, de catharre vaginal et utérin. Le pus qui s'écoule de l'urètre en cas de blennorrhagie, ne lui a rien offert de particulier; il l'a trouvé entièrement com- posé de globules semblables à ceux du pus des abcès ordinaires et doué de la réaction alcaline; aucune trace d'animalcules ne se montre parmi ces globules. Le pus des chancres, au contraire, a présenté à l'auteur ce caractère particulier de contenir des vibrions linéoles chaque fois qu'il provient d'ulcérations syphilitiques situées sur le gland ou à la surface de la vulve; ces animalcules, suivant l'auteur, déposés sous l'épidémie par inoculation se reproduisent et se multiplient dans la pustule résultant de la piqûre ; la matière des bubons ou de toute autre lésion syphilitique située sur un autre point du corps que ceux désignés plus haut, ne lui ont rien offert de semblable. Les animalcules signalés par l'auteur comme vivant et habi- tant dans le pus des chancres jouent-ils un rôle quelconque dans la maladie ou dans son mode de transmission contagieuse? C'était là une question importante à considérer, question plus d'une fois débattue et toujours sans solution satisfaisante, en parlant des infusoires en général, des acarus de la gale, des animalcules du sperme et de tant d'autres productions orga- nisées qui vivent dans les espaces qui séparent les organes composant les masses tissulaires de tout le règne organique. Aussi M. Donné convient- il qu'il se bornera, pour l'instant, à la discuter et à montrer que si les animalcules qu'il a obser- vés, ne sont pour rien dans la production ou dans la propa- gation de la maladie, qu'ils ont du moins une singulière ten- dance à se produire dans cette circonstance où dans ce milieu particulier, puisque cette espèce de pus est le seul dans lequel il ait rencontré de ces animalcules ; en ne les considérant donc que comme un produit et non comme un agent, ils n'étaient pas moins curieux à étudier sous le rapport de l'histoire natu- relle des animaux et sous celui du diagnostic de la maladie. La matière de l'écoulement du vagin a fourni à l'auteur plu- turpin. — Sécrétion des membranes muqueuses. 209 sieurs observations nouvelles; il l'a trouvé composée, dans l'état normal, d'espèces de pellicules, déjà indiquées par Leuwen- hoëck; cette matière, chose remarquable, est toujours acide, tandis que celle qui s'écoule de l'utérus est constamment alca- line; cette différence de réaction offre, comme on le voit, un moyen certain et bien simple de distinguer la matière des écoulemens du vagin de celle qui provient de la matrice ; l'aci- dité du mucus vaginal pourrait faire croire, dit l'auteur, que la membrane muqueuse du vagin participe aux propriétés de la peau dont elle ne serait qu'un repli et une continuation jusqu'à l'orifice du col utérin; et il ajoute ensuite qu'il est vrai de dire que ce n'est pas le seul exemple de membrane mu- queuse acide que présente l'économie animale, que l'estomac et plusieurs portions des intestins ont , comme on lésait, le même caractère d'acidité. Avant d'aller plus loin , nous devons dire que ce que l'auteur considère comme de simples pellicules ou de petites écailles déta- chées de la membrane muqueuse et qu'il soupçonne n'être que des débris provenant de la désorganisation normale et quoti- dienne de répithélium (1), nous a semblé, au contraire, de vé- ritables poches ou vésicules organisées, flasques, baignées dans une eau comme troublée par un nombre considérable de gra- nules fins et muqueux (2). Ces vésicules vivantes, générale- ment allongées, fusiformes, pointues par l'une de leurs extré- mités, quelquefois par deux, comme l'utricule de la pulpe de l'orange, d'autres fois obtuses et tout-à-fait irrégulières, sont de grandeurs variables, transparentes et incolores; dans leur in- térieur, qui est rempli d'eau et de granules analogues à ceux environnons dont nous venons de parler, mais provenant d'une génération plus nouvelle, on remarque qu'un ou deux de ces granules se sont développés en vésicules sphériques; vé- sicules que, par une illusion d'optique, l'auteur à considérées (1) Nom donné par Ruyscli à la couche mince d'épiderme qui recouvre les parties dépour- vues de derme proprement dit, les lèvres par exemple. (a) Ces granules, de grosseurs variables, sont autant de rudimens de vésicules qui , affa- mées par d'autres plus privilégiées, se soDt arrêtées ou éteintes sous la forme primitive du granule ou du globule. VII.Zool. — Avril. 14 2 1 o TfjRPiN. — Sécrétion des membranes muqueuses. et décrites comme étant des trous (i) correspondant à l'orifice des follicules. Ces vésicules incluses, dont le diamètre est d'un centième de millimètre environ, se distinguent par un double cercie qui indique en même temps et l'épaisseur de la vésicule et sa capacité intérieure qui s'est remplie d'une nouvelle géné- ration de granules très fins. On voit, d'après ce qui vient d'être dit, qu'au lieu de débris organiques il y a , au contraire, une véritable organisation , et une organisation tout-à-fait inaperçue jusqu'à ce jour et dont l'étude suivie «avec soin jettera, nous n'en doutons point, beau- coup de lumière sur la formation des fausses membranes, sur toutes les sécrétions muqueuses et par suite sur l'organi- sation en général. On ne peut s'empêcher, après avoir bien étudié les vési- cules dont est formée la couche de mucus produite par la membrane muqueuse vaginale , d'y voir un tissu cellulaire bien organisé (i) et composé, comme tous les tissus cellulai- res végétaux, d'un agglomérat, par simple contiguïté, de vé- sicules distinctes et vivant individuellement chacune pour leur propre compte aux dépens de l'eau muqueuse qui les baigne de toutes parts. Ce tissu cellulaire animal, produit à la paroi de la mem- brane muqueuse vaginale, et dont il n'est qu'une simple ex- tension organique, peut être rigoureusement comparé à celui de plusieurs tissus cellulaires, végétaux, qui , également pa- riétaux, résultent par extension de la face interne de certaines feuilles terminales destinées à protéger et à vêtir l'embryon jusqu'à l'époque de sa germination, où, confié au sol, il peut se passer de ses enveloppes. Pour citer quelques exemples , nous rappellerons particu- (i) Cette illusion, assez facile dans l'observation microscopique des tissus cellulaires mou* et affaissés des animaux, en rappellera une autre tout-à-fait semblable et relative aux vésicules des tissus cellulaires ordinairement rigides des végétaux. (a) Le mucus nasal, observé sous le microscope, est un tissu globulaire, amorphe, com- posé de globules vésiculaires, remplis de granules ou de globulins, et auxquels il ne manque qu'un plus grand développement et celui d'un ou de deux granules en vésicules incluses pour constituer un tissu cellulaire semblable à celui de la membrane muqueuse vaginale. turpin. — Sécrétion des membranes muqueuses. i\ i lièrement celui du tissu cellulaire qui remplit les loges du fruit de l'oranger, et dont les utricules succulens n'apparaissent que tardivement et successivement aux parois intérieures du cercle secteur qui forme le côté extérieur des dix loges for- mées par les dix feuilles composant le verticille ovarien. Celui épais, pulpeux et sucré qui semble enduire la face in- térieure du péricarpe de certaines espèces du genre Inga, et enfin, celui si commun chez les végétaux appendiculés, qui compose la masse périspermique des graines, considéré aussi pendant long-temps comme un simple liquide muqueux, con- crète, et dont le mode de développement organique, dû aux intéressantes recherches de M. Dutrochet. consiste en des sé- ries de vésicules, lesquelles, en partant de la face interne de la feuille ovulaire, se multiplient en s'étendant vers le centre de la cavité produite par cette feuille enroulée et soudée par ses bords (i) et dans le sein de laquelle croît ce bourgeon ter- minal que l'on appelle l'embryon. Mais ce qui nous paraît avoir encore plus d'analogie avec le tissu cellulaire animal produit sous l'aspect de simples mu- cosités, soit aux surfaces des membranes muqueuses à l'état sain ou à l'état surexcité et malade, soit aux surfaces des plaies en bonne suppuration, et par conséquent, en bonne voie de guérison ou de réparation ; ce sont ces autres suppurations vé- gétales , excrétions muqueuses qui semblent suinter , sous forme de gouttelettes, de la surface des tissus vifs, soit à leur état sain et normal, comme aux surfaces de l'aubier et du li- (i) Un semblable développement pariétal, rayonnant et s'étendant vers le centre d'une cavité unique , aurait pu en imposer autrefois en faveur d'un accroissement centripète chez les végétaux; mais, aujourd'hui, que l'on ne peut plus méconnaître que le sac de l'ovule est le produit d'une ou de quelques petites feuilles terminales et ovnlaiies , qui s'emboîtent et sont soudées par leurs bords; aujourd'hui que nous savons que la face interne de la feuille ovulaire la plus rapprochée du bourgeon-embryon produit par extension les utricules du tissu cellulaire périspermique, nous agissons par la pensée en ramenant ces dernières feuilles du scion-fleur dans l'état des autres feuilles de la tige. Nous les dessoudons, nous les étendons et nous les abaissons jusqu'à la direction horizontale. Alors nous voyons que l'extension vraie des utricules périspermique, est ascendante et centrifuge comme l'est l'embryon lui-même au centre de ses pe- tites feuilles protectrices. Une semblable opération de l'esprit peut également s'appliquer aux dix feuilles ovariennes roulées et soudées qui forment les dix carpelles d« l'orange par ra port aux utricules succulens qui émanent de leur face interne. M aia TtiHPiN. — Sécrétion des membranes rnuquei/ws. ber , soit qu'ils aient été blessés, mis à découvert , et par conséquent surexcités. Toutes ces suppurations végétales, con- nues sous la dénomination vague de Cambium 3 tendent et sont destinées les unes à étendre naturellement les masses tissulaires , les autres à réparer les lésions faites aux tissus; d'autres, comme celles qui surgissent sur la coupe horizontale des boutures faites avec des tronçons de racines, comme celles du Maclura aurantiaca, ou des tiges comme celles, par exemple, du Passifiora holosericea et autres espèces, se transforment peu-à-peu en des embryons gemmaires qui reproduisent l'in- dividu dont les tronçons ont été séparés. Lorsqu'on examine sous le microscope ces excrétions ou ces suppurations végé- tales qui, à la vue simple et au toucher, semble n'être qu'un liquide muqueux, on voit très clairement que ce sont des tis- suscellulaires de nouvelle formation, composés d'un grand nombre de vésicules distinctes , généralement; sphériques » incolores translucides et contenant une globuline verdâtre, fine et abondante ; tissus cellulaires qui , sans la présence des globulins contenus dans les vésicules , ressembleraient assez bien à de l'écume d'eau. En étendant la comparaison entre (hnx choses si compa- rables, on trouve que la forme variable des vésicules du tissu cellulaire du mucus de la membrane vaginale, leur allonge- ment en pointe, leur flaccidité, toujours entretenue par l'hu- midité constante qui baigne les tissus animaux, et le dévelop- pement dans leur intérieur, soit des granules, soit des vési- cules sphériques, sont toutes choses qui s'observent également dans la composition de tous les tissus cellulaires végétaux mous et aqueuxet que l'on désigne par le nom de pulpe ou de parenchyme dans certaines tiges ou feuilles grasses et dans certains fruits mûrs ou blettes. Nous avons souvent remarqué que dans l'intérieur de ces vésicules mollasses un ou plusieurs des grains de globuline, plus favorisés que les autres y végè- tent, s'y développent en vésicules, et que dans ces vésicules naît et apparaît une nouvelle génération de globuline, comme on le peut voir dans les tissus lâches et aqueux de la chair du melon, du potiron, de quelques pommes, des feuilles d'aloés, TuupiiN. — Sécrétion des membranes muqueuses. ai S des tiges de plusieurs cactées et d'un grand nombre d'antres qu'il serait superflu de citer ici. Après cette courte digression, qui intéresse an plus haut point l'origine et la composition de tous les tissus cellulaires organiques, nous allons rentrer plus spécialement dans l'objet de notre rapport. Dans le cas d'inflammation du vagin*, survenant naturelle- ment ou par suite d'un commerce impur, cet organe sécrète fréquemment, comme toutes les autres muqueuses, et alors le microscope nous a tait voir un mélange composé tout à-la-fois, de globules, de pus et des mêmes vésicules dont il a été parlé et dont l'auteur a joint la figure collective à son mémoire. Par cette figure on voit combien il est facile de distinguer la ma- tière d'un simple écoulement muqueux de celle d'un écoule- ment purulent, les vésicules ordinaires du mucus ne pouvant jamais être confondues avec les globules du pus dont elles n'ont ni la forme ni la composition. En même temps qu'il existe des globules de pus dans la ma- tière d'un écoulement vaginal, on trouve, dans certains cas, un nombre prodigieux d'animalcules de la classe des infusoires dont la présence n'avait pas été jusqu'à présenUoupçonnée dans ces matières. M. Donué, après avoir étudié avec soin ces ani- malcules, après nous les avoir communiqués, les a rapprochés autant que possible des Monades (Monas), et des Tricodes, ( Trichoda) , de ces derniers à cause des cils latéraux et vibrans, » t de l'appendice tentaculaire flagelliforme , simple ou divisé quelquefois en deux branches mobiles, que l'animalcule porte à la partie antérieure de son corps, qui est ovoïde, irrégulier, blanchâtre comme les globules du pus parmi lesquels il vit. Dif- férant des uns des autres par une sorte de réunion des deux organes qui distinguent les Monades d'une part et les Tricodes de l'autre, M. Donné a cru devoir, afin de bien exprimer la forme et la structure de ce nouvel infusoire, lui donner le nom générique de Tricho-monas , a cause de sa double ressemblance avec les Monades et les Tricodes, et le nom spécifique de Va- ginale à cause i\\\ lieu qu'il habite. En observant de notre côté ce nouvel infusoire , nous avons pensé que la présence d'un 2i4 TURPiN- — Sécrétion des membranes muqueuses. tentacule mobile, indiquait celle d'une bouche et que cette bouche, en raison des mouvemens de vibration des cils laté- raux et de l'oscillation du tentacule, devait être située au-dessus des premiers et à la base du second comme pour s'aider de l'analogie; le tentacule unique , mobile et chasseur du Nocti- luque miliaire et phosphorescent borde l'un des côtés de la bouche de ce très petit mollusque sphérique. (i) Quand on songe combien il est difficile, dans bien des cas, de rapporter avec certitude les animalcules microscopiques que l'on observe, vu le peu de moyens de comparaison que la science actuelle possède, aux animalcules presque tous mal figurés ou trop légèrement décrits, on aurait tort d'être par trop rigoureux sur la question de savoir si l'animalcule nou- vellement observé par M. Donné, était ou n'était pas encore connu. Danscette incertitude, il nous semble bien plus profi- table pour la science de le considérer comme nouveau, surtout en raison du milieu particulier dans lequel on le trouve , de le décrire et de le figurer avec soin en appelant à son secours l'anatomie comparée et en se servant de nos moyens d'op- tique actuels qui valent bien mieux que ceux d'autrefois. Maintenant, on peut se demander, si la présence de ce sin- gulier animalcule se lie constamment à une maladie particu- lière de l'organe dans lequel il se trouve? Si son développement en ce lieu est la cause déterminante de la maladie, ou si, ce qui est plus probable, la maladie provenant d'une autre cause offre seulement à cette espèce d'animalcule le milieu purulent, le seul qui puisse convenir à son éphémère existence? où si enfin , une fois développé sur l'organe malade il n'entretient pas, il n'augmente pas la sur -irritation par les titillations con- tinuelles produites par ses cils et son long appendice terminal sur les nerfs qui aboutissent à la surface de l'organe affecté ? Ce dernier cas paraissant incontestable, on sent qu'il devient utile, dans le traitement delà maladie, d'attaquer tout à-la-fois et la cause première, plus profonde, et la cause secondaire tjui consiste dans la présence des animalcules, hôtes fort in- ■ i) Novtiluca nùliarii , Suriray. TuupiN. — Sécrétion des membranes muqueuses. ii5 commodes qui, seuls, suffiraient pendant long-temps pour pro- longer la sur-irritation, l'inflammation et la suppuration de l'or- gane malade. Il résulte des nombreuses recherches de l'auteur que c'est particulièrement et seulement dans la matière de la blennor- rh;«gie vaginale que se rencontre le Tiicho-rnonas vaginale. Il ne l'a jamais aperçu ni dans la matière du simple catarrhe vaginal, ni clans celle du catarrhe utérin. M. Donné s'est as- suré de ce fait, très remarquable, un grand nombre de fois, soit chez les femmes enceintes, qui sont affectées d'un écoule- ment vaginal abondant, soit dans les cas si communs de ca- tarrhe de l'utérus ou de leucorrhée proprement dite. Au contraire, chez toutes les femmes affectées de vaginite blennorrhagique évidente, l'auteur a toujours rencontré un nombre prodigieux de Tricho-monas. M. Donné ne se dissimule pas que la difficulté qui existe dans ses observations, tient précisément à l'obscurité qui règne encore, même pour les praticiens les plus exercés, dans le diagnostic différentiel des diverses sortes de matières provenant d'écoulement vaginal ; aussi l'auteur ne se prononce-t-il à cet égard qu'avec une extrême réserve et se contente-t-il d'établir la probabilité de l'existence des animalcules en question toutes les fois que l'écoulement est de nature syphilitique ; l'ayant observé dans tous les cas ou la blennorrhagie était évidente, et jamais dans le simple catarrhe. Il est porté à croire, que l'é- lément vénérien est nécessaire à l'existence de cet infusoire , comme on voit que d'autres espèces ne se produisent que dans des milieux formés d'eau et d'infusion de certaine nature. On doit donc distinguer, suivant M. le docteur Donné: i* l'écoulement vaginal simple ou catlmrre vaginal composé des vésicules plus ou moins désagglomérées qu'il a décrites sans globules et rougissant toujours le papier bleu de tournesol; * e l'écoulement purulent non vénérien offrant un mélange de vésicules et de globules de pus, mais toujours dépourvu de Tricho-monas; 3 e l'écoulement purulent vénérien ou blennor- rhagique vaginal se distinguant du précédent par la présence des Tricho-monas qui s'y trouvent comme sui-ajoutés; nous ne ai6 milne edwards. — Sur une brèche osseuse. parlons en ce moment ni de la blennorrhagie urétrale, ni de la suppuration des chancres, dont il a été question plus haut; 4° enfin le catarrhe utérin ou la leucorrhée, dont la matière est tou- jours alcaline et dans laquelle le microscope ne nous a jamais montré ni vésicules, ni animalcules, mais seulement des glo- bules muqueux et immobiles. Nous pouvons assurer, par l'observation microscopique que nous avons faite de la plupart des matières organiques dont il est question dans le mémoire de M. Donné, que toutes ont été décrites avec soin et clarté, et que les figures, dessinées par l'auteur , portent toutes le caractère de la plus sévère exac- titude, soit dans leurs formes variables, soit dans leurs di- mensions réelles , minutieusement mesurées à l'aide du micro- mètre. Note sur une brèche osseuse située entre Oran et Mers-el-Kebir. i Par M. H. Milnk Edwards. On a déjà signalé à l'attention des naturalistes un nombre considérable de brèches osseuses , qui pour la plupart , se trouvent sur les bords septentrionaux dans la Méditerranée où dans les grandes lies de cette mer, et qui toutes offrent entre elles une ressemblance bien remarquable. Jusqu'ici on n'a pas, du moins que je le sache, rencontré de ces brèches sur les côtes d'Afrique; mais il en existe, et lorsqu'on aura mieux ex- ploré ces contrées , on verra probablement que les circon- stances dont paraissent dépendre ces accidens géologiques ont exercé leur influence en même temps sur toute la ceinture qui entoure la Méditerranée. Pendant un voyage que j'ai fait en 1 835 , sur les côtes de l'Algérie , j'ai appris de M. Desessart , capitaine du génie à Qran, que les ouvriers occupés à tailler dans le roc la belle iMiLNE jdwahds. — Sur une brèche osseuse. 217 route ouverte par les soins du commandant Savart entre cette dernière ville et Mers-el-Kebir, venaient de rencontrer un amas considérable d'os empâtés dans une gangue pierreuse. Cet offi- cier élairé eût l'obligeance de me donner quelques échantillons de ces débris et de me conduire sur les lieux d'où on les avait extraits. Du coté de l'ouest, Oran est dominé par le mont Rammra, dont le pied s'avance dans la mer en formant une pointe escarpée appelée Moune ; des rochers à pic dont l'élévation est considérable et dont la base est battue par les vagues , se con- tinuent de cette pointe vers Mers-el-Kébir dans l'étendue d'en- viron une demi-lieue. Cette falaise est formée principalement de phyllades, de quartzite et d'un calcaire magnésien bleuâtre très dense, et c'est dans le flanc de l'escarpement, à une hau- teur moyenne d'environ 60 mètres au-dessus du niveau de la mer, que la route nouvelle a été creusée. En la suivant, nous rencontrâmes à environ 5oo toises de la Moune une brèche for- mée d'un tuf calcaire de couleur rouge, dont une grande partie avait été mise à nu par les travaux de nos troupes. Elle se trouve à environ 5o mètres au-dessus du niveau de la mer, et présente dans sa plus grande longueur environ 1 1 mètres. Nous avons pu la suivre dans une hauteur de 10 à 12 pieds, mais nous n'avons pu en voir la terminaison, à cause des terres et des déblais dont elle est recouverte. De chaque côté de cette masse tufacée se voit une roche bréchoïde composée de fragmens du calcaire bleu compacte dont nous avons déjà parlé, liés par du ciment rougeàtre , et le tout est logé dans une grande fente ver- ticale de ce même calcaire magnésien qui paraît appartenir aux terrains secondaires inférieurs. Le tuf ferrugineux de cette brèche est très dur, et renferme des fragmens des roches sous-jacentes ; on y aperçoit un grand nombre de petites cavités dont plusieurs paraissent avoir été formées par la présence de fragmens de végétaux englobés dans la pâte pierreuse encore liquide , mais qui sont actuellement vides ou seulement tapissées de petits cristaux de carbonate de chaux. Enfin, ce que notre brèche offre de plus remarquable, c'est une multitude d'os brisés dont les fragmens sont pour la i i 8 milne edwards. — Sur une brèche osseuse. plupart trop petits et trop fortement engagés dans le ciment fer- rugineux pour être facilement déterminés, mais dont quelques- uns, d'un plus grand volume et d'une meilleure conservation , sont bien reconnaissables, et proviennent d'animaux sembla- bles à ceux dont les restes nous ont été conservés dans les ca- vernes à ossemens. En effet, j'y ai rencontré des dents molairesde bœuf, une dent de chevahdivers fra^mensd'os de ruminansdont la détermination spécifique laisse de l'incertitude, et un fragment de crâne d'ours. Ce dernier fossile se compose de la partie supérieure de l'oc- , cipital,des deux pariétaux et d'une portion des frontaux. Il ap- partient évidemment à un jeune individu, car toutes les sutures sont parfaitement distinctes, et les os sont même séparés entre eux par une ligne de ciment rouge; néanmoins, ses dimensions sont très considérables, car les pariétaux ont environ 8o milli- mètres de long sur plus de 70 millimètres de large, ce qui sup- pose un individu de grande taille. On ne peut donc le rappro- cher de P Ursus priscus de Cuvier, et on serait porté à le consi- dérer comme appartenant à l'une des grandes espèces nommées par ce naturaliste Ursus spelœus et Ursus arctoideus ; mais en comparant notre fossile avec les crânes de ces deux espèces, j'ai été frappé d'une différence remarquable : les pariétaux, au heu d'être très déclives latéralement, se portent d'abord en de- hors presque horizontalement, et forment une large voûte sur- baissée. Cette disposition, qui donne au crâne une grande lar- geur et suppose des fosses temporales moins vastes que chez les autres Ours fossiles, se rapproche, il est vrai, de celle que tous ces animaux présentent dans !e jeune âge, mais est portée à un plus haut degré que chez aucun individu, même beau- coup plus petit, que j'ai eu l'occasion d'observer, et elle donne à notre crâne d'Oran beaucoup plus de ressemblance avec celui de l'Ours à longues lèvres actuellement vivant qu'avec aucune autre espèce. Je suis donc porté à croire qu'elle a dû appartenir à une nouvelle espèce fossile; mais nous manquons encore des élémens nécessaires pour décider la question, et si je signale ces particularités, c'est plutôt pour appeler l'attention des natu- ralistes sur la brèche osseuse d'Oran, et pour les engager à y flourens. — Sur le corps muqueux de la langue. 1 1 9 chercher de nouveaux fossiles, que pour charger la science de documens aussi incomplets que ceux actuellement en ma pos- session. Il est probable, du reste, qu'on rencontrera dans d'autres points du même littoral des amas d'ossemens semblables à celui dont nous venons de parler, car M. Rozet avait déjà observé dans un point voisin de la côte d'Oran une brèche à ciment ferrugi- neux qui ne paraît différer de la nôtre que par l'absence d'osse- mens, et dans la série de roches déposée par ce géologue dans les collections du Muséum, on voit des échantillons du même tuf rougeâtre qui proviennent du cap Falcon. Recherches anatomiques sur le corps muqueux de la langue , dans l'Homme et les Mammifères ; Par M. Flourens. Malpighi est le premier qui ait signalé, sous 1'épiderme de lu langue du bœuf, un corps particulier, distinct du derme et de 1'épiderme; corps singulier qu'il ne vit qu'à l'état de réseau , et qui porte encore aujourd'hui le nom de corps réticulaire de Malpighi. (1) Mais, d'abord, ce corps singulier, si remarquable dans, la langue du bœuf, forme-t-il réellement un réseau, comme l'a cru Malpighi; et en second lieu, existe-t-il dans la langue des autres Mammifères , et nommément dans celle de l'homme ? Ce sont là deux questions importantes, et qui, malgré de longs débats, sont loin d'être résolues. En effet, à peine Malpighi venait-il de découvrir le corps (1) Malpighi, Exercil. Episl. de lingud. atao flourens. — Sur le corps muqueux de la langue. réticulaire du bœuf, que Ruysch niait que ce corps se trouvât dans l'homme, (i) Winslow, si exact jusque dans les moindres détails de ses des- criptions, nie, comme Ruysch, le corps muqueux de l'homme: « Outre les deux membranes de la langue (le derme et l'épi- derme), on a coutume,, dit-il, de parler d'une troisième qu'on appelle membrane réticulaire, et qu'on montre communément sur des langues cuites de bœuf et de mouton. On a prétendu même l'avoir démontrée dans l'homme» J'avoue que je n'y ai pu réussir » (2). Il dit ailleurs : « Pour démontrer le corps réti- culaire, on se sert communément des langues cuites de bœuf et de mouton ; mais cette démonstration est fausse, séduisante, et ne fait que donner des idées erronées. » (3) Haller pense comme" Ruysch et comme Winslow : « On ne remarque dans l'homme, dit-il, qu'une seule enveloppe mu- queuse et à demi transparente, placée sur les papilles aux- quelles elle est très adhérente, et tenant lieu d'épiderme , tan- dis qu'un réseau » percé de plusieurs trous, reçoit ces papilles dans les animaux. » (4) Enfin, Bichat n'est pas moins explicite : « Au-dessous de l'épi- démie on trouve, selon les auteurs (c'est Bichat qui parle), un corps muqueux ou réticulaire assez prononcé; mais quelque soin que l'on prenne, ajoute-t-il, on ne découvre réellement autre chose qu'un entre-croisement vasculaire (5) ramifié dans les intervalles des papilles, et donnant à la langue sa couleur rouge. » (6) Ruysch, Winslow, Haller, Bichat, nient donc l'existence du corps muqueux ou réticulaire dans la langue de l'homme. Du- verney l'y admet; mais, d'une part, il ne se fait aucune idée (ï) Corpvs retîculare ihi (in lingud liumand) detegere haud potui; in lingud autem bovind jacilè, separando, visui occurrit. Ruysch. Thés anat. (2) Winslow. Exp. anat. de la slrtict. du corps humain. (3) Id. ibid. (4) Haller. Élèm. de physiol. (5) Je reviendrai, dans un aulre mémoire, sur cet entre-croisement vastufair* de Ricbat , lequel n'a nul rapport avt;c le corps muqueux ou réticulaire. (6) Bichat. Jnat. descrip., t. 2 p. 634. Fi.oURENS. — Sur le corps muqueux de la langue. 11 1 des caractères de ce corps ; et, de l'autre, il semble, en l'adimt- tant dans cette langue, le confondre avec le corps papillairc qu'il y nie. (i) La question de l'existence oVi corps muqueux ou rèticulaire dans la langue de l'homme était donc un premier point à ré- soudre; le second était celui de la détermination de la véritable nature de ce corps, soit dans l'Homme, soit dans les Mam- mifères. La simple ébullition donne, dans la langue de l'Homme, X épidémie , le corps muqueux et le derme. Le derme porte, ou , plus exactement, produit les papilles; tonte la .surface exté- rieure de ce derme _, prise en général, est revêtue d'une double membrane continue, le corps muqueux et Xèpiderme ; chaque papille, prise en particulier, est également revêtue de cette double membrane; ces deux membranes, toutes deux essentiel- lement continues, s'appliquent ainsi sur toute l'étendue du derme, et se plient à toutes les inégalités de sa surface. Telle est cette structure foliée, cette superposition de Xèpi- derme sur le corps muqueux, du corps muqueux sur le derme, dans la langue de l'homme. Vépiderme est une membrane transparente, mince, très fine; le corps muqueux est une mem- brane épaisse, blanche, et, ce qu'il importe surtout de remar- quer ici, elle est continue. L'ébullition donne aussi, et même elle donne seule, et par un mécanisme que je décrirai bientôt, le corps muqueux dis- posé en réseau; mais cette disposition rèticulaiie du corps mu- queux n'est qu'une disposition artificielle, factice et tenant uni- quement au mode de préparation et de dissection. Le corps muqueux existe donc dans la langue de l'homme, et il y constitue une membrane continue ; et ces deux faits, l'un de X existence , l'autre de la continuité de ce corps, ne se bor- nent pas à l'homme, ils s'étendent à tous les autres mammifères, du moins à tous ceux que j'ai pu disséquer. Partout, dans cette classe, le corps muqueux existe, partout il forme une mem- brane continue, nulle part il n'e^t en réseau , et ce réseau de (0 Duvurney. Œuvres anatomiques > aaa flourens. — Sur le corps muqueux de la langue. Malpighi, devenu si fameux parmi les anatomistes, n'est par- tout qu'un effet de l'art, et non une disposition organique réelle et constitutive. C'est dans le bœuf que Malpighi a découvert son réseau mu- queux , et par conséquent c'était dans le bœuf qu'il importait de débrouiller et de développer à t fond la véritable structure de cet organe. Si l'on soumet une langue de bœuf à l'action de l'eau bouil- lante, et qu'on en détache Yépiderme (qu'alors on n'enlève pas seul , comme on va le voir, mais avec une partie du corps mu- queux) , on découvre l'un des plus beaux réseaux que présente l'anatomie. Ce réseau enveloppe toute la face supérieure de la langue, se porte sur les côtés, règne partout où régnent les pa- pilles; et là où les papilles manquent, c'est-à-dire sur le bas des côtés et au-dessous de la langue , le corps qui le forme se pro- longe en une membrane continue. Ce corps singulier est d'un beau blanc ; chaque trou de son réseau est traversé par une papille ; ces trous varient de forme et de grandeur comme les papilles mêmes, plus grands vers la base de la langue, plus pe- tits, plus ronds vers sa pointe. Si l'on soumet, au contraire, une langue de bœuf à l'action de la macération, tout cet aspect change. Dans ce cas-ci, Yëpi- derme s'enlève seul, et laisse le corps muqueux entier. Dès- lors, le corps muqueux offre une membrane d'une continuité parfaite, étendue sur toute la surface du derme, et en recou- vrant, en revêtant partout les papilles. Enfin cette membrane continue se détache, s'enlève elle-même, et le derme et les pa- pilles restent à nu. De son côté, Yépiderme est aussi d'une continuité parfaite. Détaché du corps muqueux, il forme une membrane mince, transparente; sa surface extérieure est tout hérissée de pro- longemens , d'éminences ; ces éminences, ces prolongemens , sont les étuis extérieurs des papilles ; ainsi chaque papille est revêtue de deux étuis, le premier muqueux, et le second épi- dermique ; ainsi encore , le derme est la racine des papilles, le corps muqueux et Yépiderme n'en sont que les enveloppes. La surface interne de Yépiderme a tout autant d'enfoncemens flourkns. — Sur le corps muqueux de la langue. 11$ ou de cavités que la surface externe a de prolongemens , d'é- minences. C'est dans ces cavités ou enfoncemens que pénè- trent et se logent les papilles du derme, revêtues de leur enve- loppe muqueuse, luépiderme constitue donc une lame d'une continuité parfaite, s'élevant avec les papilles, s'aplanissant dans leurs intervalles, ici se durcissant en corne pour former l'étui, la gaine extérieure des papilles cornées , là s'amincissant en membrane d'une finesse extrême pour recouvrir les papilles fon gi formes , partout conservant, à sa face interne, les em- preintes des papilles qu'il recouvre, et auxquelles il fournit, comme je viens de le dire, un étui, une gaîne externe. Il est aisé de se faire à présent une idée nette de la manière , et* si je puis m'exprimer ainsi, du mécanisme selon lequel se forme le réseau de Malpighi, lorsque, après l'ébullition, on dé^ tache Vèpiderme du corps muqueux. Par l'effet de l'ébullition t ce corps perd beaucoup de sa consistance : il suit de là qu'en détachant alors Vèpiderme du corps muqueux, on rompt Xètui muqueux de chaque papille; cet étui reste adhérent à Vèpiderme, et retenu dans la cavité même de Vèpiderme où il est logé; à la place qu'il occupait sur le corps muqueux , il se trouve donc un trou; et, chaque étui rompu donnant un trou, on finit par avoir le beau réseau qui recouvre ou enveloppe toute la face supérieure de la langue du bœuf. Et ce n'est pas seulement Vétui muqueux qui , par l'effet de l'ébullition, se détache et se sépare de sa membrane; le réseau , c'est-à-dire la membrane elle-même se laisse diviser aussi en plusieurs lames, en plusieurs couches, en plusieurs réseaux superposés. Tous ces réseaux tiennent les uns aux autres par des prolongemens intermédiaires ; mais le tissu de ces prolon- gemens , affaibli par l'action de l'eau bouillante , cède et se rompt au moindre effort. Le réseau de Malpighi, le réseau muqueux de la langue du bœuf, n'est donc, en tant que réseau, qu'un organe artificiel, produit par le déchirement des étuis muqueux des papilles , étuis qui pénètrent dans Vèpiderme } s'enlèvent avec lui, et lais- sent , sur le corps muqueux , des trous à leur place. Ce réseau n'est donc que l'effet de l'ébullition. La macération, aa4 flourens. — Sur le corps muqueux de la langue. procédé d'un détail et d'une rigueur que l'art patient de l'ana- tomiste peut porter, pour ainsi dire , aussi loin qu'il veut , res- pecte l'intégrité du corps muqueux, l'isole de Xèpiderme , du derme, révèle sa disposition continue, et, jusque dans chaque papille, sépare les trois élémens distincts, fournis par le derme, par le corps muqueux et par Xèpiderme. > J'ajoute que , à un degré imparfait de macération , tantôt les étuis muqueux restent adhérens h Xèpiderme , et tantôt, au con- traire , les étuis épidermiques au corps muqueux. Dans le pre- mier cas, c'est le corps muqueux qui offre un réseau, des trous; dans le second, c'est Xèpiderme qui offre une lame percée et réticnlaire. J'ajoute encore un mot, et toujours sur la langue du bœuf. On sait que cette langue est souvent parsemée de points colo- rés en noir; or, le siège de cette coloration est le corps mu- queux; le derme y est entièrement étranger. Et ici je prie que l'on me permette d'énoncer, par anticipa- tion, le résultat d'un Mémoire qui suivra bientôt. C'est que le derme (1) n'est jamais coloré. Sa coloration dans les animaux ( bœuf, cheval , chien , etc.) n'est qu'apparente ; elle tient uni- quement aux poils qui le traversent. Ces poils, après une ma- cération suffisante , étant enlevés un à un , le derme se montre partout blanc : cette couleur blanche est l'un de ses caractères. Mais je reviens à la langue et à son corps muqueux. La même action de l'eau bouillante qui donne le beau réseau de la langue du bœuf, en donne un à-peu-près pareil (sauf, dans chaque langue, la forme variée des mailles du réseau, forme déterminée par celle des papilles du derme) dans la langue du mouton , dans celle du cochon , dans celle du chien, dans celle du chat , etc. , même dans celle de Vhomme, comme on l'a déjà vu. Tous ces réseaux sont artificiels , factices ; ce qui importait donc, c'était de faire connaître le mécanisme qui les produit; ce qui importait plus encore , c'était de substituer aux résultats (i) J'entend» ici le derme de la peau. flourkns. — Sur le corps muqueux de la langue. 22 5 factices donnés par l'action de l'eau bouillante, les résultats réels donnés par la macération. Je viens de parler du bœuf; je passe aux autres Mammifères. Toute cette structure foliée des tégumens de la langue, déjà si remarquable dans le bœuf, offre quelque chose de plus net et de plus évident encore, s'il est possible, dans le mouton. Quand, après une macération suffisante, on détache Y épi- derme de la langue du mouton > on voit cet épiderme glisser an- dessus du corps muqueux , comme un rideau léger glisse , à la plus faible impulsion, au-dessus du corps qu'il couvre, ou plu- tôt qu'il voile. Cet épiderme, détaché, conserve à sa face interne les empreintes des papilles qu'il revêtait. A ce degré de macération, le corps muqueux se détache aussi , avec la plus grande facilité, du derme. Sa face interne conserve de même les empreintes des papilles sous-jacentes , et ces deux membranes^ le corps muqueux et X épiderme y sont l'une et l'autre d'une continuité parfaite. Uépiderme est d'une grande finesse ; le corps muqueux est beaucoup plus épais, le derme porte , comme toujours^ les papilles; Dans le chevdl , X épiderme est beaucoup plus fin encore que dans le mouton; le corps muqueux est , au contraire, beaucoup plus épais. Uépiderme et le corps muqueux du cochon se rapprochent du corps muqueux et de V épiderme Au cheval. (1) Dans le chien , V épiderme est presque aussi fin que dans l'homme; et le corps muqueux n'y est guère plus épais. Dans tous ces animaux, dans Xhomme même , Vêpiderme conserve, à sa face interne, les empreintes des papilles qu'il recouvre. Dans tous, soit par sa finesse ou son épaisseur, soit par la forme de ses éminences extérieures ou de ses empreintes (i ; Dans tous ces animaux , l'action de l'eau bouillante peut séparer, plus ou moins, les trois lames de la langue. Dans le cochon en particulier , celte action de l'eau bouillante forme , sous Vêpiderme, de petites vésicules superficielles, transparentes, pleines d'une eau limpide et claire , et ces vésicules séparent Yepiderrre du corps muqueux ; et elle en forme d'autres , sous le corps muqueux, lesquelles sont opaques, pleines d'un liquide visqueux ou gélatineux, et celles-ci séparent le corps muqueux du derme. Ce liquide gélatineux reste, en effet, à l'état liquide, malgré l'ébullitioii. * VII. Zooi.. — Avril. tS ao6 fi.ourkns. — Sur te corps muqueux de la langue. internes, il a quelque chose de particulier et de spécifique, comme le corps muqueux par sa disposition, comme le derme par ses papilles ; et, dans tous , toutes ces membranes ont quel- que chose de générique; car, en effet, et à ne considérer que les caractères mêmes de ces membranes , la langue du mouton se rapproche de celle du bœuf, celle du cochon de celle du cheval, et, parmi toutes celles-là , celle du chien se rapproche plus qu'aucune autre de celle de [homme. Par tous ces résultats, l'anatomie des tégumens de la lan- gue prend, comme on voit, une nouvelle face. Trois membranes constituent partout ces tégumens, le derme, le corps muqueux et Xèpiderme\ partout Xèpiderme; et le corps muqueux existent; partout ils forment une lame d'une con- tinuité parfaite. Le corps réticulaire de Malpighi n'est qu'un corps factice, un produit de l'ébullition ; la macération donne la membrane continue ou le corps réel. Enfin, et quant à la nature du tissu qui forme ce corps réeL la consistance propre de ce tissu , une texture non moins propre que sa consistance, sa couleur blanche, le velouté de sa face interne, l'altération particulière qu'il éprouve de la part de l'eau bouillante, tout montre que c'est là un tissu nouveau, déterminé, sui generis. J'essaierai, dans un autre Mémoire, d'en marquer les analogies. En attendant, tout le monde voit que le tissu dont il s'agit ici n'a nul rapport avec le tissu de l'appareil pigmentai de la peau , décrit dans un précédent Mémoire. Ce sont là deux tissus, deux appareils essentiellement distincts ; et le nom de corps muqueux sous lequel on les a réunis jusqu'ici, est éga- lement erroné, soit qu'on l'applique à l'un ou à l'autre. v. AiiDOUiN. — Nid d'une araignée. inj Note sur la demeure d'une Araignée maçonne originaire de V Amérique du Sud, Par M. Victor Audouin. Présentée à l'Académie des Sciences dans sa séance du 39 mai 1837 ). Lorsqu'en 1768 (1) l'abbé de Sauvages fit connaître à l'Aca- démie des Sciences une araignée des environs de Montpellier , dont la demeure creusée dans le sol et construite en terre était close par un couvercle qui s'ouvrait et se fermait à volonté au moyen d'une charnière soyeuse et élastique, cette observation excita à un très haut point l'intérêt des naturalistes, et cet in- térêt fut bientôt augmenté par la découverte qu'on fit en Corse d'une seconde espèce construisant un nid semblable, mais plus parfait et plus compliqué encore dans ses détails : c'est ce que je crois avoir montré dans un mémoire spécial , et l'accueil qu'il a reçu de la part de l'Académie m'a prouvé qu'elle ne ces- sait pas de juger digne de son attention tout ce qui a trait aux mœurs des animaux, tout ce qui peut jeter quelque jour sur leur merveilleux instinct. Je ne crois donc pas abuser de ses momens en lui communiquant aujourd'hui un fait du même genre. L'araignée de Montpellier et celle de Corse, dont les habi- tudes ont été décrites par l'abbé de Sauvages (2) et par Rossi , offrent beaucoup d'analogie de structure avec ces grosses arai- gnées remarquables par leur corps velu, et dont tous les voya- geurs ont parlé sous le nom d'Araignées crabes. Elles sont va- gabondes et agiles, et ne montrent pas, à beaucoup près, au- tant d'art dans la construction des réduits où elles se tiennent (t) Annales de la Société Entoinologique de France, ». 11, p. 69, pi. iv (i833). (2) La découverte de Sauvages est antérieure de plusieurs années à la communication qu'il en fit 1758 à l'Académie des Sciences en ; déjà il en avait entretenu en 1754 son «mi Réauraur. i5. iiÙ v. AiTDOUiN. -- Nid d'une sfraignée. en embuscade pour guetter leur proie : ce sont des tubes ou des espèces de galeries dont les parois soyeuses sont renfor- cées par une réunion de feuilles, de petites branches ou de di- vers corps étrangers. On pouvait donc croire que cette habileté pour bâtir était dévolue d'une manière en quelque sorte exclusive aux espèces de petite taille qui habitent nos contrées méridionales. Il est vrai de dire que Patrick Brown, dans son Histoire de la Ja- maïque publiée en 1766, avait parlé dune Mygale maçonne qui , non moins timide que celle découverte par l'abbé de Sau- vages, creusait la terre et y bâtissait un nid qu'elle fermait à l'aide d'un opercule à charnière; mais la description et la figure qu'il en donne montrent combien est imparfaite cette retraite, comparée à la demeure de la Mygale de Montpellier. Celle-ci et la Mygale de Corse restaient donc en possession d'une indus- trie aussi merveilleuse, et jusqu'ici aucune œuvre ne pouvait, sous le rapport de la perfection du travail, être comparée à la leur. Toutefois, l'examen que je vais faire d'un nid d'araignée qui a été récemment envoyé de la Nouvelle-Grenade à mon ami M. le D' Boulin, et qu'il a bien voulu me remettre, prouvera à l'Académie que cette prééminence de nos Mygales ne saurait être maintenue, et qu'il existe dans l'Amérique du Sud des ar- chitectes tout aussi habiles que les nôtres» Ce nid a été construit avec une terre végétale qu'on pourrait dire grasse ou un peu argileuse : c'est une condition sans doute indispensable, et que recherche l'araignée de la Nouvelle- Grenade comme celle de Corse et de Montpellier. Ainsi ces es- pèces se ressemblent par le choix qu'elles font d'une même na- ture de sol pour s'y établir ; mais ce qui a lieu de nous sur- prendre davantage lorsqu'il s'agit d'animaux placés sur des points aussi éloignés du globe, c'est qu'ils bâtissent des de- meures si parfaitement semblables, qu'on les croirait exécutées sur un même modèle et en quelque sorte coulées dans un même moule, avec cette seule différence que l'une présenterait en grand ce que l'autre montrerait en miniature. L'Académie pourra facilement s'en convaincre en comparant les objets en nature que je mets sous ses veux, et elle jugera v. audouih. — Nid d'une araignée. 229 «ans doute que les détails dans lesquels j'aurais pu entrer sur la structure de ce singulier nid exotique se trouveront de beau- coup abrégés par ceux qu'a donnés l'abbé de Sauvages à l'occa- sion du nid indigène; la description de l'un peut en effet être calquée sur la description de l'autre. Le nid de la Nouvelle-Grenade (1) n'a pas été retiré du sol en entier ; je suppose qu'il y pénétrait à la profondeur de six à huit pouces au moins. Son orifice, qui est parfaitement intact et circulaire, n'a pas moins de deux centimètres et demi de diamètre (environ un pouce ); il surpasse un peu , sous ce rap- port, le nid de l'île de Corse, et de beaucoup celui de Mont- pellier, qui, mesuré dans le même sens , n'atteint guère quo douze à quinze millimètres. (2) Ce qui existe de l'habitation montre clairement qu'après avoir pratiqué un trou de sonde vertical, l'araignée a construit avec les déblais qu'elle en a retirés et qu'elle a convenablement malaxés, une sorte de muraille circulaire qui revêt sa galerie jusqu'à une certaine profondeur et lui donne une solidité que n'aurait pas un simple puits foré. Elle en a en suite poli la surface intérieure et l'a tapissée d'une étoffe soyeuse. Les parois du tube étant faites à la manière ordinaire, voyons par quels moyens l'ouverture en est close. Or, c'est ici que la Mygale exotique semble avoir servilement copié notre arai- gnée maçonne, et avoir employé le même procédé; le travail de l'une est aussi parfait que le travail de l'autre, et le résultat qu'elles obtiennent est exactement le même. En effet, on re- marquera que l'orifice de la galerie que nous décrivons est un peu évasée, de manière à figurer une sorte de gorge circulaire, destinée à recevoir l'opercule ou la porte. Celle-ci est taillée en •me rondelle dont le pourtour est coupé obliquement dans l'é- paisseur de son bord ; et comme de son côté la feyure ou la gorge présente une coupe également oblique, mais en sens in- verse, il résulte du rapprochement des deux parties une ferme (t) Voyez planche iC,fig. 3 el 4. {■>) Vhnrhv. 3C, fig. i et a. î3o v. audouin. — Nid d'une araignée. ture très exacte et du genre de celle que nous avons imaginée pour clore nos flacons à l'émeril. Il n'est pas rare , dans la nombreuse classe des insectes , de voir diverses demeures fermées ainsi par un opercule; c'est le cas de plusieurs œufs et celui de quelques habitations où sont contenues des chrysalides et des larves. L'insecte parfait, en sortant de son état de nymphe, soulève ou découpe lui-même cet opercule, tout aussi régulièrement que nous le ferions à l'aide d'un compas. Mais, comme ces demeures sont tempo- raires, qu'une fois la porte ouverte elle n'aura plus à se fermer, elle tombe dès que l'insecte se décide à la pousser. Il ne pouvait en être de même pour les habitations de nos araignées mineuses; leur galerie souterraine est un lieu de sé- jour où elles se tiennent pendant toute leur vie ; elles n'en sor- tent que rarement et à de courts intervalles ; elles y rentrent au moindre danger, elles y entraînent leur proie pour la sucer à loisir, enfin elles y pondent leurs œufs et y vivent quelque temps avec leurs petits. Il était donc nécessaire que l'opercule qui en garantit l'ouverture y fût maintenue d'une manière quel- conque. A cet effet, l'araignée de Montpellier et celle de Corse savent adapter à leur couvercle une charnière flexible, au moyen de laquelle il s'ouvre et se ferme aussi promptement que le font nos portes les mieux perfectionnées, c'est-à-dire qu'à cause de l'élasticité de la charnière et du poids de la porte, elle peut, lorsqu'elle a été ouverte, retomber d'elle-même et clore l'entrée de la demeure, sans que l'animal s'en inquiète. Un mé- canisme exactement semblable a été employé par l'araignée ma- çonne d'Amérique : son opercule est également fixé au tube par un lien soyeux qui en rend le jeu très facile. Cette porte elle-même, étudiée dans sa composition, offre la plus grande analogie avec celle de l'araignée maçonne décrite par l'abbé de Sauvages. Elle est pesante, parce qu'elle est for- mée en grande partie de terre. Sa face supérieure , celle qui correspond au dehors, est raboteuse , un peu excavée, comme déprimée ; et son aspect grossier , qui doit se confondre avec le sol environnant , a certainement pour but essentiel d'en dissi- muler la présence. Au contraire, la surface interne du cou- v. audouin. — Nid d'une araignée. u3 1 vercle est lisse et tapissée comme les parois du tube d'uue toile soyeuse et saliuée. Je noterai comme un fait très curieux qu'il n'existe ici au- cune trace de ces nombreux trous rangés en demi-cercle qui garnissent intérieurement le nid de la mygale de Corse, et qui permettent à l'animal de la tenir plus exactement close en y fixant ses crochets. Sans doute que la toile plus lâche dont elle a revêtu son couvercle suffit à l'araignée de la Nouvelle-Gre- nade pour y trouver prise et s'y cramponner : c'est au reste le cas de l'opercule que construit la Mygale de Montpellier, et qui manque également de ces petits trous; mais tandis qu'on pou- vait en attribuer la cause à son peu de volume, qui n'exigeait pas un moyen de fermeture si efficace, on voit par l'exemple du nid de l'Amérique du sud , plus grand que celui de Corse , que ce n'est pas là qu'il faut en chercher la raison ; ne serait-ce pas plutôt parce que la couche qui revêt la porte tlu nid de cette dernière, étant lisse et parcheminée, elle n'aurait offert aucune prise à ses griffes, qui dans le cas de légitime défense, ne manquent pas fie s'y accrocher? J'aurai rempli mon but si la publication de cette Note peut, en excitant le zèle des voyageurs , amener bientôt la décou- verte de l'araignée qui construit le nid dont j'ai donné la des- cription. Au reste, on ne peut douter que cette espèce ne soit fort analogue aux Mygales de Corse et de Montpellier ; qu'elle n'ait comme elles un corps garni de poils fins, des pattes robustes et surtout des mandibules armées de râteaux , seuls instrumeus que leur ait donné la nature pour exécuter des travaux si parfaits. EXPLICATION DE LA PLANCHE 3 C Fig. t. Nid de I'Araigkee MAçoinit i>« Montpellier, de grandeur naturelle. Fig. a. Le même, ouvert. Fig. 3. Nid de I'Araiowée maçoubk de l'Amérique du Sud , de grandeur naturelle. Fig. 4. Le même, ouvert. a3a de BLfiNViLLE. — Singes fossiles. Rappqrt sur fa découverte de plusieurs ossernens fossiles de quadrumanes , dans le dépôt tertiaire de Sansau, près d' Auck, par M. Lartet, Fait à l'Académie des Sciences par M. de Blain ville. Dans la séance du 16 janvier dernier, M. Lartet a envoyé à l'Académie une lettre annonçant la découverte, dans le dépôt tertiaire de Sansan , près d'Auch, d'une mâchoire inférieure de singe. (1) Dans la .séance du 7 avril, il a adressé une seconde lettre sur le même sujet accompagnée d'une description plus complète et d'une figure, en annonçant qu'il avait aussi recueilli quelques autres ossernens qu'il pensait pouvoir avoir appartenu à un Sapajou et à un Maki. C'est sur ces différens faits que l'Académie a nommé une commission com- posée de MM. Duméril, Flourens et moi, pour lui faire, un rapport, et c'est ce rapport que nous avons l'honneur de lui soumettre. Dans le groupe d'animaux qui font le sujet des lettres de M. Lartet, la nature des traces qu'ils ont pu laisser dans le sein de la terre, est nécessairement bien moins variée que pour l'espèce humaine, et même que pour d'autres genres de la série zoologique, dont certains produits ont pu se conserver depuis un temps que l'on regarde généralement comme incommensurable. Toutefois , les traces qui ont été attribuées à l'ordre des quadrumanes sont encore de deux sortes: ou le résultat direct de la conservation de leurs parties dures, ou bien les empreintes de leurs pieds à la surface d'un sol mou qui se serait solidifié par la suite, et dans lesquelles un relief se serait formé et ensuite durci et conservé. A une époque de la science où, si les moyens de comparaison manquaient aux hommes les plus investigateurs, ce qui les conduisait presque nécessaire- ment à des erreurs plus ou moins graves, on était du moins à l'abri de celles provenant d'opinions plus ou moins préconçues, qui nous portent à admettre avec plus ou moins de facilité, les faits qui nous semblent dans le sens de celle que nous avons adoptée, et à repousser, au contraire, ceux qui lui sont opposés, on trouve un assez petit nombre d'exemples 011 l'on à considérer comme pro- venant de singes, des ossernens qu'il a été facile par la suite de montrer ne pas leur avoir appartenu; et cela, sans qu'il fut besoin d'une discussion bien appro- fondie , tant la chose était évidente et facile à constater. Les singes, en effet, en comprenant sous cette dénomination les espèces nor- males qui constituent le premier degré d'organisation des Mammifères, car (1) Voyez ei-dtiisus \\. 1 16. DE BLAIN VILLE. — - SîllgCS fossiles. 1 33 l'homme tic peut y être rangé, présentent dans l'ensemble de l'organisation os- téologique, ainsi que dans chaque partie qui la constitue, des caractèies qui ne permettent que fort rarement des doutes un peu prolongés. Il suffit, en effet, de savoir que ces os rappellent assez bien dans leur nombre, dans leur disposi- tion articulaire, ainsi que dans leur forme, ce qui existe dans l'homme , cepen- dant avec une différence plus ou moins considérable, mais presque toujours très marquée, dans la grandeur, pour avoir presque de suite les moyeus de ne pas les confondre avec ceux des autres Mammifères. Ce qui vient d'être dit du véritable squelette est encore plus applicable peut-- être à ces parties dures développées dans la peau qui recouvre le bord des mâ- choires et qui, par suite de leur développement, sont, pour ainsi dire, saisies par celles-ci, au point qu'elles semblent y être comme implantées, mais dont elles sont chassées au bout d'un temps plus ou moins long, ce qui, pour le dire en passant, montre la grande différence qu'il y a entre les dents et les os. Les dents iea Singes sont, en effet» presque entièrement semblables pour le nombre» la disposition, la proportion et même la forme, dans un grand nombre de points» avec ce qui existe dans l'espèce humaine. Cependant, il ne faudrait pas croire que tous les animaux compris sous le nom de quadrumanes, offrent le même degré de ressemblance avec l'homme dans le système ostéologique, et surtout dans le système dentaire. Le plus grand degré de ressemblance se trouve évidemment avec les Singes proprement dits, ou Singes de l'ancien continent, qui parviennent quelquefois à une taille pres- que égale à celle de l'homme, pouvant assez souvent se tenir dans une position verticale, dont un certain nombre d'espèces manquent entièrement de queue, et dont la poitrine, également dans les premières espèces, est formée par un sternum large et aplati, dont la tête osseuse, du moins dans le jeune âge, a aussi quelquefois une certaine ressemblance avec celle de l'espèce humaine et qui ont constamment le même nombre de dents, de même sorte, dans un ordre et dans une disposition semblables, toutefois, avec quelques différences dans le nombre et la disposition des tubercules qui arment la couronne des molaires. Mais cette ressemblance diminue déjà d'une manière manifeste dans cette famille de quadrumanes confinée dans le nouveau continent et que l'on connaît généralement sous la dénomination commune de Sapajous. La dégradation se montre même presque dans toutes les parties que nous venons d'énumerer, et cela déjà dans les premières espèces. En effet , sans parler de la grandeur , qui n'approche jamais de celle de l'homme , on trouve dans la colonne vertébrale, dans l'existence de la queue qui est constamment fort développée et assez sou- vent prenante, dans la forme du sternum, dans celle du pouce des membres antérieurs, qui n'est jamais véritablement opposable, des phalanges onguéales, qui se compriment de plus en plus, ce qui indique des ongles de plus en plus «mi forme de griffes , des preuves d'une dégradation évidente. Cette dégradation ne se montre peut-être pas moins dans le système dentaire, non pas encore «lans les incisives, qqi cependant chee les dernières espèces indiquent un peu 2 34 DE BLA IN VILLE. Singes fossiles. par leur déclivité ce qui- a lieu dans les Makis, non pas même dans les canines, qui ressemblent assez bien encore à ce qui existe dans les Singes de l'ancien continent, mais dans les dents molaire*, dont le nombre est toujours augmenté d'une fausse molaire de chaque côté et à chaque mâchoire, ce qui porte dans le plus grand nombre des cas, le nombre total à trente-six ; mais en outre parce que la molaire postérieure devient de plus en plus petite , au point de disparaître complètement dans les dernières espèces voisines des Makis ; et enfin parce que les tubercules dont la couronne est hérissée deviennent de plus en plus aigus, surtout ceux du bord externe, ce qui indique des animaux dont la nourriture prend une portion plus grande dans le règne animal. Mais la dégradation devient encore bien autrement évidente et bien plus forte dans la petite famille des Makis, puisqu'il est aisé de voir qu'elle porte sur l'ensemble du squelette et sur chacun de ses os en particulier, aussi bien que sur les trois parties du système dentaire. La forme de la tête dans le grand développement des mâchoires, et dans la petitesse et l'avancement de l'orifice nazal, indique évidemment un rapprochement remarquable des mammifères car- nassiers ; il en est de même du reste de la colonne vertébrale quoique quelque- fois dépourvue de queue, de la forme comprimée du thorax et du sternum, de la structure des membres antérieurs dont la clavicule est notablement moins forte que dans les Singes; de l'étroitesse de l'os des îles, et de la grande obli- quité du détroit supérieur du bassin. Quant au système dentaire, on peut dire que la dégradation carnassière se manifeste dans toutes ses parties, incisives, canines, fausses molaires et mo- laires vraies. Au nombre des variations les plus singulières que présente le sys- tème dentaire de ces animaux, on doit surtout remarquer les dents insisives qui depuis les espèces que l'on peut considérer comme normales jusqu'à celles qui sont tellement anormales qu'on a balancé long-temps et que quelques zoologistes balancent encore à les regarder comme de cette famille., offrent pour ainsi dire, toutes les combinaisons de nombre , de forme et même de direction , quoique dans le plus grand nombre des cas, elles soient verticales en haut et très dé- clives en bas. Les canines présentent aussi des différences tellement importantes, que quel- quefois les zoologistes ne sont pas entièrement d'accord sur leur existence dans certains genres et qu'elles manquent indubitablement dans d'autres. Quant aux molaires , également variables de nombre et de forme, on peut se borner à dire que le caractère carnassier se prononce de plus en plus dans la manière dont le bord externe se relève et devient tranchant. Ainsi j comme on le voit, il n'eût pas été difficile de trouver, dans la con- naissance un peu approfondie des parties dures de l'organisation des quadru- manes , des élémens suffisaus pour résoudre la question de l'existence ou non de restes fossiles ayant appartenu à cet ordre des mammifères. Un autre élément qui pouvait également servir à faciliter la résolution de cette question pouvait se tirer de la distribution géographique des quadrumanes DE BLAINVILLK. Sttlgêê fossiles. s35 actuellement vivans à la surface de la terre. Quoique, de ce que nous ne con- naissons pu actuellement des animaux d'une famille ou d'un genre vivant dans une contrée, en conclure qu'il n'a jamais pu y en exister, serait évidemment trop bardi ; cependant l'on conçoit comment cette considération peut servir à nous éclairer et à nous mettre en garde dans l'adoption ou dans le rejet d'une assertion qui appuierait ou contrarierait une opinion plus ou moins généralement admise. La distribution géographique des espèces actuellement vivantes est donc un préliminaire assez important dans ces sortes de questions. Dans l'état actuel de nos connaissances au sujet de la répartition des espèces de quadrumanes à la surface de la terre, nous sommes encore au point où Buf- fon a laissé la science il y a bientôt cent ans; c'est-à-dire que jamais encore on n'a rencontré de véritables Singes, de quadrumanes à ouvertures nazales obliques et très rapprochées, à système dentaire anthropomorphe, dans le Nouveau-Monde ou dans l'Amérique ; et que par contre, on ne connaît aucune espèce de Sapajous ou de Singes à ouvertures des narines latérales et très distantes, à trois fausses molaires à chaque côté des deux mâchoires, dans aucune partie de l'Ancien-Monde. Ce sont deux familles d'un même ordre qui se représentent dans les contrées chaudes des deux coutinens. Il en est à-peu-près de même des mammifères de la famille des Makis, on n'en connaît encore que dans les contrées chaudes de l'ancien continent, et ce qu'il y a de plus remarquable, de plus digne d'attention, c'est que la plus grande partie des espèces connues appartient exclusivement à la grande île de Mada- gascar, et que jamais une espèce de cette île n'a été retrouvée sur le conti- nent et vice versa. Quoique l'existence des trois familles qui constituent le groupe des qua- drumanes soit limitée dans une grande zone de la terre, qui, au nord, ne dé- passe pas le 35 e degré dans l'ancien continent et le 25 e dans le nouveau , et, au sud, le 3y* pour l'ancien monde et le 37' pour le nouveau, ce qui montre que les Sapajous sont beaucoup moins répandus que les Singes, il ne faut pas croire que ce soit le degré de température qui les force de vivre seulement aux lieux où nous les connaissons aujourd'hui ; en effet, si ces animaux habitent en géné- ral de préférence les lieux boisés , sur les bords des rivières où la végétation est plus active, plus continue et où les fruits sont plus abondans, à nn niveau as- sez j eu au-dessus de celui de la mer, on sait aussi qu'il en existe dans des par- ties assez élevées des Cordillières de la Nouvelle-Grenade , des Hymalaïas , de la montagne de la Table, au cap de Bonne-Espérance, et sur les frontières de la Chine et par conséquent dans des lieux dont la température est assez basse. On doit aussi remarquer que , sauf les grandes îles de l'archipel indien , Java,. Sumatra, Bornéo, Ceylan , Célèbes et Madagascar, aucune espèce de quadru- mane n'a encore été rencontrée dans les îles de l'ancien, pas plus que dans celles du nouveau continent. Si les trois grands groupes qui constituent l'ordre des quadrumanes normaux sont presque limités à trois parties du monde, il en est à-peu-près de même pour a36 de blaijxville. — Singes fossiles. les petits groupes naturels qui les constituent, cela n'est pas cependant pour les Sapajous, dont l'espace géographique est, il est vrai , beaucoup moins étendu. En effet, on sait que les Alouattes, les Atèles, les Sapajous proprement dits, les Sakis, et même les Sagouins et les Ouistitis, se> trouvent répandus sur toute la sur- face de l'Amérique méridionale, dans les limites du Mexique au Paraguay, et plus particulièrement sur le versant oriental de la chaîne des Cordillières. Il n'en est pas de même des Singes de l'ancien continenl. Les Orangs-outangs et les gibbons appartiennent presque exclusivement à l'Asie insulaire. C'est tout au plus si l'on connaît une ou deux espèces de Gibbons du continent de l'Inde; aucune n'a été jusqu'ici observée en Afrique, Les Semnopithèques ou Singes à longue queue, à membres grêles, avec un cinquième tubercule à la dernière molaire inférieure (sauf le Soulili, S. Fulvo- grisea, qui manque de ce tubercule, et fait ainsi le passage aux Gibbons), n'ont également été trouvés qu'en Asie, aussi bien sur le continent que dans l'archipel. Mais il semble que sur les Colobes , qui ont les mêmes caractères, mais dont le pouce est nul ou rudimentaire, les représentent en Afrique. Les Guenons sont des deux parties de l'ancien continent. Il n'en est pas de même des Macaques ; mais jusqu'ici on ne connaît de Cyno- céphales, ou de Singes à narines terminales qu'en Afrique. Quant aux Magots, qui sont intermédiaires aux Macaques et aux Cyno- céphales, ce sont les espèces qui s'avancent le plus loin au nord {S. Inuus, en Afrique, S. Specioscij au Japon), et qui, par conséquent, paraissent résister davantage au froid. Dans Ja famille des Makis ; on remarque que les Makis proprement dits , les Indris et les Aye-Ayessont exclusivement de Madagascar ; tandis que les Makis à longs pieds ouïes Galagos, les Loris elles Galéopithèques, sont delà côte occir dentale d'Afrique ou de l'archipel et du continent indien exclusivement. Ces deuxélémens propres à résoudre et à estimer à sa valeur la question de l'existence des Quadrumanes dans le sein de la terre , étant donnés , voyons maintenant à aborder la question en elle-même. A l'époque des progrès de la scieuce de l'organisation et de la géologie, où l'absence presque complète des collections ostéologiques ne permettait pas aux personnes, même ies plus versées dans l'anatomie réelle, d'établir de compa- raison avec des osseroens trouvés dans le sein de la terre, et, par conséquent, les conduisait aisément à Teneur ; à cette époque, ou le manque de toute théo- rie approximative de la succession des êtres à la surface de la terre laissait les observateurs pour ainsi dire indifférens pour des assertions qu'aujourd'hui nous serions quelquefois portés à repousser , presque malgré les faits et l'évidence , l'on conçoit très bien comment des erreurs ont pu être introduites et acceptées an sujet d'ossemens fossiles attribués à des animaux de l'ordre des quadrumanes, conme cela a eu lieu pour l'espèce humaine. La première assertion qui ait trait à un Singe fossile, repose sur le squelette presque entier d'un animal quadrupède à longue queue, découvert en 1733,, dk blainvilli:. — Singes Jossilés. a37 dans les schistes métallifères de la Thuringe, à Gluck-Brunn, près Altenstciu, bailliage de Saxe-Meinùngen , et que Swedenborg a figuré, tabl. II de sou Traite de Cupro, p. 168, en l'attribuant non pas à une espèce de Guenon ou de Sapajou, comme l'en accuse tout-A-fait à tort G. Cuvier, p. 7 de son article sur les Crocodiles fossiles > mais à quelque animal matin amphibie, et alors sous ce nom à' amphibie on entendait généralement ce qu'on nomme aujourd'hui reptile, ou à quelque genre de Chat marin, à cause de sa queue, c'est-à-dire à une espèce de Squale roussette, nommé alors ainsi, comme cela même a lieu encore aujourd'hui chez les pêcheurs. L'idée principal de Swedeuborg était doue que ce devait être uu auimal marin amphibie ou non, et par conséquent, il ne devait pas le moins du monde penser à une Guenon ou à un Sapajou. Jusqu'à d'Argeuville, en l'jSi), chez lequel en effet on trouve ce fossile in- diqué pour la première fois, à ce que je suppose, sous le titre de Scheletton d' unquadrupède à queue , qu'on, croit avoir été un Singe , je n'ai rencontré aucun auteur de pétrifications qui ait admis ce rapprochement erroné, comme le dit cependant G. Cuvier. En effet, Jean Gesner, auteur d'un petit ouvrage sur les pétrifications, excellent et fort remarquable à l'époque où il parut ( 1758), et encore fort intéressant à lire aujourd'hui, se borne à citer la figure donnée par Swedenborg sous la seule dénomination employée par celui-ci,, c'est-à-dire de Chat marin; C'est donc à d'Argeuville, et surtout à Walsh, en 1775, qu'il faut attribuer l'erreur grossiète que G. Cuvier met sur le compte de Swedenborg. En effet, le commentateur, du reste fort érudit et fort utile des planche» de Knorr, en citant, en deux endroits, la figure donnée par l'auteur suédois, dit dans un pas- sage : « que ce squelette a la plus grande ressemblance avec le squelette d'un a Singe ou d'un Babouin » , et il ajoute , dans un autre : pourrait rapporter ce bout de mâchoire, il faudrait choisir entre les insectivores, qui ont parfois dans la disposition des dents de la mâchoire inférieure quelque chose d'assez analogue à ce que nous venons de décrire, comme on peut le voir dans les tenrecs et surtout dans les cladobates , et entre les cochons dont les dents incisives longues, étroites, déclives, sont également au nombre de six en trois paires ; mais comme dans ces animaux elles sont en outre espacées et ne s'usent que par l'extrémité , que les fausses molaires sont également au nombre de trois et que la symphyse est également remarquable par sa grande longueur, sa forme oblique, sa forme de gouttière intérieure, j'aimerais mieux regarder ce fossile comme ayant appartenu à une espèce du genre cochon ou peut-être mieux à un genre bien voisin. En effet, les canines ne paraissent pas avoir été assez développées pour être considérées comme de véritables défenses, à en juger du moins par le peu d'élévation ou d'élargissement de la mâchoire à. l'endroit de leur implantation; et d'ailleurs on conçoit fort bien que le reste du système dentaire et le système digital présentent quelques différences génériques. Nous pouvons encore apporter en faveur de notre opinion sur le rapprochement à faire de ce fragment de mâchoire avec les cochons, d'abord, la petite phalange dont il vient d'être parlé tout-à-1'heure , et de plus une dent molaire vraie, fai- sant partie du premier envoi fait au Muséum par M. Lartet , et qui prouvent- que le dépôt de Sansan renferme des restes fossiles de ce genre de pachy- dermes. Espérons que les nouvelles fouilles auxquelles M. Lartet continue de sc> livrer avec ardeur, le mettront bientôt à même de confirmer ou de rectifier ces premiers aperçus. D'après les détails dans lesquels nous venons d'entrer sur la communicatio;! faite à l'Académie par M. Lartet, et malgré que nous soyons obligé de ne pas encore admettre ce fait extraordinaire de fossiles d'animaux , aussi rigoureuse- ment limités dans leurs circonscriptions géographiques que les singes , les sapa- jous, les makis , trouvés à~la-fois, en France, dans les mêmes lieux et dans le» mêmes circonstances géologiques ; la découverte d'ossemens fossiles ayant indu- bitablement appartenu à un singe, comme M. Lartet l'a parfaitement senti et démontré, et à uue espèce qui a plus de rapports avec les gibbons limites aux parties les plus reculées de l'Asie qu'avec toute autre actuellement vivante, n en reste pas moins l'une des plus heureuses et des plus inattendues découvertes qui aient été faites en paléontologie dans ces derniers temps (i). En conséquence, (i) Depuis la lecture de la lettre de M: Lartet à l'Académie , il a été annoncé dans un re- cueil anglais que MM. Cautley et Falconer venaient de découvrir, dans le riche dépôt d'os MMI fossiles des Sous Hiwalayas, une mâchoire de singe qu'ils rapportaient à un Cynocé-. 246 de blainville. — ■ Singes fossiles. nous concluons à ce que la note de M. Lartet soit publiée dans les Mémoires des savans étrangers avec une figure de la mâchoire du singe dont il s'agit , et à ce que l'Académie lui continue les encouragemens qu'elle a bien voulu com- mencer à lui accorder pour faciliter ses recherches, les rendre plus étendues et par conséquent plus fructueuses. EXPLICATION DE LA PLANCHE G;. Fig. i. Mâchoire de singe fossile, vue de profil. Fig. i". La même , vue en dessus. Fig. 2 et a", Mâchoire du Siamang. Lettre sur quelques espèces d'animaux invertébrés de la côte de Norvège ; adressée à l'Académie des Sciences par M. Saars } de Bergen. L'étude des animaux inférieurs de la côte de Norwège, que j'ai pu me procurer pendant plusieurs années de recherches assidues faites à Bergen , m'a permis d'arriver à quelques résul- tats que j'ai l'honneur de soumettre à l'Académie. Mollusques. — Plusieurs animaux mollusques de l'ordre des Nudibranches, lesquels sont remarquables par l'absence de co- quilles, ce que l'on a cru propre à tous les âges, m'ont au con- traire montré pendant la vie embryonnaire, et aussi quelque temps après leur naissance, une véritable coquille : cette co- quille est externe, de forme nautiloïde , mince, cornée et trans- parente (genres Eolidia, Doris et Tritonia). Ces animaux dif- fèrent alors, par leur forme, des adultes de la même espèce, ils nagent avec rapidité au moyen d'appendices ahformes au nombre de deux , et garnis de cils vibratiles; leur pied, qui est rudimentaire, supporte un petit opercule. Les Aplysies, qui, clans l'âge adulte, ont une coquille plus ou moins interne et phale, groupe dont les espèces vivantes, sauf peut-être le S. Hamadryas , qui vit , assure- 1 on- en Perse, n'ont été trouvées jusqu'ici qu'en Afrique exclusivement. sa Ans. — Animaux invertébrés de la côte de Norwège. i(\~} de grandeur variable , ressemblent beaucoup , lorsqu'elles nais- sent, aux jeunes des genres que je viens de citer; elles sont de même pourvues d'ailes et protégées par une coquille externe également nautiloïde. Annèlides. — Le genre Spio d'Othon Fabricius, groupe jus- qu'ici mal compris, m'a fourni trois espèces nouvelles; deux sont dépourvues d'antennes, et l'autre en a deux assez petites. Les appendices cirrhiformes de la tête de ces animaux ne sont pas de véritables antennes , non plus que des branchies ; ils correspondent aux cirrhes tentaculaires de M. Savigny. Les Spios doivent être rapportés à la famille des Néréides. Le genre Ophélie de M. Savigny, dont j'ai aussi observé trois espèces, a été décrit en sens inverse par ce savant naturaliste, qui donne comme antérieure l'extrémité postérieure, et comme dorsale la face qui est réellement ventrale. Les Ophélies ont une petite trompe et deux yeux ; leur extrémité céphalique est ai- guë et sans antennes : ces Annèlides devront donc être rappor- tés à la tribu des Néréides acères ; ce que l'on a pris pour leurs tentacules appartient aux appendices de l'anus. J'ai revu le Tubularia Steliaris Fabric. , dont M. de Blainville fait avec juste raison un genre particulier sous le nom de Fa- bricia (i). La description que Fabricius donne de ce ver est exacte, et se rapporte à un individu complet. Le nombre des articles sétigères est de onze. Ce genre me paraît voisin des Sabelles. Je lis dans des notes rédigées par moi , il y a déjà huit ans, que la Fabricie présente deux points pseudo-oculaires sur l'extrémité antérieure, et deux sur la postérieure, et que, lors- qu'elle sort de son tube, elle rampe, dans quelques cas, en se dirigeant d'avant en arrière, ce que font parfois aussi les Né- réides elles-mêmes. Vers Apodes. — J'ai recueilli sur les branchies du Lampris Guttatus un nouvel Hexacotyle , et dans l'estomac d'une espèce de Béroè r le Mnemia Norwegica (a) , une espèce également iné- dite du genre Scolex de Muller. (i) Dictionnaire des sciences naturelles , f . 5 7 , p . 4 3 ■> (a) Saars, Beskrivelscr og Jagtagclser. Bergen, i835. ;»48 saars. — animaux invertébrés de la côte de Norwège. Le Priapule de Fabricius a été assez bien observé par ce zoo- logiste. J'ai constaté que c'était bien réellement un animal voi- sin des siponcles; mais sa queue exsertile est, sans aucun doute, un organe respiratoire, et elle diffère de l'ovaire qui est inté- rieur. La trompe du Priapule est armée d'une foule de petits crochets disposés en quinconce comme dans les véritables Siponcles. Zoophytes. — Les Astéries , lorsqu'elles éclosent , sont d'une forme très différente de celle des mêmes animaux adultes : elles sont d'abord binaires, et, ainsi que me l'a démontré l'étude de XAsterias Sanguinolenta de Muller, elles ne deviennent radiées qu'après quelques semaines. Je dirai aussi que le singulier animal que j'ai fait connaître sous le nom de Strobila, est le jeune âge d'une Méduse, du Médusa aurita. Cette dernière est donc d'abord fort éloignée de la forme qu'elle aura plus tard. C'est alors une sorte de ca- pitule polypiforme multitentaculé, lequel surmonte un corps cylindrique, et susceptible de se fractionner transversalement, à mesure que se fait le développement, en fragmens distiformes et radiés qui constitueront chacun une Méduse après la dés- agrégation. Quant au capitule, j'ignore ce qu'il devient. (i) Les côtes de Bergen m'ont encore procuré beaucoup d'autres animaux de classes différentes (Annélides, Mollusques, Zoo- phytes, etc.) ; je les décrirai dans un ouvrage auquel je tra- vaille, et plusieurs formeront des genres entièrement nouveaux et fort singuliers. Bergen, quoique situé fort au nord , est une localité riche en animaux marins , et j'y ai souvent recueilli des espèces dont les genres avaient été considérés comme particu- liers aux régions plus chaudes : telles sont une espèce d'Aplysie, des Biphores, des Dyphies, des Physsophores, des Coma- tules, etc. (i) Voyez , ponr plus de détails sur le Strobila , mes Beskrivelser og lagtagelser, p. 16, pi. 3 , et l'extrait que M. de Blainville a récemment donné de ce travail dans son Actinologie ; p. 66 1 rt687. FUDKS DELONGCHAMPS. Helminthologie. l[\Cf Extrait d'une lettre relative à quelques points d'helmintologie, adressée aux rédacteurs des Annales par M. Eudes De- LOWGCHAMPS. . . . .Je viens de lire dans les Annales des Sciences naturelles, livraison de novembre i836, un mémoire intitulé: Quelque» observations o? helmintho- logiepar M. Charles le Blond. M'étant beaucoup occupé autrefois de cette partie importante de la zoologie, j'ai à présenter, sur ce mémoire, quelques remarques qui ne seront peut-être pas sans intérêt pour la science. Elles n'ont trait qu'à la première partie du mé- moire relative à un tétrarhynque parasite d'un amphislome, trouvé sous le pé- ritoine d'un Congre. Je compte assez sur votre amour pour la vérité et sur votre bienveillance envers moi pour espérer que vous ne refuserez pas d'insérer dans votre recueil ces remarques ou réclamations, comme vous voudrez les appeler. Le fait, observé par M. Leblond, d'un petit animal pourvu de quatre trompes retractiles, contenu dans un kyste à plusieurs feuillets (dont le plus profond est regardé à tort comme un amphistome par M. Leblond), n'est ni rare ni nouveau pour la science. Rudolphi a décrit, sous le nom de Anthocephalus granulum (Entoz. synopsis, p. 54i), un petit animal à quatre trompes retractiles contenu dans deux et même trois kystes s'enveloppant concentriquement, et dont l'in- terne est rempli de grains blancs réunis par une sorte de mucus, au milieu desquels se trouve l'animalcule; les kystes étaient ovoïdes et sans prolongement cylindrique. C'est avec hésitation néanmoins que Rudolphi a fait de cet animal un Anthocêphale plutôt qu'un Tétrarhynque , puisqu'il n'adhère point, par l'extrémité postérieure de son corps, à l'un des kystes enveloppans; seulement la circonstance de deux ou trois kyste? a suffi à Rudolphi pour ne pas placer son animal parmi \es Tétrarhynques, puisque ceux-ci sont libres dans l'intérieur des organes, ou enveloppés dans un simple kyste ou au milieu de tubercules accidentels. U Anthocephalus granulum a été recueilli par Rudolphi sur les parois de l'estomac et les appendices pyloriques du Maquereau colias et du Spare alcyon. A l'article Floriceps (1) de l'Encyclopédie méthodique (Hist. nat. des vers), j'ai parlé avec détails de la structure et des enveloppes du Floriceps granulum. Je l'ai trouvé plusieurs fois dans des kystes sans prolongement, comme l'a décrit Rudolphi; mais je l'ai recueilli bien plus fréquemment dans des kystes clavi- (') Ce genre est le môme que Y anthocephalus. Cuvier avait créé le genre ou plutôt le nom Av floriceps; Rudolphi l'a formulé sans nécessité, en précisant la dénomination latine proposée par Cuvier. a5o kudes delongchamps. — Helminthologie. formes , c'est-à-dire ayant une de leurs extrémités renflées et le reste cylindrique, plus ou moins contourné, de la forme enfin de celui qu'a décrit M. Leblond. Sont-cc deux états d'une même espèce ou deux espèces différentes? Je penche pour la première opinion; on conçoit, au reste, que ce n'est pas ici le lieu d'entrer en discussion sur ce sujet. Je ne reproduirai pas non plus ce que j'ai publié sur l'organisation de cet animal dans l'article cité de l'Encyclopédie. Si quelque chose doit étonner, c'est que l'on n'ait pas fait mention plus sou- vent de ce singulier Entozoaire, car il est commun : j'en ai trouvé plusieurs fois des milliers sous le péritoine du Gadus morrhua; je l'ai également recueilli, quoique moins abondamment, sur dix ou douze espèces des poissons de mer les plus communs dans le marché de Caen. On aura fait peu d'attention à ces petits kystes, et l'on ne se sera pas avisé de dilacérer avec précaution la portion ren- flée du kyste interne, car on y eût nécessairement trouvé l'animalcule à quatre trompes ; j'ai ouvert plus d'uu cent de ces kystes, et je l'y ai toujours trouvé. M. Leblond s'est, trompé, lorsqu'il a pris pour un Entozoaire, distome ou amphistome, n'importe, le kyste contenant des grains blancs, renfermé dans le kyste extérieur, sans y adhérer. C'était la première fois qu'il voyait chose sem- blable; l'erreur est pardonnable; je m'explique encore, par la même raison, comment il a cru voir deux ventouses aux extrémités : il est très facile de se méprendre au sujet de très peîits êtres chez lesquels des enfoncemens, des plis, une partie contournée, etc., peuvent, quand on les voit pour la première fois, eu imposer pour quelques particularités d'organisation, surtout si des idées préconçues préoccupent l'observateur; pourtant les Entozoaires trématodes ont une structure interne déjà assez compliquée , pour qu'il soit assez facile de les distinguer d'une masse de mucus pénétrée de granulations blanches. Par suite de sa première erreur, M. Leblond en a commis une autre en re- gardant comme un parasite de son prétendu amphistome ropaloïde, le petit animal à quatre trompes habitant le kyste rempli de matière granuleuse. Il n'est pas impossible, sans doute, qu'il existe des parasites de parasites, mais pour admettre une pareille existence, il faut des faits bien avérés. La présence d'un petit animal, au milieu d'un kyste à parois doubles et même triples, est quelque chose de fort extraordinaire, j'en conviens; mais toute l'hel- minthologie ne se compose-t-elle pas de faits insolites et merveilleux, lorsquon vient à les comparer aux faits d'existence, de développement et de reproduction des animaux ordinaires. Je ne puis être de l'avis de M. Leblond touchant la détermination de son petit animal à quatre trompes ; j'accorderai volontiers qu'il ne soit point Flo- riceps ou Anihocèphale , puisque l'extrémité postérieure de son corps ne se termine pas par une vésicule, et que ce doit être un Tètrarhynque ; mais ce n'est point le Tetrarhynchus appendicuUilus de Rudolphi, qui n'est peut-être qu'une espèce nominale établie d'abord sur une figure de Goëse. La plupart des vrais Tétrarhynques que j'ai observés vivans avaient, à l'extrémité postérieure du corps, une sorte d'appendice qu'ils faisaient rentrer ou sortir suivant certains ch. leblond. — Helminthologie. a5i inoiiveiiicn.s. Le caractère de corps appendlculè ne me paraît pas devoir être spécifique. Dans l'état ordinaire, les Tétrarhynques n'ont point d'enveloppes et se meu- vent librement dans l'intérieur des organes creux ou dans leur parenchyme; leurs trompes rentrent et sortent avec vivacité. Il se pourrait que le Floricepz granule j qui ne montre que des mouvemens fort lents, après avoir été retiré de ses enveloppes, ne fût qu'un Tétrarhynquc encore imparfait, et, pour ainsi dire, à l'état de larve (1); mais à quelle espèce appartiendrait celui de M. Le- blond? J'aurais encore quelques remarques à faire sur la description des trompes et de leurs mouvemens, car je suis loin d'admettre toutes les assertions de l'auteur à cet égard, mais je ne prétends pas pousser plus loin ces observations critiques. J'ai aussi à une époque antérieure, c'est-à-dire en i8s3 et i8^4, donné, dans l'Encyclopédie méthodique, une description des trompes et de leurs mouvemens, qu'il serait bon de comparer avec celle de M. Leblond. On pourrait y voir éga- lement que, comme M. Leblond, M. de Blainville et M. Leuckard, j'avais été frappé de l'analogie que présentent entre eux, d'après la conformation de la tête et des trompes, les Floriceps ou Anthocèphales , les Tétrarhynques et le Bothriocephalus corollatus. Lettre de M. Leblond , en réponse aux observations de M. Delongchamps. M. Eudes Dcslongchamps a bien voulu s'occuper d'un mémoire qu'en dé- cembre i836, j'ai soumis à l'examen de la Société philomatique de Paris , et que les savans rédacteurs des Annales des Sciences naturelles ont ac- cueilli avec indulgence; je l'en remercie. Je ne veux en effet récuser ni les conseils, ni même les leçons un peu sévères d'un naturaliste qui a l'intimé conscience de s'être occupé d'une question plus heureusement que moi, natura- liste jeune encore : d'ailleurs je considère les remarques et lea réclamations comme utiles en principe et comme permises en droit; M. Eudes Deslongchamps a (i) On serait tenté de supposer que les kystes à plusieurs enveloppes, où sont renfermés le» animalcules à 4 trompes sont des œufs dont le germe ou /ml/us est plus ou moins avancé datis son développement , et cela paraîtrait fort simple aux personnes peu ou point versées dans l'étude de l'helminthologie. Il en sera différemment pour celles qui ont acquis une longue pratique dans ces sortes d'observations et qui ont réfléchi sur le problème mystérieux du mode de génération et de propagation des intestinaux ; elles se tiendront sur la réserve. Ne sait-on pas d'ailleurs que plusieurs entozoaircs passent leur vie enveloppés dans un kyste? à 5a oh. lfblond. — Helminthologie. donc été libre de me contredire, bien qu'il n'ait pas été le témoin oculaire de mes observations et qu'il ne soit pas certain en conséquence de frapper juste au but. Ce préambule établi, je réponds directement à la critique que j'ai l'honneur d'essuyer. Il faudraitavant tout savoir: i° si les observations de M. Eudes Deslongchamps portent sur les mêmes entozoaires que les miens ; %° si dans la supposition où elles traiteraient des mêmes helminthes , elles ont toute l'exactitude que leur auteur prétend leur donner. Or, après la lecture attentive des remarques et des récla- mations actuelles, j'ai la conviction bien arrêtée que M. Eudes Deslongchamps a pu rencontrer soit des Tétrarhynques, soit des Anthocéphales ; mais qu'il n'a pas eu l'occasion de trouver encore l'enthelminthe , décrit par moi. La circon- stance qui me porte à le croire, est la suivante: j'ai vu comme lui en place des tétrarhynques et des anthocéphales et j'ai constaté à sou exemple plusieurs des faits qu'il énonce dans sa lettre. Je ne contesterai donc pas ses assertions en tant qu'elles parleraient des Anthocéphales ainsi que des Tétrarhynques; je me dé- fendrai au contraire dans l'hypothèse opposée; mais je crois pouvoir démontrer que cette hypothèse est impossible. Je serais bien novice en zoologie, je connaîtrais bien peu l'histoire des ento- zoaires les plus communs, si je me laissais tromper à des apparences aussi gros- sières que celles indiquées ou, pour mieux dire, accusées par M. Eudes Des- longchamps. Est-il en effet un helminthologue qui n'ait rencontré, au inoina quelquefois, je ne dirai pas seulement le Floriceps granuleux que M. Eudes Des- longchamps a trouvé par milliers sous le péritoine du Gadus morrkua entre au- tres poissons, mais qui ignore la forme variable des kystes protecteurs qui renferment certaines espèces de parasites, notamment certains Anthocéphales et certains Tétrarhynques? Voilà pourquoi je n'ai pas admis que le kyste décrit par moi, fût plutôt celui d'un tétrarhynque, que celui de tout autre entozoaire. Néanmoins je l'ai dessiné, j*ai précisé quelles étaient sa forme, sa structure et voici textuellement les expressions dont je me suis servi: les parois du kyste m'ont, paru formées d'une substance muqueuse épaissie , qui ressemblait à l'écaillé, blonde fondue et dont la transparence égale permettait d'entrevoir aisément, un lielminthe déforme nouvelle. Je n'ai donc pas dit que le kyste renfermant, un helminthe nouveau , fût un kyste à plusieurs feuillets. M. Eudes Deslongchamps se persuade que mon Amphistome ropaloïde est tout simplement le feuillet interne du kyste renfermant untétrarhynque; puis il aban- donne bientôt le rapport qu'il avait établi entre Y ' Anthocéphalus granulum de l'au- teurdusynopsis et leTetrarhyncus appendiculatus trouvé parasite d'un parasite. Il a raison, carie genre Anthocéphale est caractérisé parla présence d'un renflement caudal vésiculaire que Jes Tétrarhynques n'offrent jamais. Cependant que devient alors sa longue digression touchant les feuillets du kyste de l'Anthocephalus gra- nulum, si plus tard il doit rejioncer aux arguinens qu'il en avait tirés contre moi ? Au reste, j'adresserai à M. Eudes Deslongchamps une objection plus grave en. leblond. — JlclrJiinlhologie. a43 encore; j'ai vu, j'ai vu ipsissimis oculis , qu'il me passe cette expression peu latine, j'ai vu l'Amphistome ropaloïde se mouvoir, se contracter doucement aussitôt qu'il fut débarrassé du kyste qui l'enveloppait ; j'ai constaté qu'il jouissait irrécusablement de la vie , à moins que M. Eudes Deslongchamps n'admette que le feuillet interne du kyste protecteur se soit, pour m'induire en faute, animé sur le porte-objet du microscope simple, opinion philosophique dont je ne veux pas être garant. L'amphistome ropaloïde plein de vie, en d'autres termes, suivant la détermi- nation de M. Eudes Deslongchamps, l'analogue présumé du feuillet cystique in- terne où le Tétrarhynchus appendiculatus existait parasite, n'était réuni par aucune adhérence constatable avec le kyste lui-même ; nouvelle preuve de l'in- dépendance absolue et réciproque du kyste et de l'Amphistome ropaloïde. Bien plus l'Amphistome ropaloïde fut étudié à plusieurs reprises: il fut dessiné vivant, et c'est après avoir intéressé à l'aide d'aiguilles rendues tranchan- tes sur la pierre, les parois de son corps exactement limité , que j'en vis sortir lentement leTétrarhynque parasite que j'ai signalé. Je n'ai pas disséqué les restes de l'Amphistome ropaloïde , je les ai conservés et je les conserve encore distincts et reconnaissables. M. Eudes Deslongchamps affirme que dans l'état ordinaire les Tétrarhynques n'ont pas d'enveloppes et se meuvent librement dans l'intérieur des organes creux ou dans leur parenchyme : je ne suis pas de son avis et j'adopte même l'opinion diamétralement contraire: le relevé de mes observations m'ayant appris que les Tétrarhynques se montrent moins souvent libres dans une cavité naturelle que dans les parenchymes organiques au milieu d'un kyste développé sous l'influence de l'irritation locale que leur présence détermine. Après avoir considéré le Tétrarhynchus appendiculatus dont j'ai parlé comme pouvant être l'Authocéphalus granulum de Rudolphi , après avoir déserté cette opinion , pour admettre avec moi que j'avais rencontré un tétrarhynque véri- table, M. Delongchamps ne veut pas convenir que je sois exact dans la détermina- tion spécifique à laquelle je me suis arrêté. Or, il me semble avoir oublié avec combien de scrupule j'ai procédé à cette détermination et la réserve extrême que j'y ai mise. Je ne suivrai pas M. Eudes Deslongchamps dans l'excursion embryogéniqne, essayée par lui; j'ajouterai que M. Leuckart étant le premier helminthologuc qui en 1819 et non en i8a3 et 1824, ait indiqué les rapports anatomiques des Floi iceps, des Tétrarhynques et du Bothrioccphalus corollatus, j'ai dû le citer avant tous les autres; je n'examinerai pas quelle peut être l'exactitude des assertions propres à mon antagoniste, touchant la structure et le mécanisme des trompes remarquables de ces entozoaires, je serais beaucoup trop long. Je termine enfin cette note en opposant à l'opinion du célèbre académicien l'opinion également respectable de M. de Blainville qui a bien voulu constater sur les pièces elles-mêmes la vérité des faits que j'fii signalés. 1 54 dubreuil. — Télés de races humaines. Études anatomiques de têtes ayant oppartenu à des individus de races humaines diverses , Par M. Dubreul. (Extrait.) Chacun sait quelle est l'importance des caractères ostéologiques , tires de la tête, pour la distinction des races humaines ; le principal objet de l'auteur, dans le mémoire dont nous rendons compte , a été de chercher à faire mieux ressortir encore cette importance. Dans cette vue, il a soumis à un nouvel examen quel- ques têtes osseuses de diverses races. Ces têtes sont au nombre de douze, dont quatre à l'état de momie. Des descriptions exactes suivent la conformation de «es séries dans tous ses détails, et de beaux dessins appuient ces descriptions. La première tête osseuse décrite par l'auteur, est celle d'une femme guan~ che j débris de cet ancien peuple des Canaries, immolé par les Espagnols, et qui, comme les Égyptiens , nous a transmis ses morts conservés par une sorte de mo- mification. La seconde est celle d'un Botocude , peuplade antropophage du district de Minas-Novas dans le Brésil, et la quatrième celle d'un Berbère de la tribu de Krechnad dans le Métidjah. L'auteur décrit ensuite deux têtes de momies d'E- gypte, celle d'un nègre du Kordofan, celle d'un Javanais, celle d'un Madurais, et enfin celle de deux habitans de la Nouvelle-Zélaude. Ce travail est essentiellement descriptif. Toutefois, au milieu des faits spéciaux dont il se compose , il est deux propositions auxquelles l'auteur a cru pouvoir attribuer une certaine généralité. La première est que la forme du trou occipital répète, presque toujours, celle du crâne, et la donne par conséquent. La seconde est que, dans les races humaines, plus l'intelligence est développée, plus le trou auditif est voisin de l'occiput. La première de ces propositions nous paraît souffrir beaucoup d'exceptions, comme l'auteur lui-même eu convient. Quant à la seconde, il nous semble que la position, plus ou moins avancée, plus ou moins reculée, du trou auditif, est très propre à marquer les rapports divers du développement respectif des régions antérieure et postérieure du crâne, et par suite, des parties du cerveau qui cor- respondent à ces régions. Le mémoire de M. Dubreuil est accompagné d'un tableau comparatif qui in- dique, pour chaque tête, les différens diamètres, l'étendue de l'angle facial, et la capacité du crâne, mesurée au moyen d'un liquide. (Extrait d'un rapport fait à V Académie des Sciences par M. Fix)urens. ) Publications nouvelles. a 55 Mémoire sur le Pœkilopleuron Bucklandii grand Saurien fossile , intermé- diaire entre lea Crocodiles et les Lézards, par M. Eudes Delongchamps. (i) Depuis uue vingtaine d'années que les naturalistes de Cacn s'occupent de la recherche des fossiles qui se rencontrent dans les divers terrains de la Norman- die, la science a été enrichie par ces travaux non-seulement de la connaissance d'un grand nombre de Polypiers intéressans et de divers autres animaux in- vertébrés, mais aussi de quelques grands Reptiles voisins des Crocodiles, et dans la publication que uous annonçons ici, un des sa vans de cette ville, M. Eudes Delongchamps rend compte d'une nouvelle découverte non moins intéressante pour la zoologie ancienne du globe. Les ossemens dont il est ici question proviennent de la carrière de la Mala- drerie et se sont trouvés dans le banc du calcaire de Caen où s'étaient déjà ren- contrés de nombreux débris de Teleosaur us, terrain qui paraît devoir être placé entre Foolite inférieur et le calcaire à Polypiers. Ils consistent en une ving- taine de vertèbres caudales, un humérus, un radius, un cubitus, deux pha- langes du pied antérieur, un fémur, des fragmens de tibia et de péroné, quel- ques os du tarse, des fragmens de métatarsiens et un grand nombre de pha- langes des pieds, de derrière ; beaucoup de côtes dont plusieurs ont des formes très extraordinaires qui porteraient à croire qu'elles étaient placées au milieu des muscles abdominaux et quelques-unes impaires et régulières , qui ont dû être placés sur la ligne médiane de l'abdomen, ce Ces ossemens, dit l'auteur, ont appartenu à un fort grand animal dont sa longueur devait être de 25 à 3o pieds. Un examen rapide me fit penser d'abord qu'ils provenaient d'un Crocodile gi- gantesque; en effet plusieurs de ces pièces osseuses ont de l'analogie avec celles des Crocodiles soit dans leur ensemble , soit dans leurs détails. On verra par la suite de ce mémoire les raisons qui m'ont déterminé à les regarder comme ap- partenant à un type intermédiaire entre les Crocodiles et les Lézards ; je puis dire d'avance que je ne me suis arrêté à cette détermination qu'après l'examen ap- profondi des differens os comparés à ceux des Crocodiles et des Lézards tant vivan.s que fossiles. J'ai cru pendant long-temps que les ossemens de mon grand reptile pouvaient se repporter au Mègalosaurus Bucklandii* Leur grande taille d'abord, leurs affinités avec les os de Lézards et surtout la présence du Mégalo- sauredansle calcaire de Caen, constatée d'une manière certaine au moyen d'une dent trouvée à Quilly par M. de Caumont, donnaient à cette opinion assez de probabilité. Il est vrai que la comparaison que j'ai pu établir au moyen de la description et des figures données par Cuvier ne l'a pas confirmée, et que j'ai (i) Brochure in-4 avec huit planches litbographiées (extrait du sixième volume des Mé- moires de la Société Linnccnne de Normandie). A Paris, chez Dérache , libraire, rue du Bouloy, n. 7. a 56 - Publications nouvelles. dû prendre alors le parti de considérer mes pièces comme provenant d'un atii- mal encore inconnu aux naturalistes. Cependant il n'est pas complètement prouvé que les vertèbres, les fémurs et les autres os décrits par M. Buckland, appartiennent nécessairement aux portions de mâchoires et aux dents qui en- traînent seules la caractéristique du genre Mégalosaure. » Une serait pas impos- sible que de nouvelles découvertes fissent reconnaître que ces ossemens ont ap- partenu à des espèces différentes, comme il se pourrait aussi que l'animal de la Maladrerie eût eu des dents de Mégalosaure; mais ces résultats ne sont guère probables, et il ne manque pas de raisons pour le considérer comme nouveau. Le grand nombre de ses côtes, leur diversité de formes et d'arrangement, la complication enfin de tout cet appareil , plus grand que dans aucun autre ani- mal connu ont fourni à l'auteur l'indication du nom générique qu'il impose à ce reptile fossile. Il l'a nommé Pœkilopleuron de TrotxtXotf , qui exprime la grande diversité et de TrXtupov , côte; enfin il lui a donné le nom spécifique de Bucklandii(\ue porte exactement le Mégalosaurus, afin que si de nouvelles dé- couvertes faisaient reconnaître l'identité du Pékilopleuron avec ce dernier, il n'y eut à faire disparaître du domaine de la science qu'une dénomination géné- rique. Memohia sugli anellidi délia famiglia délie Sanguisughe , par le D T F. de FiLirn. In-4°. Milan, 1837. Dans ce travail, l'auteur passe en revue l'histoire anatomique et physiologique de la famille des Hirudinées , et décrit ensuite les espèces indigènes de la Lom- bardie. Il adopte les coupes génériques établies par M. Savigny , mais divise d'a- bord cette famille en deux sections dont l'une est caractérisée par l'existence de sang rouge et se compose des Albiones, des Néphélis, des Hœoiopsis, des Sang- sues et des Limnatis; l'autre comprend les Hirudinées à sang blanc, savoir, les Clepsines et les Hœmocharis. Ce Mémoire est accompagné d'une planche lithographiée. l. agassiz. — Sur les Echinodermes. a57 PitODROME d'une monographie des Radiai res ou Échinodermes , Par Louis Agassiz, D. M. (1) Le grand nombre d'Échinodermes que j'ai eu occasion d'exa- miner depuis quelques années, l'étude spéciale que j'ai faite de leur organisation et en particulier des pièces solides de leur enveloppe qui sont les caractères extérieurs auxquels on a jus- qu'ici attaché le plus d'importance, et d'autres circonstances favorables à de pareilles recherches m'ont engagé à publier ici le cadre que j'ai esquissé d'une révision des genres de cette classe qui doit servir de base à un travail général et critique sur toutes les espèces et sur leur anatomie comparée que je me propose de faire paraître plus tard. L'embranchement des animaux Rayonnes dont les Echino- dermes font partie pour pouvoir être caractérisé d'une manière générale, doit être réduit à trois classes, savoir: les Polypes, les Acalèphes, et les Échinodermes. Les Vers intestinaux et une grande partie des Infusoires, si ce n'est pas tous, doi- vent être reportés à l'embranchement des animaux Articulés. M. de Blainville ayant déjà proposé quelques-uns de ces chan- gemens, je renvoie à l'article Zoophytes du dictionnaire des Sciences Naturelles pour ce qui concerne la délimitation de ces classes, afin de ne pas m'éloigner du but spécial que je me propose dans ce Mémoire, et malgré la divergence de mon opinion , sur plusieurs points de détail , d'avec la sienne. La classe des Échinodermes , circonscrite dans ses limites naturelles ne doit plus contenir que les trois genres Holothuria, Echinus et Astérias de Linné qui sont devenus les types d'au- tant de familles; il faut par conséquent en exclure les Sipon- cles, etc., qui forment le second ordre de cette classe dans le (i) Extrait des Mémoires de la Société des Sciences naturelle} de Neufchâtel, tome i. VII. Zooi.. — Mai. x 7 5»58 l. agassjz. — Sur les JEchinodermes. Règne Animal deCuvier, pour les ranger parmi les Vers. Ainsi réduite, elle est surtout caractérisée par la présence de pédi- cules rétractiles disposés en séries entre les segmens verticaux de l'enveloppe du corps. A cause de cette particularité M. de Biainville a changé le nom d'Échinodermes-, qui ne convient réellement pas aux Holothuries en celui de Cirrhodermaires } sans que cependant la nature et les fonctions de ces organes mobiles et leurs rapports avec l'enveloppe extérieure, soient maintenant suffisamment connus et que le nom qu'il leur a donné soit par là même pleinement justifié. Le nom de Radiai- res emprunté à Lamarck et ramené aux limites que la science assigne de nos jours à cette classe, me semble donc devoir mé- riter la préférence, il a du moins le mérite d'être simple et de n'impliquer aucune idée systématique. Le caractère le plus général que l'on a ordinairement assi- gné aux Echinodermes est d'avoir toutes les parties de leur corps disposéescomme des rayons autour d'un centre commun: c'est un caractère que cette classe partage avec tout l'em- branchement des animaux rayonnes. Cependant, en exami- nant de près cette disposition rayonnée, on remarque que, dans différens genres, ces rayons ne sont pas toujours semblables les uns aux autres, et qu'ils ne se rapportent pas toujours à un centre de même nature. Aussi mon premier soin a-t-il été de rechercher les lois générales de configuration et d'organi- sation de cette classe, et de déterminer l'analogie des diffé- rentes régions du corps entre elles et avec celles d'autres ani- maux , afin de pouvoir en tirer une bonne terminologie pour la description. La disposition rayonnée régulière des parties de la plupart des Rayonnes fait qu'il n'est pas facile de la dési- gner : c'est ce qui m'a déterminé à commencer par l'étude des formes les plus éloignées du type étoile, où une région anté- rieure et postérieure, supérieure et inférieure, et par consé- quent aussi une droite et une gauche, se présentent tout natu- rellement, afin d'arriver, s'il est possible, par des transitions in- sensibles à retrouver aussi ces mêmes rapports dans les formes les plus régulières et même dans les formes sphériques et étoi- lées. Si l'on poursuit l'arrangement des parties dans les Spa- l. aga-Ssiz. — Sur les Echinodermes. a 5g langues, par exemple, on est bientôt conduit à reconnaître que la forme plus ou moins allongée de leur corps provient de la position de la bouche et de l'anus, qui sont placés vers les deux extrémités, et que quatre séries ambulacraires et un nom- bre égal de séries interambulacraires sont paires et placées sy- métriquement surles deux côtés d'un plan qui, s'étendant de la bouche à l'anus, partagerait l'animal en deux parties égales : tan- dis qu'il y a une cinquième série de chaque espèce qui est impaire. La série ambulacraire impaire passant au-dessus de la bouche, est donc certainement la série antérieure, tandis que dans la partie postérieure du corps , c'est la série intërambulacraire im- paire qui occupe le milieu du disque; c'est même entre les plaques de cette dernière série que l'anus est constamment situé dans ces animaux. Il y a donc , dans les Spatangnes, une région antérieure reconnaissable à la série ambulacraire im- paire , et une région postérieure reconnaissable à la série intër- ambulacraire impaire; sur les côtés de l'animal, les séries de plaques sont disposées par paires symétriques, de telle sorte qu'il y a deux paires de séries ambulacraires et deux d'inter- ambulacraires à droite et autant à gauche : la première paire ou la paire antérieure , qui borde la série ambulacraire impaire , est une paire de séries interambulacraires, à laquelle succède . en arrière une première paire de séries ambulacraires, puis une seconde paire d'interambulacraire, et enfin une seconde paire d'ambulacraires qui embrasse en arrière la série inter- ambulacraires impaire, postérieure et médiane. Malgré cette disposition rayonnée et en même temps symétrique, les séries de plaques n'étant pas également larges dans toute leur hau- teur, les Spatangues ont entre la bouche et l'anus un disque formé par la dilatation plus ou moins considérable de la série intërambulacraire postérieure, sur lequel ils rampent, et qui est de fait le côté inférieur de l'animal, tandis que son sommet ou son côté supérieur est la région vers laquelle toutes les sé- ries convergent en dessus du disque. Pour les Clypéastres, les Galérites, les Nucléolites, etc., dont la bouche est centrale et l'anus marginal ou submarginal, il est encore facile d'y apprécier la position des parties, parce que la 20o Lé àgassiz. — '- Sur tes EcJilnodermes. position de la série interambulacraire postérieure étant donnée par celle de l'anus, il n'y aucune difficulté à reconnaître les relations de symétrie des autres séries, paires et impaires. On aperçoit même toujours des différences dans la forme des pla- ques et des ambulacres des différentes paires; ce qui rend sen- sible l'apparence de parité bilatérale que conservent encore ces animaux. Au premier ^oup-d'œil il pourrait paraître plus difficile de retrouver des traces de cette symétrie bilatérale dans les Echi- nus et les Astéries, simples ou ramifiées, de déterminer par conséquent le diamètre antéro-postérieur chez des animaux dont la bouche est parfaitement centrale, et dont l'anus lors- qu'il existe , se trouve également dans la partie moyenne mais supérieure du corps. Et pourtant , ici encore rien n'est plus facile que de déterminer les rapports de toutes les parties rayonnes avec l'axe longitudinal de l'animal. Tous leurs rayons se ressemblent tellement il est vrai, par leur aspect extérieur, qu'il pourrait paraître indifférent de reconnaître dans leur dis- position générique des traces de la symétrie bilatérale qui existe si visiblement dans les Spatangues. Mais si Ton tient compte des différences de structure de quelques plaques des diverses séries, on se convaincra qu'ici encore la symétrie paire est maintenue sous l'apparence d'une disposition complètement rayonnée. En effet nous voyons à la partie supérieure du dis- que des Échinodermes , surtout chez les Oursins, les Cida- rites, etc., dans la région où la série de plaques qui composent le test viennent converger quelques plaques de forme particu- lière que l'on a appelées plaqués oviducales et interoviducales, et qui sont en rapport avec les ovaires et avec le système aqui- fre; or, ces plaques peuvent encore servir de guides infaillibles pour déterminer les régions du corps. Les plus grandes d'entre elles ordinairement au nombre de 5 alternent avec les séries ambulacraires , il y en a donc deux paires et une impaire. La paire antérieure se trouve ainsi sur les côtés de l'ambulacre im- pair antérieur; la seconde paire entre la paire antérieure et la paire postérieure d'ambulacres; la cinquième plaque qui est impaire, mais qui n'existe pas toujours, est donc placée entre l. agassi z. — Sur les Echinodermes. 261 les ileux ambulacres postérieurs, c'est-à-dire du côté de l'anus ou au côté postérieur du corps. Celle-ci a une structure po- reuse particulière, analogue à celle du corps madréporiforme des Astéries, qui existe donc également chez les Oursins, mais sous une autre forme. Là où on ne trouve que quatre plaques oviducales, c'est celle qui dans les autres présente cette struc- ture particulière qui manque; et sa place est alors indiquée par une dépression ou même par une lacune. Quelque régu- lière que soit donc la position de ces plaques dans les Cida- rites et les Oursins circulaires, on peut cependant toujours déterminer l'extrémité postérieure de leur corps par la plaque impaire, qui même est ordinairement un peu plus grande que les autres; et dans les Echinodermes oblongs dont la bouche et l'anus seraient masqués (ce qui arrive souvent chez les fos- siles), on pourrait encore déterminer le côté postérieur du corps par l'absence d'une plaque oviducale impaire entre deux: des ambulacres, qui sont alors toujours les postérieurs, comme on aura pu s'en assurer par la position de l'anus là où il était visible. On peut donc dire que la direction de l'ambulacre an- térieur se trouve toujours opposée à la plaque oviducale im- paire, qui est toujours du côté de l'anus. L'analogie qui existe entre la structure du corps madrépore forme des Astéries et celle de la plaque oviducale impaire des Oursins, est chez ces animaux un trait important de ressem- blance qui peut nous servir de guide pour déterminer la po- sition des parties dans la première de ces familles, et, nous y faire reconnaître encore un arrangement bilatéral. En effet', l'un des cinq rayons des Astéries ordinaires est opposé au corps madréporiforme, et doit par conséquent être envisagé comme le rayon antérieur, tandis que les quatre autres rayons sont pairs et placés des deux côtés de l'axe longitudinal. Il en est de même des Solastéries, avec cette différence seulement, que le nombre des rayons pairs est plus considérable, et que quelquefois il n'y en a pas d'impair. Ainsi, quelle que soit la forme extérieure des Echinodermes, qu'ils soient oblongs comme les Spatangues, avec la bouche et l'anus vers deux extrémités marginales du corps opposées, l'une 26a l. agassiz. — Sur les Echinodermes. à l'autre, ou bien qu'ils soient parfaitement étoiles, circulaire* ou même sphériques, avec la bouche et l'anus opposés l'un à l'autre, comme les deux pôles de leurs sphères, il est toujours fa- cile d'y reconnaître une disposition bilatérale, et de déterminer quelles sont les régions antérieure et postérieure, et comment toutes les parties se trouvent placées par paires sur les deux côtés de l'animal. M. de Blainville a déjà reconnu les rapports qui existent dans la disposition des plaques du test des Oursins et des Étoi- les de mer; mais il ne s'est pas fait une idée complètement exacte des rapports de connexion de toutes ces parties. C'est à juste titre que dans les Étoiles de mer il nomme plaques am- bulacraires celles qui forment la rainure du côté inférieur des rayons , et plaques interambulacraires celles qui sont placées sur leurs côtés. Cependant pour que l'analogie soit complète , il faut se représenter les Étoiles de mer comme si elles étaient gonflées; alors leur dos correspond au sommet dorsal des Oursins, d'où les ambulacres s'étendent en s'irradiant jusqu'à la bouche en passant dans les Étoiles de mer, par l'extrémité de leurs rayons. L'on a ainsi, comme dans les Clypéastres et les Spatangues, des ambulacres de nature différente à la partie su- périeure et à la partie inférieure del'animal. Jusqu'ici l'analogie est complète ; mais pour que l'on puisse dire aussi que les plaques latérales des rayons sont les analogues des plaques interambula- craires des Oursins, il ne faut pas envisager comme appartenant ensemble la plaque supérieure et la plaque inférieure de chaque côté d'un rayon, comme semble l'admettre M. de Blainville; mais il faut se représenter la plaque latérale supérieure d'un rayon comme soudée à la place supérieure correspondante du rayon voisin , et de même pour les plaques latérales inférieures, en réunissant ainsi toujours les deux côtés des rayons qui bor- dent ensemble l'échancrure comprise entre deux rayons voi- sins. Ce sont ces plaques interambulacraires que portent les grandes épines de certaines étoiles de mer, épines analogues aux piquans des gros mamelons que portent les oursins sur leurs plaques interambulacraires. Mais , de même que chez les our- sins , il y a aussi chez les étoiles de mer des épines secondaires l. agàssiz. — Sur les Echinodermes. a63 qui entourent plus ou moins régulièrement les épines» prin- cipales. Outre les cinq plaques oviducales, on remarque au sommet des oursins cinq autres plaques plus petites, placées à l'extré- mité des ambulacres dont elles dépendent, et également percées d'un trou , mais qui sont toutes de même structure. M. Gray leur a donné le nom de plaques interoviducales. Quant aux tubes membraneux qui sortent par les trous des ambulacres, je ferai remarquer qu'ils ne servent en aucune ma- nière à la locomotion ; il est même assez plaisant de retrouver comment ils sont parvenus aux honneurs de cette fonction. Comme ils sont placés , chez les oursins, par bandes plus ou moins étroites entre les larges plaques mamelonnées qui por- tent les piquans, les anciens naturalistes, les comparant aux allées d'un parc, leur donnèrent le nom iYambulacre^ sans déter- miner d'une manière plus précise leur nature et leur destina- tion. Plus tard , l'idée attachée à ce mot s'est reportée sur l'or- gane même qui y est situé, et que l'on a dès-lors constamment envisagé, mais bien à tort, comme un organe locomoteur. Comment, en effet, ces petits tentacules, qui sont si mous, placés pour la plupart dans la partie du corps qui n'est jamais appelée à loucher le soi dans les mouveraens de l'animal, et qui sont toujours débordés de beaucoup par des piquans calcaires et solides, comment , dis-je, ces tubes flexibles pourraient-ils servir d'organes de mouvement? Il est même constant, et je l'ai vu maintes fois, que c'est au moyen de leurs piquans que les oursins se meuvent, saisissent leur proie et la portent à la bouche, en faisant tourner en différens sens les rayons de leur bord inférieur. Mais le redressement d'une erreur relative aux fonctions des tubes ambulacraires , n'est point encore la solu- tion du problème de leur nature et de leur destination ; pro- blème que nous ne sommes point encore en état de résoudre d'une manière satisfaisante* Tout ce que nons savons jusqu'à présent, c'est que cet appareil est en rapport avec !e système aquifère. La position de l'anus, chez les vrais Oursins, entre les plaques oviducales, interoviducales, et celles qui entourent en outre sou 264 h - agassiz. — Sur les Echinodermes. orifice au sommet dorsal où aboutissent les ambulacres , a sug- géré l'idée d'une dépendance entre les ambulacres et l'orifice postérieur du canal alimentaire ; idée qui est loin d'être exacte. En effet, les ambulacres que l'on a souvent représentés comme s'étendant de l'anus à la bouche , convergent constamment vers la partie supérieure du disque , où ils apparaissent comme une rosette plus ou moins distincte, tandis que la position de l'anus varie beaucoup ; il n'est même médian et supérieur que dans les Oursins proprement dits et les Cidarites; et dans tous les autres Echinodermes où il existe, il est situé entre les deux séries de plaques qui forment l'aire interambulacraire postérieure , et qui s'éloignent plus ou moins l'une de l'autre à son issue. Dans ce cas, qui est le plus fréquent, l'anus n'est dans aucun rapport direct avec les aires ambulacraires. La position de l'appareil dentaire, et des dents en particulier, relativement aux rayons du corps , est encore un objet digne de l'attention des naturalistes, et que je signale à leurs recherches, ne pouvant moi-même, dès à présent, résoudre toutes les dif- ficultés qui se rattachent à la comparaison des diverses modifi- cations du système dentaire dans tous les genres d'Echino- dermes. Je ferai seulement remarquer, en général, que les dents alternent avec les aires ambulacraires , et qu'elles sont placées vis-à-vis le milieu des aires interambulacraires, entre les deux séries de plaques dont celles-ci se composent, et auxquelles elles sont fixées au moyen d'un appareil très compliqué, variant sui- vant les genres , et dont j'exposerai la structure lorsque mes recherches à cet égard seront plus complètes. Comme les dents correspondent aux aires interambulacraires , il est facile de re- connaître que l'une d'elles est impaire : c'est celle qui se trouve en arrière sur l'axe antéro-postérieur même j elle se meut d'ar- rière en avant. Les quatre autres sont paires et se meuvent la- téralement de droite à gauche et de gauche à droite en sens in- verse sur les deux côtés de la bouche; leur mouvement est donc comparable à celui des mâchoires des animaux articulés, tandis que la dent impaire rappelle la lèvre inférieure de quel- ques-uns d'entre eux. L'espace qui se trouve entre les dents et l. agassiz. — Sur les Echinodermes. a 65 l'orifice inférieur du test est couvert de petites plaques mo- biles, semblables à celles qui entourent l'anus. Il n'est presque pas besoin de dire combien ces déterminations auront d'importance pour l'examen delà situation des intestins et deleurs rapports mutuels. Malheureusement, l'état des exemplai- res quej'avais destinésà la dissection, ne m'a pas permis d'appro- fondir toutes les questions que je voudrais pouvoir décider; et lorsque j'en disséquai de frais au bord de la mer, je n'avais pas encore reconnu la possibilité de déterminer d'une manière aussi précise et aussi positive la relation, des diverses régions du corps de ces animaux. Aussi dois-je maintenant renvoyer d'en parler plus en détail jusqu'à ce que j'aie pu compléter cette partie de mon travail. Les laits que je viens d'exposer sont assez, remar- quables, pour que j'aie cru pouvoir les publier sans passer pour le moment en revue toute l'organisation de cette classe. Quant à ma manière de désigner les diverses régions des Echinoder- mes, on pourrait m'objecter que la plupart de ces animaux ayant la bouche en dessous du disque, le côté où elle se trouve ne saurait être envisagé comme la région antérieure du corps;: mais cette dénomination n'en est pas moins exacte, et la posi- tion de l'animal quand il marche ou qu'il nage, ne peut nul- lement nous diriger à cet égard, comme on le voit chez les Mollusques et chez certains Insectes qui nagent sur le dos. D'un autre côté, l'anus des Echinodermes se trouve placé en haut ; ce qui ne s'accorde pas davantage avec la situation or- dinaire de cette partie chez les autres animaux. Je me crois donc suffisamment autorisé à considérer la bouche comme le principal point de départ, et comme déterminant la région an- térieure du corps; et en effet, ne la voit -on pas placée en avant chez les Holothuries , qui se meuvent habituellement sur le même côté et qui se rapprochent ainsi des vers , et chez les Étoiles de mer pédonculées, qui, fixées au sol, portent con- stamment la bouche en avant, en se balançant sur leurs tiges? si néanmoins l'on jugeait à propos d'adopter une autre nomen- clature, et d'appeler côté inférieur celui de la bouche, cela même ne changerait en rien les rapports indiques plus haut : oc que j'appelle le dessus deviendrait le devant, ce que je dis i 66 l. agassiz. — Sur les Echinodermes. être derrière serait dessus, et le dessous deviendrait le der- rière. Je ne sache pas que jusqu'ici rien n'ait encore été publié sur le mode d'accroissement des Echinodermes; aussi je crois que le petit nombre d'observations que j'ai recueillies sur ce sujet offriront d'autant plus d'intérêt, en même temps qu'elles feront voir que les Echinodermes, quelle que soit leur forme , sont tous soumis au même mode de développement. Le seul fait connu qui y ait rapport est que les Oursins et les Étoiles de mer ont un nombre moins considérable de pièces lors- qu'ils sont jeunes que dans un âge plus avancé. Il ne paraît même pas qu'il y ait de terme absolu à leur accroissement, quoique toutes les espèces se présentent habituellement avec une taille qui leur est propre, et dont les extrêmes sont assez rapprochés. C'est surtout chez les Oursins et en particulier chez les Cidarites, qu'il est le plus facile de constater l'exactitude de cette indication, quoique plusieurs auteurs paraissent l'avoir quelquefois oublié , surtout lorsqu'il s'est agi pour eux d'éta- blir de nouvelles espèces. Mais ce que l'on n'a pas dit , c'est où et comment naissent les nouvelles plaques, et de quelle ma- nière elles se développent. Pour bien comprendre le mode d'ac- croissement des Echinodermes, il faut avoir présente à l'esprit la disposition générale des pièces solides qui constituent leur enveloppe. Dans les Oursins, ce sont des plaques plus ou moins grandes, disposées en zones verticales divergeant de la bouche vers la périphérie du corps, et qui de là semblent converger vers le centre supérieur. Dans les Étoiles de mer, ce sont des plaques dont les plus petites se trouvent au sommet des rayons, et les plus grandes au centre de l'échancrure qui sépare ces rayons. On distingue cependant trois types dans la forme de ces animaux; les uns étant tubuleux (les Holothuries), d'autres sphéroïdes (les Oursins), et d'autres encore étoiles (les Asté- ries); mais on peut réduire ces types à deux, puisque la forme tubuleuse peut être envisagée ici comme un sphéroïde allongé. De plus, ces deux types peuvent être ramenés au même plan d'organisation, puisque l'accroissement considérable des pla- ques des sommets d'un sphéroïde, joint à la contraction des l. àgassiz. — Sur les Echinodermes. 267 plans interradiaires, produirait une Etoile, tandis que, vice versa, l'accroissement des plans interradiaires, et la réduction des plaques des centres de l'Étoile produiraient un sphéroïde. Or, ce n'est point là une pure supposition: l'on verra plus bas que la différence essentielle qui existe entre les Oursins et les Astéries , consiste dans ce différent mode d'accroissement. Quant à la disposition des plaques, il y en a dans les Oursins vingt séries formant dix zones dont cinq sont percées de trous, et les cinq autres n'en ont point. Les cinq zones ou doubles sé- ries de plaques perforées, s'appellent séries ambulacraires ; les autres sont les séries intérambulacraires. Dans les Etoiles de mer, les plaques solides forment des séries moins régulières et qui varient en nombre; cependant, dans celles qui ont de larges plaques aux bords de leurs rayons, on voit que ces plaques correspondent aux séries intérambulacraires des Our- sins , tandis que chaque rayon a un série ambulacraire com- plète, qui s'étend de la bouche par l'extrémité du rayon, jusqu'au centre supérieur, et dont le milieu, qui est à l'ex- trémité du rayon, est par conséquent plus étroit que les deux extrémités; dans les Oursins; au contraire, c'est le centre de chaque série qui a le plus de largeur, et les extré- mités qui en ont le moins. Si maintenant l'on examine attenti- vement un Oursin de moyenne grandeur ( parmi ceux de son espèce), on trouvera surtout dans les genres Cidaris et Echi- nus, que les plaques des différentes séries ne tiennent pas aussi fortement les unes aux autres au sommet dorsal, et qu'elles portent dans cette région des piquai is moins développés. Si, poussant plus loin l'examen, on enlève tous les piquans,on pourra observer alors qu'entre les plaques oviducales et intéro- viducales et les plaques intérambulacraires qui portent des pi- quans, il s'en trouve de moins développées, de forme irrégu- lière, dépourvues même de mamelons et de piquans, et qui ne prennent place au rang des plaques mamelonnées qu'à mesure qu'elles grandissent peu-à-peu. Les nouvelles plaques sont d'a- bord très petites et comparables à des points d'ossification qui croissent d'abord simultanément dans tous les sens, mais dont le côté inférieur achève plus tôt de se former, et dont le bord i68 t. agassiz. — Sur les Echinodermes. supérieur est quelquefois encore tronqué, que déjà il s'élève un commencement de mamelon dans son milieu. Dans la ré- gion du corps où cet accroissement a lieu, la membrane qui unit toutes les plaques et qui s'étend sur leur surface, en for- mant une capsule articulaire autour de la base des piquans, est plus molle et plus spongieuse que dans la partie inférieure, où les plaques sont déjà soudées entre elles et par là devenues immobiles. C'est même cette masse spongieuse qui dépose la matière calcaire dont les plaques sont composées ; et les pi- quans s'élèvent au centre à-peu-près de la même manière que se forment les bois des Cerfs; ils ne deviennent mobiles qu'a- près avoir atteint un certain degré de développement, et ont un terme d'accroissement, passé lequel ils cessent de grandira Cependant ceux qui tombent accidentellement sont remplacés de la même manière qu'ils se sont formés primitivement, par la tuméfaction de la. membrane qui recouvre les plaques. On peut toujours, dans les Cidaris, observer sur un seul et même exemplaire toutes les transitions de l'accroissement, depuis les plaques qui ont achevé leur crue et qui portent des piquans de plusieurs pouces de longueur, jusqu'aux plus petits points d'ossi- fication des plaques encore dépourvues de piquans. J'ai reconnu ces faits en comparant plusieurs individus qui m'ont présenté tous les états intermédiaires de développement des pièces dont il s'agit; et en effet, lorsque nous ne pouvons pas observer di- rectement le mode d'accroissement d'un animal sur un même individu, nous ne pouvons nous en rendre un compte exact que par la comparaison d'un grand nombre d'individus représentant une série complète de tous les états par lesquels passe l'espèce à laquelle ils appartiennent , avant d'avoir achevé leur crue. Et même l'observation directe d'un développement quelconque ne diffère de cette manière de procéder, qu'en ce qu'elle nous fait voir successivement sur le même être les changemens que nous cherchons autrement à saisir sur une série aussi complète que possible d'individus divers. C'est ce que j'ai fait pour les Echi- nodermes. Les jeunes Oursins ont un petit nombre de plaques dans chacune de leurs séries verticales ; elles s'accroiisent len- tement, à ce qu'il paraît, par la déposition de matières calcaires l. agassiz. — Sur les Echinodermcs. 269 à leur pourtour, jusqu'à ce que celles qui entourent la bouche aient achevé leur crue et soient entièrement soudées. Les pla- ques supérieures continuant à cioître 9 agrandissent de haut en bas la périphérie du corps, qui reste déprimé aussi long- temps que les plaques inférieures sont les seules consolidées , mais à mesure qu'un plus grand nombre de plaques devien- nent immobiles, et que dans la région supérieure il s'en forme un plus grand nombre qui descendent jusqu'à la plus grande circonférence du sphéroïde, le test s'arrondit et finit par pren- dre une forme sphérique. C'est de là que résultent donc les dif- férences de contour que présentent les Oursins de différens âges. On trouve même dans quelques espèces des individus qui prennent une forme pyramidale; ce qui a lieu lorsqu'il se forme encore un grand nombre de plaques après la consolida- tion de celles qui occupent le plus grand diamètre du corps de l'animal. Ces faits expliquent suffisamment l'accroissement gra- duel d'êtres qui se rapprochent plus ou moins de la forme sphérique, et font voir combien il faut être sur ses gardes pour ne pas établir des espèces nominales sur de simples différences de forme, résultant uniquement de l'âge. Il serait bien curieux de pouvoir suivre le développement de ces animaux ab ovo ; mais aucun naturaliste n'a encore observé le premier état des oursins à leur sortie de l'œuf. Quant aux piquans, l'on voit très bien, dans les cidaris surtout, que ce sont aussi ceux qui entourent la bouche qui arrivent les pre- miers au terme de leur accroissement, tandis que les plus grands se trouvent au tiers supérieur du disque, et ceux qui n'ont point encore achevé leur crue autour et en dehors des plaques oviducales. On peut se convaincre de l'exactitude de ces observations, en comparant les différences de développe- ment que présentent dans cette région les piquans les plus voi- sins les uns des autres. On se ferait néanmoins une fausse idée de l'accroissement des Echinodermes, si l'on pensait qu'il existe une liaison générique entre les plaques, à raison des séries ver- ticales qu'elles forment de la bouche au sommet du disque. On a déjà remarqué que les plaques de chaque aire sont alternati- vement un peu plus élevées les unes que les antres ; mais on lyo l. agassiz. — Sur les Echinodermes. n'a pas fait attention à la manière dont se succèdent les plaques de toutes les aires dans un même oursin; et cependant, en y regardant de près , on aurait vu que les nouvelles plaques se développent en lignes spirales, qui passent sans interruption d'une série à l'autre, à travers toutes les aires, depuis le pour- tour de la bouche jusqu'au sommet dorsal , en sorte que celles qui reposent en ligne verticale les unes sur les autres ne se sont point succédées immédiatement dans leur apparition. Il me pa- raît bien digne de remarque que chez ces animaux, qui occu- pent encore un rang peu élevé parmi les êtres organisés, l'on retrouve dans la succession des parties solides dont se compose leur enveloppe, une analogie aussi frappante avec la disposition des feuilles autour de la tige des plantes : disposition dont les lois ont été découvertes récemment par M. Schimper, et expo- sées , quant aux Conifères , dans un mémoire de M. Braun sur l'arrangement des écailles de leurs cônes. Les petites plaques qui entourent la bouche, et celles qui se trouvent autour de l'anus, ont une disposition particulière : elles sont très mobiles , et facilitent par là la déglutition des alimens et la sortie des excrémens. En général , le test des Oursins n'est pas aussi complètement immobile qu'on pourrait le croire quand on n'en a point observé à l'état frais ; toutes les plaques qui forment la partie supérieure du disque sont sou- vent mises en mouvement : tantôt elles s'affaissent, tantôt elles s'élèvent, et, dans les espèces oblongues, le diamètre longitu- dinal prend souvent une plus grande extension qu'à l'ordinaire. On a déjà fait remarquer plus haut combien est grande la mo- bilité des piquans , combien leurs mouvemens sont variés , et comment ils servent à saisir les alimens. La manière de croître des Etoiles de mer et des Crinoïdes est absolument la même, dès qu'on est d'accord sur ce point, qu'une aire ambulacraire d'un Oursin répond à la surface am- bulacraire d'une Etoile de mer, et qu'une aire interambula- craire d'Oursin répond aux larges pièces marginales de deux rayons contigus d'une Etoile de mer; car les pièces d'accroisse- ment se forment toujours dans les angles des rayons, à la face supérieure et à la face inférieure du corps , et, grandissant de l. acassi/. — Sur tes Echinodermes. 271 plus en plus, elles poussent toujours plus loin les extrémités des rayons, en les allongeant; en sorte que le nombre des plaques va toujours en augmentant, et ne peut pas s'employer comme caractère spécifique. L'accroissement du sommet des Astéries ou de la tige des Crinoïdes, ainsi que des pièces mo- biles de la bouche, est aussi indépendant des rayons chez ces animaux, et accompagné d'une position particulière de leurs parties , comme chez les Oursins. Par là , on conçoit aisément comment un corps étoile peut devenir plus grand tout en con- servant sa forme. Cette étude de l'organisation des Echinodermes m'a conduit à apporter quelques changemens dans leur classification et dans la délimitation des genres, dont je vais donner encore un ta- bleau synoptique. J'ai trouvé que les caractères tirés de la com- binaison des plaques et de la disposition des ambulacres for- maient des coupes plus naturelles et mieux circonscrites que les caractères tirés de la position de la bouche et de l'anus. La classe des Echinodermes se divise en trois ordres : les Stellérides, les Echinides et les Fistulides, qui répètent au de- gré de leur organisation les trois classes des rayonnes. Les Stel- lérides correspondent à la classe des Polypes, les Echinides à celle des Acalèphes, par lesquels l'embranchement des rayon- nés se lie aux Mollusques , tandis que les Fistulides , comme point culminant de cette division, rappellent déjà l'embranche- ment des articulés , et en particulier les vers. Quant aux genres établis dans cette classe, j'ai trouvé que les caractères tirés de la combinaison des plaques et de la dispo- sition des ambulacres, formaient des coupes plus naturelles et mieux circonscrites que les caractères tirés de la situation de la bouche et de l'anus. Je publierai mes observations à ce sujet dans une monographie des Echinodermes , accompagnée de figures , pour laquelle j'ai déjà réuni la plupart des matériaux nécessaires. i*\i l. agassiz. — Sur les Echinodcrmes. L'ordre des Fjstulidrs, ou des HollotSumes, ne comprend qu'une seule famille qui correspond au genre Holothuria de Linné , sauf les espèces qui ont dû en être éliminées. Leur corps est mou, contractile, plus ou moins allongé, muni de tenta- cules semblables à ceux des ambulacres des Oursins, et qui sont quelquefois disposés aussi régulièrement que cbez ces derniers. La bouche est à l'extrémité antérieure du corps , entourée d'ap- pendices plus ou moins ramifiés et frangés; l'anus est placé vers l'extrémité opposée. Malgré la forme allongée de ces ani- maux , qui les fait ressembler plus ou moins à des vers, on re- connaît encore à l'intérieur, et même à la surface, la disposi- tion rayonnée de certaines parties de leur corps , qui sont ran- gées en bandes verticales s'étendant de la bouche à l'extrémité postérieure. Les nombreuses espèces que renferme maintenant cette division ont nécessité l'établissement de plusieurs genres qui ne sont cependant pas encore assez bien basés pour pou- voir être admis sans réserve. Il en est plusieurs que je n'ai pas eu occasion d'examiner moi-même. i . Synapta Esch. (Fistularia De Bl. — Tiedemannia Leuck. Holothuria De Bl. sect. D.). — Corps vermiforme, ne présen- tant aucune différence entre sa face supérieure et sa face infé* rieure; peau tendre; autour de la bouche de grands tentacules pinnatifides. Des tubercules, le plus souvent crochus, tiennent lieu de pieds, quoique l'animal ne soit pas entièrement dé- pourvu de tubes vasculaires. 5". SeseliiJxg. — S. oceanica Less. — S. mammillosaiLsch. — S. vittataJxg. (Tiedemannia vitt. Leuck.) — «S. reciprocans Jaeg. (Fistularia recipr. Forsk. — Holothuria glutinosa Lam.) — S. maculata Jaeg. (Hol. mac. Cham.) — S. radiosa Jaeg. (Hol. rad. Regn.) — S. inhœrem Wieg. (Hol. inhaerens Mull.) a. Chirodota Esch. — Peau mince , mais plus épaisse cepen- dant que celle des Synapta, munie d'un petit nombre de pieds ou seulement de mamelons rétractiles. Tentacules digités. Ch. purpurea Less. — Ch. ïumbricus Esch. — Ch. verrucosa Escli. — Ch. diseolor Esch. i.. aga.ssiz. — Sur les Echinodermes. 273 3. TnYONE Oken. ( Mulleria Flem. ). — Ce genre ne diffère du précédent qu'en ce que tout le corps est couvert de papilles rétractiles. Th. papilîosa (H.papill. Mull.) — Th.fusus (11. fus.Mull.) — Th. impatiens (B. imp. Forsk.) — Th. maculata (Hol. mac. Le S.). — Th. briareus (Hol. br. Le S.). — Th. lapidifera (H.lapid. Le S.). — Th. peruviana (H. perov. Le S.). 4. Trepang Jacg. — Corps subcylindrique ; bouche anté- rieure , entourée de 10 à 20 tentacules en massue peltée; pieds réunis sous le ventre. Ce genre est douteux, et paraît devoir être réuni aux Holothuries proprement dites. T. edulis (Hol. edulis Less.)— T. ananas Jaeg. 5. Holothuria Lin. ; De Bl. , sect. B. ( Fistularia Lam. ). — Corps subcylindrique; anus arrondi; bouche subinfère. Des tubes rétractiles, développés surtout sous le ventre. H. tubulosa Lin. — H. coluiunœ Cuv. — H. maxima Forsk. — H. elegans Mull. — H. Forskalii Délie Ch.— H. Polii Délie Ch. — H. Sanctorii Délie Ch. — H. Cavolinii Délie Çh.—H.Petagnii Délie Ch.—H.Slellati Délie Ch.— H. Dismarii Cuv.— H. appendiculata De Bl. — H. radackensis Cham. — H. bru- nea Cham. — H. agglutinata. Le1. pellucida Mull.). 1 1. Miwyas Cuv. — Corps sphéroïde , ouvert aux deux extré- mités, silonué comme un melon par des côtes qui s'étendent de la bouche à l'anus , et qui sont formées de papilles cornées et solides; bouche entourée de trois rangs de tentacules courts , vermiculaires et arrondis. Ce genre et le précédent lient les Holothuries aux Oursins. ■ M . cyanea Cuv. (M. caerulea Less.) II. L'ordre des Echinides est caractérisé par un test solide , sphé- roïde , composé de plaquesadhérentes , et couvert de piquans mobiles; ils ont tous une bouche et un anus distinct; je les divise en trois familles naturelles qui sont : celle des Sjpatan- guesj celle des Clypeastres et celle des Cidarites. L. agassiz. — Sur les Ecliinodermes. in 5 LesSpatanguesont le corps plus ou moins allongé et gibbeux; leur bouche est pourvue fie mâchoires, et placée vers l'extré- mité antérieure, et l'anus vers l'extrémité postérieure, tantôt à la face supérieure du disque, tantôt à sa face inférieure. Leur test est mince, couvert de petits tubercules très nombreux, par- mi lesquels on en distingue de plus gros qui sont épars et quel- quefois perforés comme ceux des Cidarites. Les piquans sont sétacés, souvent comprimés, et d'inégale grandeur. L'ambulacre antérieur est ordinairement moins développé que les autres; ils forment tout autour de la bouche des sillons où les trous sont plus gros, et d'où sortent des tentacules ramifiés, comme ceux des Holothuries. Il n'y a que quatre des plaques ovidu- cales qui soient bien distinctes. i. Djsaster Ag. (Spatangus , Ananchytes et Nucléoliles auct.) — L'ambulacre impair et ceux de la paire antérieure conver- gent en un point plus ou moins éloigné du point de réunion des deux ambulacres postérieurs. Toutes les espèces de ce genre sont fossiles de la craie ou du Jura. D. bicordatus Ag. (Spatangus bic. Goldf. ). — D. ellipticus Ag. (Anan- chytes ellipt. Lain.). — D. excentricus Ag. (Nucleolites cxcentr. Munst. ). — D. canahculatus Ag. (Nucleolites canal. Munst. ). — /?. granulosus Ag. (Nu- cleolites granul. Munst.). — D.capistratus Ag. (Spatangus capistr. Goldf.). — D. carinatus Ag. (Spatangus carinatus Goldf.). — D. ovalis Ag. (Spatangus oval. Park. ). — D. analis Ag. — D. ringens Ag. ( ces deux dernières du Jura suisse.) a. Holaster Ag. ( Spatangus auct. ). — Disque condiforme; ambulacres convergeant uniformément vers un point du som- met; anus supérieur. Tous fossiles, surtout de la craie. H. granulosus Ag. (Spatangus granul. Goldf.). — H. hemisphœricus Ag. (Spatangus hemisph. Phil.). —H. leevis Ag. (Spatangus laev. Deluc. ). — H. nodulosus Ag. (Spatangus nodel. Dolf. ). — H. plan us Ag. (Spatangus plan. Mant.) — H. complanatus Ag. (Spatangus complan. de Bl. ) — H. in- termedius Ag. (Spatangus interm. Munst.). — H. suglobonus Ag. (Spatangus subgl. Leske. ). H. suborbicularis Ag. ( Spatangus suborb. Defr.). — H. trun- catus Ag. (Spatangus trunc. Goldf.) 18. 276 L « agassiz. — Sur les Echinodermes. 3. Ananchytks Lan), et de B!. ( Echinocorys Breyn el Gray; Galea et Galeola Klein). — Disque ovale , sans sillon le long de Pambulacre antérieur ; anus oblong , placé longitudinalement ; ambulacres convergeant uniformément vers le sommet, où les doubles pores sont très rapprochés, tandis qu'ils sont distans au pourtour. Toutes les espèces sont fossiles, de la craie. On les a trop multipliées d'après de simples différences d'âges. A. ovata Lam. — A. Gibba Lam. — A. hemisphœrica Al. Br. — pustulosa Lam. (n'est qu'un moule intérieur de l'A ovata). A. quadri radiala Leske (n'est qu'une monstruosité. ) 4- Hemipneustes Ag. {Spatangus auct. ). — Disque cordi- forme; ambulacre antérieur formé de petits pores égaux; am- bulacres pairs formés chacun de deux rangées de doubles pores, différentes entre elles, la rangée postérieure étant beaucoup plus marquée que l'antérieure. Une seule espèce, de la craie. H. radialus Ag. (Spatangus rad. Lam.) 5. Michaster {Spatangus Auct., Drissoides Klein, slmyg- dala et Ovum V. Ph.). — Partie dorsale des ambulacres très développée et subétoilée; disque cordiforme. La plupart des espèces sont fossiles de la craie ; il y en a quelques tertiaires , et deux vivantes. M. Amygdala Ag. (Spatangus Amygd. Goldf. ). — M. Bucklandii Ag. (Spatangus Buckl. Goldf.). — M. Bucardium Ag. (Spatangus Bucard. Goldf.). — M. Bufo. Ag. (Spantangus Bufo Al. Br.). — M. Cor. anguinum Ag. (Spa- tangus Cor. Angu. Lam.). — M. Gor. testudinarium Ag. (Spatangus Cor. test. Goldf. — M. Gibbusk%. (Spatangus gibb. Lam.). — M. Goldfusii Ag. (Spa- tangus lacun. Goldf. non Gmel.) — M. Prunella Ag. (Spatangus Prun.Lam.). — M. acuminatus Ag. (Spatangus Acum Goldf.). — M. suborbicularis Ag. (Spatugus suborb. Munst. ). — M- canaliferus Ag. (Spatangus canal. Lam.).— M. lacunosus Ag. ( Spatangus lacun. Gmel. non Goldf.) 6. Spatangus Klein et Gray. (Echinospatangus Breyn.). — Disque cordiforme; un large sillon bucco-dorsal assez profond; l'ambulacre pair qui s'y trouve est formé de très petits pores égaux; les quatre ambulacres paires sont formés sur la face dorsal© de rangées de doubles pores , qui , se rapprochant l. agass-iz. — Sur les Echinodermes. l'jj vers le sommet du disque et à son pourtour, présentent la forme d'une Etoile. Outre les petits piquans, qui sont ras sur le dos, il y en a quelquesgrands, mais très grêles. Il y a des es- pèces fossiles, de la craie et des terrains tertiaires, et plusieurs vivantes. Sp ornatus Al. Br. — Sp. Desmareslii Munst. — Sp. Hoffmanni Goldf. ^ Sp. purpurous Leske. — Sp. meridionalis Risso. — Sp. ovatus Leske.— Sp. Crux Andreœ Lan). — Sp. planulatus Lara. 7. Amphidetms Ag. (Echinocardium V. Ph. et Gr. — Spatan- gus de Blainv. Section A.). — Disque cordiforme; sillon bucco- dorsal assez profond, daus lequel gît l'ambulacre impair qui est formé de très petits pores et se prolonge entre les ambu- lacres antérieurs. Les séries de doubles pores qui forment les. quatre ambulacres pairs, sont éloignées l'une de l'autre vers le sommet du disque, et vont en se rapprochant en forme d'E- toile vers la périphérie. Les piquans sont fort remarquables : les plus grands sont arqués et spatuliformes à leur extrémité, les autres sont petits et ras. Je ne connais qu'une espèce fos- sile de la craie, et deux vivantes. A. Goldfusii Ag. (Spatangus arcuarius Goldf. non Lara.). — A. Sebœ Ag. (Echinocardium Seb# Gr. ). — A. pusillus Ag. (Spatangus pusillus Leske.) 8. Brissus Kl. et Gr. (Echinobrissus Breyn. — Nuces V. Ph. — Spatangus de Blainv. Section I).). Pas de sillon bucco-dorsal ; ambulacre impair à peine perceptible; les quatre ambulacres pairs déprimés, formant au sommet du disque une espèce de croix circonscrite par une ligne sinueuse , sans tubercules ni piquans. Je ne connais aucune espèce fossile. 11. pectoral! s Ag. ( Spatangus Pect. Lam.). — B. carinatus Leske. — B. columbaris Lara. — B. Scillœ Ag. (Echinus Spatangus Scilla) — B. unico- lor Leske. — B. ventricosus Leske. — B. compressus Ag. (Spatangus compr. Lara. ). — B. slernalis Ag. (Spatangus stern. Lam.) 9. Schizaster Ag. (Echinocardium V. Ph. et Gr. — Spatan- gus de Blainv. Section B.). — Disque cordiforme, très élevé en arrière ; sillon bucco-dorsal long et très profond ; quatre autres 278 l. agassiz. — Sur les Echinodermes. sillons au sommet dorsal, profonds et étroits, où sont ca- chés les ambulacres. Une espèce fossile et une vivante. Sch. Atropos Ag. ( Spatangus Atr. Lam. ). — Sch. Studeri Ag. ( du tertiaire d'Italie.) n. Les Cltpkastres tiennent le milieu entre les Spatangues et les Cidarites ; leur forme est plus généralement circulaire. La bouche est centrale où subcentrale ; mais l'anus est plus ou moins rapproché de la périphérie, et se trouve tantôt à la face supérieure, tantôt à la face inférieure du disque. i. Catofygtjs Ag. [Nucleolites Auct. ). — Disque ovale; am- bulacres convergeant uniformément vers le sommet; anus à la face postérieure. Toutes les espèces sont fossiles, du Jura, de la craie et des terrains tertiaires. C. Semi-globosus Ag. (Nucleolites Semigl. Munst.) — C. carinatus Ag. ( Nu- cleolites carin. Goldf). — C. castanea Ag. (Nucleolites cast. Al. Br. ). — C. pirifornis Ag. (Nucleolites pyrif. Goldf.). G. ovulum Ag. (Nucleolites ov. Lam.) — C. depressus Ag. (Nucleolites depr. Al. Br.) — C subcarinatus Ag. (Nu- cleolites subcar. Goldfuss.) — C. obovaius Ag. 2. Pygaster Ag. {Nucleolites et Clypeus auct.) Disque circulaire; ambulacres convergeant uniformément vers le sommet; orifice de l'anus grand à la face supérieure du disque. Espèces toutes fossiles, du Jura et de la craie. P. semi-sulcatus Ag. (Clypeus semisulc. Phil. ). — P. depressus Ag. (Nu- cleolites depr. Munst. ) 3. Galérites Lam. ( Conulus Klein. — Echinochonus de Blainv.). — Disque circulaire; ambulacres étroits, percés de pores assez distans , convergeant uniformément vers le sommet; la bouche centrale, anus marginal et inférieur. Es- pèces toutes fossiles de la craie. Ce genre se rapproche bien davantage des Nucleolites et des Echinonées, que des vrais Oursins. G. vulgaris Lam. — G. abbreviala Lam. — G. subrotunda Mant. — ( Les G. quadrifasciata Burg. et sexfaciata Defr. sont des monstruosités. ) l. aga-Ssiz. — Sur [les Echinodermes. 279 4- Discoidea. Kl. et Gr. [Conulus Leske. — Echinodiscites V. Ph. — Galèrites Lartl.). — Diffère des Galérites par de larges ambulacres percés de petits pores très rapprochés. Toutes les espèces sont fossiles, du Jura et de la craier D. depressa Ag. (Galcrites ilepr. Lam.) — D- speciosa Ag. (Galèrites spcc. Munst. ). — D. albo-galera Ag. (Conulus albo-gal. Leske.). D. canaliculata Ag. (Galèrites canal. Goldf. ) — D. rotula Ag. (Galèrites Rot. Al. Br.). — D. rotularis Kl. Galèrites rotul. Lara.). — V. macropyga Ag. 5. Clypkus Kl. [Echinoclypeus de Blainv. — Echinosimus V. Ph. — Galèrites Lam. — Nucleolites de Fr. ). — Disque circulaire plus ou moins déprimé; ambulacres convergeant vers le som- met et Vers la périphérie du disque; anus supérieur et margi- nal. Toutes les espèces sont fossiles, du Jura , de la craie et des terrains tertiaires. CL si mut tas Park. — Cl. emarginalw Phil. — CL patellu Ag. (Galèrites Pat. Lara.). — CLorbicularis Phil. — CL Sowerbii Ag. (Nucleolites Sow. Defr.) — CL conoideus Ag. ( Echinoclypeus conoid. Leske.). — CL hemisphœricus Ag. (Echinoclypeus hemisph. Leske.). — Cl. testudinariits Ag. ( Nucleotidestes- tud. Munst.) — CL scutella Ag. (Nucleolites scut. Goldf. ) 6. Nucleolites Lam. [Echinobrissus Breyn, Clypeus Phil.). — Disque ovale ou cordiforme; ambulacres plus marqués au sommet qu'à la périphérie, ne formant cependant pas une Etoile pétalloïde comme dans le genre Clypeus. Toutes les es- pèces sont fossiles, du Jura, delà craie ou des terrains ter- tiaires. 2V. scutala Lam. — 2V. clunicularis Ag. (Clypeus clunic. Smith.). N. dirai diata Ag. (Clypeus diinid. Phil. ) — N. plana ta Rœm. — 2V. cordata Goldf.— 2V. lacunosa. Goldf. — 2V. scrobiculata Goldf. — 2V. OlfersU Ag. — 2V. gri- gnonensis Defr. 7. Cassidulus Lam. [Nucleolites Auct.) — Disque ovale; am- bulacres pétalloïdes ; anus entre le sommet et le bord posté- rieur. Espèces toutes fossiles, de la craie et des terrains ter- tiaires. C. Lapis cancri Lam. — C. putellaris Ag. (Nucleolites patell. Goldf. ). — C. compUinalus Lara. 280 h, agassiz. — Sur les Echinodermes . 8. Fibularia Lam. (Echinocyamus Leske et Gr. — Echino- neus Goldf.). — Test sphéroïde; pourtour ovale ou subcircu- laire; ambulacres pétaloïdes; anus entre le bord postérieur et la bouche. Espèce» fossiles de la craie et des terrains tertiaires , et vivantes. F. placenta Ag. (Echinoneus plac Goldf.).' — F. subglobosa Ag. ( Echi- noneus subgl. Goldf.). — F. ovala Ag. (Echinoneus ovatus Munst. ) — F. scutata Ag. (Echinoneus scut. Munst.) — F. suffolciencis Leath. — F. cra- niolaris Linn. Gmel. — F. ovuhim Lara. 9. Echinoneus V. Phels. et Lam. ( Echinanaus Kcen. — Echi~ noconus Breyn. ) — Disque ovale , plus ou moins déprimé; am- bulacres convergeant uniformément vers le sommet; anus entre la bouche et le bord postérieur. Toutes les espèces sont vivantes. E. cyclostomus. Lam. — E. semilunaris Lam. — E. gibbosus Lam. 10. Echinolampas Gr. (Echinanthus Leske. — Clypeasler et Galerites Lam. ) — Disque ovale ou circulaire; bord antérieur plus ou moins échancré ; ambulacres très larges au sommet, où ils forment une étoile dont les rayons se touchent, mais qui deviennent de plus en plus étroits vers la périphérie; anus marginal inférieur. Il y a des espèces fossiles du Jura, de la craie et des terrains tertiaires; une seule vivante. E. penfagonalis Ag. (Clypeaster pentag. Phil.) — E. furnicatus Ag. [(Cly- peaster fornic. Goldf.) — E. globosus Ag. (Galerites glob. Defr.) — E. Kœnigii Gr. — E. Leskei Ag. ( Clypeaster Lesk. Goldf.) — E. monlmollini Ag. — E . productus Ag. — E. minor Ag. — E. affinis Ag. (Clypeaster Aff. Goldf.). E. Bouei Ag. (Clypeaster Bouci Munst.). — E. Brongniarti Ag. (Clypeaster Brongn. Munst.). — E. conoideus Ag. Clypeaster conoid. Goldf.). — E. cu- vieri Ag. (Clypeaster Cuv. Munst.). — E. ellipticus Ag. (Clypeaster ellipt. Munst.). — E. hemhphœricus Ag. (Clypeaster hemisph. Lam. ). — E. Kleinli Ag. (Clypeaster Klein. Goldf.). — E. Linkii Ag. (Clypeaster Link. Goldf.). — E. politus Ag. ( Clypeaster pol. Lam.). — E. slelliferus Ag. (Clypeaster Stellif. Lam.). — E. subcylindricus Ag. (Clypeasler Subcy. Munst.). — E. tri/obus Ag. (Clypeasler tril. Defr.). — E. orientalis Gr. 1 1. Clypi.aster Lam. ( Echinanthus Breyn. et Gr. — Echino- dorum et Echinudiscus Y. Phils. — Lagana Gr. et De Bl.) — L. agassiz. — Sur les Echinodermes. 9.81 Disque ovale ou subquinquangulaire; ambulacres formant au sommet une large étoile dont les rayons sont arrondis à leur ex- trémité; anus inférieur et marginal. La cavité intérieure du corps est divisée en compartimens par des piliers verticaux. Le test est très épais. Il y a des espèces fossiles dans les terrains ter- tiaires , et plusieurs vivantes. Cl. marginatu8 Lam. — Cl. altusLam. — Cl. Gaymardi Al. Br. — Cl. JFft- chardi Desm. — Cl. rosaceus Lam. — Cl. eubdepressus Ag. (Echinanthus sub depr. Gr.) — Cl. ambigenus de Blainv. — Cl. soutiformis Lam. 12. Echinarachnius Leske et Gr. (^Arachnoïdes Kl. — Echi- nodiscus et Lagana De Bl. — Scutella Lam. ) — v- Disque circu- laire ou subanguleux; ambulacres comme ceux des Clypéastres, dont ce genre diffère surtout par la forme très aplatie du test et par ses bords amincis; anus marginal. 11 y a une espèce fos- sile des terrains tertiaires, et plusieurs vivantes. E. lenlicularis Gr. — {E. Placenta Gr. (Scutella Plac. Lam.). — E. Parma Gr. (Scutella Parma Lam.) — E. placunarius Ag. (Scutella placum. Lam.). E. latissimus Ag. Scutella latissima Lam.). — E. Rumphii Ag. (Echinodiscus Rumph. de Bl. i3. Scutella Lam. et De Bl. [Echinodiscus Leske et Gr. — Mellita et Rotula Kl. — Lagana De Bl. — Test aplati, circu- laire, à bords minces; ambulacres semblables à ceux des Cly- péastres, mais proportionnellement encore plus larges; anus inférieur. Les espèces sont nombreuses, tant fossiles des ter- rains tertiaires que vivantes. Se altavillensis Defr. — Se. gibberula M. de S. — Se. hispanica Defr. — Se. nummularia Defr. — 5c. occianta Defr. — Se. striatula M. de S. — Se. subrotunda Lam. — Se. porpitaBory. — Se. orbicularis Lam.— «Se. ovalis Ag. (lagana oval. Brug.). — Se. intégra Brug. — «Se. inaurita de Bl. — «Se. aurita de Bl. — «Se. dentaia Lam. — «Se. radiata Seba. — «Se. digitata Lam. — «Se. octodactyla De Bl. — «Se. hexapora de Bl. — pentapora de Bl. — «Se. bifora Lara. — Se. Ulrapora de Bl. — «Se. emarginata Lam. 111 Les Cidarites constituent une famille dont le caractère le plus marqué est la forme sphéroïde du test, qui porte deux espèces de piquans : les uns plus grands, portés sur de gros ma- 282 l. aga.ssiz. — Sut- les Echinodermes. melons; les autres plus petits, entourant la base des premiers ou recouvrant les amhulacres. La bouche est centrale, à la face inférieure du disque; l'anus, qui lui est diamétralement oppo- sé, est situé au sommet du disque, et s'ouvre entre les petites plaques qui l'entourent, vis-à-vis et quelquefois assez près de l'aire ambulacraire postérieure. i. Cidaris Lain. H Au et. — Ambulacres étroits, couverts de petits piquans comprimés; aires interambulacraires larges, chacune de leurs plaques n'étant surmontée que d'un çros tubercule perforé portant un grand piquant, et autour duquel il y en a plusieurs petits. On connaît beaucoup d'espèces fos- siles , du Jura, de la craie et des terrains tertiaires, ainsi que plusieurs vivantes. C. Bliimenbachii Munst. — C. Buchii Munst. — C. corcnata Goldf. — C. crenularis Lam. — C. elegans Munst. — C florigemma Phil. (C. elongata Rœm.) — C. giandifera Goldf. — C. marginata Goldf. — C. maximaMuust. — C. monilifera Goldf. — C. muricata Rœm. — C. nobilis Munst. — C.pro~ pinqua Munst. — C. Schmidelii Munst. — C. spinulosa Bœm. — C. regalis Goldf. — C. clavigera Kœn. — C corollaris Mant. — C. cretosa Mant. — C. clunifera Ag. (v. p. i42). — C. vesiculosa Goldf. — C. limaria Bronn. — C. discus Bronn. — C. rosaria Bronn. C. serraria Bronn. — C. nystrix Lara. — C. bw.ulosa Lam. — C. tribuloides Lam. — C. vertlcillata Lam. — C. tubaria Lam. — C. bispinosa Lam. — C. annulifera Lam. — C. metularia Lam. — C. stellulifera Bory. — • C. imperiatis Lam. — C. granioides Lam. — C. pistillaris Lam. 2. Diadema. Gr. (Cidarites Lam.). — Test plus ou moins dé- primé ; ambulacres larges, convergeant uniformément vers le sommet. Les piquans sont souvent tubuleux.Les tubercules des plaques ambulacraires , quoique également perforés, sont plus petits et plus nombreux que dans les Cidaris. Il y a des espèces fossiles du Jura et de la craie , et plusieurs vivantes. D. Bechei Ag. (Cidaris Beech. Broder.) — D. subangulare Ag. (Cidarites subbang. Goldf. ). — D. vagans Ag. (Gidaris vag. Phil.)- — D. mammillanum Ag. (Cidarites mam. Rœm.). — D. hemisphœricum Ag. (Jura). — D. Iran- sversum Ag. (Jura). — D. variolare Ag. (Cidarites variol. Al. Br.). — D.gra- nulosum Ag. (Cidarites granul. Goldf.). — D. ornatum Ag. (Cidarites orn. Goldf.). D rotùlare Ag. (v. p. i3g)- — ZJ. .selosum Gr. — D. culamarium l. agassiz. — Sur les Ecliinodermes. a83 Gr. — D. spinosisaimum Ag. (Cidarites spiuos. Lam. ). — D. nubulare Ag. (Cidaritcs subul. Lam.). — D. pulvinatum Ag. (Cidarites pulvin. Lam. ) 2. Astropyga Gr. ( Cidarites Lam.) — Test déprimé ; ambu- lacres larges et convergeant uniformément vers le sommet ; plaques oviducales très longues, lancéolées; plusieurs rangées verticales de piquans sur les aires interambulacraires. Une seule espèce vivante. r A radiata Gr. 3. Salknta Gr. {Cidarites Auet. ). — Ce genre ressemble au genre Cidaris par la disposition des plaques interambula- craires, mais qui ne portent qu'un gros mamelon dont le som- met n'est pas perforé. Autour de l'anus, au lieu de petites plaques mobiles , il y a de grands écussons articulés par leurs bords. Les plaques oviducales sont également très grandes. Toutes les espèces sont fossiles, du Jura ou de la craie. S. Hoffrnanni A g. (Cidarites, Hoff. Rœm.). — S. /lemisphœricaA^.ÇCiàAn'.es hcmisph. Rœm. ). — S. scutigera Gr. — iS. pellaia Ag. (v. p. 1 4o.) 5. Echinometra Breyn , V. Phels. et Gr. (Echinus Auct. ) — Test ovale transversalement et obliquement à l'axe longitudi- nal, plus ou moins déprimé; gros tubercules sur les aires in- terambulacraires, portant des piquans de forme très variée. MG.ray a cru voir dans l'obliquité des ambulacres une objec- tion à la disposition bilatérale que j'ai reconnue aux Echino- dermes; mais c'est simplement un exemple de plus du défaut de symétrie malgré la parité des parties , comme cela se voit dans la plupart des Mollusques. M. Wiegman , en revanche , a très bien remarqué que leur diamètre longitudinal est plus court que le transversal. Toutes les espèces de ce genre sont vivantes. E. atrata Gr. — E. acufera de Bl. — E. carinata de Bl. — E. Lesc/ie- naultii de Bl. — E. iobata de Bl. — E. Lucunter Gr. — E. mathœi de Bl. — E. mammilata Gr. — E. maugei de Bl, — E. oblonga de Bl. — E. pe- difcra de Bl. — E. Quoyii de Bl. — E. trigonaria de Bl. 6. Arracia Gr. (Echimis Auct.). — Vrais Oursins semblables aux Diadèmes , mais dont les tubercules m: sont pas perforés. 284 l. agassiz. — Sur tes Echinodermes. Aires ambulacraires étroites; ambulacres droits et simples, ou formés chacun de deux rangées de doubles pores. Les espèces fossiles sont du Jura, de la craie et des terrains tertiaires. Il y en a aussi de vivantes. A. hieroglyphica Ag. (Echinus hierogL Goldf. ). — A. sulcala Ag. (Echi- uus suie. Goldf.). — A. nodulosa Ag. (Echinus nodul. Muust. ) — A. granu- losa Ag. (Echiuus granul. Munst. ). — A. alutacea Ag. (Echinus alut. Goldf. — A radiata Ag. ( Echinus rad. Hœn.). — A. pusilla Ag. (Echinus pusillus Munst. ): — A punclulata Gr. — A. pustulona Gr. 7. Echinus Linn. et Auct.). — Ambulacres composés de seg- mens d'arcs formés par plusieurs paires de pores, et conver- geant uniformément vers le sommet; disque circulaire ou sub- angulaire, très régulier. Il y a des espèces fossiles du Jura, de la craie et des terrains tertiaires, ainsi qu'un très grand nombre de vivantes. E. germinans Phil. — E. Perlatiis Desm. — E. Une a lus Goldf. — E. Me- nardi Desm. — E. Milieu Desm. — E. regalis Hœn. — E. ventricosm Lam. — E. scardicus Lam. — E. pentagonus Lam. — E. Peleolus Lam. — E. varie- gatus Lam. — E. esculentus Linn. — E. vulgaris de BL — E. Uvidus Lam. — E. variolaris Lam. — E. melo Lam. — E. miliaris Lam. etc. 111. Les STELLÉRIDES constituent le dernier ordre de la classe des Echinodermes. Leur forme étoilée , la mobilité de leurs rayons qui souvent se divisent à plusieurs reprises, la position de la bouche au centre de la face inférieure, sont les caractères extérieurs les plus saillans de cette division, dans laquelle on doit admettre trois familles : celle des Astéries, celle des Ophiures et celle des Crinoïdes. Quant à leur organisation , M. Ehrenberg a fait récemment l'intéressante découverte que XAsterias violacea a des yeux qui se montrent comme de beaux points rouges à la face inférieure de l'extrémité des cinq rayons. 1. Les Astéries correspondent aux limites que Lamarck avait assignées au genre de ce nom établi par Linné dans un sens l. agassiz. — Sur les Echinodermes. a 85 beaucoup plus étendu. Ce qui les distingue, c'est d'avoir un seul orifice du canal intestinal, entouré de suçoirs, mais dé- pourvu de dents. A la face dorsale, on remarque entre les deux rayons postérieurs un tubercule lamelleux, ou plutôt fibreux, que l'on a appelé madréporifonne. De la bouche à l'extrémité des rayons, il y a des sillons profonds, occupés par plusieurs rangées de pédicules. roi 1. Astérias Lin. et k^\Astropecten Link. — CrenasterLloià. — Pentastêrie De Bl., en partie. — Stellaria Nardo , nom déjà employé pour un genre de plantes). — Corps étoile; face su- périeure tesselée; rayons déprimés, bordés de deux rangées de larges plaques portant de petites épines. A. aurant iaca Lia. — A. bispinosa Otto. — A. calcitrapa Lam. et plu- sieurs espèces nouvelles. 2. Coelaster Ag. — Diriere du genre précèdent en ce que la cavité intérieure est circonscrite par des plaques disposées comme celles des Oursins, et au sommet desquelles on aper- çoit une étoile d'ambulacres. Ce genre se rapproche donc , par son organisation, de la famille des Crinoïdes, tandis que sa forme est celle des vraies Astéries. Je n'en connais qu'une es- pèce fossile , qui est de la craie. C Coulon Ag. 3. Goniaster Ag. {Scutastérie et Platostérie De Bl.). — Corps pentagonal, bordé d'une double série de larges plaques qui portent des épines; face supérieure noueuse. G. reticulatus Ag. (Astérias rcticul. Linn.) — G. equestris Ag. (Astérias equ. Linn.). — G. nodosus Ag. ( Astérias nod. Linn.). — G. tesselatus Ag. (Astérias tessel Lam.}. — C'est encore ici, je pense, qu'il faut placer plusieurs espèces fossiles imparfaitement connues, savoir: G. porosus Ag. ( v. p. i43.). — G. couloni Ag. (v. p. i44. ). — Astérias quinqueloba Goldf. — A. jurensis Munst. — Les plaques décrites sous les noms d' Astérias scutata , stellifera et tabulata j ne sont peut-être, que des plaques de calices de crinoïdes inconnus, si elle* n'. Goldf. — Au premier abord, ee genre ne pa- raît différer des Eugeniacrines , à côté desquelles Goldfus l'a placé, que par la présence de petits articles distincts entre les bases des rayons. Cependant je crois que c'est des Comatules, et surtout du genre Glenotremiles, qu'il se rapproche le plus. La tige est très courte, arrondie à son extrémité; ce qui me fait penser que ces animaux étaient libres, et que les impressions que l'on remarque sur la tige étaient les points d'insertion de rayons semblables à ceux que les Comatules portent a leur face dorsale. Mais n'ayant pas eu occasion d'en examiner moi-même, je les laisse provisoirement à la place qui leur a été assignée par l'auteur du genre. Espèces toutes fossiles du Jura. S. costatus Goldf. — iS. scrobiculatus Munst. — S. Jœgeri Goldf. i5. Rhodocrinus Mill. — - Tige plus ou moins arrondie, tra- versée par un canal pentagonal; base des rayons formée de cinq petits articles surmontés chacun de deux autres pièces un peu plus grandes ; puis viennent d'autres plaques semblables , niais moins régulières et plus petites, qui forment en dessous la cavité viscérale, du bord de laquelle il naît cinq rayons qui se ramifient comme ceux des Pentacrines. Espèces fossiles , de la Grauwacke et du calcaire carbonifère. ( Le Rh. echinatus Schlot. à tige épineuse, du Jura, paraît devoir former un genre à part, dont je ne puis encore indiquer les caractères, ne con- naissant pas la structure de ses rayons. ) Rh. canaliculatus Goldf. — Rh. gyratus Goldf. — Rh. quinquepartitus Goldf.— Rh. crenatus Goldf. — Rh.[verus Mill. — Rh. quinquangularïsWiW. 16. Actinocrinus Mill. (Rhodocrinus Kcen.). — Ce genre dif- fère du précédent par une tige percée d'un canal rond; les plaques du disque qui entourent les côtés de la cavité viscérale sont plus nombreuses et disposées moins régulièrement. Espèces fossiles, de la Grauwacke et du calcaire carbonifère. l. agassiz. — Sur les EiCÏiinodvi mes. u(p A. cingulatua Goldf. — A. granulatus Goldf. — A. numiliformis Mill, — A. muricatus Goldf. — A. nodulosus Goldf. — A. golhlandicua Goldf. — A. lœvisM'iW. — A. polydactylus Mill. — A. lesseratus Goldf. — A. tria- contadacty lus Mill. — A. tesserocontadactylus Mill. 1 7. Melocrinus Gold. — Ce genre ne diffère des Rhodocrines et des Actinocrines , qu'en ce que la base des cinq rayons al- terne avec cinq pièces distinctes du sommet de la tige, et que les plaques qui ferment en dessus la cavité viscérale sont plus grandes que celles comprises entre les rayons au point où ils se détachent du disque. La structure des Rhodocrines, des Ac- tinocrines et des Mélocrines, est d'ailleurs très semblable. Es- pèces fossiles , de la Grauwacke et du calcaire carbonifère. M. gibbosus Goldf. — M. lœpis Goldf. — M. hieroglyphicus Goldf. 18. Eucalyptocrinus Goldf. — Cavité viscérale spacieuse, en- tourée à sa base de cinq plaques qui alternent avec trois ran- gées de dix plaques, au bord desquelles sont insérés les rayons. Une espèce fossile, de la Grauwacke. E. rosaeeus Goldf. .;■ 19. Poteriocrinus Mill. — Tige arrondie, percée d'un canal rond ; cavité viscérale entourée sur ses côtés de trois rangées alternes de cinq grandes plaques hexagones dont les supé- rieures portent cinq rayons bifurques, composés d'articles al- longés. Espèces fossiles, du calcaire carbonifère.' P. crassus Mill. — P. lenuis. Mill. 20. Plattcrinus Mill. — La base des rayons se compose de cinq grandes plaques adhérentes entre elles et alternant avec les pièces distinctes du sommet de la tige; les cinq rayons sont insérés sur leurs bords; entre leurs bases, on distingue cinq petites plaques ; il y en a en dessus de très petites qui ferment la cavité viscérale. Espèces fossiles, de la Grauwacke et du cal- caire carbonifère. PL ventricosus Goldf. — PL granulatus Mill. — PL pentangularis Mill. — PL rugosus Mill. — PL striatus Mill. — PL\lœt>isMi\\.-~ [PL tuberculatus m\.-Pl.Jep,e>susGol\î. 2çj4 l- agassiz. — Sur les Échinoderrnes. 21. Ctathocriwus Mill. — Ce genre ne diffère du précédent que par la disposition des grandes plaques qui entourent la ca- vité viscérale et qui sont sur deux rangées , tandis qu'il n'y en a qu'une dans les Platycrines. On remarque entre les bases des rayons une petite plaque hexagone. La tige est ou arrondie ou pentagone, et porte de petits rayons simples. Espèces fossiles, de la Grauwacke et du calcaire carbonifère. C. geometricus Goldf, — C. pinnatus Goldf. — C. rugpsus Mill. — C. tu- berculatus Mill. — C.planus Mill. — C quinquangularis'MiW.—' C. abbre- viatu& Mill. — C pentagonus Goldf. 22. SpHjEronites His. {^Echinospliœrites Wahl. ). — Ne pos sédant que des exemplaires tjrès imparfaits de ce genre , je ne puis en donner les caractères. Ce qu'il y a cependant de certain, c'est qu'il est très voisin des Cyathocrines. Espèces fossiles , de la Grauwacke. S. pomum His. — S. aurantium Wahl. — S. granatum'^WahX. — S. JVah- lenbergii Esmark. 23. Cartocrinus Say. — Cavité viscérale entourée 'de plaques polygones, formant deux rangées de six plaques et une de huit dont quatre portent des rayons bifides. Espèces fossiles, de la Grauwacke. C. ornatus Say. — C. loricatus Say. - 24. Cupressocrinus Goldf. — Tige arrondie, percée d'un ca- nal en forme de croix; cinq pièces renflées au sommet de la tige, entre lesquelles sont articulées les deux premières pièces de la base des rayons, qui sont les plus petites, et sur lesquelles sont placées de larges plaques disposées en pyramides, dont les bords portent de petits appendices mobiles. Espèces fossiles, de la Grauwacke. (Le C. giacilis Goldf. me paraît plutôt devoir être rapporté au genre Cyathocrinus.). C. crassus Goldf. 25. Pentremites Say. — Corps subpentagone, porté sur une très courte tige surmontée de cinq pièces distinctes , au-dessus l. agassiz. — Sur les Echinodennes. so,5 desquelles s'élèvent cinq rayons de forme pyramidale, compa- rables aux aires interambulacraires d'un Oursin. Entre les plaques de ces rayons se trouvent cinq aires ambulacraires très larges à la face supérieure du corps, au sommet duquel on remarque cinq gros trous alternant avec ces aires. Ce genre présente ainsi des caractères analogues à ceux de toutes les familles de la classe des Echinodermes ; c'est aussi l'un de ceux dont les espèces se trouvent dans les couches les plus an- ciennes. P.florealis Say. — P. opalis Goldf. — P. derbiensis Sow. — P . piriformis Say. — P. ellipùcus Sow. — P. globosus Say. Dans ce cadre synoptique des Radiaires,. je me suis abstenu d'énumérer toutes les espèces douteuses , espérant pouvoir les faire mieux connaître lorsque je publierai la monographie dé- taillée de cette classe, dont je n'ai donné ici qu'un aperçu très abrégé. Dans l'indication des caractères génériques, je me suis efforcé de les exprimer de la manière la plus simple , et j'ai évité tous les termes impropres de la nomenclature que Miller a éta- blie pour décrire les plaques qui entourent la partie inférieure de la cavité viscérale des Crinoïdes, et qui servent d'insertion à leurs rayons. Il n'y a rien , en effet, dans ces animaux, qui puisse être comparé à un. bassin , à des pièces costales ou inter- costales, à une omoplate^à des bras, à une main, à des doigts, à des tentacules; aune clavicule, à des plaques pectorales ou capitales, et qui justifie l'emploi de ces dénominations pour dé- signer de simples plaques calcaires, semblables à celles des Oursins et des Etoiles de mer, disposées même, en général, comme dans ces deux familles , et ne présentant d'autres diffé- rences que celles-ci : c'est qu'à la face dorsale il se développe un certain nombre de plaques les unes sur les autres, qui forment une tige plus ou moins longue et mobile ; que la cavité princi- pale de l'animal est entourée sur ses côtés de plaques très va- riables en nombre et en forme dans les différens genres , et disposées très diversement autour de la bouche; qu'enfin, les rayons qui se détachent du disque central se ramifient de dif- férentes manières. 296 garus. — Œufs dans l'ovaire des fœtus femelles. Pour simplifier les noms généralement si longs que l'on a donnés aux genres de la famille des Crinoïdes, j'ai changé partout leur terminaison crinites en crinus, comme l'a déjà fait M. de Blain ville pour quelques-uns d'entre eux. Lettre sur la présence d'œufs déjà formés dans V 'ovaire des fœtus femelles, adressée à V académie des Sciences, par M. Carus. J'ai l'honneur de faire part à l'Académie des Sciences d'une découverte physiologique qui, selon moi, ne manque pas d'im- portance ; et je demande en conséquence la permission d'ex- poser à l'Académie ce qu'il y a de plus essentiel, dans ce qui suit: Il est notoire que Régner de Graaf a été bien près de recon- naître l'existence de véritables œufs dans les follicules de l'o- vaire des mammifères et de l'homme ; on sait encore que Pré- vost et Dumas, auxquels nous devons les belles observations sur la génération et sur d'autres questions physiologiques , furent en effet assez heureux pour apercevoir, les premiers , ces petits oeufs , visibles seulement au moyen du microscope : toutefois de Baer est, sans contredit , le premier qui ait fait des observations entièrement satisfaisantes sur leur situation par- ticulière et leurs rapports dans l'ovaire. Néanmoins les expli- cations qu'il donna sur la construction de ces œufs étaient loin d'être concluantes: ce ne fut que le professeur Valentin qui fournit des renseignemens plus certains sur des objets si em- brouillés, sans toutefois les épuiser entièrement, puisqu'il nia dans ces œufs l'existence du chorion et de l'albumen sur les- quels M. Wagner publia alors d'autres renseignemens plus ju- dicieux , en augmentant cette doctrine d'une première descrip tion exacte de la soi-disant tache germinale à la surface inté- rieure de la vésicule germinale. Il lui est pourtant arrivé carus. — Œufs dans l'ovaire des fœtus femelles. 297 aussi de confondre quelques objets : c'est ainsi qu'il plaça dans le vitellum ce que de Baer décrivit comme discus proligerus qui entoure tout l'œuf dans la liqueur des follicules Graafii. Par ce qui précède , on est à même de reconnaître mainte- nant que , relativement au véritable œuf primitif, qui ne peut être reconnu que par le microscope , chez les mammifères et chez l'homme, et relativement à son importance, il nous reste encore beaucoup de recherches à faire et qu'il n'y aura peut- être jamais une conclusion définitive, comme dans tout ce que l'esprit de l'homme s'efforce de dévoiler. A travers tant d'investigations faites dans le domaine de la physiologie moderne et de l'histoire du développement de l'em- bryon, un fait reste constant, un fait dont les siècles passés n'avaient absolument aucune idée comme de maint autre sem- blable, c'est à savoir : « L'homme, de même que les mammifères y naît d'un œuf a qui existe dans le follicule de l'ovaire déjà avant l'acte de « fécondation et qui a une très grande ressemblance avec les « germes d'œuf dans l'ovaire des ovipares. » Mes propres travaux physiologiques et la révision de la troi- sième édition de ma Gynécologie, durent précisément, quant à cet article , ra'amener à me poser la question suivante : « yi dater de quelle époque ces œufs se rencontrent-Us dans Vo- it paire des mammifères et de l'homme. » Je me vis donc porté à faire plusieurs nouvelles recherches dont je désire publier promptement le résultat préliminaire, vu qu'il suffit déjà pour en tirer des conséquences très importan- tes pour la physiologie en général et pour la doctrine des pé- riodes de la vie humaine en particulier. Je ne crois pas devoir en retarder la publication , tout aperçu de ce genre étant une étincelle qui, de près ou de loin, peut faire éclater une grande et vive lumière au moment où nous nous y attendons le moins. Déjà vers la fin de l'automne passé je me suis occupé pen- dant le peu d'heures de loisir que des travaux accumulés me laissent encore, à examiner l'état des ovaires d'animaux nou- veau-nés Je passe sur le détail de ces éludes, en remarquant 298 carus. — OEufs dans l'ovaire des fœtus femelles. seulement i° que le compressorium de Purk'mje et Valentin m^ été de la plus grande utilité pour reconnaître distinctement les œufs cachés dans la substance des ovaires encore tendres ; i° que c'était surtout des ovaires de veaux nouveau-nés, que je réussis bientôt à extraire facilement et complètement non-seu- lement tout le follicule Graafii, mais qu'il arriva toujours, lors- que ce follicule (nommé autrefois à tort Ovulum Graafii), avait été déehiré avec précaution moyennant deux aiguilles sous le microscope , que dans la liqueur granuleuse qui en sortit, se présenta aussitôt le petit œuf nageant dans son discus proligerus (pour me servir du nom que Baer lui adonné). Je ne le découvris d'abord qu'à l'aide de la loupe ; plus tard l'habitude me le fît reconnaître à l'œil nu. Le petit œuf lui-même fit déjà voir distinctement le chorion, le vitellum et la vésicule primitive avec sa tache germinative, de manière qu'il n'y eût rien qui l'aurait pu faire distinguer sensiblement des petits œufs que j'avais souvent extraits anté- rieurement des folliculis opariorum des Vaches. L'occasion de faire les mêmes recherches sur des cadavres frais de petites filles nouveau-nées ou très jeunes encore, était difficile à obtenir; elle se présenta cependant au printemps de l'année 1837, et quoique toujours peu-à-peu, par des observa- tions réitérées , maint détail doive être mieux fixé, voici déjà les résultats remarquables obtenus jusqu'ici. Il ne fût pas possible de découvrir le follicule Graafii , rem- pli déjà de liqueur autour de l'œuf, dans l'ovaire d'une jeune fille décédée quatre jours après sa naissance, qui s'offrit en- core fort étroit et aplati : en revanche , et par la pression légère des minces segmens de l'ovaire, il se présenta déjà très distinc- tement, des œufs plus ou moins grands , parfaitement indiqués par le vitellum et la vésicule primitive _, lesquels se trouvaient pourtant encore étroitement enveloppés de la substance du follicule et de l'ovaire. Il en était bien autrement de l'ovaire d'une jeune fille de dix-huit mois. Déjà plusieurs follicules, développés à un quart de ligne, quelques-uns même jusqu'à une demi-ligne, s'y mon- trèrent, et quoique l'enfant eût souffert du rachitis, que les carus. — Œufs dans l'ovaire des fœtus femelles. 299 stagnations du sang se fussent étendues jusqu'à la matrice et l'ovaire, et eussent occasioné qu'un peu de sang même se fût répandu par-ci par-là dans la liqueur des follicules et en eût dis- sous le petit œuf dans quelques-uns , il se trouva cependant encore dans l'un des plus grands, l'œuf le plus distinctement formé ; tandis que d'autres n'offraient plus que le cercle blan- châtre de l'albumen , entre la membrane du vitellum et le cho- rion , ainsi que la substance du vitellum distinguée vers le dis- eus proligerus par ses fins globules, quoique la ligne de dé- marcation n'en fût pas partout régulièrement tracée. C'est enfin dans un plus grand développement que se pré- sentèrent les mêmes objets dans les ovaires d'une jeune fille de quatre ans et demi , morte de pneumonie. — Ici , chaque ovaire contenait à lui seul un follicule complètement développé d'un diamètre de 6/8"" de ligne : après que l'un et l'autre eu- rent été extraits et déchirés sous le microscope moyennant deux aiguilles, il sortit de chacun, l'œuf du diamètre d'un douzième de ligne de Vienne, avec le vitellum , la vésicule pri- mitive munie de sa tache germinative, le tout parfaitement prononcé, nageant dans la liqueur menu-granuleuse , et qui contenait encore quelques globules de substance d'œuf, d'une plus grande dimension. En outre, il y avait dans la substance des ovaires une foule de petits œufs plus ou moins grands, du diamètre de 1/60"* , i/ao 10 * et même de j/i4 m * de ligne de Vienne, tous encore étroitement enveloppés de leurs folli- cules. Maintenant après avoir reconnu ces importantes différences physiologiques non encore relevées jusqu'à présent, on sera à même de comprendre ce qu'il y a de remarquable dans la ré- pétition de ces trois périodes primitives de la vie de l'homme développé, c'est-à-dire: i° l'âge du nourrison, a° l'enfance pro- prement dite, et 3° l'âge de l'homme mûr (ce dernier se divi- sant de nouveau en a , adolescence , b , âge viril et c , vieillesse) : c'est ainsi qu'on se verra conduit à beaucoup d'autres obser- vations intéressantes dont, pour le moment, je ne décrirai que les plus importantes. i° Il y a une grande inégalité dans les époques du dévelop- 3oo cauus. ■— OEufs dans l'ovaire des fœtus femelles. pement vital parmi les différentes classes d'organismes quand on envisage les périodes où la vie latente peut avoir lieu. C'est ainsi que nous voyons chez les plantes qui nous offrent dans sa plus grande extension le phénomène remarquable de la vie latente (i), que ce n'est que l'œuf fécondé , connu sous le nom de semence mûre, qui soit capable d'une vie latente dont il nous faut dire , qu'elle peut se prolonger des milliers d'années depuis qu'il est à notre connaissance qu'on est parvenu à faire germer de nouveau des grains de blé tirés des tombeaux de mo- mies égyptiennes. a Quant aux animaux d'un ordre inférieur et nommément les animaux articulés, un long état de vie latente ne convient pas chez eux à l'œuf avant la fécondation aussi peu qu'au pre- mier œuf des plantes avant son état de semence : en revanche ce même œuf après sa fécondation (toutefois avant qu'il ne se soit montré encore quelque trace de l'embryon qui cependant est déjà connu dans les semences des plantes), est capable d'une vie latente considérablement prolongée, non-seulement sans aucun changement pendant un hiver entier (comme la plupart des œufs d'Insectes); mais quelquefois même, sous cer- taines circonstances dont le détail ne peut trouver place ici, il demeure de plus longs espaces de temps dans un état de vie latente. (Sans doute , il en est ainsi des œufs de plusieurs In- sectes aquatiques et de petits Crustacés). Le résultat certain de ces observations est donc : i° Les œufs y ces germes de l'existence future des hommes se forment déjà avant la naissance de V individu femelle, de sorte que vers la fin de la grossesse auec un enfant du sexe fé- minin il existe incontestablement trois générations d'hommes dans un seul individu. (A-peu-près de la même manière qu'on avait déjà eu lieu de le remarquer chez le Volvoce , l'ancien pal- ladium de la théorie d'évolution ou de préformation. ) i° De bonne heure, après la naissance de l'individu femelle et (i) Notion dont l'importance ne fut point assez appréciée autrefois dans la physiologie, et qu'on trouve développée dans un article de moi, qui parut dans les Archives de physiologie, rédigées par J. Muller, année i835. CA.nus. — Œufs dans V ovaire des fœtus femelles. 3oi au moins dès la première année de la vie se développent autour de plusieurs œufs les follicules de V ovaire, de manière que déjà les alentours d'un tel ovule se trouvent essentiellement dans le même état qu'au temps de la puberté. (C'est pourquoi le dé- veloppement ultérieur de ces œufs pour se constituer fœtus humain , ne souffrirait aucune entrave si les conditions ex- térieures étaient accordées de si bonne heure. Pour savoir quelle période de la vie de l'individu femelle, dans nos climats, peut être considérée comme étant le premier où la conception et la grossesse peuvent avoir lieu, il faudrait encore aller aux renseignemens.) 3° Quand par V élargissement du follicule et Vépanchement de la liqueur, l'œuf mur de Vhomme est isolé davantage de la substance des organes maternels , il reste dans l'état d'une vie latente pendant un nombre d'années qui n'est pas fixé défi- nitivement jusqu'à ce que, par l'attrait de la fécondation il est tiré de cet état dépendant , et appelé à un développement ulté- rieur. Il s'en suit encore que : 4° Lorsque nous voudrons faire V énumèration de toutes les périodes de la vie humaine , il nous faudra procéder à-peu-près de même que nous le faisons pour les périodes vi- tales de l'Insecte, où l'on distingue la vie ovulaire, celle de la larve et chrysalide et celle de l'insecte développé ; car de même on envisagera et on distinguera nécessairement chez nous, à, la vie latente de l'œuf, d'un nombre de 10 à 20, peut- être à 3o, à 40 ans; &., la vie fétale de dix mois, et 4 *• cantraine. — Genre Mytilina. peut-être un exemple unique dans l'histoire des Mollusques d'habiter des con- trées et des milieux si différens (i). Cependant il suffit de lire la diagnose que donne Pallas pour se convaincre qu'elle se compose de deux parties, et qu'il y est question de deux espèces distinctes. La voici : ce Mytilus polymokphus. Marinus ad summum mole « nucleipruni, marino eduli oblongior ; valvulae prœsertim versus nates magis « carinatae., latere incumbente planiusculae atque excolores, superiore vero parte « circulis griseo fuscis , undulisve variae. Nates acutissimae , subdeflexae. Flû- te, viatilis, saepe quadruplo major , subfuscus, latior ; valvulis exacte semiova- cc tis , argutc carinatis , latere incumbente plano-excavatis : natibus acutis « deorsum iuflexis. Cavum commune testa? versus nates obsolète quinquelocu- . i 4 1. 3ia f. cantraine. — Genre Mytilïna. vatiouj elles sont eu harmonie avec les principes physiologiques, et le gisement de la coquille dans les terrains de formation d'eau douce vient les corrober. Nous ne doutons point que des observations consciencieuses sur la nature du mollusque qui vit dans l'eau salée de la Caspienne ne viennent un jour assurer de la ma- nière la plus convaincante que le Mytilus polymorphus marinus de Pallas est une espèce distincte de celle qu'il 4 a désignée sous le nom de Mytilus poly- morphus fluviatilis . La fin du mémoire de M. Van Beneden contient la description d'une espèce de ce genre qu'il dit être du Sénégal et à laquelle il donne le nom de Dreissena af ricana : la diagnose et la figure qu'il en donne sont loin de faire soupçonner l'identité de cette espèce avec notre Mytilomye à cuilleron. Une autre espèce de ce genre est décrite par lui sous le nom de Driessena cyanea dans le quatrième volume des Bulletins de l'Académie royale de Bruxelles page 4i ; la diagnose en'est ainsi conçue : Coquille oblongue, plus haute qu'épaisse, finement striée à l'ex- térieur. Son intérieur d'un bleu foncé. Cette espèce, qui peut être nouvelle, ne sera bien reconnaissable que lorsqu'elle sera mieux caractérisée , le caractère tiré de la couleur de l'intérieur étant de peu de valeur. 7 Nous finirons en avertissant que les diagnoses des deux genres Tichogonia et Dreissena manquent au principe philosophique sans lequel une définition ne vaut rien : Definilio omni et soli defmito conveniat. La diagnose du premier genre ne convient qu'au Mytilus Polymorphus Pall. et aux espèces dont les valves sont carénées : celle du second genre ne convient qu'au jeune âge du Mytilus Polymorphus, et aux espèces qui n'ont qu'une cloison apicale;elle correspond au a e groupe établi par Rang dans le genre Mytilus. EXPLICATION DE LA PLANCHE IO B. a. Ganglion céphalique gauche ; le droit est rendu plus distinctement. b b\ Tentacules labiaux. e. Muscle rétracteur antérieur coupé. d. Gauglion moyeu ou pédieux. c. Pied. /. ' Blanchies. g. Gauglion postérieur. h. Muscle transverse postérieur. mulleu et schwann. — Sur la digestion artificielle. 3i3 Expériences sur la digestion artificielle , par le professeur Muller et le docteur Schwann. (Extrait.) On trouve dans les Archw fur Anatomie und Physiologie pour i856> deux longs et intéressans mémoires sur la digestion artificielle. Le premier , fait en commun, par le professeur Muller, et par son aide, le docteur Schwann, traite uniquement de la digestion artificielle de l'albumine coagulée, et de la fibre musculaire bouillie; le second, dû au docteur Schwann seul, a trait d'une manière plus spéciale à la nature même des fonctions digestives. Ce qui conduisit le professeur Muller à s'occuper de la digestion artificielle , ce fut la publication (en i834) de l'ouvrage d'Eberle sur la Physiologie de la Di- gestion , dans lequel il est établi que, bien que ni les acides étendus ni le mucus ne possèdent séparément la propriété de dissoudre les substances organiques, cette propriété appartient au mucus acidifié, lequel non-seulement dissout l'al- bumine et la fibre musculaire, mais en change même complètement la nature chimique, en les convertissant en osmazome et en salivine. Durant l'hiver de 1 834 à 1 835 , le professeur Muller eut la satisfaction de pouvoir se convaincre de l'exactitude des faits établis par Eberle, et pendant l'hiver suivant, il fit avec le docteur Schwann la série d'expériences dont nous allons rendre compte. Ces deux savans commencèrent par déterminer l'action des acides étendus sur les substances animales. Dans ce but de petits cubes de fibre musculaire bouillie et d'albumine coagulée furent taillés de façon à offrir des arêtes vives et des angles aigus, et soumis dans des tubes d'essai, avec des acides étendus, à une tempéra- ture de 3o degrés Réaumur. Douze heures de digestion dans l'acide hydrochlo- rique étendu ne produisirent aucun changement dans l'apparence extérieure de l'une ni de l'autre de ces deux substances ; et, après que l'expérience eut été prolongée pendant vingt-quatre heures, elles étaient seulement devenues un peu plus friables. Dans l'acide acétique, après douze heures, les petits cubes s'é- taient un peu gonflés; et après vingt-quatre heures , ils avaient encore conservé leurs arêtes vives et leurs angles sans altération ; une digestion plus prolongée amenait une séparation graduelle des fibres musculaires, mais jamais leur ré- duction en une masse pulpeuse. Les mêmes résultats étaient produits avec les acides oxalique , tartarique et lactique. MM. Muller et Schwann essayèrent ensuite l'action du mucus acidifié. Pour cela, ils séparèrent avec soin la membrane muqueuse du quatrième estomac d'un veau: et après l'avoir desséchée, ils la coupèrent en petits morceaux qu'ils 3 14 mulleii et schwann. — Sur la digestion artificielle. introduisirent dans des tubes d'essai d'un demi-pouce de diamètre, en y vcrsanf de l'eau distillée en quantité suffisante pour qu'elle s'élevât d'environ trois quarts de pouce au-dessus de la membrane muqueuse, après que celle-ci aurait été complètement imbibée. Deux de ces tubes reçurent six à huit gouttes d'acide hydrochlorique, et deux autres douze à quatorze gouttes d'acide acétique ; on laissa dans un autre les morceaux de membrane muqueuse avec de l'eau seulement, et dans un autre encore, la même quantité d'eau que dans les précédera , avec huit gouttes d'a- cide muriatique, mais sans membrane muqueuse ; puis on introduisit dans tous ces tubes des cubes de fibre musculaire et d'albumine coagulée. Après une digestion de douze heures, sous une température de 3o degrés Réaumur : i° On ne vit aucun changement dans les deux derniers tubes que nous ve- nons de mentionner en dernier lieu. 2° Dans les tubes où de l'acide avait été ajouté à la membrane muqueuse les fragmens de muscle devinrent grisâtres, gonflés à leur surface ; leurs angles et leurs arêtes s'émoussèrent , et l'on cessa d'y reconnaître des fibres distinctes. L'albumine se gonfla et devint translucide à la surface , molle et d'apparence caséeuse au centre; et l'expérience ayant été continuée plus long-temps, cette substance fut complètement ramollie et dissoute. Il paraît être tout-à-fait indifférent que l'on emploie du mucus pur, ou seule- ment des fragmens de la membrane muqueuse pour la production du fluide di- gestif; car, suivant Muller, l'efficacité de ce fluide né dépend aucunement de la membrane même, mais seulement du mucus que contiennent ses nombreux folli- cules. La quantité nécessaire pour donner un bon fluide digestif est extrêmement petite ; il suffit de ^ environ de la masse totale d'eau et de membrane muqueuse. Il fallait maintenant déterminer si la dissolution de l'albumine coagulée n'é- tait que le résultat d'un simple changement dans le mode d'agrégation, ou s'il y avait eu altération chimique. Pour arriver à cette détermination d'une manière aussi simple que possible, on mit digérer soixante grains de membrane mu- queuse desséchée , dans de l'eau acidulée, pendant quatorze heures, à une tem- pérature de 18 degrés R. Dix-huit grains d'albumine coagulée et taillée en cu- bes, furent alors introduits dans le fluide , et on les y laissa digérer pendant vingt-quatre heures à une température de 20 degrés R. Cette opération fit pas- ser l'albumine du blanc au jaune; les arêtes et les angles des cubes furent dis- sous, et ces derniers devinrent d'une consistance tellement faible qu'ils s'affais- saient sous les doigts à la manière d'une pulpe. En délayant dans l'eau cette al- bumine ramollie on en fit une émulsion qui fut jetée sur un filtre; et cette opération, répétée deux fois, avec quelques modifications , conduisit chaque fois au même résultat. Les différens essais auxquels fut soumise la liqueur limpide tombée du filtre conduisirent les expérimentateurs à cette conclusion que l'albumine avait subi un changement chimique, et avait été convertie eu osinazome, en salivine, et en mulleh et scirw ann. — Sur la digestion artificielle. 3 1 5 un troisième principe propre dont la nature ne pouvait être reconnue qu'à l'aide d'expériences subséquentes. Ainsi il était certain que l'albumine éprouvait par l'action du mucus acidulé une altération chimique. Il devenait donc nécessaire de reconnaître la nature même de l'opération. 11 semblait y avoir quelque analogie entre la fermentation et la digestion artificielle; et la question qui se présentait immédiatement, c'était de savoir si pendant cette dernière opération il y avait développement d'acide car- bonique et absorption d'oxygène, et par conséquent, oxygénation de l'albumine: une expérience prouva que la digestion artificielle n'apportait aucun change- ment dans les proportions d'oxygène et d'azote qui entrent dans la composition de l'air atmosphérique. L'opération d'ailleurs n'était accompagnée d'aucun dé- veloppement d'acide carbonique, ni d'aucun autre gaz; et elle se faisait égale- ment bien dans des tubes ouverts ou hermétiquement fermés. Il se dégageait pourtant durant l'opération, une très petite quantité d'acide carbonique-, mais qui n'excédait pas ce qu'il s'en fût dégagé de quelque fluide animal. Il y avait aussi absorption d'une faible quantité d'oxygène, due probablement à la ten- dance qu'a l'osmazome à s'acidifier lorsqu'elle est en contact avec l'air atmo- sphérique. Ainsi, ce fait que la digestion s'opère également bien hors du contact de l'air , et la petite quantité de l'acide carbonique produit et de l'oxygène ab- sorbé, prouvèrent à nos expérimentateurs que les changemens éprouvés par l'albumine n'étaient pas dus à l'oxygénation. Toutefois, disposés encore à regar- der l'opération qu'ils étudiaient comme analogue jusqu'à un certain point avec la fermentation, ils considérèrent le principe digestif propre qui existe dans le mucus , comme tenant lieu de ferment. La nature de l'opération , et les pro- priétés du principe digestif sont étudiées d'une manière beaucoup plus complète dans le second mémoire , dont nous allons maintenant donner un extrait. Il est prouvé que le mucus est insoluble dans les acides ; et néanmoins le docteur Schwann a reconnu que la filtration n'enlevait pas au fluide digestif ses propriétés particulières, ce qui contrarie grandement l'opinion que ces proprié- tés appartiennent au mucus lui-même. Voulant éclaircir ce sujet , cet observa- teur prit environ deux livres de la membrane muqueuse du troisième et du qua- trième estomac d'un bœuf, coupée en petits morceaux, et la mit digérer pendant a4 heures , à une température de 3a degrés R. , dans de l'eau à laquelle il avait ajouté environ deux onces d'acide hydrochlorique. La plus grande partie de la membrane fut dissoute, il en résulta un liquide trouble et opaque mélangé d'un mu- cus non dissous et de débris de membrane, et qui produisit, après la filtration, envi- ron trois quarts de litre d'une liqueur d'un jaune terne et qui, même après qu'on l'eût laissée reposer pendant plusieurs mois, ne donna aucun dépôt, et contenait a, 7 5 pour îoo de matières solides. Nous désignerons cette liqueur par A. Le résidu non dissous fut de nouveau traité par l'eau et l'acide, 'et l'on en ob- tint après filtration environ un demi-litre d'un liquide que nous désignerons par 13. Nous désignerons par C, le produit d'une troisième digestion sembla- ble aux deux précédente?. Ces trois solutions contenaient à-peu-près la même 3i6 muller et schwann. — Sur la digestion artificielle. quantité d'acide , deux drachmes de chacun exigeant à-peu-près pour être sa- turés, 2, 5 grains de carbonate de potasse. On plaça des cubes d'albumine coa- gulée dans des tubes avec chacune de ces trois solutions. Douze heures suffirent dans la liqueur C, pour que la digestion y fût terminée; l'opération marcha plus lentement dans la liqueur A. ; mais le pouvoir digestif de cette dernière s'ac- crut par une addition d'eau acidulée , tandis que l'addition d'une faible quan- tité de la même eau le diminua dans la liqueur C, ce qui prouve que le prin- cipe digestif était plus abondant dans la première que dans la seconde. Une question qui se présente aussitôt à résoudre ," c'est de savoir si l'acide est nécessaire pour l'accomplissement de la digestion, ou s'il sert uniquement à développer quelque autre principe qui , une fois formé , suffirait à produire cet effet sans l'assistance d'aucun autre principe. Pour s'en assurer, M. Schwann neutralisa la liqueur digestive par du carbonate de potasse ; le pouvoir digestif disparut aussitôt ; mais il fut ensuite rétabli par une addition d'acide. D'ail- leurs on a déjà fait voir que l'acide seul ne possédait aucun pouvoir digestif. De quelle nature est donc l'action de l'acide? i° Doit-on le considérer comme une menstrue du principe digestif? 2° Donne-t-il naissance avec ce principe, à un composé chimique particu- lier, analogue aux sels acides, et possédant sous cette forme la faculté d'effec- tuer la digestion. 3° L'acide serait-il] nécessaire pour dissoudre le produit de la digestion ? 4° Serait-il décomposé pendant l'opération, pour entrer en combinaison avec le produit. 5 Enfin prédisposerait-il les corps digestibles à la décomposition par le seul effet de son contact avec eux , et quoique ne pouvant produire cette décompo- sition par lui-même ? Pour résoudre la première question, l'expérimentateur neutralisa un peu plus de la moitié de l'acide d'une portion de la liqueur C, mais en y laissant encore une réaction acide manifeste , et sans produire aucune opacité dans le liquide. Le pouvoir digestif en fut complètement détruit, et la question résolue par la négative. Pour que la seconde hypothèse renfermât la vérité , il faudrait que la quan- tité d'acide fût toujours en proportion avec la quantité de principe digestif con- tenu'' dans un dissolvant; or le contraire est prouvé par l'expérience suivante : dans deux drachmes d'eau distillée on mit 4, 8 grains de la liqueur A. , dont ou mélangea la même quantité à deux drachmes d'eau acidulée dans laquelle l'a- cide entrait suivant la même proportion que dans la liqueur digestive normale. Le degré de dilution du principe digestif était le même dans les deux cas ; la quantité seule de l'acide était différente. Après une digestion de vingt-quatre heures, l'albumine n'avait subi aucune modification dans le premier mélange, tandis qu'elle s'était complètement dissoute dans le second. Cette expérience dé- truit également la troisième hypothèse ; et la quatrième tombe devant ce fait muller et schwann. -• Sur la digestion artificielle. 3i7 qu'il faut la même quantité de carbonate de potasse pour saturer la liqueur après qu'avant la digestion. Nous sommes donc conduits forcement à penser que l'acide n'a d'autre effet que de prédisposer à la décomposition, exactement de la même manière qu'a- gissent les acides étendus d'eau et portés à l'ébullition dans la conversion de l'amidon en sucre. Il nous reste encore à rechercher de quelle manière agit le principe digestif lui-même dans la digestion artificielle. Or, il n'y a ici que deux hypothèses pos- sibles : ou l'action dont il s'agit est du nombre des actions chimiques par les- quelles s'effectue la dissolution des corps; ou ce n'est qu'une action par con- tact analogue à celle qu'exerce la levure dans la fermentation. C'est pour résou- dre cette question que M. Schwann a fait les expériences qui suivent. Il fallait d'abord reconnaître la quantité de principe digestif nécessaire pour la digestion d'une quantité donnée d'albumine; pour y arriver, il plaça deux drachmes de la liqueur digestiveA pure dans un tube a, et dans un autre tube b, de l'eau acidulée contenant ,-fr de la même liqueur ; un troisième tube c contenait rf;; un quatrième, d, ttz î uq cinquième, e, ,~; un sixième,/, ,*„ et enfin un septième ne reçut que de l'eau acidulée. Dans chacun on introduisit des fragmens d'albumine coagulée. Après une digestion de douze heures, l'al- bumine des tubes b et c était entièrement dissoute; dans a et d cette substance était très molle et translucide ; mais on y reconnaissait encore la forme des frag- mens; danse et même jusque dans /"elle avait subi un changement manifeste; mais dans^ elle était restée sans altération. Pour déterminer suivant quelles proportions varie le pouvoir digestif de la liqueur étendue et non étendue, M. Schwann fit l'expérience suivante :Un drachme d'albumine coagulée humide fut malaxé avec 4, 8 graius de la liqueur A et l'on y ajouta ensuite deux drachmes d'eau acidulée. On mit la même quan- tité d'albumine dans deux drachmes de la liqueur non étendue, et les deux mé- langes furent mis digérer pendant vingt-quatre heures. L'albumine dans ces deux cas fut presque complètement dissoute. Ainsi 4, 8 grains de liqueur di- gestive , contenant o, 1 1 grains de matières solides ont suffi pour produire la dissolution de soixante grains d'albumine humide, ou d'environ dix grains de matière solide; de sorte qu'un grain suffit pour produire la décomposition de îoo grains, proportion que l'on sait être la même que dans la fermentation Une sé- rie d'expériences entreprises pour faire voir que le principe digestif est lui-même décomposé dans la digestion artificielle, a prouvé qu'en effet le pouvoir di- gestif de la liqueur était détruit, ou du moins considérablement diminué, mais dans l'état actuel de nos connaissances, il est impossible de déterminer la na- ture intime de ces chaugemens. Il reste eucore à déterminer la nature du principe digestif. Eberle le regarde comme identique avec le mucus ; s'il en est ainsi, une solution saturée de mu- cus posséderait le pouvoir digestif à un haut degré. Pour s'en assurer , le doc- teur Schwann méli du mucus pur, obteuu de la salive, avec beaucoup d'eau 3 18 muller et schWann. — Sur la digestion artificielle. acidulée ; la plus grande partie demeura sans se dissoudre. L'albumine intro- duite dans cette dissolution y resta plusieurs jours sans qu'il s'y manifestât aucun changement. Il vit d'un autre côté que du mucus obtenu de la même ma- nière et mêlé à une petite quantité seulement d'eau acidulée, fournissait une liqueur possédant des propriétés digestives. De là il tira la conclusion que le principe digestif n'est pas identique avec le mucus ; mais que c'est ou bien un principe nouveau formé par l'action de l'acide sur le mucus , ou bien quel- que autre principe propre que le mucus renferme en quantités très petites. Il fallait déterminer la nature de ce principe propre ; et, dans ce but, notre observateur étudie, comme nous allons le voir, la manière dont il se comporte avec différens réactifs. Il met dans une certaine quantité de la liqueur B, un réactif capable d'y produire un précipité; et il y plaça ensuite un fragment d'al- bumine coagulée. Si le pouvoir digestif est détruit, il soumet le mélange à un au- tre réactif capable de neutraliser le premier. Si alors le pouvoir est rétabli, il devient nécessaire de déterminer si ce rétablissement est du. à la portion qui a été précipitée, ou à celle qui est restée en solution. Pour cela, on recueille le précipité sur un filtre, et ou essaie séparément la dissolution filtrée, conformé- ment aux règles générales de la chimie. Or, on arrive par ces diverses expé- riences à reconnaître au principe digestif les propriétés suivantes. — Il est soluble dans l'eau, dans les acides hydrochlorique et acétiquelétendus d'eau. Il est décom- posé par l'alcool et par la température de l'eau bouillante ; l'acétate de plomb le précipite complètement de ses dissolutions acides et neutres; et il est précipité de ces dernières parle deuto-chlorure de mercure. Il n'est point précipité par lefer- rocyanate dépotasse; enfin l'infusion de noix de galles en détruit le pouvoir diges- tif, en formant probablement un précipité insoluble. Ces diverses propriétés nous conduisent à voir dans le principe digestif une substance propre, distincte de l'osmazome , du mucus , de l'albumine , de la salivine et de la caséine. Les tentatives qu'a faites le docteur Schwann pour l'isoler ont été jusqu'ici sans succès; mais le procédé suivant d'analyse est celui qu'il croit le plus propre à produire ce résultat : — Précipitez avec le ferrocyanate de potasse et filtrez. La liqueur qui passera contiendra de l'osmazome , de la salivine , et le principe digestif. — Neutralisez avec le carbonate de potasse, et précipitez avec le deu- tochlorure de mercure. — L'osmazome et le principe digestif seront précipités ; la salivine demeurera en dissolution. Lavez le précipité avec grand soin; ajoutez de l'eau aiguisée d'acide hydrochlorique dans la même proportion où il se trouve dans la liqueur digestive ; puis décomposez par l'hydrogène sulfuré. Le principe digestif, et peut-être l'osmazome seront de nouveau dissous ; etla grande difficulté, c'est de les séparer l'un de l'autre. Un des signes les plus sûrs aux- quels on pourra reconnaître le principe digestif, c'est la propriété qu'il a de coaguler le lait; cependant jusqu'à ce que l'on soit parvenu à l'isoler il y aura toujours doute sur la question de savoir si c'est bien en réalité ce principe qui doit être regardé comme l'agent de la coagulation. Deux grains de la liqueur A* , suffisent pour produire en une minute et demie, la coagulation de deux molli n et sciiwann. — Sur la digestion artificielle. 3 fq drachmes de lait de vache chauffé au bain marie. Un seul grain exige deux minutes et demie, et un demi-grain, quatre minutes, pour produire le même ef- fet. Comme il suffit d'une température de 80 degrés R. pour y détruire com- plètement le pouvoir coagulant, il est évident que ce pouvoir ne peut être rapporté à la petite quantité d'acide contenue dans la liqueur digestive. En terminant, le docteur Schwann observe que ces expériences ne peuvent être considérées comme applicables à la digestion d'une substance quelconque, mais seulement de celles qui sont digérées de la même manière que l'albumine coagulée. Parmi ces substances, il faut placer, d'après les expériences qu'il a faites à cet égard, la fibrine du sang, la fibrine musculaire du bœuf crue ou bouillie , le bœuf et le veau rôtis ; mais la liqueur digestive dont nous avons in- diqué la préparation ne produit pas d'autres changemens sur la gélatine, la ca- séine, la fécule et le gluten , que ceux que produirait de l'eau simplement acidu- lée. Toutefois il est digne de remarque que, la fécule exceptée, les produits de la digestion de ces substances dans l'eau simplement acidulée ressemblent par leurs caractères les plus essentiels à ceux que fournit suivant Tiedemann et Gme- lin la digestion naturelle de ces mêmes substances dans l'estomac ; et d'après cela, le docteur Sciiwann incline à penser que le caséum, la glatine et le géluten sont peut-être dissous et digérés par l'action de l'acide contenu dans le suc gas- trique. Cette explication toutefois ne suffit pas pour expliquer la digestion de la fécule, laquelle suivant Tiedemann et Gmelin, est convertie par la digestion na- turelle en gomme et en sucre; une simple digestion dans 1 de l'eau acidulée ne produit aucun changement pareil. Mais si, après l'avoir fait bouillir, on met di- gérer la fécule pendant vingt-quatre heures dans de la salive acidulée, la dis- solution filtrée cessera de manifester aucun changement de couleur parla teiu- turc d'iode , et on trouvera qu'elle contient du sucre et de la gomme. Ce chan- gement est tout-à- fait en rapport avec, celui que produit la digestion naturelle sui - van t Tiedemann etGmelin, et par conséquent si des changemens semblables n'étaient pas produits par l'action du suc gastrique on pourrait trouver peut-être une ex- plication du phénomène en prenant en considération la quantité de salive salée. Archives de Muller , année i836. I e * Cahieret British and Foreign Med. Rewiew , july 1837. Note sur quelques ossemens fossiles de l'Amérique méridionale. M. C. Darwin a déposé au Musée du Collège royal des Chirurgiens à Londres, une série fort intéressante d'ossemens fossiles de Mammifères qu'il a trouvés dans l'Amérique du sud. Je tiens de M. Owen que cette série reuferrae deux et 3ao darwin. — Sur des ossemens fossiles. peut-être même trois espèces distinctes d'Edentés, tenant par leur taille une place intermédiaire entre le Mcgatherium, et la plus grande espèce actuelle de Tatous, le Tatou Géant (Dasypus gigas, Cuvicr), Toutes ces espèces sont éga- lement protégées par une armure de pièces osseuses, et établissent une liaison plus directe entre le Mégathérium et les Tatous, qu'entre le premier de ces animaux et les Paresseux. Un fossile plus intéressant encore, c'est le crâne d'un quadrupède qui aurait pu rivaliser avec l'Hippopotame par ses dimensions , et dont la den- tition est celle d'un animal de l'ordre des Rongeurs; et il est à remarquer que la plus grande espèce vivante de cet ordre, le Capybara, appartient à l'Amé- rique du sud. M. Darwin a recueilli aussi les fragmens d'un petit rongeur très voisin de l'Agouti, et les restes d'un quadrupède ongulé, de la taille d'un Cha- meau, qui forme une sorte d'anneau entre le groupe anormal de Ruminans dont le Chameau et le Lama font partie, et l'ordre des Pachydermes. (Extraite de la seconde édition de l'ouvrage de M. Buckxand, Geology and mineralogy, etc., Londres 1837.) Lotjdon's magazine , etc. Magasin d'Histoire naturelle de Loudon. Nouvelle série. Cette nouvelle série du Magasin de Loudon paraît être conduite d'après un plan un peu différent de celui de la série précédente, et s'adresser au monde savant autant qu'au public en général. Son nouveau rédacteur M. Charles- woorth, est un jeune géologue distingué, dont les travaux sur le Grag du Suffolk ont excité beaucoup d'intérêt, et nous ne doutons pas de son succès. Dans les premiers cahiers qui nous sont déjà parvenus, nous signalerons spécialement un Mémoire de M. Richardson, sur la détermination chronologique des dépots fossilifères d'après les débris organiques y contenus ; la description de quelques Orthoptères singuliers, par M. G. R. Gray; plusieurs notes sur des coquilles fossiles du Crag, par M. Charlesworth ;\ une traduction du traité de Meyer sur la structure des Sauriens fossiles ; celle du Mémoire de M. Deshayes sur la température de la période tertiaire, publié dans nos Annales, et plusieurs ar- ticles sur les mœurs des animaux. Il paraît un cahier de ce recueil chaque mois, et lorsque le sujet comporte , des gravures sur bois sont intercalées dans le texte. l'ol- ■ (1) Gilbert Blanc. V, les Tr. phil. de 1788 et ses Diss. choisies p. a6a. (a) Stahl. (3)Whytt.V.$ 4 8. (4) Haller, etc. (5: Whyt, Sœmmering, Alison, Millier etc. (6) Le Gallois, Flourens, Mayo etc. M] Tiedemann , Lobstein. (8)Ch.Bell,Shaw. (9) Mayo. (10) Willis,Shaw. (n) V.lesTr. phil. Paris, i833,etmon premier Mém. (ia) Flourens. (i3) Lorry, Floufens etc. (14) Mageudie. 3a4 Marshall -hall. — Sur la force excita-motrice. factif, l'optique, l'acoustique, et dans les racines antérieures (r) des nerfs spinaux, à l'exclusion des racines postérieures. 6. Tous les physiologistes ont supposé que cette vis nervosa agit seulement dans la direction des branches ou des fibres nerveuses, depuis leur origine dans les centres nerveux jusqu'à leur distribution dans le système musculaire. Haller écrit : « Irritato nervo, convulsio in musctilo oritur, qui ab eo nervo ramos habet. Irritato vero nervo, multismusculis communi, toti- ve artui,omnes ii musculi convelluntur, qui ab eo nervo nervos habent sub sede irritationis ortos. Denique medullâ spinali ir- riiata, omnes artus convelluntur, qui infrà eam sedem nervos accipiunt : neque contra artus qui supra sedem irritationis ponuntur ». Voici sa conclusion : « Conditio illa in nervo , quae motum in musculis ciet, desuper advenit, sive a cerebro et medullâ spinali, deorsum, versus extremos nervorum fines pro- pagatur » ; et plus loin : « ut adpareat causam motus a trunco nervi in ramos , non a ramis in truncum venire. » (2) Le professeur Mùller traite ce kujet d'une manière encore plus étendue, et établit, relativement au mode d'action du pou- voir moteur , les règles suivantes : 7. « Le pouvoir moteur n'agit que dans la direction des fibres nerveuses primitives qui se rendent aux muscles ou dans la di- rection des branches des nerfs, et jamais dans une direction ré- trograde. 8. « L'irritation mécanique ou galvanique d'une partie d'un tronc nerveux n'excite pas la puissance motrice de tout le nerf, mais seulement de la partie isolée de ce nerf. 9. « Un nerf spinal qui traverse un plexus et concourt, avec d'autres nerfs spinaux, à la formation d'un gros tronc nerveux, ne communique pas sa puissance motrice à tout ce tronc, mais seulement aux fibres qu'il fournit dans son trajet de ce tronc aux branches. (<) C'était la conclusion tirée par Mùller de ses expériences sur la Grenouille. J'ai trouv é que cela n'est pas vrai pour la Tortue et la Raie : l'application du galvanisme aux racines an- térieures et postérieures produisait également l'action musculaire. (a) Elementa pliysiologiœ, t. 14, p. 32 5. warshall-hall. — Sur la force excito-motricc. Ja5 10. « Toutes les fibres nerveuses agissent d'une manière isolée du tronc d'un nerf à ses dernières branches. » (i) 1 1. Ainsi, si \u\ nerf musculaire, ou une fibre nerveuse, sont slimulés soit mécaniquement à l'aide d'une pince, soit au moyen de l'influence galvanique, le muscle ou les muscles auxquels ce nerf se distribue entrent en contraction. 12. On observe le même phénomène si, au lieu do stimuler un nerf musculaire, on soumet la moelle épinière elle-même à l'action d'un stimulus mécanique ou galvanique. Tous les mem- bres dont les muscles reçoivent des nerfs naissant au-dessous de la partie de la moelle épinière soumise à l'influence du «ti- niulus , entrent en action. i3. Ces deux faits sont des plus anciens dans la science phy- siologique. Ils servent à expliquer les fonctions naturelles, en ce qui a rapport à la tonicité du système musculaire. Ils ren- dent aussi raison de quelques symptômes des maladies de la moelle épinière et des nerfs moteurs. 14. M. Flourens a démontré (2) que cette faculté d'exciter la contraction musculaire est bornée aux tubercules quadriju- meaux , à la moelle allongée , à la moelle de l'épine et aux nerfs musculaires; et le professeur Muller suppose (3) que, dans la grenouille , elle n'existe que dans les nerfs antérieurs ou mo- teurs, à l'exclusion des nerfs postérieurs et sensitifs. i5- Tel était l'état de la science sur ce principe de l'action musculaire résidant dans lamoelle épinière et les nerfs moteurs, lorsque j'ai entrepris une série d'expériences sur le lapin., la tortue, la grenouille v et le homard [Astacus marinus), qui m'ont fait connaître un ensemble de phénomènes aussi nouveaux qu'importans, phénomènes entièrement contraires aux conclu- sions de Haller et à la première des lois proposées par Millier. 1G. J'ai découvert, en premier lieu, que la puissance motrice de la moelle épinière peut agir d'une manière rétrograde. (1) Handhuch (1er physiologie I. 656. (a) Du Syst. Nerv. p. ai. (3) Ouv. cité 6a5. 326 marshall-hall. — Sur la force excito-motrice. 17. J'ai démontré ensuite que cette puissance agit d'une fa- çon rétrograde , non-seulement dans la moelle épinière , mais dans les nerfs liés à cette moelle. Son action est alors incidente le long des nerfs qui se rendent à la moelle épinière, directe et rétrograde à-la-fois le long de la moelle elle-même , et réfléchie le long des nerfs qui en naissent. 18. J'ai remarqué que, dans ces deux cas, le mode d'ac- tion de la faculté motrice différait beaucoup de ce qu'on ob- serve quand on stimule un nerf ou la moelle épinière , et que l'effet direct seul a lieu. Les mouvemens étaient plus gradués , plus uniformes, moins partiels et moins brusques; ils étaient évidemment le résultat d'une action d'un caractère plus com- pliqué. rg. J'ai montré clairement, par une expérience dans laquelle j'ai produit les deux effets par l'application d'un seul et même stimulant, que ces actions sont identiques dans leur nature avec celle produite dans les expériences sur la force nerveuse faites par les plus anciens physiologistes expérimentateurs. En irritant la partie moyenne de la moelle épinière avec une pince, ou par le galvanisme, j'ai fait naître des mouvemens simultanés des ex- trémités antérieures et postérieures. 10. Il me restait à faire voir que les mouvemens rétrogrades et réfléchis que j'ai décrits comme résultant d'un stimulus ap- pliqué à un nerf incident , sont les mêmes que ceux produits par un stimulus appliqué à une surface cutanée ou muqueuse. J'ai irrité la peau des diverses parties d'une tortue , le tronc, les membres, etc., j'ai produit des mouvemens des extrémités entièrement semblables à ceux que j'ai décrits comme le résul- tat de l'irritation d'un nerf incident. Il me suffit de rappeler ici l'occlusion des paupières des deux yeux, produit en touchant le bord d'une paupière, et celle plus forte encore du sphincter dé- terminée par l'irritation de la marge de l'anus; expériences que j'ai faites sur une tortue, il y a déjà quelques années. (1) 21. Cette expérience nous conduit à en rappeler une autre semblable sous tous les rapports, si ce n'est que l'irritation a (1) Voyez mon premier mémoire (note de la page 32 1.) maivshall-hall. — Sur la force ex cito- motrice. 327 été portée sur une membrane Muqueuse au lieu d'être appliquée sur la peau. En totiehant le bord de la glotte dans les animaux ehez lesquels elle est naturellement ouverte , le larynx se ferme; et si Ton passe le doigt sur le pharynx, celui-ci ee contracte. Il arrive en effet souvent que la terminaison d'un nerf est excito- motrice, quoique le tronc ne paraisse pas 1 être. 22. On parvient aussi à réveiller les actes de la respiration dans l'homme, en jetant de l'eau froide sur sa figure, sur la sur- face du corps; dans la tortue, en irritant les narines, les franges du palais, la partie interne du larynx, etc. 23. Il était ensuite nécessaire de faire voir que ces actions étaient excitées et finalement s accomplissaient au moyen des nerfs incidens et réfléchis, et de la moelle épinière qui sert à les unir. 24. Aussi mes expériences ont-elles démontré qu'il est essen- tiel que les connexions nerveuses restent intactes dans tout le cours des nerfs incident, central et réfléchi; car, s'il y a in- terruption quelque part, le phénomène cesse à l'instant même. Ainsi, soit qu'on détruise seulement le centre spinal, le nerf incident ou le nerf réfléchi, dans ces trois cas, le phénomène cesse entièrement et d'une manière subite. 25. Ces faits prouvent que certains nerfs incidens, de même que la moelle épinière et les nerfs moteurs, sont excito-moteurs, et établissent une classe particulière de nerfs que les physiolo- gistes n'ont pas connus, ou qu'ils ont confondus avec les nerfs sensitifs. rçiço/ioil 26. La marche rétrograde de l'influence excito-mbtrice le long de la moelle épinière> telle qu'on l'observe dans les expé- riences physiologiques et dans les effets des maladies, détruit l'idée que les phénomènes excito-moteurs soient limités à des segmens de la moelle épinière. (1) 27. Ces conséquences de mes expériences portent à admettre l'existence : 28. i° D'une moelle épinière proprement dite, physiologique- ment distincte du cordon des nerfs intraspinaux ; (1) Mayo. Outlines of physiology , 4 e |edit. p. ai3 et suir. 3 'i 8 mars hall -hall. — Sur la force excito-motrice. 29. 2 D'un système de nerfs excito-moteurs , physiologique- ment distinct des nerfs sensitifs et volontaires. 30. 3° D'une influence nerveuse, la puissance excito-motrice , agissant dans des directions incidentes } en haut , en bas , et d'une manière réfléchie , par rapport à la vraie moelle épinière, centre de l'ensemble de ce système excito-moteur. 3i. La moelle épinière , dans les animaux vertébrés, est donc composée de deux portions unies si étroitement ensemble à la vérité , qu'il n'est pas facile à l'anatomiste de les séparer , et qu'on ne peut distinguer peut-être que par des expériences physiologiques et par des observations pathologiques. La pre- mière portion est le cordon intra-vertébral des nerfs sensitifs et volontaires qui viennent du cerveau et s'y rendent comme à leur centre; la seconde, qu'on peut appeler la moelle épinière proprement dite, se distingue par sa propriété excito-motrice, et est l'axe d'un système particulier de nerfs excitateurs et mo- teurs, ou excito-moteurs, liés en général, mais peut-être pas toujours , à la première. 32. L'étroite union de ces deux portions du système nerveux, dans les vertébrés, est la conséquence de la nécessité, pour quelques paires de nerfs composés , d'être inter-vertébraux à leur sortie du canal spinal. Cette nécessité n'existe pas dans les animaux articulés, et les deux systèmes peuvent, en consé- quence, y être distincts anatomiquement aussi bien que phy- siologiquement. Je crois en effet avoir prouvé que, dans le Homard , b»s nerfs ganglionnaires sont incidens et excitateurs, et que les cordons ont une influence à-la-fois directe et rétro- grade, tandis que les nerfs non ganglionnaires sont unique- ment moteurs et directs dans leur mode d'action, ainsi que le professeur Grant l'a , le premier, conjecturé. 33. Ces observations mènent naturellement aux questions suivantes : Existe-t-il, dans quelque classe d'animaux, un système anatomique distinct propre à la puissance excito- motrice? les nerfs excitateurs sont-ils distincts des nerfs du sentiment ? y a-l-il des nerfs moteurs distincts des nerfs de la volonté ? 3/|. Je puis faire observer d'abord que les nerfs olfactifs, jéarshall-hall. — Sur la force excito-motrice. 3ao, optiques et acoustiques , sont sensitifs seulement, sont dépour- vus de la puissance excito-motrice. Il en est de même du cer- veau et du cervelet, le premier desquels est probablement le centre du système sensitif et volontaire. Y a-t-il un nerf uniquement volontaire, un nerf qui trans- mette les actes de la volonté, sans posséder la puissance motrice ou excito-motrice? Je pense qu'il n'existe qu'un seul nerf pure- ment volontaire, car tous les muscles de l'économie, à l'excep- tion d'un seul, semblent avoir besoin de la tonicité, qui est le résultat de la puissance excito-motrice transmise par des nerfs moteurs, enveloppés probablement, en général , dans le même névrilème que les nerfs volontaires. Cette puissance agit pen- dant le sommeil et se fait sentir sur tous les muscles, excepté le releveur de la paupière, et peut-être les quatre muscles droits de l'œil. 35. Mais comme il y a des nerfs purement sensitifs, on peut se demander s'il y a des nerfs purement excitateurs. Il est probable que de tels nerfs n'existent pas dans l'état de santé. Une expérience que j'ai faite en 1 835, en commun avec M*M. Brough- ton et Field, porte à conclure que le nerf pneumo-gastrique ne jouit pas de la propriété sensitive.Ce nerf est certainement, dans la classe des vertébrés , celui qui a le moins d'action sensitive et qui est le plus purement excitateur. Cependant on observe, dans quelques cas de maladies, que la puissance sensitive est annihi- lée, tandis que la force excito-motrice se montre encore : c'est ce qui a lieu dans les maladies du cerveau, qui détruisent la sensibilité de la face; cette dernière force peut alors continuer à exister et les cils et les narines ne perdre en rien leur excita- bilité sous l'influence des stimulus. Dans les expériences dans lesquelles on enlève le cerveau, centre des systèmes sensitif et volontaire, et dans lesquelles la moelle épinière est désorganisée ou divisée, les phénomènes qui continuent d'avoir lieu sont entièrement de la classe des phénomènes excito-moteurs. Les nerfs sensitifs et volontaires sont unis aux nerfs excitateurs et moteurs, mais leur influence est suspendue lorsqu'on a enlevé le centre de ce système. Le centre des nerfs excitateurs et mo- teurs étant certaines portions de la moelle épinière elle-même, 33a ma.rsiiall-i.iall. — Sur la force excito-motriae.. les fonctions de ces nerfs se conservent lorsque ces portions restent intactes. 36. Ainsi ces deux ordres de nerfs sont en général anatomi- quement unies. 11 est probable que s'ils sont distincts dans quel- ques classes d'animaux, c'est dans les invertébrés, et particu- lièrement dans ceux qui sont placés le plus bas dans l'échelle animale, êtres dans lesquels le sentiment et la volonté sont presque éteints, et ctons lesquelles il n'existe plus qu'une es- pèce de vie excito-motrice. 37. Mais s'il est douteux que le système excito-moteur soit anatomiquement distinct, rien de plus évident que l'existence de ce système considéré sous le rapport de la physiologie, de la pathologie et de la thérapeutique. 38. Je pense que j'ai le droit de regarder comme parfaite- ment prouvé, que le principe désigné autrefois sous le nom de force nerveuse, et celui qui opère en produisant cette série d'actions désignées sous les noms d'instinctives, d'automatiques, de sympathiques, etc., et que je propose d'appeler excito-mo- teurs, ne ftfnt qu'un. Sa marche incidente, rétrograde et réflé- chie, et les formes combinées sous lesquelles cette force agit, ne s'accordent point avec les lois déduites des faits alors connus par le professeur Mûller, et fournissent le type des séries éten- dues de phénomènes physiologiques, pathologiques et théra- peutiques dont j'ai parlé. '^'-'- 39. Cette revue rapide du système excito-moteur me paraît consister dans une suite d'expériences et d'observations, plutôt que dans une suite de déductions. Elle est donc à peine suscep- tible d'erreurs; sa nouveauté est incontestable, et son impor- tance se découvrira à mesure que nous avancerons. Section II. Opinions des physiologistes. 40. Je vais maintenant faire connaître succinctement les opi- nions des physiologistes sur le sujet traité dans ce Mémoire. Marshall-hall. — Sur la force excito-motrice. 33 1 4i. J'ai à peine besoin de m'arrèter aux observations de liai- 1er et de Monro. Le premier considère le cerveau comme l'or- gane des actions sympathiques (i). Il dit : « Collecta haec omnia « evincunt, graviorem in nervis irritationem cerebrum primum a in consensum ciere, deindè in universis musculis convulsio- « nem excitare ». Voici les conclusions de Monro (2) : « Il suffit de connaître les stimulus qui excitent les mouvemens spontanés, la manière dont ces mouvemens s'accomplissent , pour être convaincu que nous ne pouvons en donner l'explication par la structure connue du corps. » 4a. C'est à Whytt, parmi tous les auteurs anciens, que nous sommes redevables des recherches les plus détaillées sur ce sujet ; mais quelles sont ses conclusions? «Si les mouvemens des muscles dans les membres d'un coq décapité sont, sans au- cun doute, dus à son âme(J) , ne pouvons-nous pas rapporter aussi au même principe les mouvemens semblables, mais moins remarquables dans l'homme et les quadrupèdes après qu'on leur a coupé la tête , et par conséquent aussi les mouvemens convulsifs et les palpitations de leur cœur! après la mort ou après sa séparation du corps ? (3) — L'âme n'est pas influen- cée par les motifs rationnels, elle ne l'est que par les causes stimulantes qui affectent les divers organes, c'est-à-dire qu'elle agit comme un principe sensitif et non rationnel (4). — Les différens mouvemens sympathiques des animaux , produits par l'irritation, sont dus à des sensations particulières excitées dans certains organes, et de là communiquées au cerveau et à la moelle épinière. » (5) 43. De tous ceux qui ont écrit sur ce sujet à une époque un peu éloignée, Gilbert Blane (6), s'est le plus rapproché de la vérité dans un paragraphe que je vais transcrire : f II y a des (1) Elem. Physiol. t. 4. p. 33;. (,)Oa,heNervous System; , 7 83. p. ,04. (3) Essai surlesmouv. vitaux, par Whytt. Edimb. i?5i, p. 38g. (4) Ib. 3ao. (5) OEuvresde Wytt, p. 5io. (6) Select. Dissertations, p. a6a. 33s marshall-hall. — Sur la force excito-motrice. faits qui montrent que les actions instinctives, même dans les animaux pourvus d'un cerveau et de nerfs, ne dépendent pas du sentiment. J'ai divisé, sur un chat né quelques jours auparavant, la moelle épinière, en la coupant près du cou. Ayant alors irrité les pattes de derrière en les piquant et en les touchant avec un fil de métal chaud, les muscles des extrémités postérieures se con- tractèrent de manière à produire des mouvemens de rétrac- tion. J'ai observé les mêmes effets sur un autre chat, après que la tète eut été entièrement séparée du tronc, et j'ai trouvé, en répétant cette expérience, que lorsque la moelle épinière était coupée entre les vertèbres et le sacrum, les extrémités posté- rieures perdaient leur irritabilité, mais que la queue, située au- dessous de la section , la conservait. On pourrait donc dire que la moelle épinière au-dessous de la division remplissait l'of- fice de sensorium. Mais on peut répondre que lorsque la tète est coupée, son irritabilité subsiste, comme cela se voit par le mouvement des oreilles si on les pince, ou si on les touche avec un fer chaud; et comme les extrémités aussi sont irritables , on ne dira pas que la connaissance intime et le sentiment existent dans deux parties séparées du même corps. Et l'on ne peut pas admettre non plus que la sensibilité et la connaissance intime puissent exister encore dans la tête après qu'elle a été séparée du corps; car, si la simple compression des carotides abolit le sentiment et la pensée en interrompant la circulation dans le cerveau , comment , à plus forte raison , l'action violente de la décapitation ne produirait-elle pas cet effet ? On a observé les mêmes phénomènes dans un acéphale : il remuait les genoux lorsqu'on lui piquait la plante des pieds; n> opérait l'acte de la succion, évacuait l'urine et les matières fécales et avalait des alimens. On rapporte que les mêmes phénomènes eurent lieu dans un cas où il n'y avait ni moelle épinière ni cerveau (!). Enfin la même chose se voit dans les insectes , car, après que la tête d'une abeille a été séparée du corps , la partie postérieure pi- quera , si l'on emploie un stimulus qui aurait excité une action semblable dans l'animal en parfaite santé. Ces faits démontrent clairement que des mouvemens instinctifs , ou plutôt automa- tiques, peuvent avoir lieu sans l'intervention du sensorium M \ [-.su \i,l -h ail. — Sur la force excito-motticc. 333 commune, et conséquemment sans sentiment ou connaissance intime. » 44. 11 y a dans l'ouvrage de Legallois des expériences inté- lessantts qui se rapportent au sujet de ce mémoire;, mais elles y sont isolées, sans application, et sont rapportées à la sensi- bilité. Cet auteur dit (1) : « La vie du tronc dépend de la moelle épinière et celle de chaque partie dépend spécialement de la portion de cette moelle dont elle reçoit ses nerfs. De plus , il est facile de démontrer que cette prérogative de la moelle épinière d'être la source du sentiment et de tous les mouvemens volon- taires du tronc, lui appartient exclusivement atout autre organe. » 45. Les commissaires de l'Institut adoptent les conclusions erronées de Legallois (2). « M. Legallois a démontré, disent- ils , que la section de la moelle épinière sur les premières ou sur les dernières vertèbres cervicales, n'arrête que les mou- vemens inspiratoires, et qu'elle laisse subsister dans tout le corps le sentiment et les mouvemens volontaires. Cette dis- tinction est capitale; personne ne l'avait faite avant lui.» 46. Je trouve dans la dernière édition de l'ouvrage de M. Mayo sur la physiologie (3), une note sur mes recherches con- cernant le système nerveux, laquelle demande une courte ré- ponse. M. Mayo dit, page 534 : « Sous le nom de fonction ré- fléchie du cordon spinal, le D. M. Hall a fait des recherches sur un principe renfermé explicitement dans mes commentaires anatomiques publiés en 1823 (p. 2. p. 1 38 ) , dans les termes suivans : Une influence peut se propager des nerfs sensitifs d'une partie à leurs nerfs correspondans du mouvement, par l'intervention de cette partie, seule du centre nerveux dont ils dépendent mutuellement. Ainsi, dans les animaux vertébrés, les seuls dont il puisse être question ici, quand la moelle épinière a été divisée en deux endroits, une blessure de la peau dans l'une et l'autre partie , est suivie d'une action musculaire dis- tincte de cette même partie. D'un autre côté, si on enlève ra- I - (1) OEuvres de Legallois, Pari», 1814, t. t. p. a5r. (a) Op. ci». a5i. (i) 4«Ed. p. 834. 334 marshall-hall. — Sur la force excito-motrice. pidement le cerveau d'un pigeon, en en laissant seulement les cuisses avec les tubercules et les deuxième et troisième paires de nerfs, l'iris se contracte lorsqu'on pique le deuxième nerf, m « La même manière de voir, ajoute cet auteur, et les mêmes faits, distingués avec soin de la faculté de sentir et de vouloir , ont été indiqués dans les premières éditions (comme ils le sont dans la nouvelle édition) de mes Élémens de physiologie.» 47. Il faut que M. Mayo ait été trahi par sa mémoire. Non- seuiement il n'a pas distingué avec soin cette faculté de celle de sentir et de vouloir , mais il les a confondues explicitement dans plusieurs paragraphes; car nous trouvons dans la troisième édition (p. 23o) et clans la dernière (p. 212) de sa Physiologie, le passage suivant : « Chaque portion du double cordon d'où sort une paire de nerfs, a en elle-même un mécanisme de sen- timent et d'action instinctive, comparable aux parties paral- lèles dans les animaux articulés. La preuve en est dans les ex- périences remarquables qui suivent, et qui ont été faites peu de secondes après la mort. Si l'on divise alors la moelle épinière au milieu du cou, et qu'on fasse une seconde section au milieu du dos, on produit une contraction musculaire en irritant un or- gane sensitif lié avec l'un ou l'autre segment isolé; si l'on pique la plante du pied, le pied se retire brusquement de la même manière que cela eût eu lieu pendant la vie; c'est-à-dire qu'un organe sensitif est excité, et qu'une irritation se propage au moyen du nerf sensitif jusqu'au segment isolé de la moelle épi- nière , où elle donne lieu à un changement suivi d'une impul- sion propagée le long des nerfs de la volonté jusqu'aux muscles de la partie correspondante ». M. Mayo parle là de sensibilité, d'un organe sensitif ', d'un nerf sensitif, d'un nerf volontaire , expressions qui n'ont pas de sens si elles ne signifient pas sen- sibilité et volition. Il est donc bien certain que la faculté excito- motrice n'est pas distinguée avec soin de l'action du sentiment et de la volonté. 48. M. Flourens a été beaucoup plus loin dans ses recher- ches (1). Il attribue d'abord la sensibilité à un organe unique et (1) Du Syst. Nerv. p. 35; i5. MAKSïiAï.r-n\Li.. — Sur la foire excito-mo trier. 335 propre, le cerveau, et il désigne, en second lieu, la moelle épi- nière, à l'exclusion du cerveau et du cervelet, comme étant l'organe spécial de l'excitabilité et des sympathies, et la moelle allongée comme présidant à l'acte de la respiration. Je regarde l'ouvrage de M. Flourens comme un des plus remarquables en physiologie. 49. Le docteur Alison a traité au long du principe des sym- pathies dans un très beau mémoire publié en 1826(1), et il conclut en disant (2) : «Je pense que nous avons des preuves suffisantes pour nous engager à adopter cette proposition, que les actions sympathiques dépendent presque toujours de l'excita- tion et dudeveloppementdesensationsparticulieres.il faut, pour que ces sensations puissent être éprouvées, que les nerfs dont les impressions leur donnent naissance soient dans leur intégrité depuis l'endroit où l'action a lieu jusqu'au cerveau (3); mais lorsqu'elles. sont fortement ressenties, leur influence s'étend souvent, ou se réfléchit en bas vers les parties du système ner- veux éloignées de celles d'où elles sont parties. Chaque impres- sion agit comme stimulus ou excite une impulsion instinctive volontaire qui agit comme s'.imulus seulement sur des muscles particuliers, et nous ne pouvons dire pourquoi cela a lieu. C'é- tait la doctrine deWhy tt, de Monro et dellaller.Des physiologistes modernes l'ont rendue un peu plus précise, mais seulement en fixant les parties de l'encéphale qui paraissent être essentielles à l'existence de la sensibilité, et les actions des nerfs qui en sont la suite ». Il ajoute: a Je ne puis aller plus loin dans l'expli- cation des actions sympathiques ». Cela peut être très vrai. Il paraît pourtant que l'auteur. va plus loin, car il ajoute : « Je ne crains pas d'affirmer que quiconque va au-delà se lance dans les hypothèses, et se trouvera en contradiction avec les faits. » (1) Trans. de la Soc. Méd. Chir. d'Édimb. 18*6. V. *. p. i65. (a) Ib. p. a»2. (3) Celte idéefdiffère un peu de celle que l'auteur a exprimée depuis dans son principe de Physiol. i8J3 , p. t3i et puis récemment encore dans une critique offensante insérée dans un Journal de méd. V. la Revue Médicale anglaise et étrangère, et comparez. V. 3. p. 34 et 579 , SSon". 336 KAKSHALL-HALL. — Sur la force excito-motrice. 5o. J'ai vu avec un grand plaisir, depuis la publication de mon premier mémoire, que le professeur Millier, célèbre phy- siologiste de Berlin , en se livrant à des recherches semblables , a été conduit, sans connaître mes idées , à des résultats presque identiques, et qu'il a même adopté la même dénomination pour la fonction spéciale de la moelle épinière, sujet de mon travail. 5 r . Le professeur Mùller fait remarquer que la première partie de son Manuel, contenant les principes de la fonction réfléchie, a été publiée dans le printemps de i833, année dans laquelle mon Mémoire a paru dans les Transactions philosophiques. Cependant j'avais lu à la Société zoologique , sur le même prin- cipe d'action de la moelle épinière, une courte notice publiée dans les procès-verbaux des séances du comité de cette société , de sorte que la question de la priorité de la publication est évidemment en ma faveur. En outre , le professeur Mùller rap- porte encore maintenant le phénomène en question à la sen- sibilité, et comprend le cerveau parmi les organes centrais de la fonction réfléchie. Nous différons donc d'opinion sur ces deux points. Néanmoins, la coïncidence presque parfaite de nos observations et de nos expériences, et même de nos conclu- sions, est très remarquable et très satisfaisante. La réputation du docteur Mùller donnera certainement de l'importance à ces recherches , et je ne puis que me rappeller avec plaisir la re- marque de Humphry-Davy, que «nous pouvons, en général, découvrir la manière dont nos travaux seront appréciés dans la suite, par l'opinion des contemporains étrangers, qui, n'é- tant dirigés par aucun sentiment personnel , réduisent chaque objet à ses justes proportions et à sa valeur réelle. » 5a. Je vais maintenant faire connaître succinctement la série de mes recherches. Le premier fait que j'observai relativement à la puissance excito-motrice de la moelle épinière, fut le mou- vement de la queue des Salamandres, séparée du corps , qui se manifeste lorsqu'on l'irrite avec une aiguille. Une seconde ob- servation fut celle d'une affection tétanique de cette même partie, également coupée, et sous l'influence de la strychnine. Il est difficile de regarder le premier de ces phénomènes et impossible de regarder le second comme dépendant de la sen- ma.rshall-hall. — Sur la force excito-motrice. 3^7 sibilité. Le premier, en effet , appartient à la puissance excito- motrice dans son état naturel , le dernier à la même puissance dans un état d'exaltation. 53. Je me mis alors à rechercher l'influence de la puissance excito-motrice sur l'occlusion des paupières , les fonctions du larynx , du pharynx et des expulseurs, et l'action constante des sphincters. Depuis la publication de mon premier mémoire , j'ai dirigé particulièrement mon attention sur les actions de la respiration , comme partie importante des fonctions du sys- tème excito-moteur, mal comprises jusqu'ici. 54. J'ai été particulièrement conduit à considérer l'anatomie, la physiologie , la pathologie et la thérapeutique du système excito-moteur, comme des sujets susceptibles de recherches étendues, et je crois avoir fait dans cette route deux pas impor- tans , le premier d'avoir séparé de la sensibilité les phénomènes dont je traite; le second, de les avoir rapportés à h force ner- veuse ou motrice , et de les avoir placés dans la même classe que ceux qu'on observe en irritant la moelle épinière ou un nerf moteur. On a vu que ces derniers mouvemens sont simples et directs, et on n'a jamais pensé que le même principe d'action opérât fréquemment d'une manière rétrograde réfléchie et com- pliquée. Il résulte pourtant évidemment des expériences et des faits rapportés dans ce mémoire , que la moelle allongée et la moelle épinière sont le centre et le principe d'action de ces mouvemens composés qui sont aussi produits par le moyen des nerfs incidens et excitateurs , et des nerfs réfléchis et moteurs. Section III. Influence de la sensibilité sur la production des mouvemens. 55. Il n'y a pas de connexion immédiate entre la sensibilité et le mouvement. Mais la sensibilité peut produire le mouve- ment de deux manières, la première au moyen de la volition, la seconde par l'intermédiaire des émotions de l'âme. 56. Si l'on éprouve de la douleur ou du plaisir , la sensation VII. Zoot.. — Juin. « 338 Marshall-hall. — Sur la force excito-motrice. est fréquemment suivie d'un acte de la volition qui produit un mouvement volontaire. Ainsi nous fermons les yeux pour éviter une lumière trop vive, nous retirons 'a main de tout ce qui peut occasioner de la douleur. Le fait est trop connu pour qu'il soit nécessaire de s'y arrêter. 57. Mais je crois que l'influence de la sensibilité dans la production des émotions de l'âme, d'où résulte la produc- tion du mouvement, est moins connue. La vue d'un objet dés- agréable produit le dégoût et du malaise. Il est prouvé que c'est l'effet de l'émotion de l'âme , d'abord parce qu'on obstrve les mêmes résultats au ressouvenir d'un objet désagréable, et, en second lieu, par la fréquente apparition d'un autre événement du même genre, je veux parler de la syncope. 58. Revenons maintenant à ma proposition , qu'il n'y a point de connexion immédiate entre la sensibilité et le mouvement. Je vais chercher à démontrer que tous les phénomènes qui paraissent annoncer cette connexion sont réellement de nature tout-à-fait différente. Je ne ferai mes observations qu'après avoir détaillé l'expérience suivaute. Première expérience, — On frappa une jument avec une hache sur les lobes antérieurs du cerveau. Elle tomba aussitôt comme si elle eût été atteinte du tonnerre. Des convulsions eurent lieu, et elle resta sans mouvement. Néanmoins , elle commença bien- tôt à respirer , et continua de le faire librement par le dia- phragme. En déchirant ou piquant des parties de la face ou du corps avec des instrumens durs et pointus comme une ai- guille ou un clou, aucun mouvement n'eut lieu, l'animal ne donna aucun signe de sensibilité ou de volition. D'un autre côté, si l'on touchait les cils avec une paille, la paupière se fermait avec force par l'action du muscle orbiculaire. La cor- née étant touchée , la pupille se tournait en dehors par l'action de l'abducteur. En agissant de même sur la marge de l'anus, le sphincter se resserrait fortement , la queue s'élevait, et la vulve se rapprochait de l'anus. Ayant alors détruit la partie supérieure de la moelle allongée avec un instrument pénétrant dans l'ou- verture faite par la hache, il y eut de violentes convulsions , la Marshall-hall. — Sur la force excito-motrice. 33o, respiration cessa , et la paupière et la pupille restèrent sans se mouvoir malgré l'application des stimulus. 5q. Dans cette expérience, je cherchai , après le coup de la hache, a découvrir de la sensibilité, et ne pus y réussir. La la- cération de la peau ne donna point lieu à la manifestation de la douleur. J'en conclus que la sensibilité était détruite. Ayant alors touché les cils et le tour du rectum avec une paille , la paupière et le sphincter de l'anus se contractèrent immédiate- ment. 60. Seconde expérience. — Je coupai la tète à deux anguilles et les plaçai sur une table mouillée d'avance, Tune d'elles ayant le corps percé par quelques grosses aiguilles. Toutes les deux restèrent également sans mouvement lorsqu'on ne les touchait pas, mais furent également excitables par l'application de quel- que cause irritante. Or, s'il fût resté chez ces animaux le plus faible degré de sensibilité, l'anguille percée par les aiguilles n'aurait cessé de se mouvoir en tout sens. 61. Troisième expérience. — Ayant coupé la tète à une gre- nouille, je la suspendis au moyen d'une ligature serrée forte- ment autour des doigts du pied. Elle ne fit aucun mouvement. Je pinçai alors la peau en divers endroits ; il y eut chaque fois une forte contraction musculaire, et ensuite l'animal reprit aussitôt sa première position allongée. L'effet fut en tout sem- blable à celui observé dans une autre grenouille décapitée, lorsque j'irritai la moelle épinière ou un nerf musculaire. S'il y avait eu sensation ou sensibilité, il y aurait eu des mouve- mens répétés, ou plutôt des mouvemens continuels et sponta- nés, tandis qu'il n'y eut que des mouvemens simples ou des mouvemens répétés une fois , et seulement lors de l'application d'un stimulus. 62. Quatrième expérience. — La même expérience produisit les mêmes résultats sur une couleuvre. Chaque fois que le stimulus étaitappliqué, l'animal se tournait en zigzag, il reprenait ensuite graduellement une direction droite, et cessait de se mouvoir jusqu'à l'application d'un stimulus. 63. Nous sommes ainsi conduits à conclure que, chez un animal dont la moelle épinière est divisée , la sensibilité est a». 34o marsiiall-iiall. — Sur ta force excito-motrice. éteinte dans toutes les parties situées au-dessous du point de la section , les phénomènes excito -moteurs seuls existant en- core. Mais nous avons des preuves plus positives des mêmes faits dans des cas de blessure de la moelle épinière chez l'homme. 64. Premier cas. — Un élève de la plus haute intelligence , M. W. F. Barlow, m'a communiqué le fait suivant. Jean Bright, âgé de dix-neuf ans , tomba d'une très grande hauteur. On le trouva peu après froid et sans pouls, les extrémités infé- rieures engourdies et sans mouvement. Il y eut une consti- pation opiniâtre qui ne céda qu'à de forts purgatifs, et la rétention d'urine rendit nécessaire l'introduction du cathéter. Voici l'état du malade, trois mois après son accident. La partie inférieure du corps et les extrémités inférieures étaient entiè- rement privées de sensibilité, et elles n'étaient nullement sou- mises à l'influence de la volonté. Quelquefois le malade avait des frissons, et tandis que les muscles animés par des nerfs provenant de la partie située au-dessus du point lésé trem- blaient, ceux dont les nerfs naissaient au-dessous de la partie blessé, restaient tout-à -fait sans mouvemens. Cependant, mal- gré l'insensibilité du malade et l'impossibilité où il était d'ef- fectuer un simple mouvement volontaire , les extrémités se retiraient avec une grande force lorsqu'on pinçait les tégu- mens des jambes, et surtout quand on chatouillait la plante du pied. Un peu d'eau froide projetée sur la surface du corps produisait le même effet , quoiqu'il n'y eut aucune sensation de froid. Une des jambes était toujours fléchie , et repre- nait à l'instant cette position si on l'avait étendue. L'introduc- tion du cathéter produisait l'érection dépendante du contact de l'instrument sur la membrane de l'urètre; dans le même mo- ment, les jambes se relevaient, et on voyait évidemment un tiraillement de leurs muscles. La nécropsie fit voir que la moelle épinière avait été presque divisée au cou. 65. Le docteur Rudd m'a fait connaître un cas de paraplégie dans lequel les mouvemens les plus extraordinaires et les plus violens des membres avaient lieu toutes les fois qu'il y avait une évacuation alvine. Dans un cas communiqué récemment par M. Brodie à la Société royale de médecine et de chirurgie , Marshall-hall. — Sur la force excito-motricc. 3/ji ♦les effets semblables à ceux décrits par M. Barlow avaient lieu lors de l'introduction du cathéter; le malade était toutvà-fait in- sensible au contact de l'instrument et au résultat qu'il produi- sait. Dernièrement, M. Brachet a parlé d'une personne qui, étant complètement paraplégique, devint père, le coït étant a sans sensation, sans secousse ». 66. Je puis rappeler ici les expériences bien connues , déjà mentionnées § n et 12. Si un nerf musculaire est stimulé, soit mécaniquement,soit par le galvanisme, le muscle ou les muscles auxquels il se distribue entrent en contraction ; et si l'on sti- mule de la même manière la moelle épinière , les muscles des parties ou les membres auxquels cette moelle envoie des nerfs, se contractent. A-t-on jamais imaginé que la sensibilité jouât un pôle dans aucun de ces phénomènes? Et alors, pourquoi avoir l'idée de son existence, parce qu'ayant fait quelques pas de plus nous produisons des actions rétrogrades et réfléchies en stimu- lant la moelle épinière ou un nerf incident? Enfin, personne n'a supposé que les conditions pathologiques de la fonction ré- fléchie et excito-motrice de la moelle épinière dépendît de la sensibilité. Jamais on n'a rapporté à la sensibilité-, comme cause, le tétanos, soit traumatique, soit produit par la strychnine; on peut faire la même remarque relativement à toutes les maladies de la moelle épinière. Section TV. Expériences sur la propriété excito-motrice: 67. Les expériences et les* cas pathologiques dont il a été parlé me paraissent prouver, de la manière la plus positive, qu'il existe une série de phénomènes moteurs, dans des cir- constances où la sensibilité , la volition , les émotions morales et toutes les fonctions du cerveau ont cessé. Cette question était la première à résoudre, et j'en regarde la solution comme dou- blement opposée aux opinions des physiologistes qui m'ont précédé, en tant qu'il est prouvé qu'elle n'est pas la sensibilités iiKiis la xns nen'osa. Voici la seconde question : Quelles sont les 5/j2 marshall-hall. — Sur la force excito-motrice. lois d'après lesquelles ce pouvoir opère? Cette question ne peut être résolue que par une suite d'expériences. Je vais donner les détails de celles dont on connaît déjà les résultats généraux (§ n-28). 68. Expériences. — La première a été faite sur une tortue. La tête, le sternum et la queue furent enlevés de la manière or- dinaire. 69. Ayant placé convenablement la tête sur une table, je commençai par stimuler successivement, par le galvanisme ou avec une pince , la partie inférieure de la moelle épinière et du nerf pneumo-gastrique. J'irritai ensuite successivement la na- rine, les franges palatines et la partie interne du larynx. Dans tous ces cas, un acte d'inspiration fut excité, il y eut abaisse- ment des tégumens sous-maxillaires. lia partie inférieure de la moelle épinière, les nerfs intercostaux et diverses parties de la surface extérieure, ayant alors été successivement stimulés, il y eut, dans toutes ces expériences, mouvement des mem- bres antérieures. 70. Tous ces phénomènes cessèrent lorsque j'enlevai la moelle allongée et la moelle épinière. 71. Exp. 6. Dans une autre expérience, j'enlevai d'abord la tête d'une jeune tortue. 72. — 1. En pinçant et en galvanisant l'extrémité inférieure de la moelle allongée, un acte d'inspiration fut excité, ce qui eut lieu également en stimulant la narine, les franges intra- maxillaires ou palatines et la partie interne du larynx. 73. — 2. Je mis alors à nu la partie moyenne de la moelle épinière, et en pinçant ou galvanisant cette portion du système nerveux, les membres antérieurs et postérieurs s'agitèrent. 74- — 3. Enfin j'enlevai le sternum et mis à découvert les nerfs intercostaux, et les ayant stimulés avec la pince ou par le galvanisme , il y eut, comme auparavant, mouvement des mem- bres antérieurs et postérieurs , ce qui eut lieu aussi en stimu- lant une partie de la surface cutanée. 75. — 4- Si l'on agit sur un nerf intercostal placé près des membres antérieurs ou postérieurs, les mouvemens de ces m vusu \ll-ijall. — Sur la force cxcito-motrice. 3^3 parties sont plus prononcés que dans relias qui sont plus éloi- gnées. -fi. Exp. 7. Je pris ensuite une grenouille dont j'enlevai la tète et divisai la moelle épinière à la partie inférieure du dos; je stimulai alors , avec la pince, l'extrémité inférieure de la partie supérieure de la moelle épinière : les extrémités anté- rieures s'agitèrent d'une manière très remarquable : ils se sou- levèrent doucement , sans être agités par des soubresauts , comme on en observa dans les extrémités inférieures lorsque la partie supérieure de la moitié inférieure de la moelle épinière divisée fut stimulée. 77. Exp. 8. Je tentai une expérience presque semblable sur le Homard. Je mis à découvert les cordons nerveux. 1. Je stimulai d'abord un des nerfs inter-ganglionnaires. Les muscles auxquels ce nerf se distribue, mais ces muscles seuls se contractèrent. 2. Je stimulai alors un nerf ganglionnaire. Des muscles anté- rieurs et postérieurs à la portion stimulée se contractèrent d'une manière combinée. 3. Le même résultat eut lieu lorsque je stimulai une partie du cordon nerveux lui-même. 78. Il me tardait d'essayer ces expériences sur un animal à sang chaud. Je choisis, à cet effet , un lapin âgé de six jours. 79. Exp. g. J'enlevai d'abord la tête, et je stimulai l'extré- mité, inférieure de la moelle divisée. Il y eut à l'instant un mouvement de bâillement. Je divisai alors la moelle dans le dos et stimulai l'extrémité inférieure de cette partie moyenne de ce cordon nerveux. Les extrémités antérieures se murent aussitôt. 80. L'expérience suivante que je vais donner en détail, quoique très intéressante, n'est pas aussi satisfaisante : elle fut faite sur un âne. La tète n'ayant pas été enlevée, la sensibilité a pu se mêler aux phénomènes de la faculté excito-motrice. 81. Exp. 10. M. Field mit à découvert, sur le cou d'un âne (1) Cette expérience a été répétée à l'hospice de la Pitié eu présence de M. Serres, mem- bre de l'iuslitut t et de plusieurs personnes. 344 marshall- hall. — Sur la force excito-motrice. âgé d'un an, les nerfs pneumogastrique et grand-sympathique. Le nerf pneumo-gastrique fut saisi avec la pince sans produire aucun effet. On le pinça ensuite continuellement pendant quelque temps ; il y eut alors un acte d'inspiration , suivi d'un acte de déglutition et peu après d'une secousse générale. On fit de semblables expériences sur le nerf grand-sympathique, sans produire aucun effet. 82. Il résulte évidemment de ces expériences que l'action nerveuse , dans ces phénomènes , est identiquement la même que celle qui agit directement dans les expériences de Haller, de M. Flourens, etc. ; que cette action, contrairement à la manière d* voir de Haller, Millier, etc., outre la direction des branches, des fibres ou des nerfs, suit encore des directions incidentes, rétrogrades et réfléchies par rapport à la moelle épinière. Enfin il est clair aussi , par la marche de cette action nerveuse, qu'il existe certains nerfs qui, de même que cette force nerveuse (vis nervosd), sont incidens et réfléchis. 83. Je veux, avant de terminer cette section, faire quelques remarques sur des expériences de M. Mùller , publiées dans les Annales des Sciences naturelles pour i83i, v. 21, et dans son Manuel de physiologie, p. 625. La première de ces expériences est celle dans laquelle on appliqua un stimulus sur les racines postérieures des nerfs spinaux d'une grenouille. On n'observa pas de mouvemens dans les parties antérieures de l'animal , telles que la tête. Ce résultat est opposé à celui que j'ai con- taminent obtenu dans mes expériences' sur la tortue. Dans la deuxième expérience , la partie inférieure de la moelle épinière était mise à nu et irritée; des mouvemens eurent alors lieu dans les parties antérieures, comme la tête (1). Dans ce cas , la tête n'ayant pas été enlevée , nous ne pouvons pas distinguer ces mouvemens de ceux produits par la sensibilité. 84. Le professeur Mùller en conclut que la moelle épinière est quelque chose de plus qu'un nerf ou un cordon de nerfs ; et c'est aussi mon opinion , quoiqu'on ne puisse tirer légitime- ment cette conclusion des expériences de ce professeur, ainsi (1) Voy. les Annales des Se. nat. t. ai, p. 166. Mauucl de physiol, etc. , 632. MAasiiALL-HALL. — Sur la force excite-motrice. 345 que je l'ai démontré. D'un autre côté, ce physiologiste pense qu'il y a quelque différence entre les nerfs et la moelle épinière, puisque dans ses expériences , les racines postérieures n'avaient pas paru être excito-motrices. Mais on ne doit pas généraliser cette conclusion, puisque les racines postérieures, chez la tortue, possèdent, ainsi que la moelle épinière, le pouvoir excito-moteur. Section V. Distribution du système nerveux. 85. Le système nerveux entier est ordinairement divisé en cérébro spinal et en ganglionnaire. Cette manière de l'envisager confond deux parties du système que j'ai expressément pour objet de distinguer. Le système cérébro-spinal est composé, en effet, du cérébral, comprenant les nerfs sensitifs, le cerveau et les nerfs de la volonté , et de celui de la moelle épinière pro- prement dite qui, comme je vais le faire voir, est composé d'une série de nerfs excitateurs, de la moelle épinière et d'une série de nerfs moteurs. 86. Le système nerveux tout entier peut donc se diviser en : i . Cérébral ou sensitif et volontaire ; 2. Spinal proprement dit, ou excitateur et moteur; et 3. Ganglionnaire , ou nutritif, sécréteur, etc. 87. La différence entre ces deux premiers systèmes est très frappante et très remarquable. Il est aisé, d'après leur distribu- tion et leur connexion relative , de prévoir les effets des mala- dies ou des blessures. Ainsi, si Fon sépare le cerveau de la moelle épinière, la sensibilité, la volonté et les mouvemens spontanés doivent cesser; il ne reste que les phénomènes excito-moteurs. Les maladies du cerveau, en affectant la racine cérébrale du nert trifacial, tandis que sa racine spinale reste intacte (§ 1 3), peuvent produire la paralysie de la sensibilité et du mouvement volon- taire, dans la face par exemple, tandis que les paupières et les na- rines demeurent aussi excitables qu'auparavant. Mais si l'on dé- truit le nerf trifacial qui renferme dans un même névrilème,non- 346 marsiiai.l-hall. — Sur la force excilo-motrice. seulement un nerf sensitif, mais encore un nerf excitateur, la sensibilité et l'excitabilité sont détruites. 88. Les fonctions du système cérébral sont : la sensibilité, la perception , le jugement, la volition et le mouvement volon- taire. Les sensations sont transmises au cerveau par les nerfs sensitifs, l'olfactif, 'l'optique, l'acoustique, le glosso-pharyn- gien(?), le trifacial et le spinal postérieur. Le cerveau lui-même peut être considéré comme l'organe de l'intelligence, cet organe dans lequel siège l'âme et les nerfs volontaires transmettent les cornmandemens de la volition aux muscles qui doivent entrer en action. Toutes ces fonctions sont, strictement parlant , psy- chiques. Elles impliquent la perception ou connaissance in- time. La sensibilité sans cette connaissance intime paraît une contradiction dans les mots qui les expriment , et l'idée aussi bien que l'expression doit être bannie de la physiologie. 89. Le système cérébral sommeille etc., alors la sensibilité est émoussée, la volition cesse d'agir. Les songes, etc., sont le délire du sommeil. 90. Quelle différence n'y a-t-il pas entre les fonctions que je viens d'énumérer et celles de la moelle épinière proprement dite ? Dans ces dernières, il n'y a ni sensation, ni volition , ni connaissance intime, rien de psychique. Une impression a lieu à l'extrémité d'un nerf, cette impression est transmise, non pas au cerveau , mais à quelque partie de la moelle allongée ou de la moelle épinière, d'où elle se réfléchit sur certains muscles destinés à être excités en action simultanée. 91. Le système spinal proprement dit est indépendant du cerveau, et subsiste après qu'on a enlevé les lobes cérébraux. Il garde les orifices et les issues du corps , en régularisant les ingesta et les egesta. 92. Le système cérébral est le siège de l'intelligence; la moelle épinière proprement dite est spécialement l'organe des émotions et des passions. C'est de cette partie du système ner- veux que dépendent la conservation de l'individu et la pro- pagation de l'espèce. 93. Le système cérébral nous met en rapport avec le monde extérieur pour toutes les choses qui se rattachent à la sensa- "uaushali.-hàll. — Sur la force excito- motrice. 347 tion et à la volition; le vrai système spinal remplit le même office pour tout ce qui se rapporte à la préparation des maté- riaux organiques ou à leur expulsion, pour tout ce qui , à cet égard, regarde la nutrition et la reproduction. 94. L'assimilation des ingesta et la préparation des egesta sont soumis au contrôle d'une troisième subdivision du système nerveux , le système ganglionnaire , dans lequel je pense qu'on doit, à bon droit, comprendre avec le nerf grand-ganglion- naire ou sympathique, le nerf ganglionnaire de la face, ou le tri- facial, le nerf pneumo-gastrique et les nerfs spinaux postérieurs. 95. Cette opinion se fonde sur ce qu'il existe un nerf desti- néà présider à la formation, la nutrition, la sécrétion des organes internes , et ce nerf est ganglionnaire; sur ce que les organes et les tissus externes, les extrémités supérieure et inférieure par exemple , qui ont besoin de nutrition , sont aussi pour- vus de nerfs ganglionnaires externes. Il me semble qu'on doit nécessairement en conclure que ces derniers constituent le système nutritif externe ou système ganglionnaire. Ils ont des plexus aussi bien que des ganglions, parce qu'ils sont com- posés , et contiennent, avec les nerfs ganglionnaires, des nerfs sensitifs et excitateurs. Le système ganglionnaire interne est simple et purement ganglionnaire sans addition d'autres nerfs. 96. Chaque partie du système nerveux est le siège spécial d'une classe particulière de maladies; l'exaltation de la sensibi- lité et de la volition, ainsi que la paralysie de la sensibilité et de la volition, sont les états pathologiques du système cérébral ; toutes les affections spasmodiques dépendent du système exci- to-moteur ou de la moelle épinière proprement dite ; enfin cer- taines affections de la nutrition et des sécrétions appartiennent au système ganglionnaire. . Section VI. Du système cérébral , ou sensitif et volontaire. 97. Je n'ai pas l'intention de m'occuper ici du système cérébraF y je ne veux que présenter la classification suivante de ce système 348 marshall-hall. — Sur la force excito-motrice. en faisant observer que chaque nerf, composé, sensitif et exci- tateur, ou volontaire et moteur , doit être regardé comme ayant deux origines, une cérébrale et l'autre spinale. Tableau du système cérébral, ou sensitif et volontaire. Nerfs sensitifs. i. L'olfactif. 2. L'optique. 3. Letrifacial. 4. L'auditif. 5. Le glosso-pharyngien. 6. Les spinaux postérieurs. 03 Ko $-* SB a ? S g a» <6 (b III. Nerfs volontaires. 1. Le moteur oculaire. 2. La petite portion du trifacial ( portion mas- ticatrice). 3. Une partie du facial. 4. L'hyppoglosse. 5. Les nerfs spinaux anté- rieurs. . î. Dans leur trajet en dedans du crâne. 2. Dans leur trajet en dehors du crâne. 3. Dans leur trajet en dedans de l'épine , où on les considère généralement comme constituant la moelle épinière. 4. Dans leur trajet en dehors de l'épine. Section VII. Du système spinal proprement dit ou excito-moteur. 98. La moelle épinière proprement dite distinguée du> cor- don des nerfs cérébraux sensitifs et volontaires, avec lesquels elle est liée organiquement d'une manière inséparable , est le centre ou l'axe d'un système distinct de nerfs excitateurs et mo- teurs, dont les physiologistes n'ont pas eu jusqu'ici connaissance. 99. Ce système de nerfs excitomoteurs préside, chez les animaux, aux ingestions et aux excrétions , à la rétention et à l'égestion , aux orifices et aux sphincters. C'est donc le système nerveux de la respiration et de la déglutition, de la rétention et de l'expulsion des matières alvines, de l'urine et du fluide séminal. m a ii sir a il- hall. — Sur la force cxcito-motrice. 34g 100. C'est par le moyen de ce système qu'agit ce tourbillon tles ingesla et des egesta si éloquemment décrit par Cuvier. loi. Le système excito-moteur, ou vrai spinal, est l'agent nerveux de tous ces mouvemens qu'on a toujours avoué ne pas comprendre, en leur donnant le nom insignifiant de sym- pathiques, etc. 102. Ce système est aussi l'origine de la tonicité dans tout le système musculaire. io3. Le vrai système spinal est, sous un certain rapport, le siège ou l'agent nerveux des désirs et des passions. C'est par lui que les émotions de l'âme affectent non- seulement la physio- nomie et la respiration , mais encore le pharynx , le larynx, les sphincters, les muscles expulseurs, et, en un mot, tout le sys- tème musculaire. 104. Le vrai système spinal est susceptible de modification par la volition , et, sous ce rapport, quelques-unes de ses fonc- tions ont été appelées mixtes. Il est même constamment sous une certaine influence de la volition, ainsi que le prouvent la diffé- rence de la respiration, etc., lorsque l'intelligence est forte- ment occupée, ou pendant le sommeil, le coma, et dans les circonstances ordinaires de la vie. io5. Le vrai système spinal ne dort jamais ; la respiration et la déglutition, les orifices et les sphincters sont toujours en action. 106. Il doit paraître extraordinaire qu'un principe si étendu et si important dans l'économie animale n'ait pas déjà été décou- vert et connu. Cependant il est facile de démontrer qu'il eu est ainsi ; car pour cela il suffit de considérer les exemples les plus simples et les plus familiers des fonctions auxquelles ce principe préside. A-t-il été établi dans quelque ouvrage , ancien ou nouveau, que la déglutition de l'eau par le pharynx, l'ex- pulsion de l'acide carbonique par le larynx , la rétention de l'urine et desfœces par les sphincters, etc., soient des fonctions de la moelle épinière et d'un système particulier de nerfs exci- tateurs et moteurs dont elle est le centre ou l'axe? C'est en vain que j'ai cherché dans les ouvrages de MM. Bostock , Alison , Mayo, Adelon, Magendie, Rudolphi et Muller, l'exposition ou 35o MARSIIA.LL-HALL. — Sur La force excitO'inotrice. même l'idée d'un tel principe comme présidant à ces actes or- dinaires. 107. Loin de là, je regarde comme tout-à-fait neuve l'idée d'un Système de nerfs excitateurs, toujours en action dans l'é- conomie animale, en tenant les orifices ouverts, les sphincters fermés, et constituant le premier mobile de la fonction impor- tante de la respiration. Les actes en sont si familiers qu'on a cru les comprendre, quoiqu'on n'eût pas découvert les agens nerveux par lesquels ils sont excités: cependant les expériences les plus décisives prouvent que cette manière de voir est la seule véritable. 108. On trouvera que ce qui se rapproche le plus de la dé- couverte de ce système, c'est ce fait de l'occlusion delà paupière lorsqu'on en touche les bords. M. Magendie remarque que « le mouvement nommé clignement dépend en partie du nerf facial et en partie du nerf de la cinquième paire. Il cesse quand le nerf fa- cialest coupé; il cesse oune se montre que très rarement, et seu- lement par l'effet d'un rayon direct de lumière solaire, quand le nerf de la cinquième paire est divisé. La perte du mouvement des paupières, par la section ou la paralysie du nerf facial, s'en- tend facilement, puisque ce nerf envoie des filets au muscle arti- culaire. Il est beaucoup plus difficile de comprendre comment la section de la cinquième paire arrête le dignement ; car ce nerf, presque entièrement destiné à la sensibilité, n'envoie au- cune branche aux muscles qui font mouvoir les paupières. (0 » M. Mayo dit : « Le muscle qui clôt les paupières est appelé l'orbiculaire des paupières, et est disposé au-dessous de la peau des paupières en fascicules concentriques d'une certaine lar- geur. Il est fourni de nerfs par la cinquième paire de nerfs et par la portion dure de la septième, et il est paralysé par la section de cette dernière. Les cinquième et septième paires ont une ori- gine commune; la cinquième donne la sensibilité à l'œil, aux paupières , aux cils , et la plus légère irritation de ces parties fait entrer en action l'orbiculaire des paupières, qui est stimulé par l'entremise de la portion dure de la septième paire, La sympathie (r) Précis de physiol. 3 e éd. p. 3o 7 . MARSTiALL-iiALr. — Sur* la force excita-motrice. 35 1 d'action entre les cinquième et septiè e pat esde nerfs etc. ( i . » Ces deux illustres physiologistes ne s'accordent pas sur la partie anatomique, mais ils attachent évidemment de l'impor- tance à la distribution de la cinquième paire à l'orbiculaire, ex- cluant ainsi toute idée d'action réfléchie. Le premier avoue qu'il est difficile d'expliquer le phénomène ; le deuxième attache de l'importance à l'identité d'origine et rapporte le phénomène à quelque sympathie entre les deux nerfs; opinion que MM. Ali- son (2) Muller (3) ont combattue avec succès. Ni M. Mayo, ni M. Magendie , ne semblent avoir vu que cet acte suppose une action réfléchie , excito-motrice , mise en jeu par la moelle épinière proprement dite; fait qui se prouve par les expériences dans lesquelles on divise tour-à-tour la cinquième paire de nerfs, la moelle et les nerfs de la septième paire. On n'a pas fait attention au chaînon central qui unit les deux nerfs , ainsi que les nerfs excitateurs et moteurs du vrai système spinal en général. 109. Avant d'entrer dans plus de détails , je dois m'arrèter un instant sur une des fonctions de la vraie moelle épinière : l'acte de la respiration. De même qu'on a négligé, dans d'autres cas , le chaînon qui unit les nerfs excitateurs et moteurs , de même on n'a fait nulle attention, par rapport à la respiration , au pre- mier chaînon ou au nerf excitateur lui-même. Legallois (4), Ch. Bell (SJ , Flourens (6), Millier lui-même (7), s'accordent tous à considérer la moelle allongée comme le premier mobile de la respiration. J'avais moi-même adopté cette manière de voir à l'époque où je fis paraître mon premier mémoire. Je me suis assuré depuis que ce n'est pas la moelle allongée, mais le nerf pneumo-gastrique qui, dans la' respiration ordinaire, est, comme excitateur, le premier mobile de cette fonction, et qu'il en est de (1) Ouvr. cilé, p. 3o8. . (9) Trans. de la Soc. de méd. et de chir. d'Edirnb. vol. a,' p. i65, et Précis de physiol. i833, p. srig. (3) Handbuch der physiol. p. 689. ^4) OEuvr. t. 1. pp. 64. 237. (5) LeSysl. nerv. p. i4o. (6; Du syst. nerv. pp. 180. 184. (7) Manuel de physiol. p. 33 1. 352 marshall-hall. — Sur la force excilo-motrice. même , en certaines circonstances , de la cinquième paire et des nerfs spiraux. Ch. Bell regarde le pneumogastrique comme combinant les mouvemens de la respiration (1), tan- dis que c'est réellement la moelle allongée qui remplit cet of- fice ; de sorte que, dans la manière de voir de ce célèbre physiologiste, les fonctions de la moelle allongée et du nerf pneumo-gastrique ont été confondues. Quant au système res- piratoire lui-même, je ne puis, tout en rendant justice au talent de Ch. Bell, m'empêcher de remarquer qu'il est défectueux sous ce rapport. D'abord, c'est seulement une partie, la partie mo- trice du système entier de la respiration ; en second lieu , le système entier de la respiration n'est qu'une partie d'un sys - tème plus général; le spinal proprement dit ou excito-moteur, qui préside à tous les actes d'ingestion et d'égestion , y com- pris la respiration elle-même. 1 10. Je termine cette notice préliminaire par le tableau sui- vant des nerfs respiratoires. II renferme les nerfs excitateurs de la respiration , ou addition au système respiratoire de Ch. Bell. Système des nerfs de la respiration. i Les excitateurs. * 3. Les moteurs. a. Le trifacial. ^ ^ a. L'intercostal. b. Le pneumo-gastrique. ^ g b. Le diaphragmatique. c. Le spinal. ?" S c. Le spinal inférieur, etc. r m. Je me contenterai d'ajouter ici que le fait important re- latif au système sensitif et volontaire, est que le cerveau en est le centre. C'est l'opinion de Flourens(2) , de Ch. Bell (3) et d'A- lison. Dans toutes mes expériences, la sensibilité, la voli- tion et tous les mouvemens volontaires, ont constamment cessé lorsqu'on a enlevé le cerveau. 1 12. Il est évident que si un nerf se compose de filets sensi- tifs et de filets excitateurs, il a probablement deux origines, l'une dans le cerveau et l'autre dans la moelle épinière. La (i) Le Syst. nerv. 1 83o. p. 46 , et le Man. d'anat. de Shaw , a éd. 1822, p. 3o5, uote. (a) Du Syst. nerv. (3) Voy. sondera. Mém. dans les Trans. phil. 18 34- Marshall-hall. — Sur la force excito-motrice. 353 même remarque est vraie aussi quant aux nerfs composés de fibres volontaires et de fibres motrices (voy. § 1 1 1). Serait-il pos- sible de faire voir cette structure dans quelque série de l'échelle animale? C'est une question qui serait bien intéressante à ré- soudre. il 3. Mais entrons maintenant plus particulièrement dans la discussion sur l'anatomie, la physiologie, la pathologie et la thérapeutique du système excito-moteur. i. Anatomie du système excito -moteur. u4- On peut adopter comme principe que toute partie du système nerveux douée du pouvoir excito-moteur appartient à ce système, soit que ce pouvoir exerce son action dans la direc- tion des nerfs en partant des centres nerveux , ou en se rendant à ces centres. Nous avons donc , dans une seule expérience, un mode facile de reconnaître quelle est la partie du système nerveux général qui appartient à la subdivision dont je m'occupe, et il se- rait intéressant de résoudre cette question par rapporta chaque partie de ce système dans les diverses classes d'animaux. ii 5. Il faudrait d'abord rechercher quels sont les mouve- mens particuliers produits lorsqu'on stimule des nerfs incidens (donnés. L'effet qui a lieu le plus ordinairement est un mouve- ment des membres; mais on observe, dans d'autres cas, des actes de respiration, de déglutition et d'expulsion , d'occlusion tdes paupières, du larynx, du pharynx et des sphincters; faits intéressansà comprendre pour le physiologiste, et qui assignent des emplois distincts et spéciaux à certains nerfs excitateurs. • ... n6. Ces nerfs excitateurs peuvent être regardés comme gar- diens des orifices et des issues de l'économie animale; ainsi : 1. Le nerf trifacial est le gar- b. Le pharynx, le cardia. dien de c. L'uretère, la vésicule du a. L'œil. fiel. b. La narine l'oreille dans 3 Lcs nerfs . ^ dcnt les Cétacés. r ■ e. L'arrière-bouche. a - Le rectum. 2. Le pneumo-gastrique gai de b. La vessie. a. Le larynx les bion- c « ^ es vésicules séminales, ches. d. L'utérus. VII. Zooi.. — Juin. a3 354 marshall-hall. — Sur la force excito-motrice. Chaque portion de cette série de nerfs excitateurs a un ordre correspondant de nerfs moteurs. 117. Le tableau suivant renferme l'ensemble de ce sujet. Il est impossible, en y jetant les yeux sans prévention et sans préjugés, de ne pas reconnaître combien il comporte d'intérêt. Tableau du système spinal proprement dit , ou excito-moteur . I. Les branches incidentes ou excitatrices. 1. Le trifacial, qui prend naissance dans 1. Les cils. 2. Les ailes du nez. 3. Les narines. 4. La gorge. 5. La face. 2. Le pneumo-gastrique, qui prend naissance dans 1. Le pharynx. 2. Le larynx. 3. Les bronches. 4. Le cardia, les reins, le foie. 3. Les nerfs spinaux posté- rieurs, qui prennent . naissance dans 1 . La surface générale du corps. 1. Le gland du pénis ou du clitoris. 3. L'anus. 4. Le col de la vessie. 5. Le col de l'utérus. h o s 5" a III. Les branches réfléchies ou motrices. 1 . Le trochléateur. j ^ 2. L'abducteur. ( S. 3. La petite portion de la 5 e paire. 4. Le facial, qui se distri- bue à 1. L'orbiculaire. 2. L'élévateur du nez. f). Le pneumo-gastrique ou son accessoire. 1. Le pharyngien. 2. Les laryngés. a. a 3. Les bronchiques, etc. 6. L'hypoglosse. 7. Les spinaux, qui se dis- tribuent au 1. Diaphragme et aux 2. Intercostaux et I g 3. Abdominaux. ) «* 8. Les nerfs sacrés, qui se distribuent 1. Aux sphincters. 2. Aux expulseurs , aux éjaculateurs, aux trompes de Fallope , à l'utérus etc. 118. On a, je crois, élevé une objection contre ce nom de nerf excitateur donné à un nerf reconnu sensitif. Mais il ne s'agit pas ici de mots , mais de faits. Le nerf tri-facial est-il sen- sitif? S'il en est ainsi, qu'on le désigne sous ce nom; Est-il aussi Marshall-hall. — Sur la force excito-motrice. 355 nerf excitateur? Dans ce cas, la même raison existe pour lui donner cette dernière dénomination. Enfin il est non-seule- ment sensitif et excitateur, mais il est probable qu'il sert aussi à la nutrition. Ainsi toute vue de ce sujet, ainsi limitée, s'é- loigne de la vérité. On peut, de même, considérer le pneumo- gastrique, non comme un nerf simplement sensitif ou sécré- toire, mais comme, par excellence, le nerf interne excito- moteur. 2. Physiologie du système excito-moteur. 1 19. J'ai déjà donné ( § 109-122) un abrégé de la physiologie de ce système : entrons maintenant dans les détails. 120. i° Occlusion des paupières. J'ai fait mention (§ 20) du phénomène de l'occlusion de la paupière en touchant les cils , et j'ai démontré que MM. Magendie et Mayo en ont donné une explication erronée , puisque tous deux remarquent avec soin l'influence des cinquième et septième paires de nerfs. Une série d'expériences intéressantes démontre que les actions de ces deux nerfs, de même que celles de tous les nerfs excita- teurs et moteurs dans la fonction réfléchie , sont combinées dans la moelle allongée. lai. Je puis rappeler l'expérience sur la jument (§58) chez laquelle, après que la sensibilité eut été détruite, les cils étant faiblement touchés par une paille, la paupière se ferma avec force, les deux expériences détaillées dans mon premier mé- moire dans lesquelles , en touchant le bord d'une paupière, on donna lieu à l'occlusion forte et instantanée des deux pau- pières. 122. Mais la circonstance la plus remarquable liée avec l'oc- clusion de la paupière, est sa relation avec l'état de sommeil. J'ai déjà fait voir (§ 89-105) que cette modification remar- quable est produite par le système cérébral seul, et qu'il n'y a point de sommeil pour le système spinal proprement dit. Il doit y avoir quelque réciprocité remarquable entre le releveur de la paupière et l'orbiculaire dans la production de ce phéno- mène. Dans l'état de veille, le releveur de la paupière lVm- a3. 356 MARSHALL-HA.LL. — Sur la jorce excito- motrice. porte sur l'orbiculaire; pendant le sommeil, c'est Torbiculaire qui a le plus de force. Je crois que le releveur de la paupière, et peut-être les muscles droits de l'œil, sont de tous les muscles de l'économie les seuls uniquement cérébraux ou volontaires, et dénués de fibres du système excito-moteur. Quand on est éveillé, la volition soulève la paupière; quand on dort, le pou- voir excito-moteur produit la contraction permanente de l'or- biculaire, comme il le fait pour les autres sphincters. L'œil est ainsi à l'abri, pendant la nuit, de ce qui pourrait lui nuire, pré- servé de cet état inflammatoire dont il est attaqué lorsque, par une blessure du nerf facial ou par faiblesse du pouvoir excito- moteur, l'influence tonique de la moelle a disparu ou est di- minuée, et que l'action de l'orbiculaire manque (V. § 32). De semblables observations s'appliquent à l'action des muscles droits, comparée à celle du grand oblique et de l'abducteur. 2 De la déglutition. . 123. La seconde partie de la physiologie de la moelle épi- nière proprement dite et du système excito-moteur des nerfs se rapporte à l'acte de la déglutition. 124- — i. section du pharynx. — Si l'on presse la langue avec le manche d'une cuiller et qu'on porte l'instrument versja ra- cine de la langue et vers les amygdales, il s'ensuit un acte de déglutition (i). En faisant une incision sur le côté du cou chez un animal vivant, et en introduisant le doigt dans le pharynx, ce doigt est serré avec force (2); le même phénomène a lieu sur un jeune animal auquel on a enlevé la tête (3). Mais, dans ce dernier cas , l'effet cesse , soit par la division des nerfs qui unissent le pharynx et la moelle épimère, soit par la destruc- lion de cette moelle elle-même. ia5. C'est en vain que j'ai cherché dans les ouvrages si esti- més de MM. Bostock, Magendie et Mayo quelque notion sur la (1) Mayo, ouvr:cité, p. 112. (a) Magendie. De l'usage de l'épiglotte dans la déglutition, p. 3. (3) Mùller , ouvr. cité , p. 696. marsiiall-iiall. — Sf/r la force exciLo-motrice. 35*) nature réelle de l'acte de la déglutition et sur sa relation avec la moelle épinière. Le premier de ces auteurs garde sur ce sujet un silence absolu; on lit dans le second : u Ainsi s'accomplit le deuxième temps de la déglutition, par l'effet duquel le bol alimentaire parcourt le pharynx et s'engage dans la partie su- périeure de l'œsophage. Tous les phénomènes qui y coopèrent se passent simultanément et avec une grande promptitude : ils ne sont pas soumis à la volonté : ils diffèrent donc, sous plu- sieurs rapports, des phénomènes qui appartiennent au premier temps (i)». M. Mayo parle de la sensibilité particulière de la partie postérieure de la gorge comme étant un phénomène ex- cité, et de l'acte de la déglutition comme étant instinctif et irrésistible (2). 11 ajoute : « Si l'on opère l'acte de la déglutition plusieurs fois de suite volontairement , et qu'on n'avale que de la salive, les parties se trouvent fatiguées, et l'opération ne peut être répétée immédiatement (3) ». Voici la vraie explication de ce fait intéressant : un acte excité a besoin d'un stimulus ou d'un excitateur; la salive est cet excitateur dans le premier et dans le second mouvement de déglutition ; mais dans un troi. sième mouvement essayé promptement après le second, le sti- mulus manque, et l'acte n'a pas lieu par défaut d'excitateur. Il est évident que l'idée de « fatigue» est erronée. 127. Aucun de ces auteurs ne fait la plus légère allusion à l'influence importante et essentielle de la moelle allongée dans l'acte de la déglutition. 125. — 2. Action du cardia. — Le cardia s ouvre pour rece- voir la nourriture transmise par l'œsophage, et se ferme pour la retenir dans l'estomac. On le paralyse en divisant les nerfs pneumo-gastriques. Si l'on fait cette expérience sur un lapin , on trouve l'œsophage rempli de nourriture, quoique l'animal n'ait pas mangé après l'opération. Je crois que ce fait a été d'a- bord observé par MM. Leuret et Lassaigne. Le nerf pneumo- gastrique est essentiellement le nerf excito-moteur interne. (1) Ouvr. cité, n-68. (*) Ouvr. cité, i.3 (3) Ouvr. cité, p. «14. 358 marshall-hall. — • Sur la force excito-motrice. 3. Contraction du larynx. 129. Le larynx se ferme exactement dans chaque acte de déglutition, lorsqu'on cherche à inspirer de l'acide carbo- nique (4), au contact d'une goutte d'eau ou d'une mie de pain T dans le vomissement, etc. Quelle est la nature de ce phénomène? i3o. Si, sur un animal durant son état normal, ou sur un animal auquel on a enlevé les lobes cérébraux, l'on touche l'ouverture de la glotte avec une plume ou une sonde, la glotte se ferme aussitôt avec force. Ce phénomène cesse à l'instant chez le dernier animal, si l'on sépare le larynx de ses con- nexions avec la moelle allongée, soit en dedans , soit en dehors du canal spinal , ou si l'on détruit la moelle allongée elle-même. Ce phénomène est donc tout-à-fait dépendant de la moelle épi- nière et des nerfs excitateurs qui se rendent à cette partie du système nerveux ou des nerfs moteurs qui en naissent : c'est in acte réfléchi, excito-moteur des nerfs laryngés supérieurs et de la moelle allongée. i3i. M. Magendie a écrit ex professo sur les actes du larynx , et, quoiqu'il conclue, d'après ses expériences et ses dissections, que l'occlusion du larynx dépend des nerfs laryngés supé- rieurs, et son ouverture des nerfs laryngés inférieurs (2), et qu'il faut que tous ces nerfs soient divisés pour que le larynx reste ouvert et dans l'impossibilité de se mouvoir, il ne dit ab- solument rien de l'action essentielle de la moelle allongée dans tous les actes d'excitation du larynx. M. Mayo attribue l'occlu- sion du larynx déterminée par le contact de l'acide carboni- que , de l'eau ou du mercure , à « la sympathie étroite qui existe entre la surface muqueuse sensible du larynx et ses muscles.» i32. J'ai démontré ainsi l'union étroite qui existe entre la paupière, le pharynx et le larynx, lorsqu'ils se ferment, et les nerfs qui se rendent à la moelle allongée ou qui en naissent, ainsi qu'avec la moelle allongée elle-même. Parlons maintenant (i) Pilâtre de Rosier. J. de phys. t. 28, p. 4?. 2. Humphry-Davy, p, 47a de ses Recherches. (i^ De l'épiglotte. Ouvr. cité , p. 9 , etc. .Marshall-hall. — Sur la Jonc cxcilo-motrice. 35 4$« MARsnvT.r.'iiALL. — Sur la force excito-motrhe. 36*7 8. De la tonicité du système musculaire. 1 58. Il est un autre phénomène appartenant à ce système qui réclame notre attention , la tonicité de la fibre musculaire dans tonte l'économie. On expérimenta de la manière suivante sur deux lapins: à l'un on enleva la tête; à l'autre, en enlevant cette partie, on détruisit avec soin la moelle épinière à l'aide d'un instrument tranchant : les membres du premier conservè- rent un certain degré de résistance et d'élasticité; chez le se- cond, il y eut relâchement complet: la différence était très frappante. Le lendemain, chez tous deux, les membres étaient également raides , par suite de la contraction de la fibre mus- culaire dépendant de l'irritabilité. 1 5g. L'influence de la moelle épinière sur la tonicité des muscles est très remarquable dans la tortue. 160. Les membres et la queue d'une tortue décapitée conser- vaient un certain degré de résistance ou de tonicité en les chan- geant de position , et l'action d'un stimulus les faisait mouvoir avec énergie. Tous ces phénomènes cessaient lorsqu'on avait enlevé doucement la moelle épinière. Les membres devenaient alors insensibles aux stimulus, tout-à-fait flasques, et per- daient toute action. Le sphincter , perdant sa forme circu- laire et ne se contractant plus, était relâché et flasque. La queue, flasque aussi, ne ressentait point l'application des sti- mulus. 161. Cette expérience démontre clairement que la tonicité du système musculaire et les mouvemens des membres lors de l'application des stimulus à la peau , sont des modifications de la même fonction ; tous ces phénomènes co-existent avec la moelle épinière , ou cessent d'avoir lieu lorsque celle-ci est détruite. g. Du siège des passions. 1G2. On est bien fondé à affirmer, ainsi que nous l'avons déjà dit, que le cerveau est le siège de l'âme et des facultés in- 3G8 marshall-hall. — Sur la force excito-moirice . tellectuelles ; on doit croire, avec autant de raison, que la moelle allongée est le siège ou l'organe nerveux de la manifes- tation des désirs et des passions. i63. Dans l'idiot, chez lequel il y a atrophie et développe- ment imparfait des lobes cérébraux de manière à faire dispa- raître tout vestige d'intelligence , les désirs et les passions, loin d'être affaiblies, se prononcent d'une manière extraordinaire : on remarque chez lui , à un degré remarquable , le désir des alimens, l'excitation des parties génitales, la crainte et la terreur. 164. Le bras paralysé dans l'hémiplégie, n'est plus sous la dépendance delà volition ni du mouvement volontaire, mais s'a- gite fortement par la surprise ou d'autres émotions. Le siège de ces émotions est donc placé plus bas dans le système nerveux que le sièee de la volition et de la maladie : cette maladie inter- cepte l'influence de la volition, tandis que l'influence des passions se manifeste d'une manière très marquée. Il n'en est pas de même dans la paraplégie; dans ce cas, l'influence des passions ouïes émotions sont, ainsi que celles de la volition , entièrement dé- truites par la maladie : cette affection est donc située au-dessous des sièges de la volition et des passions. i65. Ne voyons-nous pas évidemment, dans ces différens cas, le siège des passions? n'est-il pas clairement placé au-des- sous du siège de la maladie dans l'hémiplégie, et au-dessus dans la paraplégie? et s'il en est ainsi , ce siège n'est-il pas la moelle allongée, centre régulateur des actes de la déglutition et de la respiration, actes si importans dans leurs relations avec ce phénomène du besoin de la nourriture, de l'air? la dernière de ces fonctions étant affectée d'une manière si extraordinaire lorsqu'elle reste seule en exercice, et l'étant même dans toutes les émotions et dans toutes les passions. 166. Je ne parle ainsi brièvement de ce sujet que pour m'y livrer à de nouvelles recherches dans le cours de ces travaux, et pour rendre un peu moins incomplet cette ébauche sur le sys- tème nerveux. Je vois aussi bien que qui que ce soit tout ce qui reste à faire pour la rendre complète. 167. Il est intéressant d'observer que les passions affectent marsiiall-iiall. — Sur la force excito-motiice. 36g précisément les organes d'ingestion et d'égestion qu'on sait être particulièrement sous l'influence du système spinal : le chagrin fait éprouver un sentiment pénible d'étouffement, la peur re- lâche les sphincters. Toutes ies passions affectent la respiration : un objet dégoûtant donne des nausées. conclusions. Dans ce mémoire j'ai cherché à établir : i° La distinction qui doit être faite entre la propriété excito- motrice et la sensibilité, la volonté et toutes les fonctions cé- rébrales. a° La distension entre cette propriété et le vis imita ou irri- tabilité de la fibre musculaire. 3° Que cette propriété est l'apanage: i° D'une moelle épinière proprement dite, et t." d'un système de nerfs excitateurs et moteurs à l'exclusion du cerveau. 4° Que cette propriété excito-motrice est identique avec la puissance motrice que la moelle épinière , et les nerfs des mus- cles, lorsqu'on les excite , exercent sur les muscles auxquels ils se distribuent dans le sens de leur trajet : savoir le vis nervosa de Haller. 5° Que la propriété excito-motrice agit en suivant un trajet incident, rétrograde et réfléchi le long des nerfs incidens lors- que ceux-ci sont stimulés , soit mécaniquement ou par le gal- vanisme, dans les expériences du physiologiste, soit naturelle- ment chez l'animal vivant. 6° Qu'il existe un système correspondant d'organes nerveux formé i* par certaines parties de la moelle épinière; i" parles nerfs exciteurs incidens, et 3° par les nerfs moteurs réfléchis; système qui, même chez les mammifères, est quelquefois dis- tinct des nerfs de là sensibilité et de la volonté comme cela se voit pour le pueumo-gastrique ou nerf excito-moteur interne , et qui l'est probablement toujours chez les animaux invertébrés. 7° Les relations qui existent entre cette propriété et le mode d'action des sphincters et des phénomènes dont dépendent l'in- troduction de substances étrangères dans le corps, et l'expulsion VII. Zool. — Juin. «4 370 eaker et durand. — Mâchoire de singe fossile. de matières évacuées; l'influence de l'excitation produite par le contact de l'acide carbonique avec les dernières divisions des nerfs pneumo-gastriques sur le renouvellement des mouve- mens de la respiration ; enfin le rôle physiologique de la moelle épinière comme coordonnant les mouvemens complexes d'ingestion, d'expulsion, etc., comme étant la source de la to- nicité du système musculaire et comme étant le siège des pas- sions, etc. Note sur la mâchoire fossile d'un quadrumane qui se rapproche des genres Semnopiihèque et Cynocéphale } Par MM. Baker et Durand. (Extrait.) (1) « L'échantillon en question a été trouvé dans les collines , près de Sutly et, d'après la gangue à laquelle il est attaché, pa- raît provenir d'une couche qui ressemble beaucoup par sa composition à celle décrite comme appartenant au dépôt du Maginund. Ce fragment consiste dans la moitié de droite d'une mâchoire supérieure. Les molaires sont complètes quant au nombre , mais la première a perdu un peu de son émail exté- rieur, et la cinquième a aussi une partie de son émail enlevée sur sa partie postérieure. La deuxième et la troisième molaires sont beaucoup usées , et l'état de la quatrième et de la cinquième montre que l'animal était complètement adulte. La canine est petite, mais très mutilée; on ne peut distinguer que son inser- tion dans la mâchoire et sa section transversale. « L'inspection des dénis molaires suffit pour montrer claire- ment l'ordre auquel l'animal appartenait ; mais en outre il reste encore assez de l'orbite pour en offrir des preuves additionnel- (1) Journal of the Asiatic Society of Bengal, vol. S, j>. 739, et London and Edinburgh philo r ophical magazine. barer et duhand. — Mâchoire de singe fossile. 371 les, la partie inférieure de l'orbite et l'origine de l'arcade zygo^ matique qui sont très distincts, pourraient à eux seuls détruire toute espèce de doute; car les orbites des quadrumanes offrent une disposition particulière et ne peuvent se confondre avec celles d'aucun autre animal. « D'après les descriptions et les figures de la dentition de cet ordre d'animaux donnée par M. F. Cuvier, ce fossile se rappro- cherait du genre Semnopithèque. Les divisions de la canine et la grosseur et la forme des fausses molaires sont tout-à-fait semblables à l'exemple choisi par M. F. Cuvier et appartenant au Semnopithèque maure, espèce qui se trouve à Java ; si le des- sin de ce naturaliste avait été fait d'après le 5. entellus, espèce qui habite l'Inde , la comparaison aurait été encore plus con- cluante. Le maurus ayant été choisi comme type et l'auteur ne mentionnant pas d'autre différence que la longueur dés ca- nines, on doit supposer que les diverses espèces ne s'éloignent pas considérablement de ce type quant à la forme des molaires La troisième molaire de notre fossile est trop cassée pour qu'on puisse la comparer au dessin d'une dent en bon état. La qua- trième est semblable à celle du maurus ; mais la cinquième ne ressemble à la molaire analogue d'aucune des espèces exis- tantes telles que les représente M. F. Cuvier , car la dent fos- sile présente sur sa partie interne un petit point d'émail , qu'on ne retrouve dans aucune des espèces vivantes dont on a publié des figures. Les incisives manquent, mais on distingue facile- ment les intermaxillaires. « Si ce n'était la taille des canines et de la cinquième molaire, cet échantillon présenterait quelque ressemblance avec les dents du Macaque donné comme type des genresMacaque et Cynocéphale, mais par la petitesse des canines et la grandeur des molaires, il se rapproche bien davantage du genre Semnopithèque ; la différence est cependant grande, car le S. en tellus atteint, dit- on , la longueur de trois pieds et demi , tandis que la grandeur de l'animal fossile, à en juger par l'espace occupé par les molaires et de leur grosseur devrait être égale à celle du Pithe- cus satyrus. — L'espace occupé par les molaires est de 2-1 5 pouces. Cette circonstance et les différences dont on a déjà »4. 3j2, owew. — Membranes fœtales du Kanguroo. parlé séparent distinctement ce fossile des espèces appartenant au genre Cynocéphale ou Semnopithèque. L'échantillon est imparfait, mais il indique l'existence d'une espèce gigan- tesque d'animal quadrumane contemporain des Pachydermes du Sub-Hymalaya.» "Description des membranes fœtales du Kanguroo, Par M. Owen. (i) ( i Dans un Mémoire lu à la Société Royale de Londres, en i834; j'ai décrit le fœtus et les membranes fœtales d'un Kanguroo (le Macropus major) dont la gestation utérine paraissait être arrivée au milieu de sa durée ordinaire, laquelle est chez cet animal de 38 jours. Ces membranes consistaient en un am- nios , un sac vitellien devenu très vasculaire par les ramifications des vaisseaux omphalomcsentériques, et un chorion mince et non vasculaire. Il n'existait ni placenta, ni aucune adhésion entre la membrane fœtale extérieure et la surface interne de l'utérus de la mère, à l'aide de l'entrelacement et de l'enchevêtrement de vaisseaux ou de villosités comme dans les Mammifères chez lesquels le pla- centa est remplacé par un chorion uniformément villeux et vasculaire. Enfin, la condition du fœtus était la même que celle qui se rencontre chez la Vipère et les autres Reptiles ovo- vivipares, si ce n'est qu'à la période de la gestation à laquelle le fœtus en question était arrivé , il n'existait aucune trace d'un allantoïde. Dans la vue de déterminer si un allantoïde se développait à une période plus avancée de la gestation , j'ai disséqué de très jeunes fœtus mammaires de divers Marsu- piaux tels que le Kanguroo, le Phalanger et le Phalanger volant, et leur ayant trouvé les restes d'un ouraque et de vaisseaux ombilicaux, je n'ai pas hé- sité à conclure qu'en effet ce développement avait lieu. J'ai fait remarquer qu'à mesure que la croissance du fœtus avance, les fluides en circulation doivent nécessairement devenir de plus en plus chargés de ma- tières provenant de la décomposition des substances organiques, et que, malgré l'existence d'une surface très étendue présentée par le sac vitellien, et pouvant servir en même temps à la nutrition et à la respiration du fœtus dans les premières périodes de la gestation , il était à présumer qu'à une époque plus avancée du développement embryonnaire , lorsque le fœtus acquiert un volume plus considérable et des parties nouvelles, un appareil accessoire destiné aux mêmes usages deviendrait nécessaire. Ainsi, chez tous les Reptiles dont le fœtus ne respire pas à l'aide de prolocgemens vasculaire» situés sur les côtés du cou , (i) Extrait de Loudons magazine of nalural history ,^new séries, vol. i, p. 4 7* > avec fig. owen. — Membranes fœtales du Kanguroo. Zfî un allantoïde ou des appendices cœcaux formés par les vaisseaux ombilicaux ou hypogastriques, naissent de la portion terminale du tube intestinal. L'épo- que à laquelle cet organe accessoire de respiration se développe chez les oiseaux est immédiatement subséquente à l'apparition des premiers vestiges des mem- bres locomoteurs. Dans les Mammifères à placenta chez lesquels le vitellus et la membrane vitclline sont proportionnellement petits, l'allantoïde se montre beaucoup plus tôt, mais il se développe à des degrés difTércns dans les divers ordres; chez tous ces animaux il est destiné à une même fonction importante, savoir : le transport des artères hypogastriques ou ombilicales vers l'enveloppe membraneuse extérieure ou chorion, et chez tous aussi les vaisseaux ombili- caux en connexion avec le coecum allantoïdicn , contractent des rapports plus intimes avec la surface vasculaire de l'utérus et constituent le chorion en don- nant naissance à des végétations vasculaires qui tantôt recouvrent toute la sur- face de l'œuf comme chez la jument, tantôt sont rassemblées en touffes circon- scrites comme chez les Rumina us, et d'autres fois sont rassemblés en un seul point de façon à foi mer un placenta unique comme dans l'espèce humaine et dans tous les Mammifères unguiculés. (1) Chez les Oiseaux et les. Reptiles les vaisseaux ombilicaux ne se rendent qu'à l'allontoïde eX ne s'étendent pas au-delà de cette membrane sur le chorion. Chez ces animaux , l'allantoïde remplit par conséquent un rôle principal dans la respiration du fœtus. Chez les Mammifères à placenta, ses fonctions comme un organe transitoire de respiration sont au contraire secondaires; mais il est essentiel comme moyen de transport des vaisseaux ombilicaux du fœtus au chorion : aussi préexiste-t-il au placenta et sans son concours cette dernière partie ne pourrait pas se former. En effet, si l'on prend en considération que 1 embryon se forme dans l'intérieur du sac du chorion et qu'il est, dans le prin- cipe, libre de toute adhérence avec cette enveloppe, on voit qu'il doit nécessai- rement y avoir quelque moyen de support pour les vaisseaux ombilicaux pen- dant qu'ils se rendent vers le chorion, et nous n'en connaissons d'autres qu& l'allantoïde ou la vessie uriuaire et l'ouraque formées par ses débris. Dans ma manière de voir , l'existence d'un placenta suppose nécessairement la préexis- tence d'un allantoïde , mais l'inverse n'est pas également vrai. Chez les Oiseaux et les Reptiles squameux nous voyons que l'allantoïde remplit les fonctions d'un placenta ou chorion vasculaire, et par conséquent la question qui se pré- sentait touchant les Kanguroos et les autres Marsupiaux était de savoir si, chez ces animaux, l'allantoïde étaul développé, servait d'inteemédiaire pour l'organi- sation du chorion, ou bien restait sous la forme d'un sac ou coecum vasculaire indépendant des autres enveloppes fœtales , comme cela a lieu chez les^ Verté- brés ovipares. L'examen d'un fœtus utérin de Kanguroo, mis à ma disposition par le docteur Shcarman, a contribué à résoudre cette question. Ce fœtus était plus («) Voyez les Transact. Philosojih. 1 334- p. 342. 3^4 dujârdin. — Phénomènes présentés par des œufs de limace. avancé en développement que ne l'était celui dont j'avais précédemment fait l'anatomie; les doigts des membres postérieurs étaient déjà distinctement formés. Le cordon ombilical s'étendait dans une longueur de près de trois lignes au-de- là de la surface de l'abdomen; l'amnios se réfléchissait dans ce point pour former l'enveloppe interne ordinaire du fœtus et au-delà le cordon se divisait en deux sacs; l'un supérieur, très grand vasculaire , formé par les vaisseaux ompha- lo-mésentériques et analogue au sacvitellin décrit dans mon premier Mémoire, l'autre situé au-dessous du col du précédent, d'un sixième de son volume, py- riforme, offrant de nombreuses ramifications des vaisseaux ombilicaux et consti- tuant un véritable allantoïde. Ce dernier sac était suspendu, à l'extrémité du'cor- don ombilical et n'avait contracté aucune adhérence avec les parois de l'utérus dans lequel le fœtus s'était développé. Lf.ttrk sur les phénomènes présentés par des œufs de Limace pondus depuis peu de temps, adressée à V Académie des Sciences par M. Dujardin. J'ai observé sur des œufs de Limace pondus depuis vingt-quatre heures, un fait qui, par sa nouveauté et parles conséquences qu'on en peut déduire, m'a paru digne d'intéresser l'Académie : c'est un mode de manifestation de- la vie, dans le vitellus ou l'embryon, tout-à-fait semblable à celui des Infusoires nom- més Amibes ou Protées. On savait déjà que l'embryon, au bout de plusieurs jours . se meut dans l'œuf en tournant sur lui-même ; ce mouvement de rotation est produit par les cils vibratiles de ce qui doit devenir l'appareil respiratoire; mais on n'avait avant ce terme, observé rien autre chose qu'un changement progressif de volume et d'aspect : or, voici ce que j'ai vu lundi dernier. Des vitellus tirés d'œufs de Limace grise pondus la veille, furent placés entre des lames des verre, suffisamment écartées, avec leur albumine et un peu d'eau. Ils étaient globuleux , larges de j de millimètre; mais par l'effet d'une légère compression , ils devenaient larges de -j à * de millimètre. Je vis alors un de ces vitellus émettre par deux portions opposées de son contour , six à huit prolongemens diaphanes, arrondis, longs de s ' de millimètre environ , s'éteu- dant et se retirant alternativement et changeant de forme à chaque instant comme ceux des Amibes, et de même entraînaut avec eux aussi des granules. Ce phénomène dura plus de deux heures; puis le vitellus, comme un infu- soire tenu dans les mêmes circonstances , se désagrégea peu-a-peu en globules glutineux creusés de vacuoles et analogues par leur aspect à ce que j'ai propose , de nommer sarcode dans les animaux inférieurs. Cependant la vie continuait j. e. gray. — Sur des œufs de Mollusques marins, d'jb dans la partie non encore désagrégée, et chaque fois qu'un prolongement s'éten- dait, il déterminait une nouvelle émission de globules glutineux. On peut donc conclure de cela que le viîellus n'était point pourvu d'une enveloppe spéciale. Les autres vitcllus ne m'ont point montré ce mouvement, soit qu'ils fussent placés dans un sens différent , soit qu'ils eussent été asphyxiés pendant la pré- paration; ils se composaient d'une masse glutineuse renflée en tubercules à sa surface, parsemée de granules et de vacuoles et susceptibles de se désagréger par la pression. Le lendemain il était trop tard pour revoir le phénomène dans les autres œufs de la même ponte; le développement avait continué rapidement ; mais , quand bientôt le mouvement du rotation eut lieu, je pus reconnaître les cils de la partie antérieure de l'embryon et constater leur action sur le liquide coloré par du carmin. L'embryon alors et même au bout de six jours est encore sus- ceptible de se désagréger en globules glutineux creusés de vacuoles qu'avec un mauvais microscope on doit prendre pour des globules inclus. Ces mêmes va- cuoles qui se voient à la surface de l'embryon vivant déterminent évidemment la transformation de la substance glutineuse en tissu aréolaire. Tels sont les faits que j'ai observés : ils montrent d'une part, qu'à une cer- taine époque de son développement, et par suite de sa composition organique, 1 embryon des Mollusques manifeste sa vie de la même manière que les Infu- soires les plus simples; et d'autre part que cet embryon n'a point alors d'enve- loppe particulière. Note sur l'augmentation de volume que les œufs de quelques mollusques marins éprouvent pendant la période de l'incu- bation; par M. J. E. Gray. (Extrait.) Un desargumens employés par l'auteur pour étayer l'opinion du parasytisme du Poulpe de l'Argonaute, a été que la coquille lors de sa première formation a dû être (à en juger par le volume du uudeus visible sur le sommet des jeunes échantillons) beaucoup plus grande qu'on ne pouvait s'attendre à en voir pro- duites dans des œufs, de la grosseur de celles qu'on trouve dans la partie supé- rieure de la cavité de la coquille renfermant l'Ocythoe. En effet, il était à pré- sumer que chez tous les Mollusques, de même que chez les Limaçons et les au- tres pulmonaires, les œufs n'augmentent pas de volume postérieurement à la ponte ; mais d'après quelques observations nouvelles faites sur le Buccin onde, te naturaliste s'est convaincu que celte règle n'est pas générale. Les œufs du Buccin onde, comme ceux de tous les Gastéropodes Zoophagcs Pfclinibranches connus, sont renfermés daus des étuis coriaces, qui, chez ce 376 ba.er. — $uf l'Aurochs du Caucase. Mollusque et dans le Fusus despectus , sont oblongs et accolés de façon à con- stituer une masse oblongue ou arrondie qu'on trouve souvent rejetée sur la plage. Ces étuis, qui ne changent ni de forme ni de volume après la ponte, ont été considérés par Esper et par d'autres écrivains comme des Zoophytes; dans le principe ils sont mous et remplis d'un liquide visqueux et laiteux; mais ils ne tardent pas à se durcir et on distingue alors dans leur intérieur une multitude de petits œufs arrondis et jaunâtres , le nombre de ceux-ci est de cent ou même davantage pour un même étui corné, et leur diamètre de 177 à 179 de ligne; leurs parois sont formées d'une membrane transparente, et sous le mi- croscope elles paraissent composées de particules de grosseur inégale dont le diamètre varie de i/100 et i/3oo de ligne. Par les progrès de l'incubation un certain nombre de ces œufs grossissent et paraissent empêcher le développe- ment des autres, de telle sorte que, terme moyen, il n'en arrive à maturité que quatre ou cinq seulement par étui. Au moment de l'éclosion, les petits Buccins sont garnis d'une coquille un peu irrégulière, d'environ une ligne en diamètre, , tantôt à sommet aigu, tantôt à sommet obtus. Il en résulte donc que , pendant leur séjour dans les étuis ovifères, les œufs doivent être devenus de 7 à 9 fois plus gros qu'ils ne l'étaient d'abord, en supposant même que leur augmentation de volume ait été seulement suffisante pour leur permettre de contenir les co- quilles qui en sortent. [Loudon's magazine qf natural Hislory , mai 1837.) Note sur l'Aurochs du Caucase , par M. Baer. (Extrait.) L'animal que l'on appelle Aurochs en France et en Allemagne; et Zoubre en Russie, et que Cuvier a démontré être le même que celui que les anciens nom- maient Bison ( Prisent en Allemagne ), a été dans les temps reculés répandu dans presque toute l'Europe. Beaucoup de noms de lieux (comme Wisantensteg et autres) ont conservé sa mémoire en Souabe. On chante sa chasse dans le Nibeluugenlied. Mais au temps de la renaissance des lettres , il n'y en avait déjà plus en Allemagne. Il se maintint plus long-temps en Prusse et en différentes parties de la Pologne, où il a été observé et dessiné par Herberstein. Le der- nier qu'on ait tué en Prusse remonte à 1755. Du temps de Forster fils, il ne s'en trouvait plus en Pologne que dans la grande forêt de Bialowieza , où il n'existe encore aujourd'hui que grâce aux soins avec lesquels le gouvernement russe veille à sa conservation. Cette localité était la seule où l'on croyait que de nos jours s'était maintenu Y Aurochs. C'est donc une nouvelle intéressante pour la zoologie , que l'annonce de la présence de cet animal dans le Caucase où l'on sait qu'il existe aussi des Tigres royaux et des Panthères. baer. — Sur l'aurochs du Caucase. 377 M. Bacr a comparé ks dépouilles du Zoubrc adressé du Caucase par le général Rosen, avec celles d'un Zoubre provenant de la forêt de Bialowieza que possède l'Académie de Moscou. Il a trouvé que, dans le premier, les cornes sont sensible- ment plus grêles et plus courtes, et que la distance qui les sépare ou la largeur du front est moindre. Mais il pense que ces différence» ne dépendent que du sexe, l'in- dividu du Caucase étant une femelle. La couleur du pelage est aussi moins foncée et mêlée de gris; il est plus court dans la partie antérieure et n'est crépu que sur le front et une partie de la nuque; mais M. Baer explique encore ces différences comme dépendant de la saison et de l'âge. Les sabots et les ergots sont beaucoup plus coirts que dans l'individu de la Pologne, ce qui dépend sans doute de l'habi- tation sur les montagnes. Il n'y a d'autres différences entre les deux Aurochs , autant du moins qu'on en peut juger par une simple peau, qu'une courbure un peu différente des cornes et la présence d'un trait foncé qui règne sur le dos de l'une et manque sur celui de l'autre. Ces différences sont, comme on le voit, bien insuffisantes, pour faire reconnaître si le Bœuf sauvage du Caucase doit être regardé comme une espèce distincte du Zoubre de la Lithuanie. Ce n'est que par l'examen des squelettes que cette question pourrait être éclaircie. On a annoncé il y a quelques années l'existence d'un Bœuf sauvage nommé Gaour, dans l'intérieur de l'Inde, entre la côte de Coromandel et la baie de Calcutta. L'existence d'un Zoubre du Caucase porte M. Baer à croire que ce Bœuf est aussi un Zoubre; la description insuffisante qui en a été donnée, se rapportant d'ailleurs assez bien avec celle du Zoubre caucasien. M. Baer re- garde encore comme probable que le même animal se trouve aussi au-delà du Gange. Il fonde cette présomption sur un récit du capitaine Low dans le Jour- nal de la Société asiatique de Londres. Enfin il ne doute point non plus de son habitat actuel au milieu même de l'Asie centrale et vers la côte Orientale. Il tient en effet de M. Schmidt que des écrits mongols font mention d'un Bœuf sauvage' vivant aux environs du lac Kokkonoor et dans la province chinoise de Khansi ; qu'on a bien distingué cet animal du Yak ( Bos grunniens), et que les dictionnaires mongols le décrivent ainsi : ce il ressemble au Bœuf ordinaire ; la partie antérieure de sou corps est haute, la partie postérieure inclinée et étroite. Le pelage est ardoisé foncé , brun foncé ou noirâtre. » Le Zoubre ou l'Aurochs, dit-il en terminant, est donc encore aujourd'hui dis- persé en quelques tribus bien éloignées les unes des autres. Dans la forêt de Bialowieza il a pour voisin le Glouton du nord; et sur la côte de Tenasserim l'Eléphant et le Rhinocéros. Si maintenant nous rappelons l'idée de Pallas qui, frappé de la ressemblance du Bison d'Amérique et de Y Aurochs d'Europe, et persuadé qu'il n'y avait pas de Zoubrcs en Asie, prétendait que l'animal euro- péen pouvait être arrivé de l'ouest, nous serons loin de croire fondée cette ex- plication. (Institut, n° ai 8.) 378 PUBLICATIONS NOUVELLES. Leçons d'anatomie comparée de George Cuvier ; seconde édi- tion, corrigée et augmentée. (1) Dans un de nos précédens cahiers nous avons annoncé la publication des trois premières livraisons de cette nouvelle édition des Leçons d'anatomie comparée de M. Cuvier (2), etnous avons fait connaître la part active que MM. Laurillard, Duvernoy et Fréd. Cuvier jeune, prennent dans la rédaction des nombreuses additions dont le texte* primitif est enrichi. Depuis lors, il a paru encore deux volumes de cet ouvrage dont la première édition a servi pendant trente ans de manuel à tous les anatomistes. L'un de ces volumes est le tome n, et a été revu par MM. Laurillard et F. Cu- vier jeune. Il contient la description des organes des mouvemens des animaux sans vertèbres et l'ostéo'.ogie de la tête ; « c'est la portion de l'ouvrage, disent ces savans, où l'on trouvera les changemens les plus considérables et où il nous a été le moins possible de conserver le texte de la première édition. Il y en a deux raisons principales : l'une c'est que les travaux multipliés sur cette partie de l'anatomie comparée ont rendu tout-à- fait insuffisant l'espace qui lui était consacré dans la première édition ; l'autre c'est que M. Cuvier avait lui-même refait presque en entier cette partie de ses leçons. 11 est vrai que son travail était destiné à un ouvrage bien plus considérable : à ce grand Traité d'anatomie com- parée qu'il préparait depuis si long-temps ; mais nous avons pensé qu'on ne nous saurait pas mauvais gré d'avoir exagéré en quelque sorte l'étendue de la 8 e le- çon pour y faire entrer autant que possible le travail dont nous parlons. M. Cu- vier avait détaché comme il le dit lui-même, diverses parties qu'il a insérées dans ses recherches sur les ossemens fossiles, et qui sont par conséquent déjà connues du public; mais d'autres parties n'ont jamais été publiées, telles que: la description de la tête de plusieurs ordres de Mammifères ; l'ostéologie de la tête des Oiseaux; celle delà tête des Serpens, etc. Nous avons dû faire néan- moins de grandes additions, en raison des matériaux nombreux qui s'étaient ajoutés aux collections du Muséum depuis l'époque déjà éloignée où ce manu- scrit avait été jédigé. Nous n'avons pas cru devoir non plus reproduire textuel- lement les Monographies des têtes de Reptiles et de Poissons déjà publiées par M. Cuvier. Celles que nous donnons ont toutes été faites sur les pièces anato- miques, en conservant seulement les déterminations des os données par M. Cu- vier et dont ce nouveau travail, fait sur des pièces plus nombreuses nous, a en- (r) Paris, chez Crocliard. Prix, 7 fr. le volume. Les tomes 1 , 2 , 4 ( première et deuxième partie), et 5 , sont en vente. (») Annales des Sciences naturelles , deuxième série , tome 5, p. 3;4. Leçons d'anatomie comparée. 3^9 core confirmé la justesse. Nous avons, d'ailleurs , toujours eu soin de distinguer nos additions du texte ancien ou nouveau de M. Cuvier, en les comprenant entre deux crochets. Nous avons aussi fait entrer daus notre plan divers frag- mens anatomiqucs inédits et dont la place la plus naturelle nous a semblé être dans une seconde édition des leçons d'anatomie comparée; tels que l'examen de ces questions : si Galien a décrit la tête d'après l' /tomme ou d'après le Singe ? — «Si" le crâne est une vertèbre ? ■ - Le résumé sur la mobilité de la face, — Celui sur £ interpariétal. » Le tome cinquième, qui vient également de paraître, est dû à M. Duvernoy et contient la description des organes d'alimentation dans les Mollusques, les ani- maux articulés et les Zoophytes; dans la première édition l'histoire de ces or- ganes n'occupait qu'une centaine de pages, et ici M. Duvernoy y a consacré cinq fois ce nombre et y a consigné les résultats d'une foule de recherches qui lui sont propres. — __ The Ornithologistes tjxt-book, by JSevllle-Wood. 1 vol. in- 8°. Ce petit volume est consacré principalement à la bibliographie ornitholo- gique, et contient une courte analyse des principaux ouvrages qui traitent de cette branche de la zoologie. On y trouve ausii un synopsis des divers systèmes ornithologiques, un article sur la nomenclature anglaise des oiseaux, et quelques autres écrits. Le même auteur, à qui l'on doit aussi un ouvrage sur les oiseaux chanteurs de l'Angleterre (1), a entrepris la publication d'un journal mensuel intitulé ihe "Naturaliste dans lequel on trouve plusieurs articles intéressans pour la zoologie, (a) • (1) Biitish song birds; being popular descriptions and anecdotes of the choristers ofthe groves; in-i 8. Londres i836. (a) Ce Journal , dont le prix est de a schil. par cahier, parait à Londres chez Groombrigde , Paternoster-row. . * TABLE DES MATIERES CONTENUES DANS CE VOLUME. PHYSIOLOGIE. Recherches expérimentales physico-physiologiques sur la température des tissus et des liquides animaux, par MM. Becquerel et Breschet 94 Expériences sur le mécanisme du mouvement ou battement des artères, par M. Flourens e . . 101 Recherches anatomiques sur le corps muqueux ou appareil pigmentai de la peau dans l'Indien Charrua , le nègre et le mulâtre , par M. Flourens i56 Recherches anatomiques sur le corps muqueux de la langue dans l'homme et les mammif res, par M. Flourens. ....... 219 Observations sur l'organisation tissulaire des sécrétions produites aux surfaces des membranes muqueuses animales, comparées aux sécré- tions muqueuses productrices et réparatrices des végétaux, par M. Turpin 207 Expériences sur la pression à laquelle l'air contenu dans la trachée-ar- tère se trouve soumis pendant l'acte de la phonation , par M. Ca- gniard-Latour (extrait) ... • 180 Lettre sur la présence d'œufs déjà formés dans l'ovaire des fœtus fe- melles , par M. Carus 297 Expériences sur la digestion artificielle par MM. MuLLERet Schwann. (extrait) 3i3 Mémoire sur la moelle épinière proprement dite et sur le système des nerfs excito-moteurs , par M. Marshall-hall 3ai Description des membranes fœtales du Kanguroo, par M. Owen . . 3jz ANIMAUX VERTÉBRÉS. Du genre Eligmodonte et de l'Eligmodonte de Buenos-Ayres , Elig- modoniia typus, par M. Fréd. Cuvier 160 Notice sur les dents incisives et le nombre des côtes du Rhinocéros africain , par le professeur G. Vrolik 20 Etudes anatomiques de têtes ayant appartenu à des individus de races humaines diverses , par M. Dubreuil. (Extrait) ....... 254 Note sur l'Aurochs du Caucase, par M. Baer. (Extrait.) 376 Table des matières. 38 1 Rapport sur un mémoire de M. Lherminier, intitulé : De la marche de l'ossiGcation du sternum des oiseaux, pour faire suite aux travaux de M. Cuvier et Geoffroy Saint-Hilaire; par M. Isidore Geoffroy Saint- hilaire. . 181 Tabula? synoptica? scincoideorum , par M.Cocteau (extrait). ... • ia4 MOLLUSQUES. Description d'une nouvelle espèce du genre Dreisseina, par M. J. Van- BENEDEN- * lï»6 Description du double système nerveux dans le Limneus glulinosus, par M. A. J.Vanbeneden «j . . . . i»2 Histoire naturelle et anatomie du système nerveux du genr- Mytilina, par M. Cantraine 3ca Rapport sur une note de M. Rang concernant le poulpe del' A rgonauta, fait à l'Académie des Sciences , par M. de Blainville .... 172 Lettre sur les phénomènes présentes par des œufs de Limace pondus depuis peu de temps, par M. Dujardin ...» 3j't Note sur l'augmentation de volume que les œufs de quelques Mol- lusques marins éprouvent pendant la période d'incubation , par M. Gray 375 ANIMAUX ARTICULÉS. Etudes pour servir à l'histoire naturelle des Myriapodes, par M. P. Ger- vais v . . ♦ . 35 Observations sur les instrunffens perforans chez les insectes par M. Doyèrb 193 Observations anatomiques sur les organes de la génération chez la cigale femelle, par M. Doyère 200 Note sur les organes respiratoires des Capricornes , par M. Pictet . . 63 Note sur le Rhynchocinete , nouveau genre de Crustacés décapodes, par M. H. Milne Edwards i65 Note sur la demeure d'une Araignée maçonne, originaire de l'Amérique du Sud, par M.Victor Audouin . 227 Recherches sur quelques Entozoaires et larves parasites des insectes Orthoptères et Hyménoptères, par M. Léon Dufour 5 • ANIMAUX RAYONNES. Etude microscopique de la Crisiatella mucedo , Cuv., espèce de po- lype d'eau douce , par M. Turpin 65 Recherches sur les polypes d'eau douce des genres Plumatella, Cris- taie lia et Paludicella , par M. P. Gervais 74 Description d'une troisième espèce vivante de la famille des Crinoïdes, servant de type au nouveau genre Holopus , par M. D'Orbigny. (Extrait) 123 Extrait d'une lettre relative à quelques points d'helmintologie adressée aux rédacteurs des Annales par M. Eudes Delonchamps .... a4g Lettre de M. Leblond, en réponse aux obseivations de M. Delon- champs 2Ô1 Prodrome d'une monographie des Radiaires ou Echinodermes . par M. Aoassïz z5j 38s Table des matières. PALÉONTOLOGIE. Synopsis des genres et des espèces d'animaux fossiles découverts dans les couches supérieures des dépôts tertiaires des montagnes Sivalek de l'Himalaya , par MM. Cauteley et Falconer ...'.... 60 Note sur le Chameau fossile du Sub-Himalaya , par M. Baker ... 62 Note sur les ossemens fossiles des terrains tertiaires de Simorre , de Sansan , etc. , dans le département du Gers, et sur la découverte ré- cente d'une mâchoire de singe fossile, par M. Lartet 116 Nouvelles observations sur les ossemens fossiles trouvés dans le dépar- tement du Gers , par M. Lartet 122 Rapport de M. de Blainville sur la découverte de plusieurs ossemens fossiles de quadrumanes dans le dépôt tertiaire de Sansan, près d'Auch, par M. Lartet 232 Note sur une brèche osseuse située entre Oran et Mers-el-Kebir, par M. H. Milne Edwards 216 Note sur la mâchoire fossile d'un quadrumane qui se rapproche des genres Semnopithèque et Cynocéphale, par MM. Baker et Durand. 370 Mémoire sur le Pœlcilopleuron Bucklandii, grand Sauricn fossile inter- médiaire entre les Crocodiles et les Lézards par M. Eudes Delon- > champs. (Extrait.) 255 Note sur la découverte de quelques ossemens fossiles dans l'Amérique du Sud , par M. Darwin • . . 3ig Observations nouvelles sur l'existence d'Infusoires fossiles et sur leur profusion dans la nature, par M. Ehrenberg •,£"."'• 27 Analyse ou étude microscopique des différens corps organisés et autres corps de nature diverse , qui peuvent , accidentellement, se trouver enveloppés dans la pâte translucide des silex , par M. Turpin . . 1 29 MÉLANGES. Lettre sur quelques espèces d'animaux invertébrés de la côte de Nor - wège ; adressée à l'Académie des Sciences, par M. Siars, de Bergen. 246 Annonces d'ouvrages nouveaux . . . ,. . . . 62 . 189 . 256 . 3 20 . 378 TABLE DES MATIÈRES PAR NOMS D'AUTEURS. Aoassiz. — Prodrome d'une mono- graphie des Radiaires ou Echine— dermes.. )5? Audoujh. — Note sur la demeure d'une Araignée maçonne originaire de l'Amérique du Sud 227 Bakr. — Sur l'Aurochs [du Caucase. 376 Baker et Duraicd. — Note sur la mâ- choire fossile d'un quadrumane qui se rapproche des genres Semnopi- thèque et Cynocéphale 3 70 Becquerel et breschet. — Recher- ches expérimentales physico-phy- siologiques sur la température des tissus et des liquides animaux. ... 94 I'.i.ain m t.i.K. — Rapport sur une note de M. Rang, concernant le Poulpe de l'Argonaute 17» — Rapport sur la découverte de plu- sieurs ossemens fossiles de quadru- manes dans le dépôt tertiaire de Sansao, par M. Lartet 2 3a Cagitiard-latour. — Expériences sur la pression à laquelle l'air cpn- 1 vi 11 1 dans la trachée-artère se trouve soumis pendant l'acte de la phona- tion. (Extrait.) 180 Canï kaink. — Histoire naturelle et anatomie du système nerveux du genre Mytilina 3oa Carus — Lettre sur la présence d'œufs déjà formés dans l'ovaire des fœtus femelles 397 Cocteau. — Tabula? synopticœ scin- coideorura. (Extrait.) 124 Cuvier (G.)*— Recherches sur les osse- mens fossiles (Annonce.) 64 — Leçons d'anatomie comparée (An.) 378 Cuvier (Fréd.) — Du genre Eligmo- donte et de l'Eligmodonte de Bue- nos- Ayres t68 Darwin. — Ossemens fossiles décou- verts récemment en Amérique. . . 319 Delonchamps. — Lettre relative à quelques points d'helmintologie. . 249 — Mémoire sur le Pxkilopleuron Bucklandii. (Extrait.) i55 D'Orbighy. — Description d'une troisième espèce vivante de la fa- mille des Crinoïdes servant de type au nouveau genre Holopus. ( Ex- trait.) ia3 Doyère. — Observations sur les instru- mens perforans chez les insectes. 193 — Observations anatomiques sur les organes de la génération chez la Ci- gale femelle aoo Dufour. — Recherches sur quelques Entozoaires et larves parasites des insectes Orthoptères et Hyménop- tères 5 Dujardiit. — Sur les phénomènes présentés par les œufs de Limaces. 374 Dutrochet. — Mémoires pour servir à l'histoire anatomique et physiolo- gique des végétaux et des animaux. (Annonce.). , 189 Edwards (Mi lue). — Elémens de zoo- logie. (Annonce.) 64 — Note sur le Rhynchocinète nou- veau genre de Crustacé décapode. i65 — Histoire naturelle des Crustacés. (Annonce.) . . , aga — Note sur unehrèche osseuse située entre Oran et Mers-el-Kebir .... a 16 Ehrenberg. — Observations prélimi- naires sur l'existence d'infusoires fossiles et leur profusion dans la na- ture a7 Filippi. — Monographie des sang- sues. (Annonce.) a56 Floureks. — Expérieuces sur le mé- canisme du mouvement ou batte- ment des artères. toi — Recherches anatomiques sur le corps muqueux ou appareil pigmen- tai de la peau dans l'Indien char- ma , le nègre et le mulâtre i56 — Recherches anatomiques sur le corps muqueux de la langue dans l'Homme et les Mammifères 319 Geoffroy Saiht-bilaiee (Isidore.) Rapport sur un mémoire intitulé : de la marche de- l'ossification du sternum des oiseaux par M. Lher- minier 181 Ger vais. — Etudes pour servir à l'his- toire naturelle des Myriapodes. . . 35 — Recherches sur les polypes d'eau douce des genres Plumatella , Cris- tatella et Paludicclla 74 Gray. — Note sur l'augmentation de volume des œufs de quelques Mol- lusques. 375 384 Table par noms d'auteurs. Lamarck. — Histoire naturelle des animaux sans vertèbres. (Annonce.) 191 Jardine, Selbt et johnston. — Ma- gasin de zoologie. (Annonce.). . . . 19a Lartet. — Note sur les ossemens fossiles des terrains tertiaires de Si- mon e, de Sansan.etc-, et sur la dé- couverte récente d'une mâchoire de Singe fossile 116 — Nouvelles observations sur les ossemens fossiles trouvés dans le département du Gers laa Lkblond. — Réponse aux observations de M. Delonchamps, relatives à quelques points d'helmintologie. . a5i Lherminier. — Sur la marche de l'ossification du sternum des oiseaux. 1 8 r Marschai.i.-hali.. — Mémoire sur la moelle épinière proprement dite et sur le système des nerfs excito-mo- teurs. 32 1 Mur.i.ER et Schwahw. — Expérience sur la digestion artificielle 3 1 3 Owtif. —Description des membranes fœtales du Kanguroo 372 Pictet. — Note sur les organes res- piratoires des Capricornes 63 Rang. — Observations sur le Poulpe de l'Argonaute ." 17a Saars. — Lettre sur quelques espèces • d'animaux invertébrés de la côte de > Norwège a46 ToRriif. — Etudes microscopiques de la Cristatella raucedo 65 — Analyse ou étude microscopique des différens corps organisés et autres corps de nature diverse qui peuvent accidentellement se trouver enveloppés dans la pâte translucide des Silex , 129 — Observations sur l'organisation tissulaire des sécrétions produites aux surfaces des membranes mu- queuses animales 207 Vanbenedeh. — Description du double système nerveux dans le Limneus glutinosus. , , lia — Description d'une npuvelle espèce du genre Dreissena, et observations sur le système nerveux de ces mol- lusques 126 Vromk. — Notice sur les dents in- cisives et le nombre des côtes du Rhinocéros africain 20 TABLE DES PLANCHES. Planches ) . A. Entozoaires. B. Dents du Rhinocéros. 2. Cristatella muccdo. 3. A. Cristatella mucedo. B. Nerfs du Lymnens glutinosus. — C. Nids d'araignées. •*. A. OEufs de Cristatelle. — B. Myriapodes. — C. Genre Rhyn- cocinèle. 5. Elygmodonte de Buénos-Ayres. 6. Semiopale de Bilin et Silex pyromaque blond de France. 7. Silex pyromaque de Delitsch. 8. Anatoraie de la Cigale. 9. Mâchoires de singes vivans et fossiles. 10. A. Développement des œufs. — B. Système nerveux du Mytilina polymorpha. FIN DU SEPTIÈME VOLUME. Ami . i/r.i- . feùnc ■ //-// -"' ■ fera A /.,„>/ .Ton, . 7 . /'/.,. A. Entoxotu'res B J)ents du Bkmocàrv* a/Netun . OâD -f : Urui ./.:• .l'r X// i''»i Zoo/ r - /•/ .;. K, 2 F&.3 ■\/ifi . •/<■.!■ Je /i,// . y.rnr/j>f/'rm/'ttt /6r J/i/r/,i:<- C ûr/ut> /t/wnWi*>i//t<>6' i - i tm !*,. :z ^ % /•; '/" 2 . .-, : -^0^S^> '>>*■■■:■■. / ■ Zaet. T - />/ S Ftf. 7 . tuifui .4* tu/A* .iV/r-.r jyrvmutfme fimil.Jb fvnx. Fi &■ + • B*uu:i>iu-t .<;■ /.,>,,/ T.? /'/. Tu/fm i/t-/ fia. S. Smmtm *'f/sj- pi/i <>w• . /////, ./<■:■ Ji /li// /,-,// 7- // ç J V,/i/uvrar de* Stnper /0ssii/!e ff r>n*anS- - ITOV -•///// ■ Onu/es. \\ Système /imx't/.r